Phaéton de Lully par Dumestre et Lazar

Qu’il est rare de pouvoir assister à une tragédie lyrique en version scénique… et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit proposée. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son prédécesseur semble moins intéresser les musiciens ou du moins les metteurs en scène. Après les magnifiques Atys, Armide ou Cadmus et Hermione, il y a bien sûr eu les versions de concert de Christophe Rousset… mais pas très peu d’autres version scéniques complètes. Car la tragédie lyrique de Lully est un art complet où doivent se mélanger chant, danse, déclamation et scénographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont déjà collaboré en 2008 pour justement Cadmus à l’Opéra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans après dans le cadre enchanteur de l’Opéra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d’une belle qualité tant visuelle que sonore pour Phaéton. Le spectacle tiendra ses promesses malgré quelques surprises. Dans le lot des choses que l’on pouvait attendre, les chanteurs s’expriment en prononciation restituée… mais par contre, l’on est surpris pas la côté moderne de la scénographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitués aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgré un prologue terne, le reste de l’ouvrage montre que l’on peut travailler la tragédie lyrique de cette manière lorsque l’on connaît bien ce type d’ouvrages. Continuer…

Fascinante Armide de Lully par Christophe Rousset

Marie-Adeline Henry dans le rôle d'Armide à Nancy

Marie-Adeline Henry dans le rôle d’Armide à Nancy

Si l’enregistrement des tragédies lyriques de Jean-Baptiste Lully est marqué par Atys dirigé par William Christie en 1987, Christophe Rousset aura finalement été beaucoup plus important en terme de découvertes : depuis quinze ans, il a proposé en premier enregistrement Persée (2001), Roland (2004), Bellérophon (2010) et quelques deuxièmes versions non sans intérêt pour la différence d’approche avec ses collègues baroqueux : Phaëton (2012, qui permet de comparer avec l’enregistrement de Marc Minkowski) et Amadis (2013) qui avait été révélé par Hugo Reyne. Ici, il s’attaque à la dernière œuvres complète de Lully, tragédie qui est considérée par beaucoup comme le sommet de la composition lullyste : Armide. Cet ouvrage a eu les honneurs de deux enregistrements par Philippe Herreweghe (1983 retiré de la vente par le chef, puis 1992) et le spectacle dirigé par William Christie avec Robert Carsen à la mise en scène (2008). L’œuvre est donc déjà bien pourvue avec deux versions qui peuvent prétendre à être de référence (et aussi un enregistrement dirigé par Ryan Brown en 2007), bénéficiant de distributions splendides dominées par deux immenses tragédiennes : Guillemette Laurens et Stéphanie d’Oustrac. La concurrence est donc rude pour Christophe Rousset et son équipe! Continuer…