Anne Sofie von Otter : Barock is pop!

Anne Sofie von Otter est connue dans le monde entier pour la variété de son répertoire. Elle qui a connu la gloire avec le baroque (on pensera notamment à son Ariodante dirigé par Minkowski) n’a jamais cherché à rester sur son terrain de prédilection, osant tout dans la mélodie comme dans la chanson populaire… et allant jusqu’à des Wagner un peu contestés mais d’une grande intelligence. Car s’il est un mot que l’on peut raccrocher à la mezzo-soprano suédoise, c’est sans doute l’intelligence. Intelligence du texte bien sûr, mais aussi intelligence dramatique et musicale, qui fait qu’elle trouve toujours la nuance juste, la façon de prononcer qui offre toute sa force à un texte chanté. Après les années glorieuses qui lui ont permis de se lancer dans le romantisme le plus tardif (de magnifiques Lied von der Erde dirigés par Claudio Abbado), la voix a commencé à perdre un peu de sa superbe, le volume à réduire sensiblement, la tessiture à se tasser… alors, intelligence encore, la chanteuse est revenue à des répertoires mettant moins en avant la puissance et la vocalité, mais plus le texte et la nuance où elle reste reine. Ce concert plonge dans le baroque en grande partie et pour se faire, elle s’est entourée de deux jeunes musiciens considérés comme les plus virtuoses de leur génération sur leurs instruments respectifs : Thomas Dunford au théorbe et Jean Rondeau au clavecin. Continuer…

Alcyone, entre tradition et nouveauté

Élève de Lully, Marin Marais a baigné depuis ses débuts en tant que musicien professionnel dans la tragédie lyrique telle que pensée par son maître. Il était donc logique qu’il se laisse tenter par une composition d’un opéra et Alcyone ouvrira sa prise de fonction en tant que batteur de mesure à l’Académie royale. Mis en lumière dans le film Tous les matins du monde, ce compositeur a le soutien de Jordi Savall qui voulait depuis de nombreuses années monter une production scénique de cette œuvre. Si l’on avait déjà un enregistrement réalisé en 1990 par Marc Minkowski ainsi que Sémélé dirigé par Hervé Niquet en 2006, la production lyrique de Marin Marais n’était que peu disponible malgré le succès qu’il a eu en son temps. En effet, créée en 1706, la partition sera reprise jusqu’en 1771 avec des adaptations et des révisions mais toujours avec le même succès. L’Opéra-Comique offrait enfin la possibilité au chef de réaliser l’un de ses plus grands souhaits, mais aussi au public de découvrir la puissance théâtrale de l’ouvrage qui revient sur la scène d’un théâtre 246 ans après sa dernière production scénique. Autre raison de se réjouir, la salle de l’Opéra-Comique est enfin ré-ouverte après vingt mois de travaux et comment rêver un meilleur écrin pour ce retour sur scène d’Alcyone qu’une salle merveilleusement restaurée avec un chef aussi passionné par Marin Marais ? Continuer…