Hamlet de Thomas enfin de retour à Paris!

L’année dernière à la même période, Louis Langrée nous avait enchanté avec un Comte Ory de tout premier ordre. Bien sûr, il n’était pas seul car tout était rassemblé pour passer un moment mémorable : distribution parfaite, mise en scène intelligente, partition très bien écrite… En 2018, le défi était plus grand. Car si monter un opéra de Rossini reste toujours bien vu, monter une partition de Thomas peut être moins bien reçu par un certain publique. Mais le chef continue ainsi sa série d’opéras français en décembre. Comme l’année dernière, la distribution aligne des noms a priori assez parfaits et l’on sait que l’on pourra bénéficier de l’Orchestre des Champs-Élysées dans la fosse. Reste la question de la mise en scène… mais il est rare que l’Opéra-Comique se trompe de ce point de vue. Cet Hamlet voyait donc le retour au rôle titre pour Stéphane Degout, les habitués Sylvie Brunet-Grupposo et Jérôme Varnier respectivement en Gertrude et le Spectre… et la prise de rôle de Sabine Devieilhe pour Ophélie. De bien belles soirées en perspective ! Continuer…

La magie de Patrizia Ciofi

En temps normal, le rôle de Maria Stuarda est chanté par une soprano plus claire que sa rivale Elisabeth. Mais depuis quelques années, Joyce DiDonato chante la reine déchue régulièrement et du coup on se retrouve avec une sorte d’inversion dans les timbres. Face à Carmen Giannattasio, le confrontation semblait impressionnante. Mais l’annulation de la mezzo-soprano américaine a changé la donne, puisque c’est finalement Patrizia Ciofi qui chante le rôle sur la scène du Theâtre des Champs-Élysées. Nous sommes donc passé d’un mezzo-soprano claire mais puissant à une soprano assez légère qui est plus connue pour ses demi-teintes que pour sa puissance vocale. Déjà impressionnante dans Maria Stuarda à Avignon il y a quelques années, c’était un vrai plaisir de la retrouver, mais aussi une petite question… les années ont passé et si l’art de la chanteuse est sûrement toujours aussi beau, on pouvait craindre une petite érosion des moyens. Mais malgré tout, avec Patrizia Ciofi nous sommes certains d’être touchés et émus par son interprétation. Et puis nous avons aussi la présence d’une habituée du rôle d’Elisabeth et un ténor qui possède toujours une forte présence. Continuer…

Un autre grand Rossini à Marseille : une Donna del Lago splendide!

En fin de saison 2009/2010, l’Opéra National de Paris donnait une nouvelle production de La Donna del Lago au palais Garnier, offrant au public l’occasion de découvrir une partition majeure de Rossini dans deux distributions de haute volée… Dans un premier temps, Joyce DiDonato et Juan Diego Florez partageaient la tête d’affiche avec Daniela Barcelona et Colin Lee… puis les deux rôles principaux étaient remplacés par Karine Deshayes et Javier Camarena. Dans tous les cas, le spectacle musical était au rendez-vous, que ce soit pour les grandes stars ou les jeunes voix en promesse… Voici qu’en 2018, l’Opéra de Marseille redonne l’ouvrage… et l’on retrouve justement Karine Deshayes dans le rôle principal pour quatre représentations en version de concert. Autour d’elle, de jeunes chanteurs qui ont déjà fait leur preuves dans ce répertoire : Varduhi Abrahamyan qui chanta Arsace dans Semiramide ici même il y a quelques saisons, Edgardo Rocha qui a été adoubé par Cecilia Bartoli dans des rôles de Rodrigo et Iago dans Otello et bien sûr Enea Scala dans le spectaculaire Ermione qui réunissait Michael Spyres, Dmitry Korchak et Angela Meade sous la direction d’Alberto Zedda. Une superbe distribution donc pour ce concert de Marseille ! Continuer…

Orphée à l’Opéra-Comique, version Berlioz!

Le mythe d’Orphée est très important dans l’histoire de l’opéra, comme le rappelle Agnès Terrier dans sa présentation du spectacle. Bien sûr, il y a eu Monteverdi, mais aussi Caccini, Peri, Rossi, Charpentier, Haydn… et plus proche de nous Offenbach. Gluck va prendre ce sujet pour révolutionner l’opéra, passer du baroque seria au classique. Il faut dire que mettant en avant l’artiste, cette histoire ne peut que passionner les compositeurs et favoriser la réception du public. Monté il y a peu dans sa version première en italien au Théâtre des Champs-Élysées, la partition de Gluck est ici montée dans sa version remaniée par Hector Berlioz. Du contre-ténor Philippe Jaroussky nous passons à Marianne Crébassa pour le rôle principal. De part son histoire et son orientation artistique, l’Opéra-Comique ne pouvait faire autrement que monter une version française… le choix entre la version revue par Hector Berlioz permet de donner le rôle à une mezzo-soprano et ainsi retrouver la tessiture originale de l’ouvrage. Continuer…

Enfin le grand retour des Huguenots à l’Opéra de Paris!

Voilà quatre-vingt-deux ans que Les Huguenots n’avait pas été monté sur les planches de l’Opéra de Paris… et trente-trois ans avant qu’une œuvre de Giacomo Meyerbeer ne retrouve le faste de cette même scène, après le mythique Robert le Diable de 1985 où triomphait Samuel Ramey. Pourtant, le compositeur était célébré durant tout le XIXème siècle et il n’y a qu’à noter que cette représentation des Huguenots est la 1121ème depuis sa création dans cette maison… nous avions donc sur les cents premières années une moyenne de onze représentations par ans de l’ouvrage ! Sachant qu’au fil du siècle, Meyerbeer a été peu à peu remplacé par Verdi et Wagner. Cette partition était donc l’un des plus grands succès de la scène parisienne. Mais les goûts ont changé, le compositeur a été repoussé parfois pour des raisons peu avouables… et la médisance est venue s’installer sur ce qui n’était soit disant que de la musique de spectacle, sans inspiration ni génie. La province continuera à l’entendre mais de moins en moins souvent. Puis voici que depuis le début des années 2010, Meyerbeer semble revenir sur le devant de la scène avec entre autre la fameuse production des Huguenots à Bruxelles par Olivier Py et Marc Minkowski en 2011, reprise l’année suivante à Strasbourg. Depuis, l’Allemagne se montre très attachée à son enfant et donne Dinorah, Le Prophète, Les Huguenots… et même Vasco de Gama, version princeps de L’Africaine. Enfin, l’Opéra de Paris se montre digne de son histoire et replonge dans son arbre généalogique. Continuer…

Fin de Ring mémorable pour Valery Gergiev

En mars de cette année, Valery Gergiev avait offert au public parisien la première partie de sa tétralogie : Das Rheingold et Die Walküre. Ces deux ouvrages étaient déjà documentés par les parutions sous le label du Mariinsky. Même si les choix étaient parfois différents dans les chanteurs comme les tempi, on retrouvait des inspirations. Mais voici les deux journées qui manquent encore et toujours aux enregistrements officiels. Siegfried et Götterdämmerung nous sont rendus avec des chanteurs entendus pour la plupart au printemps, mais il restait des questions. Comment la magnifique Sieglinde d’Elena Stikhina allait-elle se mesurer à la Brünnhilde de la deuxième journée ? Comment Mikhail Vekua, qui avait déjà enchaîné Loge et Siegmund, pouvait-il réussir à chanter les deux Siegfried en deux jours ? Et bien tous les défis ont été relevés avec brio ! Continuer…

L’hommage tant attendu à Charles Gounod

Pour clore de belle manière un superbe Festival, le Palazzetto Bru Zane offre au public un concert autour de Charles Gounod en ce 16 juin 2018, veille de la mort du compositeur il y a 125 ans. Après La Nonne Sanglante et le superbe Faust revivifié, voici donc un gala où l’on pourra entendre d’autres partitions rares du musicien, allant chercher dans deux oratorios des pièces splendides et différenciées. Bien sûr, c’est le compositeur lyrique qui est ici mis en avant… mais nous avons tout de même un bel éventail des ouvrages du compositeur. Certes, il en manque quelques uns mais il était difficile de tous les représenter en une soirée mais l’on peut regretter l’absence de Polyeucte par exemple qui est tout de même un ouvrage majeur de Charles Gounod. De même, il aurait été peut-être encore plus fort de proposer un extrait de Rédemption plutôt que Tobie. Mais ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois que Gounod est mis à l’honneur dans de telles conditions, saluons le travail et le rendu de la soirée ! Continuer…

Trio gagnant pour Samson et Dalila!

Créé en 1877 à Weimar, puis plus de dix ans plus tard à Paris, Samson et Dalila restera un ouvrage difficile à monter à cause de cet aspect assez proche de l’oratorio. Après une série de représentations la saison dernière à l’Opéra de Bastille, voici que la partition est de retour sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées mais cette fois dans le format d’un opéra en version de concert. Si la distribution de l’Opéra de Paris était internationale pour les rôles titres avec par contre des seconds rôles francophones, voici que se trouvent ici réunis trois chanteurs francophones à la diction exemplaire pour deux concerts d’exception. Après avoir chantés chacun de leur côté les rôles titres dans des productions scéniques il y a peu, voici que Marie-Nicole Lemieux et Roberto Alagna se retrouvent sur scène pour incarner ces deux personnages mythiques : elle avec la fougue emportée de la tragédienne qu’elle a démontré en Cassandre des Troyens et lui avec cette vaillance qui semble être sa marque de fabrique depuis quelques mois. Pour compléter le trio, Laurent Naouri était en Grand-Prêtre où toute sa noirceur peut se déployer. Restait la grande question du chef, qui venait en remplaçant de remplaçant… Continuer…

Gounod, le Faust nouveau est arrivé!

Avec Carmen, Faust est sans nul doute l’un des opéras français les plus connus. Tous deux ont été créés avec des dialogues parlés, puis ont été modifiés au cours des représentations ainsi que lors des reprises dans d’autres salles que celles de leurs créations. Ainsi, des récitatifs ont été composés, des passages coupés… ou des passages ajoutés pour Faust. Il est donc extrêmement difficile actuellement de retrouver la forme originale de l’ouvrage tel qu’il a été créé en 1859. Bien sûr l’on connaît quelques aspects comme les dialogues ou des scènes qui furent coupées par la suite, mais il nous manque tout de même de la matière pour être sûr de retrouver l’état d’origine. C’est donc plutôt un autre Faust qui a été présenté au Théâtre des Champs-Élysées avec une partition et un style sans doute plus proche de l’original mais sans être certain de sa totale authenticité. Il serait encore plus difficile de réussir à retrouver l’œuvre telle que Charles Gounod l’avait pensée tant les coupures ont été nombreuses avant même la première… et nombre de ces passages ont été perdus depuis, comme la scène de folie de Marguerite qui ouvrait le dernier acte. Mais nous avons ici un ouvrage nouveau, ou du moins différent et il est particulièrement intéressant de voir des musicologues se pencher enfin sur les partitions connues de Gounod. Continuer…

Boris, seul au monde à Bastille

Pas beaucoup d’originalité dans la programmation russe cette année pour l’Opéra de Paris : Boris Godounov de Moussorgsky. Mais l’ouvrage nous est présenté dans une nouvelle production, avec Ildar Abdrazakov dans le rôle titre… et dans la version originale de 1869. Enfin officiellement car pour cause de gala de début de la Coupe du Monde en Russie, notre Boris s’est absenté en ce 13 juin et a été remplacé par le jeune Alexander Tsymbalyuk. Toute découverte étant bonne à prendre et les échos de ses Boris à Munich étant plutôt bons, l’attente reste la même. Et de toute façon, il y a tout de même la nouvelle mise en scène et la version choisie. Alors que la version de 1872 semblait être assez établie sur les scènes, voici que depuis quelques années n’est présentée que la version première de l’ouvrage. Si cela est justifié par les chefs par une plus grande modernité et par les metteurs en scène par un action dramatique plus resserrée, peut-être y a-t-il aussi des raisons bassement matérielles car on évite une Marina et un Rangoni… alors que Grigory/Dimitri se retrouve à devenir un rôle très secondaire. Continuer…