Terne Parsifal à l’Opéra Bastille

À l’annonce de la saison, ce devait être l’un des évènements de l’année 2018. Une nouvelle production de Parsifal dix ans après celle de Krzysztof Warlikowski, l’Opéra National de Paris proposait une nouvelle lecture. Le souvenir de la mise en scène contestée était encore dans toutes les mémoires, et l’on pouvait s’attendre à tout de la part de Richard Jones. Mais c’était surtout la distribution qui faisait beaucoup attendre car elle réunissait les grands noms actuels du chant wagnérien. Malheureusement, sur les huit représentations prévues, il n’y en aura finalement que quatre suite à de gros problèmes techniques durant les répétitions qui ont obligé l’Opéra Bastille à annuler tous ses spectacles durant quinze jours. Ces quatre représentations ont donc été prises d’assaut, le public des premières espérant pouvoir trouver une autre place. Au final, le spectacle sera de bonne qualité mais restera un peu décevant : peut-être trop d’attentes tant musicales que théâtrales. Si aucune partie n’est mauvaise, il manque un petit quelque chose pour que l’émotion et le drame emportent totalement. Continuer…

Huguette Tourangeau (1938-2018)

Il y a quelques jours s’est éteinte l’une de ces voix qui provoquent beaucoup de réactions. Si elle avait ses détracteurs, Huguette Tourangeau avait aussi ses admirateurs. Certains trouvaient sa voix trop étrange, aux registres trop marqués… d’autres justement trouvaient cette voix très personnelle passionnante et immédiatement captivante. La chanteuse restera surtout dans les mémoires pour avoir accompagné pendant quinze ans le couple que formaient Joan Sutherland et Richard Bonynge. En effet elle participera à de nombreux enregistrements chez DECCA mais aussi à de nombreuses productions scéniques. Aussi à l’aise dans le bel-canto que dans le répertoire français, elle restera l’un de ces astres fascinant par leur personnalité. Mais elle n’est pas juste un faire valoir. Elle aura bien sûr un grand appui par Richard Bonynge… mais elle saura marquer les mémoires par sa personnalité et son charisme. Continuer…

Callas en direct – 3/5, 1953-1954 : Medea, Alceste et La Vestale

Voici une facette assez rarement donnée de Maria Callas : son implication dans le répertoire classique. Bien sûr, on la connaît pour sa remise sur le devant de la scène du bel-canto, son implication pour donner ce répertoire dans des conditions les plus conformes à l’époque de la création. C’est elle qui sera la base permettant au couple Bonynge et Sutherland de révéler toutes ces partitions de Bellini ou Donizetti par exemple. Ici, nous aurons Cherubini, Gluck et Spontini. Dans deux cas, des ouvrages écrits pour l’Opéra de Paris et traduits en italien… et un troisième qui sera par la suite adapté pour la capitale dans le cadre de la tragédie lyrique telles qu’elle se donnait en cette fin de royauté en France. Après le répertoire romantique en diable de la précédente partie, voici donc un changement total de répertoire qui demande avant tout de la déclamation et une personnalité de tragédienne. Cette période chroniquée est aussi le moment où le physique de la chanteuse se métamorphose : d’une Médée déjà gracieuse mais encore un peu forte, voici une Julia de La Vestale fragile et fine. Période de mutation donc pour la chanteuse mais pour nous ce sont surtout des rôles qui étrangement ne marqueront pas sa carrière dans l’histoire alors que l’un d’eux au moins était très important pour elle. Ce rapport au drame par contre est totalement en accord avec sa volonté de pouvoir montrer aussi sur scène des personnages le plus crédibles possible. Continuer…

John Nelson et les Troyens : une immense réussite à Strasbourg

Parmi les ouvrages d’Hector Berlioz, Les Troyens est le grand opéra par excellence. Les autres ouvrages n’ont pas les mêmes dimensions. Ici, il est allé chercher non seulement dans le style d’ouvrages qui étaient à la mode à l’Opéra de Paris, mais aussi du côté des grandes tragédies lyriques de Gluck et même chez Rameau ou Lully. La partition est immense et a été maltraitée par l’histoire tant elle a été torturée et coupée au cours des années. Mais malgré tout, il est rare de trouver des opéras de ce style aussi enregistré : on trouve plusieurs versions en DVD, plusieurs studios ou captations en direct de haut niveau technique… là où l’on cherche parfois un seul enregistrement de bonne qualité pour d’autres titres autrement plus glorieux historiquement : La Juive d’Halévy en est l’exemple parfait. Mais Berlioz a cette aura que le pauvre Halévy n’a plus de nos jours. Il ne faut tout de même pas se plaindre d’avoir un nouvel enregistrement de ces Troyens, surtout quand il a été soigné comme ce disque voulu par John Nelson ! Le chef dirige en effet une distribution plus que brillante avec un état de la partition très soigné (même si on peu regretter quelques petits choix dans l’édition choisie). Continuer…

Début de Ring magistral par le Théâtre du Mariinsky et Valery Gergiev

En 2010, Valery Gergiev commençait à enregistrer un Ring intégral sous le label du téâtre. Si c’est d’abord une Walkyrie de 2012 qui a été publiée, l’Or du Rhin de 2010 suivra quelques années plus tard. Le principe de ces enregistrements était simple : avoir pour socle la troupe du Mariinsky ainsi que l’orchestre de ce même théâtre, tout en invitant de grands wagnériens pour les rôles les plus importants. Bien sûr, quelques chanteurs connus internationalement de la troupe étaient de la partie, mais les têtes d’affiche étaient bien sûr des noms encore plus prestigieux : Nina Stemme, René Pape, Jonas Kaufmann… Malheureusement, depuis ces deux parutions aucune suite n’a été publiée et il est même à douter que Siegfried et Le Crépuscule des Dieux aient même été enregistrés. Une brouille avec Nina Stemme semble avoir compromis le projet. Si Die Walküre offrait une vision assez internationale de l’opéra de Richard Wagner, Das Rheingold était déjà plus typé dans ses choix de direction comme dans les chanteurs réunis. Aussi, l’idée de pouvoir entendre enfin une Tétralogie qui repose entièrement sur le Théâtre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg est une vraie nouveauté. Cette année, Valery Gergiev nous propose donc le prologue et la première journée en un seul week-end wagnérien. Et à l’automne prochain, ce seront bien sûr les deux dernières journées pour compléter. Et dans les deux cas, seuls des chanteurs du Mariinsky sont réunis pour notre plus grand plaisir. Continuer…

Alcina et Bradamante : deux femmes pour deux grandes chanteuses

La tradition est maintenant établie : tous les ans Cecilia Bartoli vient nous présenter une production sur la scène du Théâtre des Champs Elysées. Après Otello de Rossini et Norma, voici la fameuse Alcina de Haendel. Production créée en 2014 à Zurich, elle a été unanimement saluée par la critique tant pour la mise en scène que pour la partie musicale. Depuis, quelques changements ont eu lieu dans le chant et la direction car l’équipe n’est pas totalement réunie. Les changements principaux sont dans la distribution de Ruggiero à un contre-ténor maintenant alors que c’était une mezzo-soprano qui avait été de la création… et un changement d’orchestre et de chef. Les autres rôles principaux sont conservés pour notre plus grand plaisir. Ou du moins devaient être conservés puisque Julie Fuchs étant malade, le rôle sera chanté depuis la fausse par Emőke Baráth alors que la soprano française mime le rôle sur scène. La soirée était donc sauvée et nous retrouvions un trio de femmes assez impressionnant sur le papier. Continuer…

Ravel vu par Millepied et Béjart

Le 9 juillet 2014, le danseur étoile Nicolas Le Riche faisait ses adieux à l’Opéra National de Paris avec un grand gala qu’il clôturait par un Boléro de Ravel chorégraphié par Maurice Bégart. Cette même année, Benjamin Millepied créait son ballet Daphnis et Chloé sur une musique de Ravel toujours. Les deux ballets sont ici réunis alors que l’ancien directeur de la danse à démissionné… et le danseur étoile n’est pas revenu sur la scène de l’Opéra de Paris même en tant qu’invité. D’un côté nous avions donc un ballet moderne tout en couleur et en ambiances musicales, création d’un ancien danseur qui devait par la suite prendre la direction de la danse à Paris.. De l’autre, une chorégraphie maintenant mythique par un grand homme de théâtre qui aura marqué l’histoire de la danse. Une partie du public venait sûrement principalement pour la deuxième partie de soirée, mais au final tout sera fascinant dans ce spectacle. À la lumière et l’épure de Daphnis répond la violence du Boléro. Réunissant des artistes de la troupe du Ballet de l’Opéra de Paris, ce spectacle montre la grande qualité de cette maison mais aussi des fortes individualités qui s’en dégagent au travers de deux danseurs principalement : l’étoile Marie-Agnès Gillot bien sûr… mais aussi le Premier Danseur François Alu dont on entend parler de plus en plus au fur et à mesure de ses prestations sur la scène des opéra Bastille et Garnier. Continuer…

Lea Desandre et Thomas Dunford, en toute simplicité Salle Cortot

Depuis maintenant de nombreuses années, Thomas Dunford fait parti des musiciens les plus demandés du répertoire baroque. Que ce soit pour de participations à de grandes productions comme L’Orfeo dirigé par Paul Agnew ou dans de la musique de chambre comme récemment avec Anne Sophie von Otter, il se montre toujours d’une immense inventivité. Il a beaucoup participé aux spectacles des Arts Florissants et notamment au Festival dans les Jardins de William Christie. Justement, ces Jardins ont aussi vu naître si l’on peut dire Lea Desandre qui participa au Jardin des Voix avant de commencer une carrière soliste de belle envergure dans le domaine baroque. Elle aussi avec Les Arts Florissants bien sûr (toujours cet Orfeo), mais aussi Alcione de Marin Marais dirigé par Jordi Savall par exemple. Dans les deux cas, ce sont des musiciens très à l’aise dans le répertoire baroque et ce récital intimiste à la Salle Cortot prévoyait un programme centré sur le premier baroque italien. Finalement, si des compositeurs comme Monteverdi, Strozzi ou Merula sont bien présents, on se demande ce que vient faire Haendel qui est d’une toute autre nature dans ce répertoire. Mais heureusement, dans tous les cas nous avons une grande musicalité et une grande inventivité dans la musique proposée. Et l’on peut en profiter parfaitement dans le cadre restreint de cette salle à l’acoustique si parfaite ! Continuer…

Philémon et Baucis, retour sur la scène de Tours

Depuis quelques années, l’Opéra de Tours offre des opéras rares comme Bérénice d’Albérich Magnard il y a quelques années ou Mozart et Salieri dans quelques mois. Pour cette première production de l’année 2018, il rend honneur à Charles Gounod avec une production du très rare Philémon et Baucis. Alors qu’il lui aurait été simple et sans doute plus rentable de monter Faust ou Roméo et Juliette, la saison propose donc l’un de ces ouvrages si rarement montés depuis de nombreuses dizaines d’années. Cela document de plus un style lyrique très rare de nos jours et qui est totalement absent de nos scènes pour la production de Charles Gounod. Alors que peu de grandes maisons font un véritable effort pour rendre hommage au compositeur, voilà qu’une ville au budget limité se lance dans une recréation en y mettant de beaux moyens. Certes, l’ouvrage ne demande que peu de chanteurs et des décors limités, mais il est à saluer cette prise de risques pour seulement trois représentations alors qu’une saison de l’opéra de Tours ne compte que six productions. Continuer…

Charles Gounod et le Prix de Rome

Après Camille Saint-Saëns l’année dernière, le Palazzetto Bru Zane met à l’honneur Charles Gounod en cette année 2018. Mais ce n’est pas totalement innocent car cette année marque en effet le bicentenaire de sa naissance. De nombreuses manifestations ou parutions sont prévues et cette année a commencé par ce livre-disque centré sur sa participation au Prix de Rome. Mais peut de temps après, c’est Le Tribut de Zamora qui revoit le jour, avant la sortie de disques de quatuor ou de cantates religieuses, la venue sur scène de La Nonne Sanglante à l’Opéra-Comique… et la recréation du Faust dans sa version première avec dialogues parlés. Il est par contre dommage que le centre de musique romantique de Venise n’ait pas parrainé aussi l’exhumation de Philémon et Baucis à l’Opéra de Tours qui est une entreprise très courageuse ! Cette année est une opportunité de juger avec honnêteté de la variété de la composition de celui qui est marqué par l’Ave Maria et l’air des Bijoux. Avec ces enregistrements d’ouvrages liés au Prix de Rome, nous pouvons déjà avoir un aperçu de ses partitions alors qu’il est au tournant des vingt ans. Hervé Niquet se fait le défenseur non seulement des trois cantates composées pour le concours entre 1837 et 1839, mais aussi de pièces religieuses créées durant son séjour à la Villa Médicis de Rome. Continuer…