Esclarmonde en 1889, un opéra digne de l’Exposition Universelle!

 

Si l’on suit l’ordre de composition, ce serait Werther qui suivrait Le Cid. Mais Jules Massenet aura bien des difficultés pour réussir à faire monter son opéra dont les premières esquisses datent de 1880 et le plus gros de la composition entre 1885 et 1887. Au final, son opéra romanesque Esclarmonde sera créé avant Werther, attirant les foules lors de sa création neuf jours après l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris en 1889. Cette partition avait tout pour faire parler avec sa débauche d’effets tant musicaux que scéniques. Et en effet, l’ouvrage sera rapidement un grand succès, affichant 110 représentations en deux ans malgré la difficultés du rôle-titre. Et justement, ce rôle titre n’est pas pour rien dans la composition de cet opéra puisque c’est sans doute la rencontre avec la jeune Sybil Sanderson qui sera le déclencheur pour que l’écriture débute véritablement. Massenet avait sans doute reçu le livret bien avant 1887, date de la première rencontre du musicien et de la soprano. Influencé par ses auditions de Parsifal ou même du Ring de Wagner, Massenet se lance dans une partition complexe où les thèmes mais aussi les leitmotivs rappellent le maître de Bayreuth. Au fil des ans, la partition est représentée un petit peu partout dans le monde, mais pour peu de représentations. Jamais totalement tombée dans l’oubli, elle ne sera pas non plus jouée très régulièrement, Massenet ne poussant pas pour de grandes reprises. De nos jours, c’est bien sûr le couple formé par la soprano Joan Sutherland et le chef d’orchestre Richard Bonynge qui a remis l’ouvrage en lumière à partir de 1974. Continuer…

1885, Le Cid de Massenet : un grand-opéra espagnol adapté entre autres de Corneille.

Après le grand succès de Manon, Jules Massenet est toujours plus reconnu par les directeurs d’opéras et il se lance dans un grand opéra pensé pour l’Opéra Garnier. Avec Le Cid, il nous emmène dans l’Espagne du onzième siècle, avec serments, honneur et guerre. La partition connaîtra un beau succès mais étrangement à partir de la première guerre mondiale, elle disparaît des affiches et la discographie montre bien le peu de cas qui est fait de cet opéra de nos jours, jugés par certains comme un opéra mineur de Massenet (mais qui serait un très bon pour beaucoup d’autres compositeurs) de par son inspiration et le sujet traité. De nos jours, l’opéra semble avoir retrouvé un petit peu de lumière avec le soutien de chanteurs comme Placido Domingo pendant plus de vingt ans et Roberto Alagna plus récemment. Mais alors que quelques titres du compositeur stéphanois sont donnés un peu partout (Manon et Werther principalement bien sûr!), Le Cid reste parmi les mal-aimés. La plongée dans cette partition aura été passionnante pour moi… et l’écoute de toutes ces versions trouvées intéressantes même si ne révélant finalement pas de grosse surprise! Continuer…

1884, Jules Massenet triomphe avec Manon

Parmi les partitions d’opéra français les plus jouées et les plus connues, Manon figure dans les premiers et est sans doute avec Werther l’opéra le plus connu de Jules Massenet. Créé en 1884 sur la scène de l’Opéra-Comique, c’est encore une autre facette du compositeur qui est ici exploitée, se confrontant au style de l’opéra-comique tout en en changeant là encore les codes avec la disparition des dialogues parlés remplacés par de nombreux mélodrames. C’est aussi l’affirmation du compositeur qui ose arriver devant le directeur de l’Opéra-Comique avec non pas une partition manuscrite mais imprimée, signifiant ainsi à Léon Carvalho qu’il n’aura pas ici la possibilité d’adapter, de couper et de modifier l’ouvrage comme il aimait tant le faire. Pour une partition aussi connue, il y a bien sûr de nombreux enregistrements qui existent et je me limiterais ici aux enregistrements studio officiels, de 1923 à 1999, en laissant de côté des versions superbes mais captées sur le vif. Cela fait tout de même rien de moins que sept versions très variées qui montrent aussi une certaine évolution du chant et du style appliqué à une même Å“uvre. Continuer…

1881, une naissance difficile pour Hérodiade de Jules Massenet

Avant même que le succès ne soit sûr pour Le Roi de Lahore, Jules Massenet regarde déjà vers un grand opéra et Louis Gallet lui propose La Fille de Jephté, promettant un opéra très dramatique mais qui reste dans le domaine religieux après le succès de son oratorio Marie-Magdeleine. Finalement le projet n’ira pas plus loin et au cours de l’été 1877, Massenet reçoit le livret de Robert de France, toujours écrit par Gallet. Il semble que le compositeur en ait déjà composé deux actes en 1878 avant d’abandonner. Car à l’automne 1877, un autre sujet a été proposé lors du séjour de Massenet en Italie pour la création du Roi de Lahore. Giulio Ricordi lui suggère de se pencher sur le cas d’Hérodiade, inspiré du troisième des Trois Contes de Flaubert. Massenet y retrouve un certain orientalisme, des personnages féminins forts… mais aussi un sujet assez sulfureux qui causera beaucoup de soucis au compositeur pour l’écriture ainsi que pour la création. Alors que l’opéra devait être créé presque en même temps à Milan et à Paris, il sera finalement créé en 1881 à Bruxelles uniquement avant d’arriver en Italie en 1882, puis à Paris en 1884 en italien… et il faudra attendre 1903 pour que Paris découvre la version originale. Deux versions de la partition sont documentées par des éditions piano-chant : une version de 1881 en trois actes et cinq tableaux et la version de 1884 (telle que sera créé l’Å“uvre à Paris au Théâtre des Italiens) en quatre actes et sept tableaux. Mais la partition a été retouchée de très nombreuses fois par le compositeur entre sa version primitive en cinq actes et la version que l’on connaît actuellement. Continuer…

1877, Entrée de Jules Massenet à l’Opéra de Paris avec Le Roi de Lahore

Même avant la création de Don César de Bazan, Jules Massenet cherchait un livret qui lui ouvrirait les portes de la scène de l’Opéra de Paris. Il lui faudra quelques essais finalement avortés comme Les Templiers et un opérette (L’Adorable Bel-Boul) avant qu’il ne se fixe sur un livret de Louis Gallet : Le Roi de Lahore. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble pour l’oratorio Marie-Magdeleine créé en 1872. Mais avoir un sujet ne suffisait pas. Il fallait aussi un accord du directeur de l’Opéra. Et à cette époque, Henri Halanzier-Dufresnoy reste assez frileux quant à proposer la nouvelle scène de l’Opéra Garnier à de jeunes compositeurs. Mais finalement, après une longue négociation, il finit par accepter de créer ce Roi de Lahore, tout en sécurisant son investissement par une mise en scène grandiose : la scénographie coûtera près de 300 000 francs de l’époque! Mais même sans cela, le triomphe de la partition aurait suffit à lui permettre de rentabiliser cette nouvelle création qui permettra à Massenet de se hisser à la hauteur des plus grands compositeurs français. L’ouvrage ira vite conquérir d’autres villes européennes mais jamais cette partition ne rentrera dans le cercle très fermé des quelques immenses succès de Massenet encore donnés régulièrement de nos jours. Continuer…

1872, premier opéra majuscule de Massenet : Don César de Bazan !

Ces dernières années, j’ai essayé de faire un point sur les différents opéras de Gounod ainsi que les oratorios et le Requiem en Ut. Mais il y a un moment où il faut passer à autre chose. Alors… autant se tourner vers Massenet! Jules Massenet a composé bon nombre d’opéras et d’oratorios durant sa carrière et actuellement, de tous ceux dont les partitions nous sont parvenues, il ne reste que Bacchus que l’on ne connait pas du tout. Il devait être monté à Montpellier en version de concert (et sûrement enregistré) mais malheureusement le COVID a empêché ces représentations. Pour Panurge, il n’existe qu’une bande pirate mais qui est écoutable. Pour l’opérette L’adorable Bel-Boul, il n’y a rien non plus mais on n’est pas ici dans un opéra. Enfin, La Grand’Tante a été la première réussite de Massenet en 1867 mais malheureusement la partition de cet opéra en un acte a été perdue durant l’incendie de l’Opéra-Comique de 1887. Il ne nous reste donc que la réduction pour piano qui n’a a priori jamais été remise sur le métier pour au moins présenter cette version réduite. Nous passerons donc immédiatement à Don César de Bazan créé en 1872, puis retravaillé en 1888 après que la partition d’orchestre n’ait elle aussi brûlée dans l’incendie de l’Opéra-Comique.

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Cendrillon de Massenet entre enfin au répertoire de l’Opéra national de Paris!

Encore Massenet! Eh oui, on pourrait croire que l’on fête enfin le centenaire de la mort de Jules Massenet avec dix ans de retard. Surtout pour l’Opéra National de Paris! N’oublions pas qu’il avait osé proposer en 2012 la si rare Manon! En même temps, pour le bicentenaire de la naissance de Charles Gounod, il proposera au public… aucune Å“uvre du compositeur. Mais voici donc enfin l’entrée au répertoire de la Cendrillon de Jules Massenet. L’ouvrage a connu un retour en grâce par deux productions : celle de Benjamin Lazare (créée à l’Opéra-Comique en 2011 et qui voyagera à Luxembourg) puis celle de Laurent Pelly (créée à Londres en 2011 elle aussi et qui voyagera à Bruxelle, New-York et Chicago). Le captation vidéo de cette dernière production avec rien de moins que Joyce DiDonato dans le rôle titre et Ewa Podles dans le rôle de la marâtre a sans doute aidé à la diffusion de l’Å“uvre. On regrettera juste que la splendide mise en scène et la grande qualité musicale de celle de Benjamin Lazare et Marc Minkowski n’ait que trop peu été reprise et surtout n’ait pas été filmée. Mais cette nouvelle mise en scène de Mariame Clément sera préservée puisqu’elle a été diffusée début avril sur Culturebox. On pourra juste se demander si la grande salle de Bastille était le cadre parfait pour une telle Å“uvre. Continuer…

Jaho, Tézier et Pati : un trio magnifique pour une grande Thaïs au Théâtre des Champs-Élysées.

Soirée de gala ou presque en ce samedi soir au Théâtre des Champs-Élysées. Voilà qu’enfin nous retrouvons un Massenet rare à l’affiche. Certes Cendrillon est donné actuellement à l’Opéra National de Paris… mais depuis combien de temps n’avions-nous pas eu le plaisir d’entendre Thaïs? Il y eut les extraits magnifiques donnés par les forces de Saint-Étienne en 2012 à l’Opéra-Comique avec la sublime Nathalie Manfrino… et auparavant sans doute faut-il aller vers la version de concert qui réunissait l’immense Renée Fleming et Gerald Finley en 2007 au Théâtre du Châtelet. Alors certes nous avons des Werther et Manon régulièrement. Mais pourquoi se limiter à ces deux seuls titres quand le talent de Jules Massenet a donné naissance à tant de magnifiques opéras dans des styles si variés. L’année prochaine sera festive puisque le Théâtre des Champs-Élysées propose non seulement Hérodiade mais aussi Grisélidis (en partenariat avec le Festival de Montpellier a priori) ! Deux raretés en une même saison d’une scène parisienne. Et on murmure qu’Ariane serait enfin enregistrée à Munich après le triste abandon de Bacchus à Montpellier les années précédentes. Mais ce soir nous avions Thaïs, porté par une distribution d’où brillent trois noms : Ermonela Jaho, Ludovic Tézier et Pene Pati! Continuer…

Amadis, dernier opéra de Jules Massenet

À la mort de Jules Massenet, trois opéras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c’est Panurge qui est créé au Théâtre-Lyrique de la Gaîté. Suivra en 1914 Cléopâtre à Monte-Carlo dont il a été question dans un article précédent. Puis il faudra attendre 1922 pour qu’enfin le dernier opéra de Jules Massenet soit créé. Ce sera là encore à Monte-Carlo. On peut sans aucun doute penser que la première guerre mondiale a coupé la volonté de créer ces opéras, mais peut-être aussi était-ce un manque de volonté alors que le compositeur n’était plus très à la mode. Toujours est-il qu’enfin était donné au public Amadis, cet opéra légendaire dont les débuts de la composition dataient de 1889. On se doute que la descendance de Jules Massenet souhaitait pouvoir faire entendre cet ouvrage et en toucher les dividendes. Et contrairement à Cléopâtre, il n’y eu aucun souci pour la distribution de la création. Lucy Arbell était certes toujours prévue par le compositeur pour le rôle titre, mais la déconvenue juridique et les années avaient semble-t-il fait renoncer la chanteuse (toujours en activité, elle chante par exemple Dulcinée dans Don Quichotte en 1924 à l’Opéra de Paris) à se battre pour faire respecter les dernières volontés de son vieux maître. Continuer…

Marina Rebeka et le répertoire français

Quand on regarde la discographie et le calendrier de Marina Rebeka, on se demande bien ce qui l’amène au répertoire français du milieu du XIXè siècle, surtout dans ce style au final assez peu vocalisant comparé à ce qui se faisait quelques années avant à la Salle Pelletier ! Car elle a beaucoup chanté Rossini, Mozart, Bellini, Donizetti… Bien sûr le bel-canto ne repose pas uniquement sur la technique, mais on voit tout de même un certain tropisme vers le répertoire vocalisant et dans son registre, le répertoire français a peu de place malgré quelques incarnations scénique : Marguerite dans le Faust de Gounod, Leila dans Les Pêcheurs de Perles, Thaïs, Antonia dans Les Contes d’Hoffmann… et Micaela dans Carmen. On retrouve dans le programme de ce récital un certain nombre de personnages déjà abordés, mais aussi des nouveautés. Il y a un an, son album Spirito avait été une révélation pour beaucoup d’amateurs et en France sa Norma la confirmation de son impact et de sa présence scénique dans le répertoire du bel-canto. Peu de temps après, sa Traviata enregistrée en studio nous la montrait encore sous un autre angle. Ici le défit est tout autre… et il faut avouer qu’il est admirablement relevé ! Continuer…