La Nonne Sanglane, ou Gounod gothique!

Même si Sapho en 1851 n’avait reçu qu’un succès d’estime, Gounod avait tout de même réussi à faire représenter un opéra sur la scène de l’Opéra de Paris. Bien sûr, l’appui inconditionnel de Pauline Viardot avait beaucoup joué. Début 1852, le compositeur fut appelé par le directeur Roqueplan mais finalement, compositeur et institution ne trouvèrent pas de sujet convenant aux deux parties. Il faudra attendre juin pour qu’enfin le sujet de La Nonne Sanglante soit fixé, sur un livret d’Eugène Scribe (grand pourvoyeur à l’époque, entre autre de Meyerbeer!). Pour ce deuxième opéra, le sujet gothique pouvait prévoir un grand succès, le texte d’un grand auteur aussi… Pourtant si le public et une partie de la critique saluent la partition, si les recettes sont bonnes… le destin de la Nonne sera sombre puisqu’au bout de seulement onze représentations l’ouvrage est déprogrammé et ne sera jamais repris avant 2008 en Allemagne. Le changement de directeur aura été fatal à une partition pourtant saisissante et qui montrait une toute autre facette du jeune compositeur. Continuer…

Sapho, premier opéra de Charles Gounod

Par certains côté, on peut dire que Sapho est l’opéra qui aura ouvert et refermé la création scénique de Charles Gounod. En effet, en 1851 le compositeur faisait ses débuts de compositeur d’opéra sur la scène de la salle Le Pelletier grâce à l’appui de Pauline Viardot. Et en 1884, c’est une version retravaillée qui était cette fois sur la scène du Palais Garnier. Entre temps bien sûr, il y aura eu les grands succès tels que Faust ou Roméo et Juliette, les échecs comme La Reine de Saba ou les deux ouvrages qui sont présentés comme ses derniers opéras : Polyeucte et Le Tribut de Zamora créés respectivement en 1878 et 1881. Plus qu’une simple reprise, cette nouvelle version de 1884 possédait beaucoup de nouvelles musiques, des personnages plus développés, un découpage en quatre actes et presque toute la partition remaniée par le compositeur. Le succès fut au rendez-vous, mais malheureusement il nous est impossible actuellement de nous faire une idée de cette version étant donné qu’aucun enregistrement n’existe. Cet article sera donc avant tout une présentation de la version originale, à travers bien sûr de ses deux enregistrements existants, l’un sous la direction de Sylvain Cambreling en 1979 et l’autre dirigé par Patrick Fournillier en 1992. Continuer…

Archive : Grandiose Lucia di Lammermoor de Patrizia Ciofi, Paris 2013

On continue dans les archives… cette fois, une ouverture de  saison pour l’Opéra National de Paris qui a sans doute laissé des traces dans les mémoires des spectateurs… mise en scène contestée mais Lucia irréelle et magique.

Pour le premier spectacle de la saison 2013-2014, l’Opéra National de Paris remonte la production qui avait fait couler beaucoup d’encre à sa création et a encore provoqué beaucoup de réactions lors de sa dernière reprise : Lucia di Lammermoor vue Andrei Serban. Ouverture de saison déjà en 2006, la mise en scène voyait triompher Natalie Dessay. Cette année, c’est Patrizia Ciofi qui relève le défit : en plus d’une partition très exigeante, elle doit se plier à la vision très athlétique du metteur en scène. Le résultat en ce soir de première est impressionnant de maîtrise technique, d’émotion et d’investissement. Continuer…

Archive : Parsifal et l’histoire, Bayreuth 2011

On continue la promenade dans les archives avec un Parsifal fascinant, vu déjà en 2009 mais revoir la mise en scène permet de mieux comprendre certains détails.

Depuis sa création en 2008, la mise en scène de Stefan Herheim ne cesse de passionner et questionner. D’une immense intelligence et visuellement très réussie, la mise en scène reste un modèle du genre. Pourtant, « trahir » ainsi l’œuvre peut-être la plus révérée à Bayreuth présentait des risques. Mais au final, cette mise en scène est au fil des ans devenue la valeur sûre des spectacles qu’on peut voir sur la colline. Durant ces différentes reprises, la distribution a évolué doucement, avec l’arrivée l’année dernière de Susan Maclean dans le rôle de Kundry puis celle de Simon O’Neil dans le rôle titre. Mis à part cela, on retrouve les créateurs pour tous les autres rôles, le tout sous la baguette de Daniele Gatti. Si voir Parsifal à Bayreuth est une chance, cette production ajoute encore au plaisir ! Continuer…

Archive : Les Huguenots Triomphants, La Monnaie 2011

En ces temps de disette de concerts et encore plus d’opéras en salle, je me permets de remettre ici quelques articles écrits il y a longtemps, sur des disques ou des spectacles qui ont été marquants pour moi… Pas de retouche ou presque (en dehors de l’orthographe!). Le premier sera donc ces Huguenots.

Archétype du Grand Opéra français, les Huguenots est toujours resté de manière épisodique à l’affiche avec des productions qui sont restées pour certaines légendaires comme celle dirigée par Gavazzeni à La Scala en 1962 (en italien) ou celles qui ont précédé l’enregistrement en studio de la version dirigée par Bonynge en 1969. Monter un tel spectacle est toujours une gageure du point de vue chant, mais aussi pour la mise en scène. En effet, il faut savoir faire grand sans tomber dans le lourd que ce soit vocalement ou scéniquement. Minkowski et Py relèvent avec brio le défit dans ces représentations données à Bruxelles ! Continuer…

L’Île du Rêve, premier opéra de Reynaldo Hahn dans un superbe version.

Reynaldo Hahn reste pour tous le compositeur de mélodies charmeuses (enregistrées en quasi intégrale par la fondation Bru Zane !) et d’opérettes mélodieuses voisinant avec le café-théâtre. Mais il aussi composé des partitions plus imposantes, plus complexes. Musique de chambre, piano, concertos, poèmes symphoniques… et opéras ! Plus associé à la badinerie qu’aux sentiments profonds, cet élève de Jules Massenet a aussi sûrement souffert de cet héritage. Déjà que le compositeur stéphanois était regardé de haut pendant longtemps (mais on commence à redécouvrir ses compositions même en dehors de l’opéra !), vous pensez bien que son élève ne pouvait pas être un compositeur sérieux ! Et pourtant… les mélodies l’ont prouvées avec à côté de belles bluettes de salon, des compositions beaucoup plus complexes, à l’archaïsme très travaillé par exemple. Comme pour d’autres compositeurs, la bonne fée Bru Zane se penche maintenant sur les ouvrages de ce compositeur et voici donc son Île du Rêve, premier opéra d’un jeune compositeur alors très prometteur ! Continuer…

Splendide Khovanshchina à la Philharmonie avec le Mariinsky

Enfin… le miracle a eu lieu… ou plutôt les miracles ! En effet, en ce 4 octobre, c’était pour moi le retour en salle pour un concert à l’effectif important avec cette Khovanshchina donnée par la troupe du Mariinsky. Mais il fallait s’accrocher niveau émotions. Depuis quelques temps, tout le monde se demandait comment un orchestre plus un chœur et des solistes russes pourraient venir à Paris alors que tous leurs confrères russes annulaient leurs participations. Mais au final ils sont bien là, en effectif légèrement réduits… mais sans doute que l’étiquette « Saison Russe » a aidé, tout comme l’image de Valery. Donc premier miracle ! Ensuite, la tension pour savoir si la place allait être maintenue suite aux restrictions de jauge dans les salles de concert… Et là il fallait avoir le cœur bien accroché. Deux jours avant le concert, aucun message de la Philharmonie de Paris, donc a priori ma place était conservée. Et puis finalement le couperet tombe : la jauge des 1 000 places oblige à ne conserver que les premiers ayant acheté leurs places. N’étant pas abonné et malgré une commande réalisée au plus vite lors de l’ouverture des réservations, je n’étais donc pas dans les 1 000. Mais heureusement, un ami ne pouvait assister au concert et j’ai donc pu racheter sa place. Deuxième miracle. Enfin, le troisième sera développé dans la suite de cet article, car c’est la qualité de l’interprétation qui était miraculeuse ! Une Khovanshchina certes légèrement allégée en effectif mais tout bonnement passionnante et puissante. Continuer…

Callas en direct – 5/5, 1958-1964 : La Traviata, Il Pirata, Poliuto et Tosca

Voici enfin la fin de cette série… nous sommes ici sur les dernières années de la carrière de La Divina. La voix a alors perdu son arrogance première, mais l’interprète reste comme toujours passionnante. Entre 1958 et 1964, son répertoire va se réduire, elle va abandonner certains rôles et nous avons donc les derniers feux. Paradoxalement, c’est sans doute l’une des périodes dont nous avons le plus d’enregistrements parfois douloureux. Ici, deux rôles qui auront marqués sa carrière et deux autres qui prouvent toute la curiosité qu’elle avait pour le bel-canto, réussissant à monter des ouvrages rares et quasi-oubliés sur de grandes scènes. On ne sait actuellement où en serait tout un pan du répertoire si elle n’avait pas commencé dans les années cinquante à remonter des opéras qui étaient alors si peu donnés. Continuer…

Un jubilatoire Cabaret Horrifique à l’Opéra-Comique pour une belle reprise!

Il y a quatre mois, j’étais à l’Opéra-Comique pour la Dame Blanche… dernier concert avant le début du confinement. Quel plaisir aussi de retrouver cette magnifique salle même si c’est pour un concert de moindre envergure qu’un opéra complet mis en scène. En mars 2019 était créé pour la salle Bizet le Cabaret Horrifique de Valérie Lesort. Conçu pour cette petite salle qui n’a rien d’une salle de concert mais plus une salle de présentation, il nécessitait une petite révision pour passer sur la scène de la grande salle, ou plutôt dans la grande salle. En effet pour faciliter le placement du public dans ce contexte compliqué la situation est inversée. Les spectateurs se retrouvent sur scène alors que les artistes sont sur la fausse d’orchestre rehaussée. Nous voilà emmenés dans le monde étrange et foutraque de la conceptrice de ce spectacle. À travers une promenade dans un répertoire très large, nous voici au pays des sorcières et des monstres, passant du baroque au cabaret avec un même plaisir ! Continuer…

Amadis, dernier opéra de Jules Massenet

À la mort de Jules Massenet, trois opéras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c’est Panurge qui est créé au Théâtre-Lyrique de la Gaîté. Suivra en 1914 Cléopâtre à Monte-Carlo dont il a été question dans un article précédent. Puis il faudra attendre 1922 pour qu’enfin le dernier opéra de Jules Massenet soit créé. Ce sera là encore à Monte-Carlo. On peut sans aucun doute penser que la première guerre mondiale a coupé la volonté de créer ces opéras, mais peut-être aussi était-ce un manque de volonté alors que le compositeur n’était plus très à la mode. Toujours est-il qu’enfin était donné au public Amadis, cet opéra légendaire dont les débuts de la composition dataient de 1889. On se doute que la descendance de Jules Massenet souhaitait pouvoir faire entendre cet ouvrage et en toucher les dividendes. Et contrairement à Cléopâtre, il n’y eu aucun souci pour la distribution de la création. Lucy Arbell était certes toujours prévue par le compositeur pour le rôle titre, mais la déconvenue juridique et les années avaient semble-t-il fait renoncer la chanteuse (toujours en activité, elle chante par exemple Dulcinée dans Don Quichotte en 1924 à l’Opéra de Paris) à se battre pour faire respecter les dernières volontés de son vieux maître. Continuer…