Callas en direct – 5/5, 1958-1964 : La Traviata, Il Pirata, Poliuto et Tosca

Voici enfin la fin de cette série… nous sommes ici sur les dernières années de la carrière de La Divina. La voix a alors perdu son arrogance première, mais l’interprète reste comme toujours passionnante. Entre 1958 et 1964, son répertoire va se réduire, elle va abandonner certains rôles et nous avons donc les derniers feux. Paradoxalement, c’est sans doute l’une des périodes dont nous avons le plus d’enregistrements parfois douloureux. Ici, deux rôles qui auront marqués sa carrière et deux autres qui prouvent toute la curiosité qu’elle avait pour le bel-canto, réussissant à monter des ouvrages rares et quasi-oubliés sur de grandes scènes. On ne sait actuellement où en serait tout un pan du répertoire si elle n’avait pas commencé dans les années cinquante à remonter des opéras qui étaient alors si peu donnés. Continuer…

Atys de Lully si bien servi au disque!

En 1987, le monde de l’opéra baroque assistait à un bouleversement avec la re-création d’Atys de Jean-Baptiste Lully par Les Arts Florissants. Le tricentenaire de la mort du compositeur était un bon prétexte pour remonter enfin dans de bonnes conditions un de ses opéras. Il y avait bien eu un enregistrement d’une version de concert d’Armide en 1983 par Philippe Herreweghe (enregistrement dont il fera tout par la suite pour éviter la diffusion) mais ici nous avons un autre projet : monter une version scénique d’une tragédie lyrique de Lully dans plusieurs villes. Le choix s’est fait entre plusieurs ouvrages et c’est un accord entre metteur en scène et chef d’orchestre qui a fait pencher pour cet Atys qui sera une pierre angulaire dans le renouveau du baroque français. Pourtant, ce n’est pas forcément la partition qui était le plus resté dans les mémoires, ce n’était ni la première ni la dernière… Mais c’était l’Opéra du Roi comme il était surnommé à l’époque tant Louis XIV adorait cet opéra. Après Hippolyte et Aricie de Rameau, on retrouve donc Lully pour une note discographique qui se résumera à un duel non équitable : trois enregistrements de William Christie contre un seul d’Hugo Reyne. Continuer…

Exploration discographique d’Hippolyte et Aricie de Rameau de 1950 à 1996…

Alors qu’il est déjà un compositeur reconnu en France, Jean-Philippe Rameau se lance à cinquante ans dans un nouveau défi : conquérir la scène de l’Académie Royale de Musique ! En effet, malgré un catalogue d’œuvres important déjà en 1733, il n’avait encore jamais écrit d’opéra. Il se lance donc dans le registre noble avec une tragédie lyrique qui reprend la structure lullyste : cinq actes, un prologue, une alternance de drame et de divertissements… mais il apporte aussi une composition bien différente par rapport à son illustre prédécesseur. Il faut dire qu’Armide, la dernière tragédie du surintendant de la musique de Louis XIV, avait été créée en 1686, soit cinquante-cinq ans auparavant. Des compositeurs ont fait évoluer le modèle parmi lesquels Charpentier ou Campra bien sûr, mais il y a aussi le public dont les goûts ont changé. Ce sera donc une adaptation de la tragédie Phèdre de Racine qui sera adaptée par l’abbé Simon-Joseph Pellegrin qui collaborera souvent par la suite avec le musicien. Bien sûr on ne retrouvera pas la fusion parfaite entre Lully et Quinault, mais le résultat sera souvent magnifique musicalement au moins ! Continuer…

Amadis, dernier opéra de Jules Massenet

À la mort de Jules Massenet, trois opéras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c’est Panurge qui est créé au Théâtre-Lyrique de la Gaîté. Suivra en 1914 Cléopâtre à Monte-Carlo dont il a été question dans un article précédent. Puis il faudra attendre 1922 pour qu’enfin le dernier opéra de Jules Massenet soit créé. Ce sera là encore à Monte-Carlo. On peut sans aucun doute penser que la première guerre mondiale a coupé la volonté de créer ces opéras, mais peut-être aussi était-ce un manque de volonté alors que le compositeur n’était plus très à la mode. Toujours est-il qu’enfin était donné au public Amadis, cet opéra légendaire dont les débuts de la composition dataient de 1889. On se doute que la descendance de Jules Massenet souhaitait pouvoir faire entendre cet ouvrage et en toucher les dividendes. Et contrairement à Cléopâtre, il n’y eu aucun souci pour la distribution de la création. Lucy Arbell était certes toujours prévue par le compositeur pour le rôle titre, mais la déconvenue juridique et les années avaient semble-t-il fait renoncer la chanteuse (toujours en activité, elle chante par exemple Dulcinée dans Don Quichotte en 1924 à l’Opéra de Paris) à se battre pour faire respecter les dernières volontés de son vieux maître. Continuer…

Massenet, l’affaire Cléopâtre et la maigre discographie d’un superbe opéra…

À la mort de Jules Massenet le 13 août 1912, trois opéras dormaient encore dans ses tiroirs, trois partitions complètes et entièrement orchestrées : Panurge, Cléopâtre et Amadis. Compositeur célébré en France malgré des critiques sur son manque de modernité, il conservait le pouvoir de remplir les salles avec des titres comme Werther ou Manon bien sûr ! Ses compositions étaient souvent inspirées par des grandes muses, expliquant sans doute ces portraits de femmes si réalistes et dramatiques. La plus connue est bien sûr Sibyl Sanderson pour qui il écrivit Esclarmonde et Thaïs. Mais celle qui sera la plus gâtée sera Lucy Arbell pour qui il écrivit pas moins de huit rôles ! Certes dans Ariane elle n’a que le rôle épisodique de Perséphone, mais pour les autres c’était l’un des personnages principaux à chaque fois ! Nous avons le rôle-titre de Thérèse, la Reine Amahelli pour Bacchus, Dulcinée dans Don Quichotte, la tragique Posthumia dans Roma, Colombe dans Panurge, notre Cléopâtre et sans aucun doute Amadis… Mais la mort du compositeur verra ces beaux projets quelque peu perturbés… et finalement Lucy Arbell ne créera ni Cléopâtre ni Amadis. Et malheureusement, toutes ces œuvres de la fin de la carrière de Jules Massenet tomberont dans l’ombre des grands succès, alors qu’ils portent en eux de magnifiques pages. Seul Don Quichotte est vu assez régulièrement sur les scènes. Mais nous avons la chance d’avoir pour beaucoup des enregistrements… et pour cet article, ce sera Cléopâtre qui sera évoquée ! Continuer…

La Dame Blanche revient Place Boieldieu!

Continuant à redécouvrir son répertoire historique, l’Opéra-Comique nous propose La Dame Blanche de François-Adrien Boieldieu. Cet ouvrage créé en 1825 atteindra les 1000 représentations en 1862, c’est dire quel succès la partition rencontra immédiatement. Et pourtant, à partir de la fin du XIXè siècle, voici que l’opéra disparait doucement de la scène parisienne. À partir de 1926, il faudra attendre 1996 pour que l’Opéra-Comique accueille une nouvelle fois cette Dame sous la baguette de Marc Minkowski… la production sera reprise une fois… puis il faudra attendre vingt ans donc pour retrouver de nouveau la Dame Blanche. Certes nous sommes ici dans un opéra-comique très marqué par son temps de par son inspiration chez Walter Scott ou le style musical, mais tout de même… Alors forcément, c’est un grand moment que nous propose l’institution car en plus de cette pièce historique, voici que l’Opéra-Comique a proposé une distribution parfaitement réglée aussi bien dans la musique,  que dans le chant ou la mise en scène ! Continuer…

Written on Skin, contemporain mais déjà presque au répertoire!

En juillet 2012, le Festival d’Aix-en-Provence voyait la création d’un opéra contemporain qui restent souvent lettre morte après quelques représentations. Written on Skin de George Benjamin bénéficiait d’une distribution de haute volée et d’une mise en scène très intelligente. Bien sûr quelques reprises étaient prévues étant donné que la commande n’était pas que du festival seul… mais depuis, l’ouvrage semble s’être installé comme l’opéra récent le plus joué, bénéficiant même de quatre nouvelles productions scéniques après l’originale, preuve de son entrée progressive au répertoire de plusieurs maisons d’opéras. Pourtant l’ouvrage n’est pas simple d’accès ni simple à monter, ayant été composé pour de fortes personnalités et un orchestre très riche. Le livret de Martin Crimp n’aide pas forcément à rentrer dans une histoire très lointaine et qui pourrait laisser de marbre les contemporains. Mais il semble que l’ouvrage plaise et voici donc ce qui restera sûrement comme la création des années 2010 dans le domaine de l’opéra. Durand le Festival Présence consacré au compositeur George Benjamin, voici que nous était proposé pour la deuxième fois en quelques années cet opéra, mais cette fois dans une salle de concert et non plus dans une salle de théâtre comme cela avait été le cas en 2013 à l’Opéra-Comique. Continuer…

Mirella Freni : 1935 – 2020

Le 9 février 2020 s’est éteinte Mirella Freni à l’âge de 84 ans. Celle qui est présentée sous le nom de « Prudentissima », celle que tout le monde rapproche avant tout de Mimi dans La Bohème ainsi que de celui qui fut justement souvent son partenaire dans ce rôle : Luciano Pavarotti. Elle prenait congés des scènes en 2004 à la mort de Nicolai Ghiaurov… et quinze ans plus tard elle disparait. Mirella Freni, restera bien sûr dans les mémoires collectives… mais elle restera aussi pour moi la première. Car elle faisait partie de mon premier opéra acheté, car elle m’a fait découvrir un certain nombre d’ouvrages juste parce qu’elle le chantait. Le timbre, la musicalité, la délicatesse des portraits tout en donnant une force vitale immense au personnage… Voilà ce qui composait une chanteuse d’opéra immense par le tallent, mais aussi d’une grande modestie et d’une grande sagesse. Toujours soucieuse de donner le meilleur d’elle-même, de ne jamais forcer sur son instrument pendant cinquante ans d’une carrière des plus riches, d’apporter sa touche personnelle aux personnages qu’ils soient parfaitement dans ses cordes vocales ou même qu’ils les dépassent un peu. Elle aura donné de magnifiques souvenirs à bien des spectateurs et auditeurs. Arrivé trop tardivement dans le monde passionnant de l’opéra, je n’ai jamais eu la chance de l’entendre en salle, mais rien que la croiser un jour au Théâtre du Châtelet restera un grand souvenir… Continuer…

Esclarmonde de Massenet… à quand une version moderne?

Si l‘on ne joue actuellement que quelques rares ouvrages de Jules Massenet sur les scènes d‘opéras, il ne faut pas oublier toutes les partitions magnifiques qui n‘attendent que le courage d‘un directeur pour revenir sur le devant de la scène… Actuellement, en dehors de Manon, Werther et éventuellement Thaïs, on n‘entend que trop rarement Le Cid, Cléopâtre, Le Roi de Lahore, Cendrillon ou encore Esclarmonde! Cette dernière partition a eu la chance de bénéficier du support de Richard Bonynge et Joan Sutherland dans les années soixante-dix, lui évitant ainsi de tomber dans le plus grand oubli comme peuvent l‘être Ariane ou encore Bacchus (qui devrait être donné en juillet à Montpellier!). Ainsi, nous avons eu droit à un enregistrement studio, un témoignage en direct aussi… et puis quelques autres enregistrements : des extraits de 1963 avec la troupe de l‘Opéra de Paris ainsi qu‘un enregistrement de 1992 du Festival Massenet de Saint-Étienne. On trouve aussi par des moyens détournés la prestation de la jeune Alexandrina Pendatchenska qui triompha à seulement 22 ans dans ce rôle à Turin. Mais officiellement, nous n‘avons donc que deux enregistrements aussi différents qu‘ils sont passionnants! Continuer…

André Messager enfin pris au sérieux pour un splendide Fortunio à l’Opéra-Comique

Pour la troisième année maintenant, Louis Langrée revient au mois de décembre pour une production française : après Le Comte Ory de Rossini en 2017 puis Hamlet de Thomas l’année dernière, il reprend la production de 2009 de Fortunio de Messager. La production avait été saluée lors de sa création il y a maintenant dix ans et son retour était de très bon augure, surtout avec la distribution qui voyait dans les deux rôles principaux des interprètes particulièrement à l’aise dans ce répertoire Anne-Catherine Gillet et Cyrille Dubois. Les ouvrages lyriques d’André Messager sont majoritairement légers et comiques avec beaucoup d’opérettes comme Les P’tites Michu remises sur scène par la Fondation Bru Zane il y a quelques temps. Mais Fortunio n’est pas de cette trempe car si le sujet reste léger, la partition est autrement ambitieuse et démontre que l’on peut faire souriant sans pour autant faire simple. Créée en 1907, la partition sera saluée par les plus grands compositeurs de l’époque. Avec les forces réunies par l’Opéra-Comique tant d’une point de vue musical que scénique, on ne pouvait que passer un bon moment, surtout dans ces temps un peu complexes à Paris… et nul doute vu l’ovation lors de saluts que l’ensemble de la salle a passé un excellent moment de musique et de théâtre ! Continuer…