En 2018, Valery Gergiev et sa troupe étaient venus pour nous proposer un Ring sur deux week–end. Les quatre concerts étaient impressionnant de qualité avec des chanteurs inconnus pour la plupart mais qui avaient donné des prestations mémorables. Après une grandiose Iolanta la veille, voici donc Parsifal pour terminer ce week-end. Après le russe, nous revenons à Wagner. Gergiev connaît bien cet ouvrage pour l’avoir dirigé de nombreuses fois et même pour l’avoir enregistré avec son orchestre du Mariinsky en 2009. Même après avoir fait ses débuts au Festival de Bayreuth cette année, il reste un chef wagnérien regardé avec méfiance par les puristes pour des lectures parfois manquant de tenue ou d’énergie. Mais on sait que le chef est capable du meilleur lorsqu’il est inspiré, surtout avec un orchestre qu’il a façonné et qui lui répond au doigt et à l’œil. Dans la distribution nous retrouvions Mikhail Vekua qui avait été Logue, Siegmund et les deux Siegfried… mais aussi Yuri Vorobiev qui avait donné vie au Wotan de L’Or du Rhin… et bien sûr Evgeny Nikitin ! Parmi les petits rôles, on notera la présence d’Yekaterina Sergeyeva qui avait eu de nombreux rôles lors du Ring (Flosshilde, Fricka et la Première Norne). La grande question portait donc principalement sur la Kundry de Yulia Matochkina totalement inconnue malgré des retours très favorables de sa récente participation à un Roméo et Juliette de Berlioz… Continuer…
Author: Erik
Étincelante Iolanta par le Mariinsky
En 1892, Piotr Ilitch Tchaïkovsky proposait son dernier opéra couplé avec son dernier ballet : Iolanta et Casse-Noisette. Bien que les deux ouvrages aient été de nouveaux réunis il y a quelques années à l’Opéra National de Paris dans une production signée Dmitri Tcherniakov, il est tout de même rare de les retrouver ensemble. Avec son heure et demi, Iolanta pose un souci aux programmateurs : trop court pour être seul dans une soirée, il demande de trouver un autre opéra court qui pourrait compléter le spectacle. En juin 2018, l’Opéra de Tours avait osé lui adjoindre Mozart et Salieri de Rimsky-Korsakov, opéra encore plus rare sur nos terres occidentales. Mais tout de même, au moins au concert, cet ouvrage de Tchaïkovsky semble revenir dans les salles et montrer que Tchaïkovsky n’est pas le compositeur de deux opéras. Peut-être la tournée d’Anna Netrebko en 2012 a permis de faire connaître cette partition magnifique car il semble être repris plus souvent depuis quelques années et c’est un vrai plaisir tant la musique y est sublime. Et cela nous change des éternels Eugen Onegin et La Dame de Pique (même si ces deux ouvrages sont passionnants aussi!). Pour sa venue maintenant annuelle avec sa troupe du Mariinsky, Valery Gergiev nous offre la possibilité de ré-entendre dans de superbes conditions ce Iolanta. Continuer…
Dans les Jardins de William Christie 2019 : Odyssée Baroque
Cette année encore, la fin des vacances se passait chez William Christie, ou plutôt dans son jardin toujours aussi enchanteur. Le principe reste le même depuis maintenant de nombreuses années et le public est toujours autant au rendez-vous. Non seulement il peut écouter une musique de qualité dans une interprétation de haut niveau, mais en plus il le fait dans un cadre somptueux et même de plus en plus beau d’années en années. Car si tous les deux ans William Christie cultive des voix nouvelles dans son Jardin des Voix, il fait aussi grandir son jardin avec de nouveaux bosquets. Cette année était un peu particulière car les Arts Florissants fêtent leurs 40 ans en cette année 2019. Et même si la grande fête sera sans doute à la Philharmonie en fin d’année, nous avons tout de même droit à une atmosphère plus festive que d’habitude encore et on sent combien chaque artiste est attaché à cette ensemble. Continuer…
Jeune et brillante génération pour La Forza del Destino à Bastille!
Étrangement, alors que la partition de La Forza del Destino fait sans doute partie des plus belles de Giuseppe Verdi, elle n’a pas beaucoup été représentée à Paris ces dernières décennies. Entre 1981 et 2011, aucune représentation à l’Opéra National de Paris. Bien sûr, la production de 1975 a vu passer des grands noms comme Martina Arroyo, Piero Cappuccilli, Nicolai Ghiaurov, Martti Talvela, Kurt Moll, Fiorenza Cossotto, Placido Domingo… mais pourquoi ces trente ans d’interruption ? Peut-être est-ce dû à son argument assez redoutable tant pour le spectateur que pour le metteur en scène. Peut-être que la volonté de montrer un théâtre de plus en plus complexe et « humain » n’a pas aidé l’ouvrage à revenir sur la scène parisienne. Toujours est-il qu’en 2011, sous l’impulsion de Nicolas Joël alors directeur de l’institution, une nouvelle production est montée par Jean-Claude Auvray avec des grands noms : Marcelo Alvarez et Violetta Urmana, entourés de seconds rôles de haut niveau. Hélas, les petits problèmes de santé du ténor et le manque d’implication de la soprano (qui a toujours été beaucoup plus convaincante en mezzo-soprano) avaient légèrement gâché la fête. Pour cette reprise, c’était avant tout Anja Harteros qui attirait le public… mais en deuxième distribution se trouvait la jeune Elena Stikhina, toute joyaux découvert dans Wagner et qui avait remplacé il y a peu Sonya Yoncheva dans Tosca sur cette même scène de Bastille. Continuer…
Une brillante et sombre Iphigénie!
La saison dernière, Robert Carsen avait monté Orfeo ed Euridice de Gluck… et il y a quelques années il avait produit une mise en scène d’Elektra de Strauss. Si la première ne m’est pas connue, la production de l’ouvrage allemand était venue à l’Opéra Bastille et on retrouve ainsi des manières communes pour représenter cette histoire des Atrides. Bien sûr les ouvrages n’ont pas les mêmes proportions, mais on retrouve une certaine ambiance antique. Iphigénie en Tauride n’est sans doute pas l’opéra le plus connu du compositeur mais il comporte certains des plus beaux airs de Gluck. Il fallait donc réunir une distribution capable de rendre justice à la musique… mais sans oublier le texte français qui se doit d’être parfaitement intelligible, héritant en cela de la tragédie lyrique de Rameau et de Lully. La distribution est donc quasiment entièrement francophone en dehors de Pylade mais aussi du chœur. En effet au lieu de faire appel à un ensemble baroque français, c’est le Balthasar-Neumann-Ensemble qui est dans la fosse tout comme le chœur qui est donc allemand. Pourtant, le style est parfait et sonne même particulièrement engagé et stylé! Continuer…
Agrippina, ou Joyce DiDonato couronnée!
Le Théâtre des Champs-Élysées s’est fait une spécialitée des opéras de Haendel en version de concert. La saison prochaine propose Giulio Cesare cette fois mis en scène avec Christophe Rousset à la direction, Orlando avec Franco Fagioli, Serse et Alessandro avec rien de moins que Bejun Mehta, Julia Lezhneva, Raffaele Pe et Sonia Prina. Et pour cette saison 2018-2019, il y avait Rodelinda menée par Emmanuelle Haïm, Semele et enfin cette Argippina qui devait réuni Joyce DiDonato dans le rôle titre, Kathryn Lewek en Poppea, Luca Pisaroni en Claudio, Marie-Nicole Lemieux pour Ottone, Franco Fagioli en Nerone et Jakub Józef Orliński en Narciso. Mais au fur et à mesure des mois, la distribution a été modifiée. Marie-Nicole Lemieux est remplacée par le contre-ténor Xavier Sabata, Kathryn Lewek cède sa place à Elsa Benoit, Claudio est chanté finalement par Gianluca Buratto et c’est Carlo Vistoli qui chantera Narciso. Il ne reste donc que quatre chanteurs de la distribution originale : Joyce DiDonato, Franco Fagioli et dans des rôles plus secondaires Andrea Mastroni et Biagio Pizzuti. Si c’est le principe du spectacle vivant que de voir les distributions varier, il est tout de même fou de ne pas réussir à maintenir des engagements comme ceux-ci, et surtout remplacer une grande mezzo par un contre-ténor change vraiment la donne. À noter aussi que si nous n’avons pas eu Luca Pisaroni, il a assuré la grande majorité des dates de la tournée. Mais le principal est sauf : Joyce DiDonato est ici ! Continuer…
Manon à l’Opéra-Comique : Petibon, Minkowski et Py au service de Massenet
En 1990, la Manon de Massenet était montée pour la dernière fois sur les planches de la Salle Favart. Alors que c’est le deuxième opéra le plus joué de l’histoire du théâtre, alors que sa statue salue l’arrivée des spectateurs aux côtés de Carmen, alors que le plafond de la salle lui rend hommage… il aura fallu presque trente ans pour que l’on retrouve enfin cette héroïne de Massenet. À l’époque, c’était Leontina Vaduva qui émouvait le public… en cette année 2019 ce sera Patricia Petibon. Bien sûr, il était possible entre temps de voir Manon sur les scènes de l’Opéra de Paris : en 1997 était créée une production de Gilbert Deflo où ont triomphés Renée Fleming, Richard Leech, Leontina Vaduva (encore !), l’étoile filante Alexia Cousin, Roberto Alagna, Rolando Villazon, Marcello Alvarez… pour ne rester que dans les deux rôles principaux. Et puis il est difficile d’oublier la sinistre production de Coline Serreau en 2012, qui devait être la participation de l’Opéra de Paris à l’année du centenaire de la mort de Jules Massenet. Mais entre une mise en scène inintéressante qui ne prenait jamais l’ouvrage au sérieux et une Natalie Dessay en grande difficulté… le souvenir n’est pas fameux ! Ici, c’est toute auréolée des triomphes de Genève (avec Petibon) et Bordeaux (avec Minkowski) que nous arrive la production d’Olivier Py, avec une distribution des plus alléchantes ! Continuer…
Turandot à Marseille : Petite scène mais grands formats vocaux!
Durant l’été 2012, les Chorégies d’Orange montaient Turandot mis en scène par Charles Roubaud. Sept ans plus tard, voici que la production a été remise à la taille de la scène de l’Opéra de Marseille pour le plaisir du public. Mais il faut bien avouer que le rendu est un peu décevant par moments quand on a vu la production originale. Et il est tout de même dommage que la direction ne puisse pas demander à un metteur en scène un travail un peu plus important que juste réduire sa mise en scène. Mais malgré tout, le rendu reste de bonne facture et surtout, cela permet d’écouter la partition de Puccini avec une distribution de haut niveau. Car nous avons ici une soprano wagnérienne qui commence à aborder les rôles de soprano dramatique, un ténor italien au timbre solaire… et la soprano délicate pour Liu. Bien sûr, nous n’avons pas ici les grands noms qui pourraient faire hurler les foules, mais la salle est tout de même très pleine pour cette dernière de la série. Continuer…
Lady Macbeth de Mzensk, un sordide magnifique
Grand écart entre cette Lady Macbeth de Mzensk et Le Postillon de Lonjumeau vu précédemment. Nous sommes presque dans l’opposé. À l’histoire légère et drôle qui est utilisée par Adolphe Adam, répond le sordide et sombre livret sur lequel a composé Dmitri Chostakovitch. La partition russe plonge dans un fait divers qui a été légèrement amplifié pour donner un portrait particulièrement violent d’une jeune femme. Sorte d’Emma Bovary, Katerina s’ennuie et est malheureuse. La fuite en avant va être fatale. La musique et le thème avaient créé un scandale lors de la création, provoquant la colère de Staline qui trouvait non seulement la partition trop complexe, mais aussi trop suggestive, parlant de pornographie sonore ! La production de Martin Kušej en 2009 était très glauque avec cette boue omniprésente. Pour la remplacer, la direction de l’Opéra de Paris a fait appel à Krzysztof Warlikowski dont on pouvait attendre une relecture tranchante et décapante. En 2018, Ingo Metzmacher reprenait sa production du diptyque La Voix Humaine / Le Château de Barbe-Bleue et l’on peut imaginer que l’entente a été bonne. Le chef est d’ailleurs souvent appelé pour ces partitions si complexes à mettre en place. Enfin, le rôle titre a été confié à Aušrinė Stundytė, saluée pour sa prestation dans le même rôle à Lyon il y a peu. De bien beaux auspices donc ! Continuer…