Maria By Callas, le documentaire

© Fonds de Dotation Maria Callas

Alors que l’on fête les quarante ans de la disparition de Maria Callas, les manifestations se sont multipliées. La sortie chez Warner d’un beau coffret reprenant une partie de ses prestations en direct (dont les premiers opéras ont été critiqués ici… la suite devrait venir), des concerts hommages comme une Lucia di Lammermoor avec Jessica Pratt… et le travail de Tom Wolf qui se décline sous plusieurs formats. On a beaucoup entendu parler de l’exposition qui a eu lieue à la Seine Musicale tout au long de cet automne. Elle replongeait dans l’intimité de la chanteuse en nous montrant non seulement des images d’archives, mais aussi des costumes ou des objets du quotidien. Des livres sont sortis comme ses mémoires inachevées et des lettres (Lettres et mémoires inachevées, éditions Fayard) mais aussi deux livres documentés au plus près de la cantatrice en proposant des documents inédits et en allant interroger les plus proches : Maria by Callas aux éditions Assouline, mais aussi Callas Confidential chez La Marinière. Pour finir cette année, c’est un documentaire qui est sorti au cinéma pour nous montrer la Divine en image. Continuer…

Un Comte Ory pour les fêtes à l’Opéra-Comique

Gioachino Rossini reste attaché à l’Opéra de Paris par Guillaume Tell, ouvrage qui inaugure avec La Muette de Portici d’Auber ce genre qui triomphera pendant toute la fin du XIXème siècle : le Grand Opéra. Mais avant cela, le compositeur va offrir trois autres opéras en français pour la Grande Boutique… ou plutôt va reprendre trois opéras car pour chacun, il s’agira d’un remaniement d’ouvrage préexistant : Le Siège de Corinthe recycle une bonne partie de Maometto II, Moïse et Pharaon est une version remaniée de Mosé in Egitto… et ce fameux Comte Ory se trouve être en grande partie la musique du Viaggio a Reims composé pour le sacre de Charles X. Pour chacun, le compositeur sait se conformer aux demandes des directeurs de l’Académie Royale de Musique et sur quatre ans, ce seront donc quatre ouvrages qui triompheront sur la scène parisienne alors que ses autres ouvrages en italien continuent toujours d’attirer les foules au Théâtre des Italiens. Longtemps, on a pensé Il Viaggio a Reims perdu… c’était donc surtout au travers de ce Comte Ory que l’on connaissait sa musique. Maintenant, les rôles sont presque renversés tant la cantate royale est montée assez régulièrement et l’opéra français rarement. Continuer…

Callas en direct – 2/5, 1952 : Armida, Norma et Macbeth

Cette deuxième partie du retour sur le coffret regroupant des témoignages en direct de Maria Callas est uniquement centré sur 1952, année où l’on pourrait considérer que la voix est à son zénith : elle a conservé la largeur des premières années dramatiques, tout en ayant gagné déjà tous ses galons de technicienne. C’est donc une voix immense, dramatique à souhait… mais aussi à la technique flamboyante et virtuose. Et l’on a encore ces quelques rôles qu’elle n’abordera plus par la suite comme dans le Rossini seria ou cette fameuse Lady Macbeth. En avançant dans les années et avec la popularité grandissante, on pourrait penser que chacune de ses prises de rôles serait enregistrée avec soin pour un témoignage. Il n’en est malheureusement rien et on verra par la suite combien certains témoignages restent difficiles à écouter. Mais l’on continue à découvrir le parcours de l’artiste vers le bel-canto sur lequel elle va régner par la suite ! Continuer…

Anne Sofie von Otter : Barock is pop!

Anne Sofie von Otter est connue dans le monde entier pour la variété de son répertoire. Elle qui a connu la gloire avec le baroque (on pensera notamment à son Ariodante dirigé par Minkowski) n’a jamais cherché à rester sur son terrain de prédilection, osant tout dans la mélodie comme dans la chanson populaire… et allant jusqu’à des Wagner un peu contestés mais d’une grande intelligence. Car s’il est un mot que l’on peut raccrocher à la mezzo-soprano suédoise, c’est sans doute l’intelligence. Intelligence du texte bien sûr, mais aussi intelligence dramatique et musicale, qui fait qu’elle trouve toujours la nuance juste, la façon de prononcer qui offre toute sa force à un texte chanté. Après les années glorieuses qui lui ont permis de se lancer dans le romantisme le plus tardif (de magnifiques Lied von der Erde dirigés par Claudio Abbado), la voix a commencé à perdre un peu de sa superbe, le volume à réduire sensiblement, la tessiture à se tasser… alors, intelligence encore, la chanteuse est revenue à des répertoires mettant moins en avant la puissance et la vocalité, mais plus le texte et la nuance où elle reste reine. Ce concert plonge dans le baroque en grande partie et pour se faire, elle s’est entourée de deux jeunes musiciens considérés comme les plus virtuoses de leur génération sur leurs instruments respectifs : Thomas Dunford au théorbe et Jean Rondeau au clavecin. Continuer…

Angélique et Marc Mauillon interprètent Caccini et Peri : grande entente pour deux rivaux!

Le baryton Marc Mauillon a fait ses preuves dans le répertoire baroque et semble être aussi bien à son aise dans le répertoire médiéval que dans le contemporain. S’il est principalement reconnu pour ses premiers baroques qu’ils soient italiens (Monteverdi et Rossi) ou français (Lully ou Rameau), il se montre toujours d’une impeccable probité stylistique et d’une grande qualité d’interprétation. Mais il se montre aussi magnifique dans le répertoire de chambre comme la mélodies française romantique… et bien sûr les monodies baroques ! Il y a un an, il sortait avec sa sœur Angélique un récital centré sur deux compositeurs rivaux : Jacopo Peri et Giulio Caccini. Ces deux compositeurs sont considérés comme les plus anciens dont on ait conservé la partition d’un opéra, écrit de plus sur le même texte de Rinuccini. Leurs Euridice firent grand bruit, tout comme les publications de leurs recueils de monodies qui sont ici présentées avec un grand soin et une grande rigueur. Le frère et la sœur sont en effet des spécialistes du domaine et l’on sent une immense complicité entre eux pour nous donner à entendre ces pièces magnifiques mais peu connues. Continuer…

Erwin Schrott, Attila conquérant en concert

Perpétuant la traditionnelle venue de l’Opéra de Lyon à Paris, Daniele Rustioni change le thème. Après les opéras belcantistes dirigé par Pidò, voici Verdi et par n’importe lequel vu que c’est rien moins qu’Attila, ouvrage de jeunesse rarement donné mais qui apporte des moments de vrai bonheur musical. L’ouvrage est souvent monté pour une basse avant tout. Samuel Ramey bien sûr… mais aussi Nicolai Ghiaurov par exemple qui nous laissé un superbe enregistrement avec l’immense Piero Cappuccilli. Et il faut aussi trouver une soprano capable de surmonter l’écriture impossible d’Odabella (Cheryl Studer pour Ramey par exemple, ou la controversée mais passionnante Mara Zampieri pour Ghiaurov. Le concert ici présenté rassemble de beaux noms, surtout après l’arrivée surprise d’Erwin Schrott dans le rôle-titre. Le jeune chef italien conduit donc une distribution de haut niveau avec un orchestre et un chœur dont on connaît les qualités. Reste à savoir si l’ouvrage va survivre à la version de concert, mais aussi si les chanteurs réussiront à se hisser à la hauteur de ces personnages démesurés que le jeune Verdi a composés. Continuer…

Devieilhe et Les Siècles, un bonheur ne vient jamais seul!

La carrière de Sabine Devieilhe semble être un modèle du genre. La chanteuse explore tous les répertoires mais en ayant soin de choisir les rôles qui conviennent à sa voix de soprano léger sans la forcer. Du baroque au répertoire contemporain, en passant bien sûr par le répertoire romantique français ! Et à ce titre, sa prise de rôle il y a quelques années dans Lakmé aura été un vrai tournant : non seulement elle s’est imposée dans le grand répertoire mais aussi a fait la rencontre de François-Xavier Roth lors de la production montée en janvier 2014 à l’Opéra-Comique. Après un récital consacré à Rameau puis un autre à Mozart, voici que la jeune soprano nous propose un disque tourné vers le répertoire romantique français (même s’il déborde un peu) que ce soit la mélodie ou l’opéra. L’axe central est bien sûr Lakmé et chef et chanteuse nous emmènent vers ces « Mirages » : orient ou folie, tout ici est irréel. Ce concert se base principalement sur le programme du récital paru il y a peu mais est enrichi par de belles pièces orchestrales soigneusement choisies par François-Xavier Roth dont on connait la curiosité dans ce domaine ! Continuer…

Don Carlos, toujours aussi passionnant!

Après la distribution qui créa cette mise en scène un mois auparavant, voici qu’une partie de la distribution est renouvelée pour notre plus grand plaisir ! Attention, la première était de haute volée avec une brochette de stars assez impressionnante. Mais cet ouvrage est tellement passionnant qu’il est toujours bon d’entendre d’autres possibilités vocales dans un même rôle. Il est regrettable dans un sens que l’Opéra de Paris n’ait pas donné sa chance à de jeunes chanteurs à la diction particulièrement incisive, qu’ils soient francophones ou non… mais cela aura déjà mis en avant des artistes qui n’ont peut-être pas la lumière qu’ils méritent étant donné leur talent. Pour les rôles d’Élisabeth, d’Eboli et Carlos, c’est vers l’Europe de l’est qu’il faut donc tourner notre regard une nouvelle fois avec non pas de jeunes espoirs, mais déjà des artistes accomplis même si moins médiatiques que Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva et Elīna Garanča. Beaucoup prédisaient une chute spectaculaire de l’intérêt du spectacle, mais il n’en fut rien. Bien sûr, au petit jeu de la comparaison certains ont trouvés des failles dans les chanteurs de cette deuxième distribution, mais la première en possédait aussi ! Et ils ont tous apportés un petit quelque chose d’intéressant qui faisait qu’ils rivalisaient finalement avec leurs prédécesseurs. Continuer…

Flûte Enchantée et film muet à l’Opéra-Comique

Tous les ans ou presque, Paris voit une production de la Flûte Enchantée. Que ce soit une nouvelle mise en scène ou une belle reprise, la salle est comble. Il y a quelques années, Paris avait même accueilli Les Mystères d’Isis, version remaniée de l’ouvrage lors de sa création à Paris au XVIIIè siècle. Alors une production de plus… quel intérêt ! Mais déjà, cela permet d’accueillir la mise en scène de Barrie Kosky qui tourne dans tout le monde depuis 2012. Ensuite, Mozart a toute sa place à l’Opéra-Comique. La programmation de la salle est avant tout centrée sur le répertoire de la maison, le répertoire français des trois cents dernières années. Mais il ne faut pas oublier aussi que c’est dans cette même salle que la Flûte Enchantée a été créée dans une version la plus proche de l’originale à Paris ! Et c’est donc en quelques sortes un retour aux sources. Et en dehors de tout aspect historique, il y a aussi les dimensions de cette salle qui semble faite pour Mozart tant elle évite aux chanteurs de forcer. Continuer…

Retour de Don Carlos à l’Opéra de Paris!

Enfin ! Enfin un retour à Don Carlos en français. Enfin la version originale de 1866 (avant la création). Enfin une distribution à la hauteur de l’ouvrage. Sans conteste l’événement de cette nouvelle saison, cette production réunit beaucoup d’atouts pour attirer tous les regards. On l’a dit déjà la version choisie est extrêmement rare. Si Stéphane Lissner avait déjà proposé un Don Carlos au Châtelet, la version retenue était loin de la rigueur de cette nouvelle production. En choisissant la partition dans l’état qui précédait la création, nous avons toute la musique composée par Verdi en vue d’être représentée. C’est pour la première que les coupures furent pratiquées, afin que le public puisse rentrer chez lui à une heure raisonnable. La seule coupure notable ici est le ballet, élément obligatoire dans ce genre. Cette version de l’œuvre avait été enregistrée en 1972 par John Matheson à la BBC pour Opera Rara, mais depuis, il est rare de pouvoir l’entendre. Et surtout il est encore plus rare de l’entendre avec de tels interprètes. L’Opéra de Paris a en effet appelé cinq des plus grands chanteurs actuels, chacun au sommet de leur catégorie vocale respective : Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Elīna Garanča, Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakov. Enfin, pour ménager un petit scandale, c’est Krzysztof Warlikowski qui est à la direction scénique, pour une production qui devra être reprise par la suite dans la version italienne en quatre actes. Espérons juste qu’elle sera aussi reprise dans la version originale. Continuer…