Callas en direct – 5/5, 1958-1964 : La Traviata, Il Pirata, Poliuto et Tosca

Voici enfin la fin de cette série… nous sommes ici sur les dernières années de la carrière de La Divina. La voix a alors perdu son arrogance première, mais l’interprète reste comme toujours passionnante. Entre 1958 et 1964, son répertoire va se réduire, elle va abandonner certains rôles et nous avons donc les derniers feux. Paradoxalement, c’est sans doute l’une des périodes dont nous avons le plus d’enregistrements parfois douloureux. Ici, deux rôles qui auront marqués sa carrière et deux autres qui prouvent toute la curiosité qu’elle avait pour le bel-canto, réussissant à monter des ouvrages rares et quasi-oubliés sur de grandes scènes. On ne sait actuellement où en serait tout un pan du répertoire si elle n’avait pas commencé dans les années cinquante à remonter des opéras qui étaient alors si peu donnés. Continuer…

Mady Mesplé, une Lakmé éternelle qui ne doit pas cacher d’autres immenses talents

En cette fin de confinement, Mady Mesplé nous quittait à 89 ans. Quelques semaines avant c’était Gabriel Bacquier, quelques jours après ce sera Janine Reiss. C’est une partie du chant français qui s’en va avec deux grands interprètes et une cheffe de chant des plus réputée. Mais personnellement, c’est surtout le départ de la soprano qui me touche le plus. Elle qui fut l’étoile du chant français durant de si nombreuses années, elle qui se frotta à tant de répertoires différents, depuis la musique baroque de Vivaldi jusqu’aux créations contemporaines et passant bien sûr par le bel-canto, l’opéra français, l’opérette… et la mélodie. Grande artiste, elle apportait à tout ce qu’elle chantait une sensibilité magnifique et un brillant que certains lui reprocheront. La maladie de Parkinson l’obligera à se retirer des scènes mais ne l’empêchera pas de former de nombreux grands chanteurs comme Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou ou encore Elisabeth Vidal qui aura été elle aussi une grande Lakmé. Continuer…

Mirella Freni : 1935 – 2020

Le 9 février 2020 s’est éteinte Mirella Freni à l’âge de 84 ans. Celle qui est présentée sous le nom de « Prudentissima », celle que tout le monde rapproche avant tout de Mimi dans La Bohème ainsi que de celui qui fut justement souvent son partenaire dans ce rôle : Luciano Pavarotti. Elle prenait congés des scènes en 2004 à la mort de Nicolai Ghiaurov… et quinze ans plus tard elle disparait. Mirella Freni, restera bien sûr dans les mémoires collectives… mais elle restera aussi pour moi la première. Car elle faisait partie de mon premier opéra acheté, car elle m’a fait découvrir un certain nombre d’ouvrages juste parce qu’elle le chantait. Le timbre, la musicalité, la délicatesse des portraits tout en donnant une force vitale immense au personnage… Voilà ce qui composait une chanteuse d’opéra immense par le tallent, mais aussi d’une grande modestie et d’une grande sagesse. Toujours soucieuse de donner le meilleur d’elle-même, de ne jamais forcer sur son instrument pendant cinquante ans d’une carrière des plus riches, d’apporter sa touche personnelle aux personnages qu’ils soient parfaitement dans ses cordes vocales ou même qu’ils les dépassent un peu. Elle aura donné de magnifiques souvenirs à bien des spectateurs et auditeurs. Arrivé trop tardivement dans le monde passionnant de l’opéra, je n’ai jamais eu la chance de l’entendre en salle, mais rien que la croiser un jour au Théâtre du Châtelet restera un grand souvenir… Continuer…

Trio Ayonis, entre chansons et mélodies

Enguerrand de Hys fait partie des noms qui apparaissent régulièrement sur les programmes, souvent dans des petits rôles comme ce fut le cas dans La Nonne Sanglante, Fantasio ou Armide ces dernières années… Et le ténor se montre toujours aussi parfait vocalement, avec des personnages très bien calibrés pour sa voix. Mais récemment, c’est dans Tarare qu’il a marqué les esprits, chantant le rôle de Calpigi avec malice mais aussi cette dose de danger dans la voix lorsqu’il menace son maître. On sent que le chanteur a un grand potentiel pour donner vie à ces personnages même s’ils sont souvent très courts. Aussi, voyant qu’il allait donner un concert à Paris avec un programme original et intéressant… je me renseigne un peu et découvre ce Trio Ayonis formé avec Élodie Roudet et Paul Beynet. Les trois musiciens sont jeunes, particulièrement investis dans ces programmes qui mêlent mélodies, chansons et airs d’opéra. Aussi, après une rapide découverte sur Internet, voici que ce concert est obligatoire. Après le Gala Bru Zane, le format est bien sûr plus intime mais la curiosité est forte ! Continuer…

La magie de Patrizia Ciofi

En temps normal, le rôle de Maria Stuarda est chanté par une soprano plus claire que sa rivale Elisabeth. Mais depuis quelques années, Joyce DiDonato chante la reine déchue régulièrement et du coup on se retrouve avec une sorte d’inversion dans les timbres. Face à Carmen Giannattasio, le confrontation semblait impressionnante. Mais l’annulation de la mezzo-soprano américaine a changé la donne, puisque c’est finalement Patrizia Ciofi qui chante le rôle sur la scène du Theâtre des Champs-Élysées. Nous sommes donc passé d’un mezzo-soprano claire mais puissant à une soprano assez légère qui est plus connue pour ses demi-teintes que pour sa puissance vocale. Déjà impressionnante dans Maria Stuarda à Avignon il y a quelques années, c’était un vrai plaisir de la retrouver, mais aussi une petite question… les années ont passé et si l’art de la chanteuse est sûrement toujours aussi beau, on pouvait craindre une petite érosion des moyens. Mais malgré tout, avec Patrizia Ciofi nous sommes certains d’être touchés et émus par son interprétation. Et puis nous avons aussi la présence d’une habituée du rôle d’Elisabeth et un ténor qui possède toujours une forte présence. Continuer…

Callas en direct – 4/5, 1955-1957 : Andrea Chénier, La Sonnambula, Lucia di Lammermoor, Anna Bolena et Ifigenia in Tauride

Dans cette partie du coffret, nous avons une belle diversité de répertoire. De la tragédie lyrique au vérisme en passant par le bel-canto, Maria Callas se montre sous toutes ses facettes possibles. Bien sûr il y a le grand rôle de Lucia di Lammermoor qui est un des grands succès de la chanteuse, mais sinon, nous avons tout de même trois rôles qu’elle chantera très peu, voir même pour une seule série de représentation comme Andrea Chénier. Mais nous découvrons une chanteuse très investie, où la voix commence à trahir quelques signes de faiblesse, mais où la chanteuse reste royale et particulièrement magnétique. Continuer…

Huguette Tourangeau (1938-2018)

Il y a quelques jours s’est éteinte l’une de ces voix qui provoquent beaucoup de réactions. Si elle avait ses détracteurs, Huguette Tourangeau avait aussi ses admirateurs. Certains trouvaient sa voix trop étrange, aux registres trop marqués… d’autres justement trouvaient cette voix très personnelle passionnante et immédiatement captivante. La chanteuse restera surtout dans les mémoires pour avoir accompagné pendant quinze ans le couple que formaient Joan Sutherland et Richard Bonynge. En effet elle participera à de nombreux enregistrements chez DECCA mais aussi à de nombreuses productions scéniques. Aussi à l’aise dans le bel-canto que dans le répertoire français, elle restera l’un de ces astres fascinant par leur personnalité. Mais elle n’est pas juste un faire valoir. Elle aura bien sûr un grand appui par Richard Bonynge… mais elle saura marquer les mémoires par sa personnalité et son charisme. Continuer…

Itinéraire vers la Lucia de Joan Sutherland

Joan Sutherland fait partie de ces chanteuses qui fascinent souvent, mais laissent aussi parfois les auditeurs totalement sur le bord de la route. Pourtant, la soprano reste un nom important tant elle a remis au goût du jour toute une partie du répertoire opératique. Avec son mari Richard Bonynge, elle a chanté sur les plus grandes scènes les rôles du bel-canto romantique les plus tragiques et alors peu montés. Mais elle a aussi aidé à la renaissance d’une partie de l’opéra français. Car si le bel-canto avait déjà vu Maria Callas lui redonner grandeur et variété, c’est bien le couple Bonynge/Sutherland qui a réussi à imposer les enregistrements d’ouvrage rares comme Hamlet d’Ambroise Thomas, Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer, ou encore Esclarmonde et Le Roi de Lahore de Jules Massenet ! Ainsi, malgré mes réticences à écouter cet enregistrement légendaire de Lucia di Lammermoor, j’ai voulu lui redonner sa chance. C’est donc une sorte de parcours de redécouverte qui sera ici chroniqué. Continuer…

Désirée Rancatore, toujours une immense Lucia

lucia_tours_1Il y a dix ans maintenant, Désirée Rancatore avait la chance d’enregistrer en direct une superbe version de Lucia di Lammermoor dans un premier temps en DVD chez Dynamic, puis quelques années après en CD chez Naxos. On entendait ainsi non seulement la partition complète ou presque, mais aussi une soprano italienne certes légères pour les canons belcantistes mais d’une intensité dramatique et théâtrale sidérante. Car cette partition est bien sûr un superbe moment de chant et de musique… mais on atteint un niveau tout autre quand les chanteurs savent transcender cette technique nécessaire pour apporter un sens à toutes les décorations et les exploits vocaux. Mais la grande question était de savoir comment elle négocierait les difficultés techniques de la partition, comment le personnage a-t-il évolué avec ces dix ans de maturité pour la chanteuse ? Continuer…

Maria Stuarda : deux reines à Avignon

Marie Stuart durant l'exile en Angleterre (anonyme d'après Nicholas Hilliard)

Marie Stuart durant l’exile en Angleterre (anonyme d’après Nicholas Hilliard)

Maria Stuarda fait partie de cette fameuse trilogie Tudor qui rassemble aussi Anna Bolena et Roberto Devereux. Comme à chaque fois, l’un des personnages féminin est prépondérant, mais ici il ne peut véritablement vivre sans avoir un fort caractère en face. En effet, sans une Elisabetta de haute volée, comment donner tout son caractère tragique à la reine d’Écosse emprisonnée ? Comment faire vivre aussi ces affrontements entre deux femmes de même rang et au caractère bien trempé ? Car si le rôle titre nous est présenté à bien des moments comme une douce jeune fille, il ne faut pas oublier qu’elle était reine avant tout et que la noblesse de l’une doit se heurter à celle de l’autre. Avec la prise de rôle de Joyce DiDonato, les tessitures ont été inversées sur plusieurs scènes : Elisabeth revenait à une soprano corsée là où Maria Stuarda était donc chantée par la voix claire de la mezzo-soprano DiDonato. Ici c’est un retour aux traditions avec la soprano Patrizia Ciofi en martyre et la mezzo-soprano Karine Deshayes en violente Reine d’Angleterre. Deux chanteuses très différentes… et un affrontement magistral ! Continuer…