Esclarmonde de Massenet… à quand une version moderne?

Si l‘on ne joue actuellement que quelques rares ouvrages de Jules Massenet sur les scènes d‘opéras, il ne faut pas oublier toutes les partitions magnifiques qui n‘attendent que le courage d‘un directeur pour revenir sur le devant de la scène… Actuellement, en dehors de Manon, Werther et éventuellement Thaïs, on n‘entend que trop rarement Le Cid, Cléopâtre, Le Roi de Lahore, Cendrillon ou encore Esclarmonde! Cette dernière partition a eu la chance de bénéficier du support de Richard Bonynge et Joan Sutherland dans les années soixante-dix, lui évitant ainsi de tomber dans le plus grand oubli comme peuvent l‘être Ariane ou encore Bacchus (qui devrait être donné en juillet à Montpellier!). Ainsi, nous avons eu droit à un enregistrement studio, un témoignage en direct aussi… et puis quelques autres enregistrements : des extraits de 1963 avec la troupe de l‘Opéra de Paris ainsi qu‘un enregistrement de 1992 du Festival Massenet de Saint-Étienne. On trouve aussi par des moyens détournés la prestation de la jeune Alexandrina Pendatchenska qui triompha à seulement 22 ans dans ce rôle à Turin. Mais officiellement, nous n‘avons donc que deux enregistrements aussi différents qu‘ils sont passionnants!

En 1889, Paris accueillait l‘Exposition Universelle et donc il fallait pour chaque théâtre proposer un grand spectacle. Pour l‘Opéra-Comique, ce sera donc Esclarmonde de Jules Massenet. Le compositeur avait longtemps tardé avant de réussir à composer cet ouvrage, mais il semble que la rencontre avec la belle Sybil Sanderson lui ait donné des idées. Il va donc créer un personnage parfaitement adapté aux grands moyens de la jeune chanteuse, lui donnant de plus un aspect théâtrale fascinant. La voix longue de la soprano lui permettait d‘oser tout depuis des aigus stratosphériques (il écrivit un contre-sol entre autre dans la partition) mais aussi des grands moments lyriques parsemés de difficultés techniques saisissantes. Pour les répétitions, il sera tout le temps sur le dos des chanteurs, dirigeant non seulement l‘aspect musical mais aussi l‘aspect théâtral, faisant apprendre le rôle lui-même à Sybil Sanderson. Le triomphe public fut bien sûr complet pour les cents représentations mais malheureusement l‘ouvrage ne réussit pas à rester à l‘affiche de façon constante malgré quelques reprises. Il faut dire qu‘il faut non seulement trouver la soprano adéquat, mais aussi proposer un spectacle d‘envergure.

Auguste-Francois Gorguet (1889)

L’ouvrage se base sur un récit nommé Parthénopéus de Blois, écrit au milieu du XIIè siècle tout en puissant le nom de l’héroïne dans Huon de Bordeaux, chanson de geste du XIIIè siècle. Alfred Blau découvrit ce sujet à Blois alors qu’il fuyait la Commune de Paris. Il nous plonge dans l’orientale Byzance dirigée par l’Empereur Phorcas. Ce dernier est un grand magicien et doit se retirer du monde après de nombreuses années à avoir exercé le pouvoir. Il laisse non seulement le trône, mais aussi son art magique à sa jeune fille Esclarmonde. Elle doit par contre rester voilée devant les hommes jusqu’à ce qu’un grand tournoi ne désigne son futur époux. Mais la jeune femme a vu passer Roland, le Comte de Blois, lors d’un défilé et en est tombée amoureuse. Devant le bonheur de sa sœur Parséis et son fiancé Énéas, elle ne peut résister et par enchantement s’envole vers une île magique où elle fait venir Roland. Les deux jeunes gens chantent alors leur amour alors même qu’Esclarmonde n’a pas dévoilé son visage. Mais Roland doit retourner défendre Blois assiégée et Esclarmonde lui offre l’épée de Saint-Michel qui le rendra invincible mais se brisera au moindre parjure. À Blois, le Roi Cléomer se morfond face à la situation et c’est finalement Roland qui sauve la ville. Afin de le remercier, le roi lui donne la main de sa fille que Roland ne peut accepter. Cherchant à connaître la raison de ce refus, l’Évêque de Blois interroge le jeune homme qui finit par lui avouer que chaque soir un enchantement lui fait apparaître une jeune femme dont il est tombé amoureux. Y voyant le signe du malin, l’homme d’église décide de contrer cette magie et intervient alors qu’Esclarmonde et Roland sont réunis. Son voile est arraché et la magicienne se découvre trahie par son amant. Alors que Roland se lance pour la défendre avec l’épée magique, cette dernière ce brise, preuve de son parjure. Esclarmonde le maudit donc avant de disparaître. Quelques temps après à Byzance, Parséis désespère de revoir sa sœur qui est partie vers Roland sans jamais revenir. Elle va donc trouver leur père dans sa retraite. Par sa magie, il fait venir Esclarmonde qui était perdue hors de la réalité. Il l’oblige à chasser Roland de ses pensées, l’obligeant à repousser le jeune homme lors d’une confrontation. Quelques temps après, lors du grand tournoi qui doit lui donner un époux, Esclarmonde voit un chevalier tout de noir vêtu remporter sa main, mais la refuser. Reconnaissant la voix de son Roland, elle lui accorde tout de même et c’est alors que son voile est enlevé qu’il la reconnaît aussi, rendant ainsi une Impératrice et son consort au peuple.

Sybil Sanderson dans le rôle d’Esclarmonde

Alors qu‘il avait déjà composé Werther (qui sera créé en 1892) seulement, le compositeur se montre sous un jour tout autre pour Esclarmonde. En effet nous n‘avons pas cette profondeur dramatique, cette continuité d‘intérêt. Esclarmonde est fait pour impressionner le public, pour lui donner des sensations autres que le drame. Il peut ainsi composer des scènes gigantesques ou des passages au lyrisme ardents, mais il lui est difficile de réussir à maintenir un intérêt totalement constant. Le livret ne l‘aide pas non plus puisqu‘il reste assez décousu par moments. Mais malgré cela, Esclarmonde a quelque chose de fascinant. Bien sûr il y a cette débauche d‘effets qui commencent dès le prologue avec les cuivres, l‘orgue et l‘annonce immense de Phorcas mais après aussi par les voyages enchantés de l‘héroïne, par la scène de l‘exorcisme… et puis face à cela nous avons le tendre lyrisme des amours de Roland, l‘enlacement des lignes mélodiques, la finesse des textures et la richesse des couleurs. La partition est une démonstration de toute l‘inventivité de Jules Massenet qui ose charger l‘orchestre sans jamais créer un effet de lourdeur ou de pompiérisme. Bien sûr, le personnage d‘Esclarmonde est passionnant musicalement avec toutes ces émotions où passent l‘amour et le désespoir dans des situations aussi variés que l‘invocation de magie ou la tristesse de la perte… mais il y aussi le dessin de tous ces autres personnages. Roland reste un peu en retrait car au final il ne chante que rarement sans son amante et ne bénéficie pas de toute la richesse de la ligne mélodique. Mais on retrouve par contre des statures superbes pour différents autres personnages. La noblesse monolithique de Phorcas, la noblesse brisée de Cléomer, la puissance de l‘Évêque… et la maturité de Parséis. Cette dernière est étrangement l‘élément stable de l‘ouvrage. Elle est toujours présente pour aider sa sœur qui elle semble beaucoup moins stable dans son comportement. La sagesse se dégage de lignes mélodiques sobres mais qui par moments vont rejoindre la magie de notre Esclarmonde. C‘est tout cet assemblage et le foisonnement d‘idée qui font de cette Esclarmonde un opéra à part dans l‘œuvre de Jules Massenet. Bien sûr nous ne connaissons pas encore Bacchus… mais dans les autres opéras connus on ne retrouve jamais autant de folie dans l‘orchestre et les lignes mélodiques…. Sauf peut-être dans le trop rare Amadis où le sujet de chevalerie féérique lui fait retrouver des couleurs similaires.

Jacqueline Brumaire

On commencera rapidement par quelques mots sur l‘enregistrement partiel de 1963. L‘on pourrait avoir ici la version parfaite tant on entend un chant français splendide! Jacqueline Brumaire nous offre une Esclarmonde royale de timbre et de présence, avec ce léger grelot spécifique de cette époque. La voix est vive, nette et brillante, lui permettant d‘assumer les différents moments virtuoses de ces deux premiers actes. Car oui, nous n‘avons malheureusement que cela. Mais l‘on peut aussi entendre un Henri Legay plein de nuances et de style pour Roland. Loin de la vaillance de certains, il offre la beauté et la noblesse de ce chevalier, amoureux et galant avant tout. Dans les seconds rôles, on retrouve des personnalités comme Joseph Peyron à la diction aussi précise qu‘un rasoir pour Énéas, une Janine Capderou sensible et maternelle pour Parséis et enfin Lucien Lovano qui offre son charisme vocal impressionnant en Phorcas. Le tout est tenu par Gustave Cloez qui connait parfaitement le style et offre une très belle direction avec la limite de la prise de son de l‘époque bien sûr. Mais malheureusement, nous n‘avons que ces extraits de deux premiers actes. Il faut donc le prendre comme un document et non comme véritablement un enregistrement à part entière. Peut-être un jour ressortirons les actes manquants pour compléter cet enregistrement !

  • Jules Massenet (1842-1912), Esclarmonde, Opéra romanesque en quatre actes
  • Extraits des actes I et II
  • Esclarmonde, Jacqueline Brumaire ; Parséis, Janine Capderou ; Roland, Henri Legay ; Énéas, Joseph Peyron ; l’Empereur Phorcas, Lucien Lovano
  • Orchestre Lyrique de la Radio-Télévision
  • Gustave Cloez, Direction
  • Enregistré à Paris pour la Radio-Télévision Française, le 28 novembre 1963

Un peu plus de dix ans plus tard, Richard Bonynge et Joan Sutherland se tournaient vers cette partition, trouvant sûrement un beau terrain pour faire resplendir l‘instrument de la soprano australienne. Pour cela, le chef a fait appel à une distribution internationale et un orchestre anglais. On pourrait se demander ce qui pourrait en résulter et il faut avouer que la connaissance du répertoire par Richard Bonynge nous permet d‘écouter cette Esclarmonde sans froncer les sourcils. L‘orchestre n‘a peut-être pas toutes les nuances et les finesses que l‘on peut attendre chez Massenet, mais le chef a sans doute voulu avant tout montrer le grand-opéra sur lequel se fonde la partition. Il nous donne ainsi une direction plein de vie et de puissance, faisant entendre un orchestre puissant et parfois massif mais toujours très dynamique et coloré. De même, le chœur manque peut-être un peu de nuances mais il offre aussi beaucoup de puissance dans les moments majestueux comme la scène d‘exorcisme bien sûr! D‘un point de vue distribution, il est impressionnant de noter la qualité de la diction de l‘ensemble de la distribution alors que seulement deux chanteurs seulement sont francophones. On notera entre autre la présence de Ian Caley qui aura son heure de gloire dans les rôles de caractère, ou encore Graham Clark qui sera lui aussi l‘un des grands ténors de caractère.

Joan Sutherland (Esclarmonde), Huguette Tourangeau (Parséïs)

L’ensemble des rôles est assez saisissant par la dimension des interprétations où la noblesse impressionne. Ainsi on trouve dans le petit rôle de Cléomer nul autre que Robert Lloyd. Malgré une voix toujours aussi étrange, sa déploration qui ouvre le troisième est saisissante et montre immédiatement la puissance évocatrice de ce chanteur. Toujours dans le registre des clés de fa, Louis Quilico se montre particulièrement impressionnant en Évêque de Blois. On retrouve bien sûr l‘une des très belles dictions du plateau mais aussi ce timbre plein de noblesse. Et son intervention lors de l‘exorcisme fait trembler les murs tant la force de persuasion y est forte! Enfin, il ne faut pas oublier Clifford Grant qui nous donne un portrait violent et monolithique en Empereur Phorcas. Lui qui ouvre et clôt l‘opéra semble d‘un seul bloc, plein d‘arrogance et imposant sa volonté par une voix qui tonne. Le couple secondaire est assez déséquilibré entre un Ryland Davis plutôt transparent et une splendide Huguette Tourangeau qui transcende un personnage somme toute secondaire. Mais il y a la présence de ce timbre, l‘aisance avec laquelle elle offre la réplique à sa sœur lors des passages virtuoses… La mezzo-soprano offre un vrai appui à celle qui est devenue la puissante magicienne, elle l‘ancre dans la réalité et souffre pour elle. Comment rester insensible à sa détresse alors qu‘elle va chercher son père pour retrouver une Esclarmonde perdue dans les limbes!

Le rôle de Roland n‘a pas l‘occasion de particulièrement briller en dehors des duos avec sa partenaire. Giacomo Aragall nous donne un chant très soigné, sachant allier galanterie et vaillance pour les différentes parties de l‘opéra. Les demi-teintes sont là, la beauté du timbre… tout est là mais il peine à vraiment s‘imposer face à son Esclarmonde. Il faut dire que Joan Sutherland a ici trouvé sans doute l‘un de ses plus grands rôles. Bien sûr tout le monde pense à Norma ou Lucia… mais ses interprétations du répertoire français lui a aussi offert de magnifiques triomphes comme dans Hamlet et ici elle donne son meilleur. Dans ce milieu des années 70, elle avait déjà tout ce bagage technique bien sûr, mais aussi une voix qui avait perdu de sa clarté pour commencer à s‘épaissir. La voici donc ainsi parfaitement adaptée pour ce personnage étrange, à la fois puissant de magie mais aussi fragile d‘amour. Le côté aérien est parfaitement rendu et contrairement à l‘idée que l‘on se fait de Sybil Sanderson, ce n‘est sûrement pas par sa jeunesse de timbre qu‘elle fascine, mais bien par cet éloignement des premiers moments avant que ne s‘effondre cette magie au troisième acte. Et là la technique montre combien à côté il y a aussi de la sensibilité et des nuances pour créer cette femme puissante mais au final malheureuse. Le portrait est splendide et vocalement l‘on sent toute l‘aisance de la chanteuse qui finalement ne renonce qu‘au fameux contre-sol de son entrée au troisième acte!

Giacomo Aragall (Roland) et Joan Sutherland (Esclarmonde)

Voici donc le premier enregistrement commercialisé et disponible… C‘est sans doute grâce à lui que l‘ouvrage est resté un nom connu des amateurs et qu‘il a été repris par la suite. Le travail effectué par le chef mais aussi la distribution nous permet de profiter de la qualité de l‘écriture de Massenet et si le texte sort parfois légèrement déformé, on arrive à comprendre ce qui est chanté et on sent toute la passion de l‘équipe pour faire vivre l‘ouvrage. Une référence bien sûr!

  • Jules Massenet (1842-1912), Esclarmonde, Opéra romanesque en quatre actes
  • Esclarmonde, Joan Sutherland ; Parséis, Huguette Tourangeau ; Roland, Giacomo Aragall ; Énéas, Ryland Davis ; l’Empereur Phorcas, Clifford Grant ; l’Évêque de Blois, Louis Quilico ; Cléomer, Robert Lloyd ; un envoyé sarrasin, Ian Caley ; un héraut byzantin, Graham Clark
  • Finchley Children’s Music Group
  • John Alldis Choir
  • National Philharmonic Orchestra
  • Richard Bonynge, Direction
  • 3 CD DECCA, 425 651-2. Enregistré à Kingsway Hall, Londres, du 2 au 15 juillet 1975

En 1992, Saint-Étienne mettait à l‘honneur Esclarmonde lors de son festival en l‘honneur de l’enfant du pays Jules Massenet. Contrairement à l‘enregistrement de Richard Bonynge, nous n‘avons pas ici les grandes personnalités du studio DECCA, nous n‘avons pas la qualité du studio puisque nous avons affaire ici à un enregistrement en direct… bref ce disque ne semble pas pouvoir rivaliser avec l‘enregistrement précédent. Et pourtant!

Dès le prologue, on entend une grande différence dans la façon d‘aborder la partition de Jules Massenet. Richard Bonynge aborde le côté grand opéra avant tout… alors que Patrick Fournillier lui essaye de mettre en valeur les détails, à offrir des passages plus colorés et des textures plus fines. Ainsi on va découvrir des moments plus bucoliques et légers. Bien sûr l‘Orchestre Symphonique Franz Liszt de Budapest n‘est pas aussi virtuose que le National Philharmonia Orchestra mais il offre une vision superbe de la partition de Jules Massenet, une approche peut-être moins grandiose mais tout aussi convaincante par les détails et l‘intelligence de la direction. De même les chœurs sont moins puissants (dans l‘exorcisme par exemple!), mais le résultat est parfaitement satisfaisant.

Étrangement, la distribution n‘est pas entièrement francophone et on retrouve ainsi des dictions plus ou moins bonnes… mais cela concerne les deux rôles principaux. Les autres rôles sont eux confiés à des chanteurs francophones qui nous offrent un texte parfaitement compréhensible et un style assez parfait. Dans le double rôle de Phorcas et Cléomer, Jean-Philippe Courtis se montre impressionnant de noblesse. L‘Empereur Phorcas se trouve ainsi beaucoup plus humain et père, réduisant ainsi le souverain magicien… La voix de baryton-basse se déploie avec majesté pour cet empereur alors qu‘elle offre aussi tout l‘accablement de Cléomer. De même, Christian Tréguier offre à l‘Évêque de Blois une profondeur et une humanité qui manquaient un peu à Louis Quilico. Rien que par ces deux chanteurs, on a déjà une interprétation différente et somme toute plus humaine. Le couple Parséis/ Énéas se montre lui aussi plus humain avec en particulier une Hélène Perraguin plus douce qu‘Huguette Tourangeau mais perdant aussi du coup un peu de sa grandeur prophétique et de cette force stable qui lui conférait la mezzo-soprano canadienne, mais nous avons par contre un personnage plus léger dans le premier acte et aussi plus angoissé par la suite.

Denia Gavazzeni-Mazzola

José Sempere ne fait pas briller particulièrement le rôle de Roland. Non pas qu‘il soit en dessous des exigences, mais il lui manque un peu de prestance pour être totalement le chevalier noble et la diction manque de cette netteté qu‘on aurait pu espérer dans un tel enregistrement. Le timbre un peu nasal ne peut pas donner toute la carrure de ce noble chevalier. Pour Esclarmonde, là encore ce n‘est pas une chanteuse francophone mais italienne. Denia Gavazzeni-Mazzola ne possède certes pas la technique parfaite de Joan Sutherland et certains moments manquent un peu de précision comme l‘arrivée magique vers Roland à l‘acte III. Comment rivaliser en effet avec la soprano australienne dans ces parties. Mais à partir de ce moment, le lyrisme et la voix plus colorée montre le côté beaucoup plus humain d‘Esclarmonde. Les failles, le cœur tourmenté et blessé… tout cela est parfaitement rendu dans la deuxième partie de l‘ouvrage. La soprano nous offre un portrait où l‘émotion prime parfois sur la technique. Si l‘invocation magique la montre totalement convaincante, elle n‘a pas la même facilité que certaines mais elle a par contre une douceur et un timbre plus humain. Elle ne pourra peut-être pas prétendre à être une Esclarmonde parfaite mais nous avons tout de même un portrait techniquement de belle qualité et surtout un portrait particulièrement sensible. Et si la diction manque un peu de netteté elle n‘en est pas moins de bonne facture.

Loin des immenses personnages dans le studio de Bonynge, cet enregistrement de Patrick Fournillier donne à entendre une distribution plus humaine. Certes moins bluffante techniquement mais à de nombreux moments plus touchante. Les couleurs sont moins vives mais le tableau n‘en est pas moins beau.

  • Jules Massenet (1842-1912), Esclarmonde, Opéra romanesque en quatre actes
  • Esclarmonde, Denia Gavazzeni-Mazzola ; Parséis, Hélène Perraguin ; Roland, José Sempere ; Énéas, Guy Gabelle ; l’Empereur Phorcas, Jean-Philippe Courtis ; l’Évêque de Blois, Christian Tréguier ; Cléomer, Jean-Philippe Courtis
  • Maîtrise du Centre de la Création Lyrique de Saint-Étienne
  • Chœurs du Festival Massenet
  • Orchestre Symphonique Franz Liszt de Budapest
  • Patrick Fournillier, Direction
  • 3 CD Koch Schwann, 3-1269-2 H1. Enregistré au Grand Théâtre de la Maison de la Culture et de la Communication, Saint-Étienne, en octobre et novembre 1992

On l‘a vu, la discographie est limitée pour Esclarmonde… mais nous avons par contre deux enregistrements différents et particulièrement intéressants. Bien sûr, l‘enregistrement de Richard Bonynge reste une porte d‘entrée primordiale de par la facilité avec laquelle on peut le trouver dans le commerce, mais aussi par la qualité de l‘enregistrement et de la distribution. Mais continuer en explorant l‘enregistrement de Patrick Fournillier et même les extraits dirigés par Gustave Cloez complète bien la vision que l‘on peut avoir de la partition. Certes il nous manque une version moderne… mais peut-être que les années qui viennent offrira une autre opportunité à cette partition. Malheureusement, le projet de Marc Minkowski de confier ce rôle à Jessica Pratt semble ne pas s‘être réalisé. Mais si le chef a cette volonté… peut-être que cela reviendra un jour!

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