Le Médecin Malgré Lui, quand Gounod regarde vers les grands anciens

Le choc était rude après la disparition subite de La Nonne Sanglante mais Charles Gounod remit le métier en place et souhaitait se lancer dans la composition d’un Ivan le Terrible à partir de 1856. Malheureusement, le livret fut interdit par la censure. On retrouvera quelques morceaux dans le Faust qui devait être l’opéra suivant créé au Théâtre-Lyrique. Tout était prévu, la composition avançait fort bien… mais Léon Carvalho (directeur du théâtre), appris qu’une pièce sur le même sujet devait être représentée au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Il n’était donc plus envisageable de représenter tout de suite l’ouvrage. Gounod arrêta donc et Léon Carvalho lui proposa de travailler sur une pièce adaptée de Molière. Après consultation avec les librettistes Barbier et Carré, le choix se porta sur Le Médecin Malgré Lui avec en prévision une création pour 1858. Pour la première fois, le compositeur allait se frotter à un ouvrage comique. La forme était établie : une grande partie du texte de Molière était conservé et le texte des parties chantées étaient elles de Barbier et Carré. Gounod renouait avec l’histoire puisqu’à la création du Malade Imaginaire il existait des musiques de Charpentier, et encore auparavant Lully avait écrit les musiques de plusieurs comédies-ballets comme Le Bourgeois Gentilhomme. La seule différence (et de taille !) est qu’ici le dialogue n’a pas pu avoir lieu entre le compositeur et le dramaturge ! Continuer…

La Nonne Sanglane, ou Gounod gothique!

Même si Sapho en 1851 n’avait reçu qu’un succès d’estime, Gounod avait tout de même réussi à faire représenter un opéra sur la scène de l’Opéra de Paris. Bien sûr, l’appui inconditionnel de Pauline Viardot avait beaucoup joué. Début 1852, le compositeur fut appelé par le directeur Roqueplan mais finalement, compositeur et institution ne trouvèrent pas de sujet convenant aux deux parties. Il faudra attendre juin pour qu’enfin le sujet de La Nonne Sanglante soit fixé, sur un livret d’Eugène Scribe (grand pourvoyeur à l’époque, entre autre de Meyerbeer!). Pour ce deuxième opéra, le sujet gothique pouvait prévoir un grand succès, le texte d’un grand auteur aussi… Pourtant si le public et une partie de la critique saluent la partition, si les recettes sont bonnes… le destin de la Nonne sera sombre puisqu’au bout de seulement onze représentations l’ouvrage est déprogrammé et ne sera jamais repris avant 2008 en Allemagne. Le changement de directeur aura été fatal à une partition pourtant saisissante et qui montrait une toute autre facette du jeune compositeur. Continuer…

Sapho, premier opéra de Charles Gounod

Par certains côté, on peut dire que Sapho est l’opéra qui aura ouvert et refermé la création scénique de Charles Gounod. En effet, en 1851 le compositeur faisait ses débuts de compositeur d’opéra sur la scène de la salle Le Pelletier grâce à l’appui de Pauline Viardot. Et en 1884, c’est une version retravaillée qui était cette fois sur la scène du Palais Garnier. Entre temps bien sûr, il y aura eu les grands succès tels que Faust ou Roméo et Juliette, les échecs comme La Reine de Saba ou les deux ouvrages qui sont présentés comme ses derniers opéras : Polyeucte et Le Tribut de Zamora créés respectivement en 1878 et 1881. Plus qu’une simple reprise, cette nouvelle version de 1884 possédait beaucoup de nouvelles musiques, des personnages plus développés, un découpage en quatre actes et presque toute la partition remaniée par le compositeur. Le succès fut au rendez-vous, mais malheureusement il nous est impossible actuellement de nous faire une idée de cette version étant donné qu’aucun enregistrement n’existe. Cet article sera donc avant tout une présentation de la version originale, à travers bien sûr de ses deux enregistrements existants, l’un sous la direction de Sylvain Cambreling en 1979 et l’autre dirigé par Patrick Fournillier en 1992. Continuer…

Richard Coeur de Lion de Grétry de nouveau sauvé de l’oubli à Versailles!

Le 1er octobre 1789, un grand banquet était donné à l’Opéra Royal de Versailles en l’honneur du roi Louis XVI et de son épouse Marie-Antoinette. Les Gardes du Corps du roi entonnèrent alors en son honneur l’air « Ô Richard, Ô mon Roi » extrait de Richard Cœur de Lion de Grétry. Compositeur très attaché à la Reine, il était aussi très populaire pour ses ouvrages donc ce fameux Richard créé en 1784 à Paris. Mais ce geste des gardes ne servira à rien car cinq jours après le peuple viendra déloger le couple royal de son château pour le ramener à Paris sous bonne garde. Ce sera donc le début de la chute de la royauté en France. L’ouvrage restera à l’affiche durant de nombreuses années. Bien sûr durant la révolution, Grétry composera des ouvrages plus aptes à plaire au pouvoir en place, mais dès Napoléon, il reviendra sur les scènes très régulièrement. Adolphe Adam fera même une adaptation de la partition pour que l’on puisse continuer encore et toujours à la proposer au public. Puis, au XXe siècle elle disparaîtra, ne subsistant dans les mémoires que par l’entremise de Tchaikovsky qui fait chanter dans sa Dame de Pique un air à la Comtesse extrait de ce Richard Cœur de Lion (preuve s’il en est du succès de l’ouvrage !). En 1979, un enregistrement verra le jour chez EMI avec Charles Burles, Mady Mesplé et Michel Trempont, équipe plus habituée à enregistrer les œuvres légères et comiques… alors que ce Richard Cœur de Lion est un savant mélange entre légèreté et sérieux. Continuer…

L’Île du Rêve, premier opéra de Reynaldo Hahn dans un superbe version.

Reynaldo Hahn reste pour tous le compositeur de mélodies charmeuses (enregistrées en quasi intégrale par la fondation Bru Zane !) et d’opérettes mélodieuses voisinant avec le café-théâtre. Mais il aussi composé des partitions plus imposantes, plus complexes. Musique de chambre, piano, concertos, poèmes symphoniques… et opéras ! Plus associé à la badinerie qu’aux sentiments profonds, cet élève de Jules Massenet a aussi sûrement souffert de cet héritage. Déjà que le compositeur stéphanois était regardé de haut pendant longtemps (mais on commence à redécouvrir ses compositions même en dehors de l’opéra !), vous pensez bien que son élève ne pouvait pas être un compositeur sérieux ! Et pourtant… les mélodies l’ont prouvées avec à côté de belles bluettes de salon, des compositions beaucoup plus complexes, à l’archaïsme très travaillé par exemple. Comme pour d’autres compositeurs, la bonne fée Bru Zane se penche maintenant sur les ouvrages de ce compositeur et voici donc son Île du Rêve, premier opéra d’un jeune compositeur alors très prometteur ! Continuer…

Callas en direct – 5/5, 1958-1964 : La Traviata, Il Pirata, Poliuto et Tosca

Voici enfin la fin de cette série… nous sommes ici sur les dernières années de la carrière de La Divina. La voix a alors perdu son arrogance première, mais l’interprète reste comme toujours passionnante. Entre 1958 et 1964, son répertoire va se réduire, elle va abandonner certains rôles et nous avons donc les derniers feux. Paradoxalement, c’est sans doute l’une des périodes dont nous avons le plus d’enregistrements parfois douloureux. Ici, deux rôles qui auront marqués sa carrière et deux autres qui prouvent toute la curiosité qu’elle avait pour le bel-canto, réussissant à monter des ouvrages rares et quasi-oubliés sur de grandes scènes. On ne sait actuellement où en serait tout un pan du répertoire si elle n’avait pas commencé dans les années cinquante à remonter des opéras qui étaient alors si peu donnés. Continuer…

Atys de Lully si bien servi au disque!

En 1987, le monde de l’opéra baroque assistait à un bouleversement avec la re-création d’Atys de Jean-Baptiste Lully par Les Arts Florissants. Le tricentenaire de la mort du compositeur était un bon prétexte pour remonter enfin dans de bonnes conditions un de ses opéras. Il y avait bien eu un enregistrement d’une version de concert d’Armide en 1983 par Philippe Herreweghe (enregistrement dont il fera tout par la suite pour éviter la diffusion) mais ici nous avons un autre projet : monter une version scénique d’une tragédie lyrique de Lully dans plusieurs villes. Le choix s’est fait entre plusieurs ouvrages et c’est un accord entre metteur en scène et chef d’orchestre qui a fait pencher pour cet Atys qui sera une pierre angulaire dans le renouveau du baroque français. Pourtant, ce n’est pas forcément la partition qui était le plus resté dans les mémoires, ce n’était ni la première ni la dernière… Mais c’était l’Opéra du Roi comme il était surnommé à l’époque tant Louis XIV adorait cet opéra. Après Hippolyte et Aricie de Rameau, on retrouve donc Lully pour une note discographique qui se résumera à un duel non équitable : trois enregistrements de William Christie contre un seul d’Hugo Reyne. Continuer…

Exploration discographique d’Hippolyte et Aricie de Rameau de 1950 à 1996…

Alors qu’il est déjà un compositeur reconnu en France, Jean-Philippe Rameau se lance à cinquante ans dans un nouveau défi : conquérir la scène de l’Académie Royale de Musique ! En effet, malgré un catalogue d’œuvres important déjà en 1733, il n’avait encore jamais écrit d’opéra. Il se lance donc dans le registre noble avec une tragédie lyrique qui reprend la structure lullyste : cinq actes, un prologue, une alternance de drame et de divertissements… mais il apporte aussi une composition bien différente par rapport à son illustre prédécesseur. Il faut dire qu’Armide, la dernière tragédie du surintendant de la musique de Louis XIV, avait été créée en 1686, soit cinquante-cinq ans auparavant. Des compositeurs ont fait évoluer le modèle parmi lesquels Charpentier ou Campra bien sûr, mais il y a aussi le public dont les goûts ont changé. Ce sera donc une adaptation de la tragédie Phèdre de Racine qui sera adaptée par l’abbé Simon-Joseph Pellegrin qui collaborera souvent par la suite avec le musicien. Bien sûr on ne retrouvera pas la fusion parfaite entre Lully et Quinault, mais le résultat sera souvent magnifique musicalement au moins ! Continuer…

Amadis, dernier opéra de Jules Massenet

À la mort de Jules Massenet, trois opéras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c’est Panurge qui est créé au Théâtre-Lyrique de la Gaîté. Suivra en 1914 Cléopâtre à Monte-Carlo dont il a été question dans un article précédent. Puis il faudra attendre 1922 pour qu’enfin le dernier opéra de Jules Massenet soit créé. Ce sera là encore à Monte-Carlo. On peut sans aucun doute penser que la première guerre mondiale a coupé la volonté de créer ces opéras, mais peut-être aussi était-ce un manque de volonté alors que le compositeur n’était plus très à la mode. Toujours est-il qu’enfin était donné au public Amadis, cet opéra légendaire dont les débuts de la composition dataient de 1889. On se doute que la descendance de Jules Massenet souhaitait pouvoir faire entendre cet ouvrage et en toucher les dividendes. Et contrairement à Cléopâtre, il n’y eu aucun souci pour la distribution de la création. Lucy Arbell était certes toujours prévue par le compositeur pour le rôle titre, mais la déconvenue juridique et les années avaient semble-t-il fait renoncer la chanteuse (toujours en activité, elle chante par exemple Dulcinée dans Don Quichotte en 1924 à l’Opéra de Paris) à se battre pour faire respecter les dernières volontés de son vieux maître. Continuer…

Massenet, l’affaire Cléopâtre et la maigre discographie d’un superbe opéra…

À la mort de Jules Massenet le 13 août 1912, trois opéras dormaient encore dans ses tiroirs, trois partitions complètes et entièrement orchestrées : Panurge, Cléopâtre et Amadis. Compositeur célébré en France malgré des critiques sur son manque de modernité, il conservait le pouvoir de remplir les salles avec des titres comme Werther ou Manon bien sûr ! Ses compositions étaient souvent inspirées par des grandes muses, expliquant sans doute ces portraits de femmes si réalistes et dramatiques. La plus connue est bien sûr Sibyl Sanderson pour qui il écrivit Esclarmonde et Thaïs. Mais celle qui sera la plus gâtée sera Lucy Arbell pour qui il écrivit pas moins de huit rôles ! Certes dans Ariane elle n’a que le rôle épisodique de Perséphone, mais pour les autres c’était l’un des personnages principaux à chaque fois ! Nous avons le rôle-titre de Thérèse, la Reine Amahelli pour Bacchus, Dulcinée dans Don Quichotte, la tragique Posthumia dans Roma, Colombe dans Panurge, notre Cléopâtre et sans aucun doute Amadis… Mais la mort du compositeur verra ces beaux projets quelque peu perturbés… et finalement Lucy Arbell ne créera ni Cléopâtre ni Amadis. Et malheureusement, toutes ces œuvres de la fin de la carrière de Jules Massenet tomberont dans l’ombre des grands succès, alors qu’ils portent en eux de magnifiques pages. Seul Don Quichotte est vu assez régulièrement sur les scènes. Mais nous avons la chance d’avoir pour beaucoup des enregistrements… et pour cet article, ce sera Cléopâtre qui sera évoquée ! Continuer…