Quand La Belle Hélène oublie son caractère de farce voulu par Offenbach

Lorsque l’on parle d’Offenbach, on pense forcément à sa Belle Hélène. De par son sujet et sa musique, la partition a immédiatement su convaincre et attirer de nombreux spectateurs. Il faut dire que le compositeur a proposé bon nombre de trouvailles plus loufoques les unes que les autres tout en sachant aussi ménager des moments tendres et délicats. L’Opéra-Comique devait monter la production de Michel Fau en début d’année, mais malheureusement les conditions sanitaires ont fait que le spectacle a été annulé et remplacé par un grinçant “Gala pour salle vide” où se mêlent rire et sourire amer. Mais là, le public se déplaçait pour un concert joyeux, plein d’airs et d’ensemble aussi fantasques que joyeux. Quelques jours avant la représentation, une note est arrivée sur le site du Théâtre des Champs-Élysées indiquant que le livret avait été “mis à jour” par Lionel Rougerie. Mais bon, rien ne pourra jamais gâcher la joyeuse farce qu’est La Belle Hélène. Et avec en tête d’affiche Cyrille Dubois et Gaëlle Arquez, comment résister. Sauf que… Continuer…

La Fille de Madame Angot, surprise et bonne humeur au TCE!

Charles Lecocq n’est pas un inconnu des mélomanes et parmi ses ouvrages, bien sûr la plus connue reste cette Fille de Madame Angot. Enregistré avec Mady Mesplé dans le rôle titre, régulièrement repris au vingtième siècle, l’œuvre reste connue au moins de nom sinon musicalement. Car j’avoue humblement qu’à l’origine cet ouvrage ne me disait trop rien, ne m’attirait pas forcément malgré la distribution étincelante. Et puis le même jour, l’orchestre du Metropolitan Opera de New-York devait venir à la Philharmonie pour un programme Wagner. Annulation aidant, voilà que je finis par prendre une place. Après tout, ça ne peut pas être une mauvaise soirée. Et quelle surprise! Non pas une bonne soirée, mais une soirée magnifique. La partition, l’orchestre et les solistes, tout cela réuni pour un opéra-comique léger, plein de verve et de rebondissement. Depuis quelques temps le Palazzetto Bru Zane nous fait découvrir ces partitions un petit peu à la marge, parfois opérettes ou comédies musicales du début du vingtième. Mais ici nous avons un véritable opéra-comique qui charme et enchante l’oreille. Continuer…

Deuxième dose de Saint-Saëns, version Les Siècles à la Philharmonie!

Une semaine après le superbe concert dirigé par Tugan Sokhiev, de nouveau un programme entier dévolu à Camille Saint-Saëns à la Philharmonie de Paris ! Abondance de biens ne nuit pas bien sûr, d’autant plus que les programmes sont à l’opposé. Après un programme sans grande rareté (en dehors de l’ouverture), voici des pièces beaucoup moins données ! Les quatre poèmes symphoniques déjà, mais à cela s’ajoutent quelques pièces pour violon ou piano et un petit morceau de ballet extrait d’un opéra. Bien sûr, tout le monde connait une version ou l’autre de la Danse Macabre, mais la version purement orchestrale est sans doute loin d’être la plus connue ! Et puis il y a des grandes raretés comme la fantaisie pour piano et orchestre Africa. C’est plus de trente ans de l’œuvre de Camille Saint-Saëns qui est ici balayée. Et pour servir ces partitions, rien de moins que François-Xavier Roth à la tête de sa formation Les Siècles. Orchestre historiquement informé jouant sur instrument d’époques, ils sont toujours d’une probité exemplaire et d’un engagement constant, surtout sous la conduite d’un chef passionné par ce répertoire ! Et pour les accompagner, voici deux grands noms parmi les musiciens solistes : Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou ! Un concert qui s’annonçait donc sous les meilleurs auspices ! Continuer…

Saint-Saëns comme on voudrait l’entendre plus souvent à la Philharmonie de Paris

Pour l’ouverture du huitième Festival Palazzetto Bru Zane de Paris, Camille Saint-Saëns était bien sûr à l’honneur avec une partition extrêmement rare : The Promised Land, oratorio anglais créé dans la dernière décennie du compositeur et créé en 1913. La partition avait été perdue à partir de 1916 puis retrouvée pour des concerts en 2005. La distribution était brillante et on attendait forcément beaucoup de ce moment. Malheureusement, la crise sanitaire est passée par là, empêchant de réunir un effectif aussi immense que le demande l’ouvrage (en 2005, il y avait environ 300 artistes pour la recréation). Le programme fut donc changé, mais encore consacré à Camille Saint-Saëns fort heureusement. Nous aurons donc un programme assez traditionnel dans sa forme : une ouverture (de la Princesse Jaune), un concerto (pour violoncelle) et une symphonie (le troisième avec orgue bien sûr !). Du premier programme restent donc le compositeur ainsi que le chef et l’orchestre. Car ce sont toujours les forces de Toulouse qui viennent rendre hommage au génial compositeur alors que l’Opéra de Paris encore une fois ne fait rien pour le centenaire de sa mort. Si ce concert n’est peut-être pas le plus original qui soit, il marque tout de même encore un retour : le retour personnel dans la grande salle de la Philharmonie avec un grand orchestre moderne. Après l’Opéra-Comique et Orfeo, on change totalement de style et d’ambiance pour un concert splendide ! Continuer…

Le Médecin Malgré Lui, quand Gounod regarde vers les grands anciens

Le choc était rude après la disparition subite de La Nonne Sanglante mais Charles Gounod remit le métier en place et souhaitait se lancer dans la composition d’un Ivan le Terrible à partir de 1856. Malheureusement, le livret fut interdit par la censure. On retrouvera quelques morceaux dans le Faust qui devait être l’opéra suivant créé au Théâtre-Lyrique. Tout était prévu, la composition avançait fort bien… mais Léon Carvalho (directeur du théâtre), appris qu’une pièce sur le même sujet devait être représentée au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Il n’était donc plus envisageable de représenter tout de suite l’ouvrage. Gounod arrêta donc et Léon Carvalho lui proposa de travailler sur une pièce adaptée de Molière. Après consultation avec les librettistes Barbier et Carré, le choix se porta sur Le Médecin Malgré Lui avec en prévision une création pour 1858. Pour la première fois, le compositeur allait se frotter à un ouvrage comique. La forme était établie : une grande partie du texte de Molière était conservé et le texte des parties chantées étaient elles de Barbier et Carré. Gounod renouait avec l’histoire puisqu’à la création du Malade Imaginaire il existait des musiques de Charpentier, et encore auparavant Lully avait écrit les musiques de plusieurs comédies-ballets comme Le Bourgeois Gentilhomme. La seule différence (et de taille !) est qu’ici le dialogue n’a pas pu avoir lieu entre le compositeur et le dramaturge ! Continuer…

La Nonne Sanglane, ou Gounod gothique!

Même si Sapho en 1851 n’avait reçu qu’un succès d’estime, Gounod avait tout de même réussi à faire représenter un opéra sur la scène de l’Opéra de Paris. Bien sûr, l’appui inconditionnel de Pauline Viardot avait beaucoup joué. Début 1852, le compositeur fut appelé par le directeur Roqueplan mais finalement, compositeur et institution ne trouvèrent pas de sujet convenant aux deux parties. Il faudra attendre juin pour qu’enfin le sujet de La Nonne Sanglante soit fixé, sur un livret d’Eugène Scribe (grand pourvoyeur à l’époque, entre autre de Meyerbeer!). Pour ce deuxième opéra, le sujet gothique pouvait prévoir un grand succès, le texte d’un grand auteur aussi… Pourtant si le public et une partie de la critique saluent la partition, si les recettes sont bonnes… le destin de la Nonne sera sombre puisqu’au bout de seulement onze représentations l’ouvrage est déprogrammé et ne sera jamais repris avant 2008 en Allemagne. Le changement de directeur aura été fatal à une partition pourtant saisissante et qui montrait une toute autre facette du jeune compositeur. Continuer…

Sapho, premier opéra de Charles Gounod

Par certains côté, on peut dire que Sapho est l’opéra qui aura ouvert et refermé la création scénique de Charles Gounod. En effet, en 1851 le compositeur faisait ses débuts de compositeur d’opéra sur la scène de la salle Le Pelletier grâce à l’appui de Pauline Viardot. Et en 1884, c’est une version retravaillée qui était cette fois sur la scène du Palais Garnier. Entre temps bien sûr, il y aura eu les grands succès tels que Faust ou Roméo et Juliette, les échecs comme La Reine de Saba ou les deux ouvrages qui sont présentés comme ses derniers opéras : Polyeucte et Le Tribut de Zamora créés respectivement en 1878 et 1881. Plus qu’une simple reprise, cette nouvelle version de 1884 possédait beaucoup de nouvelles musiques, des personnages plus développés, un découpage en quatre actes et presque toute la partition remaniée par le compositeur. Le succès fut au rendez-vous, mais malheureusement il nous est impossible actuellement de nous faire une idée de cette version étant donné qu’aucun enregistrement n’existe. Cet article sera donc avant tout une présentation de la version originale, à travers bien sûr de ses deux enregistrements existants, l’un sous la direction de Sylvain Cambreling en 1979 et l’autre dirigé par Patrick Fournillier en 1992. Continuer…

Archive : Grandiose Lucia di Lammermoor de Patrizia Ciofi, Paris 2013

On continue dans les archives… cette fois, une ouverture de  saison pour l’Opéra National de Paris qui a sans doute laissé des traces dans les mémoires des spectateurs… mise en scène contestée mais Lucia irréelle et magique.

Pour le premier spectacle de la saison 2013-2014, l’Opéra National de Paris remonte la production qui avait fait couler beaucoup d’encre à sa création et a encore provoqué beaucoup de réactions lors de sa dernière reprise : Lucia di Lammermoor vue Andrei Serban. Ouverture de saison déjà en 2006, la mise en scène voyait triompher Natalie Dessay. Cette année, c’est Patrizia Ciofi qui relève le défit : en plus d’une partition très exigeante, elle doit se plier à la vision très athlétique du metteur en scène. Le résultat en ce soir de première est impressionnant de maîtrise technique, d’émotion et d’investissement. Continuer…

Archive : Parsifal et l’histoire, Bayreuth 2011

On continue la promenade dans les archives avec un Parsifal fascinant, vu déjà en 2009 mais revoir la mise en scène permet de mieux comprendre certains détails.

Depuis sa création en 2008, la mise en scène de Stefan Herheim ne cesse de passionner et questionner. D’une immense intelligence et visuellement très réussie, la mise en scène reste un modèle du genre. Pourtant, « trahir » ainsi l’œuvre peut-être la plus révérée à Bayreuth présentait des risques. Mais au final, cette mise en scène est au fil des ans devenue la valeur sûre des spectacles qu’on peut voir sur la colline. Durant ces différentes reprises, la distribution a évolué doucement, avec l’arrivée l’année dernière de Susan Maclean dans le rôle de Kundry puis celle de Simon O’Neil dans le rôle titre. Mis à part cela, on retrouve les créateurs pour tous les autres rôles, le tout sous la baguette de Daniele Gatti. Si voir Parsifal à Bayreuth est une chance, cette production ajoute encore au plaisir ! Continuer…

Archive : Les Huguenots Triomphants, La Monnaie 2011

En ces temps de disette de concerts et encore plus d’opéras en salle, je me permets de remettre ici quelques articles écrits il y a longtemps, sur des disques ou des spectacles qui ont été marquants pour moi… Pas de retouche ou presque (en dehors de l’orthographe!). Le premier sera donc ces Huguenots.

Archétype du Grand Opéra français, les Huguenots est toujours resté de manière épisodique à l’affiche avec des productions qui sont restées pour certaines légendaires comme celle dirigée par Gavazzeni à La Scala en 1962 (en italien) ou celles qui ont précédé l’enregistrement en studio de la version dirigée par Bonynge en 1969. Monter un tel spectacle est toujours une gageure du point de vue chant, mais aussi pour la mise en scène. En effet, il faut savoir faire grand sans tomber dans le lourd que ce soit vocalement ou scéniquement. Minkowski et Py relèvent avec brio le défit dans ces représentations données à Bruxelles ! Continuer…