Halévy : La Reine de Chypre retrouvée

S’il est reconnu comme le compositeur de La Juive, l’un des grands-opéras les plus joués encore de nos jours, Jacques Fromental Halévy semble par contre ne pas avoir la notoriété suffisante pour que des salles osent monter des productions scéniques de ses autres ouvrages. En effet, en dehors de son grand succès l’on a eu droit à Charles VI en 2005, Clari en 2010 ou encore La Magicienne en 2011 (seulement en version de concert)… et rien d’autre récemment alors que son catalogue d’opéra est assez fourni. On peut heureusement compter sur la Fondation Bru-Zane pour remettre en avant une partition rare. La Reine de Chypre a été un immense succès lors de sa création en 1841, cinq ans après le triomphe de La Juive. Comme à son habitude, ce concert sera suivi d’un disque pour immortaliser cette re-création avec une distribution très prometteuse ! Continuer…

Rigoletto en carton à l’Opéra de Paris

Parmi les opéras connus, Rigoletto figure dans la haut du palmarès… Régulièrement donné par les plus grands noms, il n’en reste pas moins très exigeant pour les trois rôles principaux. Sa construction demande aussi une vraie implication de chacun afin d’éviter les tunnels ou un manque de tension. Aussi, la venue d’une belle distribution dans une mise en scène qui semblait plutôt intéressante car évitant les poncifs était plutôt une bonne occasion de voir cette œuvre. Mais à la fin de la soirée, on en vient à regretter certains éléments. Une distribution un peu bancale ainsi qu’une mise en scène qui rapidement devient lassante malgré quelques bonnes idées. Continuer…

Charpentier : Médée, la seule et l’unique!

Musicien accompli, Marc-Antoine Charpentier a subit l’autorité absolue de Lully durant une bonne partie de sa vie de compositeur. Alors que les quelques partitions tragiques qui nous restent du musicien sont passionnantes, il ne nous a finalement légué qu’une seule grande tragédie en musique. Cette Médée contient tout le savoir-faire de ce grand musicien qui sait respecter les règles formelle de l’exercice sans pour autant lisser son langage plus chatoyant que celui qui régnait sur la scène de Versailles. Bien sûr, nous pouvons nous réjouir l’oreille avec David et Jonathas ou d’autres compositions plus courtes… mais il leur manque ce petit quelque chose de grandiose qui est ici contenu. Voir Charpentier à Versailles semblerait presque être une revanche sur l’histoire, mais c’est surtout la possibilité pour le public de vivre cette grande histoire dans toute sa dimension artistique et dramatique dans un lieu parfait pour ce répertoire. La venue régulière des artistes de Toronto est un vrai bonheur pour les amateurs de baroque français ! Continuer…

Pour Onegin et Tatiana…

Ouvrage le plus connu du répertoire opératique Russe, Eugen Onegin revenait sur la scène de l’Opéra de Paris pour accueillir Anna Netrebko dans son seul rôle russe à son répertoire actuellement, après qu’elle semble avoir abandonné Iolanta dont elle avait défendu il y a quelques années la partition. La production devait voir lui succéder Sonya Yoncheva mais le duel n’aura finalement pas lieu, cette dernière s’étant retirée de la production. Si la production ne devait pas poser de soucis à la chanteuse arrivée très peu de temps avant la première, la question restait de savoir si celle qui chante maintenant des rôles de plus en plus lourds allait réussir à trouver les couleurs et les nuances de cette jeune fille rêveuse. Et ce d’autant plus qu’elle était entourée d’une distribution assez brillante. Restait toujours certes LA Netrebko, mais si elle peut en plus nous apporter des émotions et des couleurs subtiles, le bonheur n’en est que plus grand… Continuer…

Des Pêcheurs au style parfait!

Georges Bizet est connu comme le compositeur d’un opéra : Carmen. Mais douze ans plus tôt, il proposait Les Pêcheurs de Perles qui n’eurent malheureusement pas le succès attendu suite à des critiques plutôt dures pour ce sublime opéra. De 1863 à 1886, il restera donc dans l’ombre… mais après le triomphe de la cigarière, le directeur de l’Opéra-Comique veut profiter du nom de Bizet et décide de remonter ces Pêcheurs. Malheureusement cette reprise en 1893 verra l’œuvre défigurée suite à la perte de la partition originale. Et c’est cette version défigurée qui sera popularisée et enregistrée jusque dans les années soixante-dix. De nos jours encore il est fréquent de n’entendre que cette version remaniée et appauvrie. Il est aussi récurent d’entendre l’ouvrage chanté dans un style tout sauf français. Il y a une grande tradition internationale pour cet ouvrage mais il était durant de nombreuses années au cœur du répertoire de l’Opéra de Paris. Aussi, la présence de trois chanteurs dont on ne peut remettre en cause l’engagement dans le répertoire français était une très belle promesse ! Continuer…

Alcyone, entre tradition et nouveauté

Élève de Lully, Marin Marais a baigné depuis ses débuts en tant que musicien professionnel dans la tragédie lyrique telle que pensée par son maître. Il était donc logique qu’il se laisse tenter par une composition d’un opéra et Alcyone ouvrira sa prise de fonction en tant que batteur de mesure à l’Académie royale. Mis en lumière dans le film Tous les matins du monde, ce compositeur a le soutien de Jordi Savall qui voulait depuis de nombreuses années monter une production scénique de cette œuvre. Si l’on avait déjà un enregistrement réalisé en 1990 par Marc Minkowski ainsi que Sémélé dirigé par Hervé Niquet en 2006, la production lyrique de Marin Marais n’était que peu disponible malgré le succès qu’il a eu en son temps. En effet, créée en 1706, la partition sera reprise jusqu’en 1771 avec des adaptations et des révisions mais toujours avec le même succès. L’Opéra-Comique offrait enfin la possibilité au chef de réaliser l’un de ses plus grands souhaits, mais aussi au public de découvrir la puissance théâtrale de l’ouvrage qui revient sur la scène d’un théâtre 246 ans après sa dernière production scénique. Autre raison de se réjouir, la salle de l’Opéra-Comique est enfin ré-ouverte après vingt mois de travaux et comment rêver un meilleur écrin pour ce retour sur scène d’Alcyone qu’une salle merveilleusement restaurée avec un chef aussi passionné par Marin Marais ? Continuer…

Rimsky-Korsakov et sa Fille de Neige à Bastille

Enfin !! Après un Rimsky-Korsakov en version de concert à la Philharmonie la saison dernière, voici que le compositeur se voit offrir une nouvelle production sur la scène de l’Opéra de Paris. Avec Snegourotchka, nous n’avons peut-être pas la partition la plus personnelle et foisonnante du compositeur, mais enfin l’on peut vivre l’une de ses œuvres dans son intégralité. Il y a quelques saisons la rumeur parlait de Kitège et nous aurions alors eu l’un des chefs d’œuvres de Rimsky-Korsakov. Le choix de cet opéra semble assez étrange tant il est typiquement russe et marqué par la tradition là où d’autres de ses ouvrages sont plus épiques et dramatiques. Et à l’origine la distribution réunie semblait étrange avec la majorité des grands rôles tenus par des artistes non russophones. Mais deux annulations ont rendu cette troupe de chanteurs beaucoup plus homogènes même si l’on perdait un peu en éclat. De l’éclat justement on pouvait aussi en attendre du metteur en scène Dmitri Tcherniakov qui propose toujours un spectacle personnel et controversé.

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Lucy Arbell, Voix d’ombres et de lumière

La période faste de Jules Massenet à l’opéra est surtout marquée par la période où sa muse était Sibyl Sanderson pour qui il composa par exemple Thaïs ou Esclarmonde et qui triompha dans le rôle de Manon. Mais la dernière grande muse du compositeur stéphanois est Lucy Arbell, chanteuse moins connue et pour qui il composa de superbes rôles mais malheureusement dans des opéras qui n’ont pas eu la triomphe d’autres partitions, ou alors qui ont sombré dans l’oubli. Si l’on ajoute à cela les déboires juridiques après la mort du compositeur et les rumeurs peu flatteuses qui lui prêtaient une liaison avec le compositeur alors au crépuscule de sa vie, ce portrait est alors peu flatteur. Lucy Arbell est donc un nom, dont on ne connait au final que peu la voix tant les compositions qui lui ont été offertes ont été enregistrées rarement alors que fort bizarrement nous n’avons conservé aucun enregistrement de cette chanteuse alors particulièrement connue ! Aussi, ce livre d’Hervé Oléon dévoile un personnage peu connu qui eut un rôle si important dans l’art et la vie de Jules Massenet. Continuer…

Macbeth et sa femme à Avignon

Parmi les ouvrages de la première moitié de sa carrière, Macbeth est une œuvre à part tant les couleurs et le style sont particuliers. Verdi y a mis toute son inventivité pour créer non seulement les passages des sorcières mais aussi le personnage central de Lady Macbeth. Car si le titre rend hommage au général d’armée, c’est plus sa femme qui retient l’attention dans l’ouvrage car elle possède un langage et un charisme rarement donné à un personnage. La production donnée à Avignon avait recueilli de belles critiques lors de sa création à Marseille, tout comme la présence du baryton espagnol Juan Jesus Rodriguez. Mais ce qui a attiré l’attention est la présence d’Alexandrina Pendatchenska, chanteuse ô combien charismatique pour un rôle si important. Aussi l’attente était forte… et le résultat saisissant et passionnant ! Alors que la précédente version de Macbeth vue était la production de Tcherniakov avec une distribution un peu bancale, quel plaisir d’entendre ces voix taillées à la dimension des rôles dans une belles mise en scène ! On en redemande… Continuer…

Cyril Auvity, divin Orfeo de Monteverdi

Création 2017 Théâtre de Caen Orféo

Depuis quelques années, Paul Agnew explore tous les livres de madrigaux de Claudio Monteverdi. Après avoir chanté et donc dirigé cette très large composition de celui qui est considéré comme l’inventeur de l’opéra, le haute-contre nous propose un Orfeo où il met non seulement en avant la beauté de la partition, mais aussi tout le talent des Arts Florissants en tant qu’ensemble instrumental comme vocal. Car au travers de cette production, c’est toute cette grande famille qui est mise en lumière. Le chef historique William Christie cède sa place à son protégé mais les participants sont les amis de toujours, les admirables musiciens qu’on retrouve dans de nombreuses productions de l’ensemble. Présentée comme uniquement mise en espace dans le programme de la Philharmonie de Paris, ce spectacle sera finalement total car c’est l’intégralité de la mise en scène créée à Caen qui est offerte au public pour une immersion dans un monde musical et mythologique sidérant de beauté. Continuer…