Hamlet et sa discographie… en attendant la production de l’Opéra-Comique!

Ambroise Thomas est connu pour deux ouvrages : Mignon et Hamlet. Longtemps ces deux opéras sont restés des piliers des opéras français avec bien sûr le premier à l’Opéra-Comique et le second à l’Opéra de Paris, qu’il soit au Palais Garnier ou à la Salle Le Pelletier. Mais depuis le début du vingtième siècle, il y a eu une perte de vitesse en particulier pour Hamlet. Était-ce le traitement infligé à la pièce de Shakespeare qui a fait se détourner le public ? Ou alors la mauvaise image de la musique d’Ambroise Thomas ? Toujours est-il qu’il faudra attendre la fin des années soixante-dix pour que l’ouvrage retrouve les grandes scènes, porté souvent par un baryton qui voulait se mesurer à un rôle en or. Ainsi Sherril Milnes, Thomas Allen, Thomas Hampson… malheureusement jamais de français (alors que l’on peut rêver d’un Ernest Blanc ou plus proche de nous Ludovic Tézier!). Il y eut aussi quelques Ophélie comme bien sûr Natalie Dessay. Et plus proche de nous, nous avons Stéphane Degout qui est l’interprète actuel le plus marquant… et l’on attend avec impatience la prise de rôle de Sabine Devieilhe. Aussi, un petit retour sur cet ouvrage et particulièrement sa discographie qui reste assez pauvre même si l’on a la chance d’avoir plusieurs enregistrements complets de bonne qualité ! Continuer…

Callas en direct – 4/5, 1955-1957 : Andrea Chénier, La Sonnambula, Lucia di Lammermoor, Anna Bolena et Ifigenia in Tauride

Dans cette partie du coffret, nous avons une belle diversité de répertoire. De la tragédie lyrique au vérisme en passant par le bel-canto, Maria Callas se montre sous toutes ses facettes possibles. Bien sûr il y a le grand rôle de Lucia di Lammermoor qui est un des grands succès de la chanteuse, mais sinon, nous avons tout de même trois rôles qu’elle chantera très peu, voir même pour une seule série de représentation comme Andrea Chénier. Mais nous découvrons une chanteuse très investie, où la voix commence à trahir quelques signes de faiblesse, mais où la chanteuse reste royale et particulièrement magnétique. Continuer…

Trio gagnant pour Samson et Dalila!

Créé en 1877 à Weimar, puis plus de dix ans plus tard à Paris, Samson et Dalila restera un ouvrage difficile à monter à cause de cet aspect assez proche de l’oratorio. Après une série de représentations la saison dernière à l’Opéra de Bastille, voici que la partition est de retour sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées mais cette fois dans le format d’un opéra en version de concert. Si la distribution de l’Opéra de Paris était internationale pour les rôles titres avec par contre des seconds rôles francophones, voici que se trouvent ici réunis trois chanteurs francophones à la diction exemplaire pour deux concerts d’exception. Après avoir chantés chacun de leur côté les rôles titres dans des productions scéniques il y a peu, voici que Marie-Nicole Lemieux et Roberto Alagna se retrouvent sur scène pour incarner ces deux personnages mythiques : elle avec la fougue emportée de la tragédienne qu’elle a démontré en Cassandre des Troyens et lui avec cette vaillance qui semble être sa marque de fabrique depuis quelques mois. Pour compléter le trio, Laurent Naouri était en Grand-Prêtre où toute sa noirceur peut se déployer. Restait la grande question du chef, qui venait en remplaçant de remplaçant… Continuer…

Gounod, le Faust nouveau est arrivé!

Avec Carmen, Faust est sans nul doute l’un des opéras français les plus connus. Tous deux ont été créés avec des dialogues parlés, puis ont été modifiés au cours des représentations ainsi que lors des reprises dans d’autres salles que celles de leurs créations. Ainsi, des récitatifs ont été composés, des passages coupés… ou des passages ajoutés pour Faust. Il est donc extrêmement difficile actuellement de retrouver la forme originale de l’ouvrage tel qu’il a été créé en 1859. Bien sûr l’on connaît quelques aspects comme les dialogues ou des scènes qui furent coupées par la suite, mais il nous manque tout de même de la matière pour être sûr de retrouver l’état d’origine. C’est donc plutôt un autre Faust qui a été présenté au Théâtre des Champs-Élysées avec une partition et un style sans doute plus proche de l’original mais sans être certain de sa totale authenticité. Il serait encore plus difficile de réussir à retrouver l’œuvre telle que Charles Gounod l’avait pensée tant les coupures ont été nombreuses avant même la première… et nombre de ces passages ont été perdus depuis, comme la scène de folie de Marguerite qui ouvrait le dernier acte. Mais nous avons ici un ouvrage nouveau, ou du moins différent et il est particulièrement intéressant de voir des musicologues se pencher enfin sur les partitions connues de Gounod. Continuer…

Boris, seul au monde à Bastille

Pas beaucoup d’originalité dans la programmation russe cette année pour l’Opéra de Paris : Boris Godounov de Moussorgsky. Mais l’ouvrage nous est présenté dans une nouvelle production, avec Ildar Abdrazakov dans le rôle titre… et dans la version originale de 1869. Enfin officiellement car pour cause de gala de début de la Coupe du Monde en Russie, notre Boris s’est absenté en ce 13 juin et a été remplacé par le jeune Alexander Tsymbalyuk. Toute découverte étant bonne à prendre et les échos de ses Boris à Munich étant plutôt bons, l’attente reste la même. Et de toute façon, il y a tout de même la nouvelle mise en scène et la version choisie. Alors que la version de 1872 semblait être assez établie sur les scènes, voici que depuis quelques années n’est présentée que la version première de l’ouvrage. Si cela est justifié par les chefs par une plus grande modernité et par les metteurs en scène par un action dramatique plus resserrée, peut-être y a-t-il aussi des raisons bassement matérielles car on évite une Marina et un Rangoni… alors que Grigory/Dimitri se retrouve à devenir un rôle très secondaire. Continuer…

Triomphe pour Gounod et sa Nonne Sanglante

Cette année 2018 est l’année Gounod… ou du moins l’est pour le Palazetto Bru Zane et quelques autres producteurs de spectacles et de disques. Fidèle à son habitude, l’Opéra-Comique s’est associé au Festival Bru Zane de Paris pour nous proposer une grande rareté : La Nonne Sanglante. Là où l’Opéra de Paris ne se donne même pas la peine de monter un ouvrage de Gounod, la petite salle parisienne joue la curieuse encore une fois et offre une splendide production du deuxième opéra de Charles Gounod. Créé Salle Pelletier en 1854, l’opéra ne sera joué que onze fois avec un certain succès public comme critique. Puis le changement de direction de l’Opéra de Paris va précipiter la chute de la partition. Le nouveau directeur, Monsieur Crosnier, voulu faire table rase des dernières créations et qualifia La Nonne Sanglante d’ordure. Et voici qu’il faudra attendre 2008 pour qu’elle soit rejouée à Osnabrück en Allemagne, production qui donnera lieu à un enregistrement chez CPO. C’est donc ici le grand retour de cette partition qui bénéficie de moyens superbes : mise en scène sobre et efficace, distribution de haut niveau, orchestre sur instrument d’époque… C’est l’un des évènements de la saison à n’en pas douter ! Continuer…

Phaéton de Lully par Dumestre et Lazar

Qu’il est rare de pouvoir assister à une tragédie lyrique en version scénique… et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit proposée. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son prédécesseur semble moins intéresser les musiciens ou du moins les metteurs en scène. Après les magnifiques Atys, Armide ou Cadmus et Hermione, il y a bien sûr eu les versions de concert de Christophe Rousset… mais pas très peu d’autres version scéniques complètes. Car la tragédie lyrique de Lully est un art complet où doivent se mélanger chant, danse, déclamation et scénographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont déjà collaboré en 2008 pour justement Cadmus à l’Opéra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans après dans le cadre enchanteur de l’Opéra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d’une belle qualité tant visuelle que sonore pour Phaéton. Le spectacle tiendra ses promesses malgré quelques surprises. Dans le lot des choses que l’on pouvait attendre, les chanteurs s’expriment en prononciation restituée… mais par contre, l’on est surpris pas la côté moderne de la scénographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitués aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgré un prologue terne, le reste de l’ouvrage montre que l’on peut travailler la tragédie lyrique de cette manière lorsque l’on connaît bien ce type d’ouvrages. Continuer…

Mozart, Salieri et Iolanta à Tours

Il est rare de présenter des opéras russes en France en dehors des quelques uns les plus connus comme Eugen Onegin ou Boris Godounov. Alors il faut saluer le choix de l’Opéra de Tours qui a décidé de monter non seulement Iolanta de Tchaikovsky, mais surtout Mozart et Salieri de Rimsky-Korsakov. Ce dernier n’est que trop rarement mis en avant alors que ses ouvrages sont magnifiques. Bien sûr, les références sont mythiques pour ce petit opéra mais avoir la possibilité de voir sur scène ce duo de partitions est un vrai plaisir. Pour la distribution, l’Opéra de Tours à fait appel à des chanteurs slaves avant tout comme souvent dans ce répertoire mais chœur et orchestre sont de la maison. Pour trois représentations seulement, c’est un gros investissement pour l’institution et il semble que le public ait été au rendez-vous. Continuer…

Huguette Tourangeau (1938-2018)

Il y a quelques jours s’est éteinte l’une de ces voix qui provoquent beaucoup de réactions. Si elle avait ses détracteurs, Huguette Tourangeau avait aussi ses admirateurs. Certains trouvaient sa voix trop étrange, aux registres trop marqués… d’autres justement trouvaient cette voix très personnelle passionnante et immédiatement captivante. La chanteuse restera surtout dans les mémoires pour avoir accompagné pendant quinze ans le couple que formaient Joan Sutherland et Richard Bonynge. En effet elle participera à de nombreux enregistrements chez DECCA mais aussi à de nombreuses productions scéniques. Aussi à l’aise dans le bel-canto que dans le répertoire français, elle restera l’un de ces astres fascinant par leur personnalité. Mais elle n’est pas juste un faire valoir. Elle aura bien sûr un grand appui par Richard Bonynge… mais elle saura marquer les mémoires par sa personnalité et son charisme. Continuer…

Callas en direct – 3/5, 1953-1954 : Medea, Alceste et La Vestale

Voici une facette assez rarement donnée de Maria Callas : son implication dans le répertoire classique. Bien sûr, on la connaît pour sa remise sur le devant de la scène du bel-canto, son implication pour donner ce répertoire dans des conditions les plus conformes à l’époque de la création. C’est elle qui sera la base permettant au couple Bonynge et Sutherland de révéler toutes ces partitions de Bellini ou Donizetti par exemple. Ici, nous aurons Cherubini, Gluck et Spontini. Dans deux cas, des ouvrages écrits pour l’Opéra de Paris et traduits en italien… et un troisième qui sera par la suite adapté pour la capitale dans le cadre de la tragédie lyrique telles qu’elle se donnait en cette fin de royauté en France. Après le répertoire romantique en diable de la précédente partie, voici donc un changement total de répertoire qui demande avant tout de la déclamation et une personnalité de tragédienne. Cette période chroniquée est aussi le moment où le physique de la chanteuse se métamorphose : d’une Médée déjà gracieuse mais encore un peu forte, voici une Julia de La Vestale fragile et fine. Période de mutation donc pour la chanteuse mais pour nous ce sont surtout des rôles qui étrangement ne marqueront pas sa carrière dans l’histoire alors que l’un d’eux au moins était très important pour elle. Ce rapport au drame par contre est totalement en accord avec sa volonté de pouvoir montrer aussi sur scène des personnages le plus crédibles possible. Continuer…