L’ultime partition de Charles Gounod : le Requiem en Ut majeur.

Il a souvent été dit que le Requiem en Ut majeur de Charles Gounod a été son premier et dernier requiem au milieu de toutes les messes qu’il a composées. Mais il n’en est rien. En 1842 déjà, il présentait un premier Requiem en Ré mineur à Vienne. Puis il commence à en écrire un en 1856 sans le terminer. Le 8 février 1873 est créée la Messe pour les morts qui est en partie un requiem aussi… Puis viendra la première partie de Mors et Vita bien sûr. Et enfin le fameux Requiem en Ut majeur qui est sans doute le plus connu. Légende ou réalité, Henri Büsser nous raconte que Gounod le joua et le chanta avec sa fille pour lui quelques heures avant une attaque cérébrale qui lui sera fatale trois jours plus tard. Composé en mémoire de l’un de ses petits-fils, ce Requiem était particulièrement important pour Charles Gounod. Il le fait mûrir durant de nombreuses années avant d’en terminer l’instrumentation en 1893 alors qu’il avait été commencé sûrement en 1889 sous le coup de la mort de son petit-fils. Nous sommes quatre ans après Mors et Vita, alors que le compositeur d’opéra s’est retiré depuis maintenant huit ans et qu’il consacre ses dernières années à des compositions plus religieuses. Continuer…

Roméo et Juliette : Dernier grand succès de Charles Gounod à l’opéra

En avril 1865, Gounod commence la composition d’un nouvel opéra : Roméo et Juliette. Déjà en 1841 il avait composé un envoi obligatoire sur ce sujet depuis la Villa Médicis suite à son Prix de Rome. Presque vingt-cinq ans plus tard, voici que le rêve va devenir réalité. Rêve à plus d’un titre puisque non seulement il peut enfin se lancer dans ce projet, mais celui-ci sera couronné de succès. Ce sera d’ailleurs le dernier grand succès du compositeur, ses trois derniers opéras ne rencontrant au mieux qu’un succès d’estime et sombrant dans les oubliettes (même si on dispose d’enregistrements qui feront l’objet d’articles suivants!). Après Faust en 1859 et dans une moindre mesure Mireille en 1864, voici sans doute le troisième opéra de Charles Gounod qui lui survécu pendant de nombreuses années. Il faut dire que le sujet est assez vendeur… et le compositeur y a mis toute sa science pour nous offrir bien plus que quatre duos d’amours comme certains aiment à caricaturer cet opéra. Comme pour ses illustres devanciers, l’opéra a été remanié de nombreuses fois et il sera difficile de dire ce qui est de la coupure ou de l’emprunt à une édition particulière dans la suite de l’article. Mais en se référant à deux partitions et à deux enregistrements assez complets, on peut juger tout de même du travail éditorial réalisé lors des différents enregistrements studio. Continuer…

Onze ans après, retour des Huguenots sur la scène de la Monnaie de Bruxelles

Enfin une reprise de ce magnifique travail réalisé par La Monnaie. En 2011, cette production des Huguenots d’Olivier Py marquait les esprits de part sa réalisation scénique, mais aussi pour l’état de la partition où étaient rétablis de nombreux petits points musicaux, offrant tout de même des découvertes et une plus grande cohérence… et bien sûr la qualité musicale! Marc Minkowski dirigeait l’Orchestre Symphonique de la Monnaie avec la passion qu’on lui connaît pour cette musique et avait rassemblé non pas une mais deux grandes distributions qui alternaient et montraient des portraits vocaux différents pour les rôles principaux. En 2012, la production était reprise à Strasbourg avec une distribution presque entièrement renouvelée et Daniele Callegari à la baguette (malheureusement les deux dates à Mulhouse avaient été annulées au dernier moment). Il restait bien sûr les souvenirs des spectateurs mais aussi un enregistrement radio (la première diffusion avait coupé une partie du ballet du troisième acte avant qu’une seconde diffusion ne vienne rétablir la partition dans son intégralité!). Longtemps la Monnaie a prévu de reprendre ce spectacle, mais les travaux de la salle puis la pandémie ont sans doute retardé cette reprise. Mais onze ans après, la voici toujours aussi magnifique avec une distribution entièrement renouvelée pour l’occasion, un autre chef… mais toujours la partition fascinante de Giacomo Meyerbeer. Continuer…

La Colombe, un petit Gounod à ré-évaluer!

Édouard Bénazet avait commandé pour la saison estivale de Baden-Baden un opéra à Charles Gounod. Ce devait être Philémon et Baucis mais comme indiqué dans l’article précédent, ce ne fut pas le cas pour plusieurs raisons. Mais l’année suivante, un autre opéra est commandé à Gounod et ce sera La Colombe, opéra adapté lui aussi d’un écrit de Jean de la Fontaine : le conte Le Faucon. Ainsi, La Colombe est créée avec grand succès lors des quatre représentations de août 1860 au Théâtre de la Conservation à Bade (ancien nom de Baden-Baden). Le livret est écrit par le duo habituel Barbier et Carré mais ce qui est plutôt inhabituel, c’est la rapidité de composition de Gounod. Il ne lui faudra que deux semaines pour arriver au bout de l’ouvrage. Et de ses dires, il composa entre deux portes, sur une table de chambre d’hôtel ou dans un train. On reste ici dans les opéras-comiques de petite dimension et la finesse d’écriture est assez surprenante pour de telles conditions! Bade lui fera un triomphe pour quatre représentations en 1860 alors que malgré un bon accueil Paris ne verra cette Colombe que pour une seule représentation en 1866. Continuer…

Roméo et Juliette de Gounod sauvé par Perrine Madoeuf et Pene Pati à l’Opéra-Comique.

C’était sans doute le spectacle le plus attendu en cette période de Noël. Depuis quelques années, l’Opéra-Comique propose un opéra français en fin d’année… souvent rare, parfois juste peu monté. C’est le cas de ce Roméo et Juliette de Gounod qui n’avait pas connu les honneurs d’être représenté en version scénique à Paris depuis les mythiques représentations de 1994 qui réunissaient Roberto Alagna, Nuccia Focile et Michel Plasson. J’avais eu la chance à l’époque d’être présent en salle, mais n’ayant que onze ans, les souvenirs sont assez flous. Mais il y avait tout de même une certaine émotion de revenir dans la Salle Favart vingt-sept ans après. Et les émotions étaient aussi dûes aux circonstances. Alors que toutes les répétitions s’étaient bien passées, voilà que le jour de la répétition générale, le ténor Jean-François Borras qui devait chanter Roméo est testé positif au COVID 19… Il est alors remplacé au pied levé par Sébastien Guèze alors que le metteur en scène joue le personnage. Puis la veille de la première, c’est Julie Fuchs qui est elle aussi testée positive. Il faut donc trouver non pas un mais deux chanteurs pour reprendre ce couple maudit. Nous arrivent alors Perrine Madoeuf et Pene Pati pour prendre la relève en quelques heures pour une première triomphale. Durant la journée entre les deux représentations, nul doute que le travail scénique de ces deux artistes a dû être intense vu la qualité proposée. Mais c’était donc non seulement des retrouvailles mais aussi un spectacle miraculeusement sauvé! Continuer…

L’Île du Rêve, premier opéra de Reynaldo Hahn dans un superbe version.

Reynaldo Hahn reste pour tous le compositeur de mélodies charmeuses (enregistrées en quasi intégrale par la fondation Bru Zane !) et d’opérettes mélodieuses voisinant avec le café-théâtre. Mais il aussi composé des partitions plus imposantes, plus complexes. Musique de chambre, piano, concertos, poèmes symphoniques… et opéras ! Plus associé à la badinerie qu’aux sentiments profonds, cet élève de Jules Massenet a aussi sûrement souffert de cet héritage. Déjà que le compositeur stéphanois était regardé de haut pendant longtemps (mais on commence à redécouvrir ses compositions même en dehors de l’opéra !), vous pensez bien que son élève ne pouvait pas être un compositeur sérieux ! Et pourtant… les mélodies l’ont prouvées avec à côté de belles bluettes de salon, des compositions beaucoup plus complexes, à l’archaïsme très travaillé par exemple. Comme pour d’autres compositeurs, la bonne fée Bru Zane se penche maintenant sur les ouvrages de ce compositeur et voici donc son Île du Rêve, premier opéra d’un jeune compositeur alors très prometteur ! Continuer…

Splendide Khovanshchina à la Philharmonie avec le Mariinsky

Enfin… le miracle a eu lieu… ou plutôt les miracles ! En effet, en ce 4 octobre, c’était pour moi le retour en salle pour un concert à l’effectif important avec cette Khovanshchina donnée par la troupe du Mariinsky. Mais il fallait s’accrocher niveau émotions. Depuis quelques temps, tout le monde se demandait comment un orchestre plus un chœur et des solistes russes pourraient venir à Paris alors que tous leurs confrères russes annulaient leurs participations. Mais au final ils sont bien là, en effectif légèrement réduits… mais sans doute que l’étiquette « Saison Russe » a aidé, tout comme l’image de Valery. Donc premier miracle ! Ensuite, la tension pour savoir si la place allait être maintenue suite aux restrictions de jauge dans les salles de concert… Et là il fallait avoir le cœur bien accroché. Deux jours avant le concert, aucun message de la Philharmonie de Paris, donc a priori ma place était conservée. Et puis finalement le couperet tombe : la jauge des 1 000 places oblige à ne conserver que les premiers ayant acheté leurs places. N’étant pas abonné et malgré une commande réalisée au plus vite lors de l’ouverture des réservations, je n’étais donc pas dans les 1 000. Mais heureusement, un ami ne pouvait assister au concert et j’ai donc pu racheter sa place. Deuxième miracle. Enfin, le troisième sera développé dans la suite de cet article, car c’est la qualité de l’interprétation qui était miraculeuse ! Une Khovanshchina certes légèrement allégée en effectif mais tout bonnement passionnante et puissante. Continuer…

Atys de Lully si bien servi au disque!

En 1987, le monde de l’opéra baroque assistait à un bouleversement avec la re-création d’Atys de Jean-Baptiste Lully par Les Arts Florissants. Le tricentenaire de la mort du compositeur était un bon prétexte pour remonter enfin dans de bonnes conditions un de ses opéras. Il y avait bien eu un enregistrement d’une version de concert d’Armide en 1983 par Philippe Herreweghe (enregistrement dont il fera tout par la suite pour éviter la diffusion) mais ici nous avons un autre projet : monter une version scénique d’une tragédie lyrique de Lully dans plusieurs villes. Le choix s’est fait entre plusieurs ouvrages et c’est un accord entre metteur en scène et chef d’orchestre qui a fait pencher pour cet Atys qui sera une pierre angulaire dans le renouveau du baroque français. Pourtant, ce n’est pas forcément la partition qui était le plus resté dans les mémoires, ce n’était ni la première ni la dernière… Mais c’était l’Opéra du Roi comme il était surnommé à l’époque tant Louis XIV adorait cet opéra. Après Hippolyte et Aricie de Rameau, on retrouve donc Lully pour une note discographique qui se résumera à un duel non équitable : trois enregistrements de William Christie contre un seul d’Hugo Reyne. Continuer…

Mady Mesplé, une Lakmé éternelle qui ne doit pas cacher d’autres immenses talents

En cette fin de confinement, Mady Mesplé nous quittait à 89 ans. Quelques semaines avant c’était Gabriel Bacquier, quelques jours après ce sera Janine Reiss. C’est une partie du chant français qui s’en va avec deux grands interprètes et une cheffe de chant des plus réputée. Mais personnellement, c’est surtout le départ de la soprano qui me touche le plus. Elle qui fut l’étoile du chant français durant de si nombreuses années, elle qui se frotta à tant de répertoires différents, depuis la musique baroque de Vivaldi jusqu’aux créations contemporaines et passant bien sûr par le bel-canto, l’opéra français, l’opérette… et la mélodie. Grande artiste, elle apportait à tout ce qu’elle chantait une sensibilité magnifique et un brillant que certains lui reprocheront. La maladie de Parkinson l’obligera à se retirer des scènes mais ne l’empêchera pas de former de nombreux grands chanteurs comme Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou ou encore Elisabeth Vidal qui aura été elle aussi une grande Lakmé. Continuer…

Massenet, l’affaire Cléopâtre et la maigre discographie d’un superbe opéra…

À la mort de Jules Massenet le 13 août 1912, trois opéras dormaient encore dans ses tiroirs, trois partitions complètes et entièrement orchestrées : Panurge, Cléopâtre et Amadis. Compositeur célébré en France malgré des critiques sur son manque de modernité, il conservait le pouvoir de remplir les salles avec des titres comme Werther ou Manon bien sûr ! Ses compositions étaient souvent inspirées par des grandes muses, expliquant sans doute ces portraits de femmes si réalistes et dramatiques. La plus connue est bien sûr Sibyl Sanderson pour qui il écrivit Esclarmonde et Thaïs. Mais celle qui sera la plus gâtée sera Lucy Arbell pour qui il écrivit pas moins de huit rôles ! Certes dans Ariane elle n’a que le rôle épisodique de Perséphone, mais pour les autres c’était l’un des personnages principaux à chaque fois ! Nous avons le rôle-titre de Thérèse, la Reine Amahelli pour Bacchus, Dulcinée dans Don Quichotte, la tragique Posthumia dans Roma, Colombe dans Panurge, notre Cléopâtre et sans aucun doute Amadis… Mais la mort du compositeur verra ces beaux projets quelque peu perturbés… et finalement Lucy Arbell ne créera ni Cléopâtre ni Amadis. Et malheureusement, toutes ces œuvres de la fin de la carrière de Jules Massenet tomberont dans l’ombre des grands succès, alors qu’ils portent en eux de magnifiques pages. Seul Don Quichotte est vu assez régulièrement sur les scènes. Mais nous avons la chance d’avoir pour beaucoup des enregistrements… et pour cet article, ce sera Cléopâtre qui sera évoquée ! Continuer…