Mady Mesplé, une Lakmé éternelle qui ne doit pas cacher d’autres immenses talents

En cette fin de confinement, Mady Mesplé nous quittait à 89 ans. Quelques semaines avant c’était Gabriel Bacquier, quelques jours après ce sera Janine Reiss. C’est une partie du chant français qui s’en va avec deux grands interprètes et une cheffe de chant des plus réputée. Mais personnellement, c’est surtout le départ de la soprano qui me touche le plus. Elle qui fut l’étoile du chant français durant de si nombreuses années, elle qui se frotta à tant de répertoires différents, depuis la musique baroque de Vivaldi jusqu’aux créations contemporaines et passant bien sûr par le bel-canto, l’opéra français, l’opérette… et la mélodie. Grande artiste, elle apportait à tout ce qu’elle chantait une sensibilité magnifique et un brillant que certains lui reprocheront. La maladie de Parkinson l’obligera à se retirer des scènes mais ne l’empêchera pas de former de nombreux grands chanteurs comme Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou ou encore Elisabeth Vidal qui aura été elle aussi une grande Lakmé. Continuer…

Marina Rebeka et le répertoire français

Quand on regarde la discographie et le calendrier de Marina Rebeka, on se demande bien ce qui l’amène au répertoire français du milieu du XIXè siècle, surtout dans ce style au final assez peu vocalisant comparé à ce qui se faisait quelques années avant à la Salle Pelletier ! Car elle a beaucoup chanté Rossini, Mozart, Bellini, Donizetti… Bien sûr le bel-canto ne repose pas uniquement sur la technique, mais on voit tout de même un certain tropisme vers le répertoire vocalisant et dans son registre, le répertoire français a peu de place malgré quelques incarnations scénique : Marguerite dans le Faust de Gounod, Leila dans Les Pêcheurs de Perles, Thaïs, Antonia dans Les Contes d’Hoffmann… et Micaela dans Carmen. On retrouve dans le programme de ce récital un certain nombre de personnages déjà abordés, mais aussi des nouveautés. Il y a un an, son album Spirito avait été une révélation pour beaucoup d’amateurs et en France sa Norma la confirmation de son impact et de sa présence scénique dans le répertoire du bel-canto. Peu de temps après, sa Traviata enregistrée en studio nous la montrait encore sous un autre angle. Ici le défit est tout autre… et il faut avouer qu’il est admirablement relevé ! Continuer…

Mirella Freni : 1935 – 2020

Le 9 février 2020 s’est éteinte Mirella Freni à l’âge de 84 ans. Celle qui est présentée sous le nom de « Prudentissima », celle que tout le monde rapproche avant tout de Mimi dans La Bohème ainsi que de celui qui fut justement souvent son partenaire dans ce rôle : Luciano Pavarotti. Elle prenait congés des scènes en 2004 à la mort de Nicolai Ghiaurov… et quinze ans plus tard elle disparait. Mirella Freni, restera bien sûr dans les mémoires collectives… mais elle restera aussi pour moi la première. Car elle faisait partie de mon premier opéra acheté, car elle m’a fait découvrir un certain nombre d’ouvrages juste parce qu’elle le chantait. Le timbre, la musicalité, la délicatesse des portraits tout en donnant une force vitale immense au personnage… Voilà ce qui composait une chanteuse d’opéra immense par le tallent, mais aussi d’une grande modestie et d’une grande sagesse. Toujours soucieuse de donner le meilleur d’elle-même, de ne jamais forcer sur son instrument pendant cinquante ans d’une carrière des plus riches, d’apporter sa touche personnelle aux personnages qu’ils soient parfaitement dans ses cordes vocales ou même qu’ils les dépassent un peu. Elle aura donné de magnifiques souvenirs à bien des spectateurs et auditeurs. Arrivé trop tardivement dans le monde passionnant de l’opéra, je n’ai jamais eu la chance de l’entendre en salle, mais rien que la croiser un jour au Théâtre du Châtelet restera un grand souvenir… Continuer…

La Reine de Saba de Gounod, immense merci à Marseille et aux artistes!

Après le grand succès de Faust et les légèretés de La Colombe ou Philémon et Baucis, Charles Gounod allait tenter de trouver le succès sur la scène de l’Opéra de Paris. Il y a pourtant créé ses deux premiers ouvrages, mais si Sapho aura un succès d’estime, La Nonne Sanglante sera un grand échec. À l’origine, La Reine de Saba était prévu pour le Théâtre-Lyrique de Léon Carvalho. Mais deux éléments vont faire migrer le projet : tout d’abord le Théâtre-Lyrique allait être frappé d’expropriation début 1862 afin de percer la place de la République… mais cela s’ajoute l’ampleur de l’ouvrage qui rendait difficile les représentations dans un théâtre de dimension assez moyenne, tant en terme de moyens financiers que matériels. Aussi, Charles Gounod va se tourner vers la grande scène parisienne pour tenter d’y trouver enfin le succès. Malheureusement ce ne sera pas le cas… seulement quinze représentations avant que l’ouvrage ne soit supprimé de l’affiche. Il faudra donc attendre 1869 pour qu’enfin Gounod soit célébré sur la scène de la salle Le Pelletier… mais ce sera pour l’arrivée non pas d’un nouvel opéra mais de Faust. Depuis, quelques reprises disparates ont tenté de faire renaître La Reine de Saba : Michel Plasson le monte à Toulouse en 1969, le festival Martina Franca le donne en 2001 avec une reprise en 2003 à Saint-Étienne… et en 2018 à Boston par l’Odyssey Opera. Mais enfin une nouvelle version en France avec des artistes de premier plan ! Continuer…

Prise de rôle pour Nicolas Courjal : Incarnation du diable dans le Faust de Gounod

En 2017, l’Opéra d’Avignon créait la production de Faust de Nadine Duffaut qui est ici reprise à l’Opéra de Marseille. La mise en scène ainsi que la distribution avaient participé à passer un excellent moment, rendant hommage à la partition de Charles Gounod. Lui qui était si malmené et auquel l’Opéra National de Paris n’a pas daigné rendre hommage avait ici un moment de gloire vu les moyens qui avaient été mis en œuvre. Avec une distribution de très haut niveau, la partition était parfaitement défendue : Nathalie Manfrino en vibrante Marguerite, Jérôme Varnier en glaçant Méphistophélès et Florian Laconi qui nous donnait un assez beau Faust. Et puis il fallait saluer le travail d’Alain Guingal qui offrait la partition dans son intégralité, ou du moins ce que l’on considère actuellement comme sa forme complète. La reprise avec une distribution entièrement renouvelée à Marseille entraînait une grande curiosité en même temps que des craintes : on le sait, les reprises de productions sont souvent l’occasion d’effectuer des petites coupures (voir même des grosses!) et il fallait aussi se heurter au souvenir de la création. Et puis il faut aussi prendre en compte le Faust original proposé par Christophe Rousset et le Palazetto Bru Zane! Que de références pour cette reprise ! Continuer…

Un bouquet de mélodies de Charles Gounod par Tassis Christoyannis

Le Palazzetto Bru Zane fait beaucoup parler de lui pour les opéras qu’il remet en lumière… mais il y aussi un la mélodie français qu’il sait faire briller. En effet, depuis quelques années, Tassis Christoyannis a pu enregistrer sous l’égide de la fondation plusieurs disques de mélodies : Félicien David, Édouard Lalo, Benjamin Godard, Camille Saint-Saëns, Fernand de la Tombelle… et finalement Charles Gounod en cette année anniversaire. Il était logique de rendre hommage à cette production si importante dans la vie musicale du compositeur. Car c’est avec ses mélodies qu’il se fera un nom au tout départ. Et bon nombre de compositeurs ou musicologues n’hésitent pas à dire qu’il est le père de la mélodie français, peut-être plus qu’Hector Berlioz. Car chez Gounod il y a, pour ces mélodies comme pour les opéras, un grand travail pour que la ligne musicale laisse respirer le texte, que cette mélodie soit avant tout une mise en valeur du poème. Avec plus de 170 mélodies à son catalogue, le compositeur a aussi la particularité d’en avoir composé près du tiers en anglais, alors que nous avons aussi quelques mélodies en italien, allemand ou espagnol. Continuer…

L’hommage tant attendu à Charles Gounod

Pour clore de belle manière un superbe Festival, le Palazzetto Bru Zane offre au public un concert autour de Charles Gounod en ce 16 juin 2018, veille de la mort du compositeur il y a 125 ans. Après La Nonne Sanglante et le superbe Faust revivifié, voici donc un gala où l’on pourra entendre d’autres partitions rares du musicien, allant chercher dans deux oratorios des pièces splendides et différenciées. Bien sûr, c’est le compositeur lyrique qui est ici mis en avant… mais nous avons tout de même un bel éventail des ouvrages du compositeur. Certes, il en manque quelques uns mais il était difficile de tous les représenter en une soirée mais l’on peut regretter l’absence de Polyeucte par exemple qui est tout de même un ouvrage majeur de Charles Gounod. De même, il aurait été peut-être encore plus fort de proposer un extrait de Rédemption plutôt que Tobie. Mais ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois que Gounod est mis à l’honneur dans de telles conditions, saluons le travail et le rendu de la soirée ! Continuer…

Gounod, le Faust nouveau est arrivé!

Avec Carmen, Faust est sans nul doute l’un des opéras français les plus connus. Tous deux ont été créés avec des dialogues parlés, puis ont été modifiés au cours des représentations ainsi que lors des reprises dans d’autres salles que celles de leurs créations. Ainsi, des récitatifs ont été composés, des passages coupés… ou des passages ajoutés pour Faust. Il est donc extrêmement difficile actuellement de retrouver la forme originale de l’ouvrage tel qu’il a été créé en 1859. Bien sûr l’on connaît quelques aspects comme les dialogues ou des scènes qui furent coupées par la suite, mais il nous manque tout de même de la matière pour être sûr de retrouver l’état d’origine. C’est donc plutôt un autre Faust qui a été présenté au Théâtre des Champs-Élysées avec une partition et un style sans doute plus proche de l’original mais sans être certain de sa totale authenticité. Il serait encore plus difficile de réussir à retrouver l’œuvre telle que Charles Gounod l’avait pensée tant les coupures ont été nombreuses avant même la première… et nombre de ces passages ont été perdus depuis, comme la scène de folie de Marguerite qui ouvrait le dernier acte. Mais nous avons ici un ouvrage nouveau, ou du moins différent et il est particulièrement intéressant de voir des musicologues se pencher enfin sur les partitions connues de Gounod. Continuer…

Triomphe pour Gounod et sa Nonne Sanglante

Cette année 2018 est l’année Gounod… ou du moins l’est pour le Palazetto Bru Zane et quelques autres producteurs de spectacles et de disques. Fidèle à son habitude, l’Opéra-Comique s’est associé au Festival Bru Zane de Paris pour nous proposer une grande rareté : La Nonne Sanglante. Là où l’Opéra de Paris ne se donne même pas la peine de monter un ouvrage de Gounod, la petite salle parisienne joue la curieuse encore une fois et offre une splendide production du deuxième opéra de Charles Gounod. Créé Salle Pelletier en 1854, l’opéra ne sera joué que onze fois avec un certain succès public comme critique. Puis le changement de direction de l’Opéra de Paris va précipiter la chute de la partition. Le nouveau directeur, Monsieur Crosnier, voulu faire table rase des dernières créations et qualifia La Nonne Sanglante d’ordure. Et voici qu’il faudra attendre 2008 pour qu’elle soit rejouée à Osnabrück en Allemagne, production qui donnera lieu à un enregistrement chez CPO. C’est donc ici le grand retour de cette partition qui bénéficie de moyens superbes : mise en scène sobre et efficace, distribution de haut niveau, orchestre sur instrument d’époque… C’est l’un des évènements de la saison à n’en pas douter ! Continuer…

Philémon et Baucis, retour sur la scène de Tours

Depuis quelques années, l’Opéra de Tours offre des opéras rares comme Bérénice d’Albérich Magnard il y a quelques années ou Mozart et Salieri dans quelques mois. Pour cette première production de l’année 2018, il rend honneur à Charles Gounod avec une production du très rare Philémon et Baucis. Alors qu’il lui aurait été simple et sans doute plus rentable de monter Faust ou Roméo et Juliette, la saison propose donc l’un de ces ouvrages si rarement montés depuis de nombreuses dizaines d’années. Cela document de plus un style lyrique très rare de nos jours et qui est totalement absent de nos scènes pour la production de Charles Gounod. Alors que peu de grandes maisons font un véritable effort pour rendre hommage au compositeur, voilà qu’une ville au budget limité se lance dans une recréation en y mettant de beaux moyens. Certes, l’ouvrage ne demande que peu de chanteurs et des décors limités, mais il est à saluer cette prise de risques pour seulement trois représentations alors qu’une saison de l’opéra de Tours ne compte que six productions. Continuer…