Retour sur scène d’Oya Kephale avec un superbe Barbe-Bleue d’Offenbach bien sûr!

Pour tout amateur d’Offenbach qui se respecte, le nom de l’ensemble Oya Kephale n’est pas un mystère. Il est directement extrait de La Belle Hélène et du couplet d’Oreste. On comprend donc juste à la lecture du nom de l’association que l’on a affaire à des affamés d’Offenbach. Malheureusement, si en 2019 ils avaient pu donner une superbe Périchole, les deux années dernières les ont empêché de donner leur Offenbach annuel (La Vie Parisienne). Heureusement, ils avaient réussi en décembre 2019 à proposer leur concert de fin d’année et de même en 2021, entièrement consacré à Camille Saint-Saëns. Mais les voici de retour pour Offenbach, et ce n’est pas le plus connu de tous : Barbe-Bleue. Cet opéra bouffe est créé en février 1866, coincé entre La Belle Hélène (décembre 1864) et La Vie Parisienne (octobre 1866). Bien sûr il y a quelques autres pièces entre elles, mais on voit que l’on est dans une grande période créatrice d’Offenbach et Barbe-Bleue n’a pas eu la même carrière que ses voisins. Mais quel plaisir de retrouver tous ces talents toujours aussi motivés pour s’amuser et amuser le public! Continuer…

La Colombe, un petit Gounod à ré-évaluer!

Édouard Bénazet avait commandé pour la saison estivale de Baden-Baden un opéra à Charles Gounod. Ce devait être Philémon et Baucis mais comme indiqué dans l’article précédent, ce ne fut pas le cas pour plusieurs raisons. Mais l’année suivante, un autre opéra est commandé à Gounod et ce sera La Colombe, opéra adapté lui aussi d’un écrit de Jean de la Fontaine : le conte Le Faucon. Ainsi, La Colombe est créée avec grand succès lors des quatre représentations de août 1860 au Théâtre de la Conservation à Bade (ancien nom de Baden-Baden). Le livret est écrit par le duo habituel Barbier et Carré mais ce qui est plutôt inhabituel, c’est la rapidité de composition de Gounod. Il ne lui faudra que deux semaines pour arriver au bout de l’ouvrage. Et de ses dires, il composa entre deux portes, sur une table de chambre d’hôtel ou dans un train. On reste ici dans les opéras-comiques de petite dimension et la finesse d’écriture est assez surprenante pour de telles conditions! Bade lui fera un triomphe pour quatre représentations en 1860 alors que malgré un bon accueil Paris ne verra cette Colombe que pour une seule représentation en 1866. Continuer…

Cendrillon de Massenet entre enfin au répertoire de l’Opéra national de Paris!

Encore Massenet! Eh oui, on pourrait croire que l’on fête enfin le centenaire de la mort de Jules Massenet avec dix ans de retard. Surtout pour l’Opéra National de Paris! N’oublions pas qu’il avait osé proposer en 2012 la si rare Manon! En même temps, pour le bicentenaire de la naissance de Charles Gounod, il proposera au public… aucune œuvre du compositeur. Mais voici donc enfin l’entrée au répertoire de la Cendrillon de Jules Massenet. L’ouvrage a connu un retour en grâce par deux productions : celle de Benjamin Lazare (créée à l’Opéra-Comique en 2011 et qui voyagera à Luxembourg) puis celle de Laurent Pelly (créée à Londres en 2011 elle aussi et qui voyagera à Bruxelle, New-York et Chicago). Le captation vidéo de cette dernière production avec rien de moins que Joyce DiDonato dans le rôle titre et Ewa Podles dans le rôle de la marâtre a sans doute aidé à la diffusion de l’œuvre. On regrettera juste que la splendide mise en scène et la grande qualité musicale de celle de Benjamin Lazare et Marc Minkowski n’ait que trop peu été reprise et surtout n’ait pas été filmée. Mais cette nouvelle mise en scène de Mariame Clément sera préservée puisqu’elle a été diffusée début avril sur Culturebox. On pourra juste se demander si la grande salle de Bastille était le cadre parfait pour une telle œuvre. Continuer…

Jaho, Tézier et Pati : un trio magnifique pour une grande Thaïs au Théâtre des Champs-Élysées.

Soirée de gala ou presque en ce samedi soir au Théâtre des Champs-Élysées. Voilà qu’enfin nous retrouvons un Massenet rare à l’affiche. Certes Cendrillon est donné actuellement à l’Opéra National de Paris… mais depuis combien de temps n’avions-nous pas eu le plaisir d’entendre Thaïs? Il y eut les extraits magnifiques donnés par les forces de Saint-Étienne en 2012 à l’Opéra-Comique avec la sublime Nathalie Manfrino… et auparavant sans doute faut-il aller vers la version de concert qui réunissait l’immense Renée Fleming et Gerald Finley en 2007 au Théâtre du Châtelet. Alors certes nous avons des Werther et Manon régulièrement. Mais pourquoi se limiter à ces deux seuls titres quand le talent de Jules Massenet a donné naissance à tant de magnifiques opéras dans des styles si variés. L’année prochaine sera festive puisque le Théâtre des Champs-Élysées propose non seulement Hérodiade mais aussi Grisélidis (en partenariat avec le Festival de Montpellier a priori) ! Deux raretés en une même saison d’une scène parisienne. Et on murmure qu’Ariane serait enfin enregistrée à Munich après le triste abandon de Bacchus à Montpellier les années précédentes. Mais ce soir nous avions Thaïs, porté par une distribution d’où brillent trois noms : Ermonela Jaho, Ludovic Tézier et Pene Pati! Continuer…

Atys dansé à l’Opéra Royal de Versailles.

Dans l’imaginaire de lullyste convaincus, Atys est forcément lié à William Christie musicalement et à Jean-Marie Villégier visuellement. Le spectacle de ce dernier aura figé dans les mémoires une grande cérémonie funèbre contemporaine de Louis XIV, toute baignée dans les teintes allant du blanc au noir en passant par le gris, le bleu, le bleu marine et l’argent bien sûr. Le spectacle a été repris en 2011 à l’Opéra-Comique et une captation en témoigne pour que s’ancre encore plus cette vision dans les esprits. Mais voici qu’une nouvelle production vient maintenant à Versailles (où avait été donnée la production des Arts Florissants en 2011 aussi!) qui offre une approche visuelle totalement différente, sans les grands noms des spécialistes du baroque français. Les deux grands artistes que sont Leonardo Garcí Alarcón et Angelin Preljocaj allaient ainsi nous transporter dans un monde différent, sachant s’extraire de ce modèle maintenant devenu mythique pour offrir une autre vision de cette grandiose tragédie en musique. Continuer…

Roméo et Juliette de Gounod sauvé par Perrine Madoeuf et Pene Pati à l’Opéra-Comique.

C’était sans doute le spectacle le plus attendu en cette période de Noël. Depuis quelques années, l’Opéra-Comique propose un opéra français en fin d’année… souvent rare, parfois juste peu monté. C’est le cas de ce Roméo et Juliette de Gounod qui n’avait pas connu les honneurs d’être représenté en version scénique à Paris depuis les mythiques représentations de 1994 qui réunissaient Roberto Alagna, Nuccia Focile et Michel Plasson. J’avais eu la chance à l’époque d’être présent en salle, mais n’ayant que onze ans, les souvenirs sont assez flous. Mais il y avait tout de même une certaine émotion de revenir dans la Salle Favart vingt-sept ans après. Et les émotions étaient aussi dûes aux circonstances. Alors que toutes les répétitions s’étaient bien passées, voilà que le jour de la répétition générale, le ténor Jean-François Borras qui devait chanter Roméo est testé positif au COVID 19… Il est alors remplacé au pied levé par Sébastien Guèze alors que le metteur en scène joue le personnage. Puis la veille de la première, c’est Julie Fuchs qui est elle aussi testée positive. Il faut donc trouver non pas un mais deux chanteurs pour reprendre ce couple maudit. Nous arrivent alors Perrine Madoeuf et Pene Pati pour prendre la relève en quelques heures pour une première triomphale. Durant la journée entre les deux représentations, nul doute que le travail scénique de ces deux artistes a dû être intense vu la qualité proposée. Mais c’était donc non seulement des retrouvailles mais aussi un spectacle miraculeusement sauvé! Continuer…

Bayreuth délocalisé à Paris pour une soirée!

Quelle surprise lors de l’ouverture du programme de la première partie de la saison de la Philharmonie de Paris que de voir une soirée donnée par l’orchestre du Festival de Bayreuth! Cet ensemble composé de musiciens faisant partie des meilleurs orchestres d’Europe ne joue habituellement jamais en dehors du cadre du Festival. Et même là il est très très rare de le voir sur scène, étant avant tout un orchestre de fosse, et même de fosse couverte vu la spécificité du Festspielhaus. Avec les jauges réduites lors de l’ouverture des réservations, difficile d’avoir une place ou du moins une bonne place. Il y a quelques semaines, devant l’amélioration des conditions sanitaires, la jauge a pu être supprimée et de nombreuses (très bonnes) places ont pu ainsi ravir ceux qui n’avaient pas réussi à prendre des places auparavant (mais sans pour autant faire bénéficier de meilleures places à ceux qui avaient réussi!). C’est donc dans une salle quasi pleine et avec des musiciens non masqués que se déroule ce concert, presque dans des conditions habituelles n’étaient les masques du public. Continuer…

Dans les Jardins de William Christie 2021 : dixième anniversaire.

La tradition avait été rompue l’année dernière vu les conditions de déroulement du festival (pas de déambulation, une structure beaucoup plus stricte dans les placements…). À l’époque, la peur était de ne pas retrouver cette ambiance, d’avoir un festival moins festif et bucolique. Mais en 2021, tout est revenu à la normale et me revoici donc dans les Jardins de William Christie! Beaucoup de programmes cette année encore avec des artistes renommés qui continuent toujours à venir tous les étés. On pourrait même penser que l’on assiste à une sorte de renaissance des Arts Florissants quand on voit combien de jeunes musiciens comme Thomas Dunford, Théotime Langlois de Swarte, Myriam Rignol ou encore Lea Desandre sont toujours fidèles au rendez-vous et semblent s’impliquer toujours plus dans les programmes des promenades musicales. Mais les fondamentaux restent bien présents : William Christie reste le maître même s’il partage de plus en plus la baguette avec Paul Agnew. Ainsi le concert du soir sera dirigé par l’ancien haute-contre (The Indian Queen de Purcell} alors que le chef historique jouera un concert pour deux clavecins avec Justin Taylor (là encore un autre jeune musicien de très haut niveau qui vient s’associer à cette manifestation!) à l’église de Thiré. Continuer…

L’incroyable Coq d’Or par Barry Kosky au Festival d’Aix-en-Provence

Il est rare de pouvoir assister en France à un opéra de Rimsky-Korsakov. L’opéra russe n’est que peu représenté et toujours avec les mêmes quelques ouvrages : Eugen Onegin, Boris Godounov et éventuellement Khovanshchina ou La Dame de Pique. Donc principalement Tchaikovsky ou Moussorgsky. Aussi, lorsque l’année dernière avait été annoncé le programme du Festival d’Aix-en-Provence, la joie était grande. Puis il a été annulé. La production a finalement pu être créée à Lyon ce printemps mais dans des conditions difficiles… et enfin le Coq va pouvoir lancer ses cris dans la cour de l’Archevêché! Ouvrage étrange et complexe, dernier opéra d’un compositeur versatile et passionnant, Le Coq d’Or bénéficie de plus de la mise en scène de Barry Kosky, artiste débordant d’imagination à qui l’on doit quelques grandes productions comme par exemple la Flûte Enchantée vue à l’Opéra-Comique. Les échos des représentations à Lyon étaient très bons et en effet, l’ovation qui salue la fin du spectacle a montré combien le public a été séduit non seulement par la mise en scène, mais aussi par l’œuvre en elle-même ainsi que par la distribution! Continuer…

Le Cygne Noir : Monteverdi et ses contemporains au Festival d’Aix-en-Provence

Le Festival d’Aix-en-Provence est renommé pour Mozart et les créations, mais aussi depuis quelques années par des productions d’ouvrages romantiques de prestige comme Tristan und Isolde pour 2021. Mais l’ADN du festival est aussi porteur de gènes baroques bien sûr, qu’ils soient italiens ou français. Après l’annulation malheureuse de tout le Festival l’année dernière et en particulier de L’Incoronazione di Poppea, voici un spectacle entièrement dévolu au baroque et même on pourrait dire au premier baroque italien tant il est centré sur Monteverdi, ses contemporains et ses descendants directs. Pas d’ouvrage complet mais une sorte de pasticcio avec comme pièce centrale le fameux Combatimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi. Et pour nous faire entendre des ouvrages souvent rares, un grand habitué des résurrections a été convoqué en la personne de Sébastien Daucé accompagné de son Ensemble Correspondance. Le choix du Théâtre du Jeu de Paume est aussi une excellente idée tant le cadre permet de profiter de tous les détails, mais aussi d’être proche de la scène où Silvia Costa a concocté un spectacle assez étrange. Continuer…