Mady Mesplé, une Lakmé éternelle qui ne doit pas cacher d’autres immenses talents

En cette fin de confinement, Mady Mesplé nous quittait à 89 ans. Quelques semaines avant c’était Gabriel Bacquier, quelques jours après ce sera Janine Reiss. C’est une partie du chant français qui s’en va avec deux grands interprètes et une cheffe de chant des plus réputée. Mais personnellement, c’est surtout le départ de la soprano qui me touche le plus. Elle qui fut l’étoile du chant français durant de si nombreuses années, elle qui se frotta à tant de répertoires différents, depuis la musique baroque de Vivaldi jusqu’aux créations contemporaines et passant bien sûr par le bel-canto, l’opéra français, l’opérette… et la mélodie. Grande artiste, elle apportait à tout ce qu’elle chantait une sensibilité magnifique et un brillant que certains lui reprocheront. La maladie de Parkinson l’obligera à se retirer des scènes mais ne l’empêchera pas de former de nombreux grands chanteurs comme Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou ou encore Elisabeth Vidal qui aura été elle aussi une grande Lakmé. Continuer…

Elsa Dreisig nous promène entre Duparc, Rachmaninov et Strauss

Même si les bonnes manières trouvent indélicat de donner l’âge des dames, il faut tout de même indiquer celui d’Elsa Dreisig pour mesurer toute l’étendue du talent de la jeune soprano franco-danoise. À tout juste 29 ans, voici qu’elle nous propose un deuxième disque chez Erato, mais aussi un voyage artistique mené de main de maître. Après avoir été Elvira dans Les Puritains cet automne à l’Opéra-Bastille, voici qu’elle entame une tournée autour de son nouveau récital « Morgen » où se côtoient des mélodies de Duparc, Rachmaninov et Strauss. Ces trois noms sont sans doute parmi les plus grands représentants des écoles respectivement française, russe et allemande de la mélodie. Malgré tout, le Théâtre des Champs-Élysées n’était pas plein, à tel point que ce dernier a offert des places à ses abonnés… triste monde où de tels programmes n’arrivent pas à remplir un théâtre, surtout qu’Elsa Dreisig est précédé d’une assez flatteuse réputation dans ce répertoire de la mélodie. Bien loin donc de la folie d’Elvira, voici qu’elle doit concentrer ses effets pour donner tout son sens à ce programme superbement construit. Continuer…

Renée Fleming, récital d’une grande artiste

S’il y a une ville où il fallait être en ce mardi 10 octobre 2017, c’était assurément à Paris tant les évènements étaient nombreux : face à la venue de Thomas Hengelbrock et Pavol Breslik à la Philharmonie de Paris, l’Opéra de Paris inaugurait la nouvelle production de Don Carlos avec rien moins que Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Ludovic Tézier, Elīna Garanča et Ildar Abdrazakov dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski… et Renée Fleming venait pour un récital avec piano au Théâtre des Champs-Élysées. Cette dernière a maintenant une place particulière parmi les divas de notre temps : discrète hors de la scène, mais toujours d’une grande intelligence et d’une curiosité sans borne, l’américaine s’est faite une place par son art du chant, mais aussi par cette classe qui lui est propre. Alors qu’elle a annoncé son retrait des opéras scéniques, elle continue à se produire en récital pour le plus grand plaisir d’un public fidèle… même si pour cette venue sur Paris, la salle du Théâtre des Champs-Élysées était loin d’être pleine : concurrence des autres salles, soirée de grève, peur du répertoire avec piano ? Les présents auront eu été récompensé de leur curiosité et leur attachement car Renée Fleming offre un récital de toute beauté ! Continuer…

Die Frau Ohne Schatten, Böhm 1955 : tout simplement légendaire!

FROSCH_55Il est commun de parler pour certains enregistrements de disques légendaires ou mythiques… mais s’il en est bien un qui mérite ces qualificatifs, c’est l’enregistrement studio de Die Frau Ohne Schatten de 1955 pour DECCA dirigé par Karl Böhm. Non seulement il est d’une qualité admirable, mais les circonstances de son enregistrement, sa place dans la discographie de l’œuvre, sa rareté et son témoignage d’une époque ajoutent encore à l’aura qui le pare. Bien sûr, d’autres enregistrements de cet opéra magique de Richard Strauss sont reconnu et admirés, avec bien sûr d’autres captations dirigées par Böhm (en 1977 par exemple), Karajan ou Solti. Mais voilà… peuvent-elles rivaliser d’un point de vue historique ? Sans parler de la qualité qui est somme-toute souvent relatif en fonction des préférences de chacun… quelle autre enregistrement d’opéra a inspiré une mise en scène de ce même opéra par exemple ? Bien peu… Cette version est certes affligée de coupures, mais pour l’époque, la partition est plutôt bien conservée si l’on compare à certains enregistrements postérieurs ! Continuer…

Fascinante Elektra par Patrice Chéreau

elektra_chereau0Rien que le nom de Patrice Chéreau associé à celui d’Elektra avait fait trembler d’impatience nombre de lyricomanes. Certains ont eu la chance de voir le spectacle dans le Grand Théâtre d’Aix en Provence, d’autres l’ont suivi sur Internet… et moins d’un an après, c’est en DVD que nous est servi ce spectacle. Résultat du montage de deux représentations et de plans serrés réalisés lors des dernières répétitions, on y retrouve l’impact visuel montré par le direct et particulièrement la prestation hallucinante et hallucinée d’Evelyn Herlitzius. Quelques mois après cet immense succès, le metteur en scène Patrice Chéreau disparaissait, rendant encore plus important son dernier travail lyrique.

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