Orphée à l’Opéra-Comique, version Berlioz!

Le mythe d’Orphée est très important dans l’histoire de l’opéra, comme le rappelle Agnès Terrier dans sa présentation du spectacle. Bien sûr, il y a eu Monteverdi, mais aussi Caccini, Peri, Rossi, Charpentier, Haydn… et plus proche de nous Offenbach. Gluck va prendre ce sujet pour révolutionner l’opéra, passer du baroque seria au classique. Il faut dire que mettant en avant l’artiste, cette histoire ne peut que passionner les compositeurs et favoriser la réception du public. Monté il y a peu dans sa version première en italien au Théâtre des Champs-Élysées, la partition de Gluck est ici montée dans sa version remaniée par Hector Berlioz. Du contre-ténor Philippe Jaroussky nous passons à Marianne Crébassa pour le rôle principal. De part son histoire et son orientation artistique, l’Opéra-Comique ne pouvait faire autrement que monter une version française… le choix entre la version revue par Hector Berlioz permet de donner le rôle à une mezzo-soprano et ainsi retrouver la tessiture originale de l’ouvrage. Continuer…

Enfin le grand retour des Huguenots à l’Opéra de Paris!

Voilà quatre-vingt-deux ans que Les Huguenots n’avait pas été monté sur les planches de l’Opéra de Paris… et trente-trois ans avant qu’une œuvre de Giacomo Meyerbeer ne retrouve le faste de cette même scène, après le mythique Robert le Diable de 1985 où triomphait Samuel Ramey. Pourtant, le compositeur était célébré durant tout le XIXème siècle et il n’y a qu’à noter que cette représentation des Huguenots est la 1121ème depuis sa création dans cette maison… nous avions donc sur les cents premières années une moyenne de onze représentations par ans de l’ouvrage ! Sachant qu’au fil du siècle, Meyerbeer a été peu à peu remplacé par Verdi et Wagner. Cette partition était donc l’un des plus grands succès de la scène parisienne. Mais les goûts ont changé, le compositeur a été repoussé parfois pour des raisons peu avouables… et la médisance est venue s’installer sur ce qui n’était soit disant que de la musique de spectacle, sans inspiration ni génie. La province continuera à l’entendre mais de moins en moins souvent. Puis voici que depuis le début des années 2010, Meyerbeer semble revenir sur le devant de la scène avec entre autre la fameuse production des Huguenots à Bruxelles par Olivier Py et Marc Minkowski en 2011, reprise l’année suivante à Strasbourg. Depuis, l’Allemagne se montre très attachée à son enfant et donne Dinorah, Le Prophète, Les Huguenots… et même Vasco de Gama, version princeps de L’Africaine. Enfin, l’Opéra de Paris se montre digne de son histoire et replonge dans son arbre généalogique. Continuer…

Fin de Ring mémorable pour Valery Gergiev

En mars de cette année, Valery Gergiev avait offert au public parisien la première partie de sa tétralogie : Das Rheingold et Die Walküre. Ces deux ouvrages étaient déjà documentés par les parutions sous le label du Mariinsky. Même si les choix étaient parfois différents dans les chanteurs comme les tempi, on retrouvait des inspirations. Mais voici les deux journées qui manquent encore et toujours aux enregistrements officiels. Siegfried et Götterdämmerung nous sont rendus avec des chanteurs entendus pour la plupart au printemps, mais il restait des questions. Comment la magnifique Sieglinde d’Elena Stikhina allait-elle se mesurer à la Brünnhilde de la deuxième journée ? Comment Mikhail Vekua, qui avait déjà enchaîné Loge et Siegmund, pouvait-il réussir à chanter les deux Siegfried en deux jours ? Et bien tous les défis ont été relevés avec brio ! Continuer…

L’hommage tant attendu à Charles Gounod

Pour clore de belle manière un superbe Festival, le Palazzetto Bru Zane offre au public un concert autour de Charles Gounod en ce 16 juin 2018, veille de la mort du compositeur il y a 125 ans. Après La Nonne Sanglante et le superbe Faust revivifié, voici donc un gala où l’on pourra entendre d’autres partitions rares du musicien, allant chercher dans deux oratorios des pièces splendides et différenciées. Bien sûr, c’est le compositeur lyrique qui est ici mis en avant… mais nous avons tout de même un bel éventail des ouvrages du compositeur. Certes, il en manque quelques uns mais il était difficile de tous les représenter en une soirée mais l’on peut regretter l’absence de Polyeucte par exemple qui est tout de même un ouvrage majeur de Charles Gounod. De même, il aurait été peut-être encore plus fort de proposer un extrait de Rédemption plutôt que Tobie. Mais ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois que Gounod est mis à l’honneur dans de telles conditions, saluons le travail et le rendu de la soirée ! Continuer…

Trio gagnant pour Samson et Dalila!

Créé en 1877 à Weimar, puis plus de dix ans plus tard à Paris, Samson et Dalila restera un ouvrage difficile à monter à cause de cet aspect assez proche de l’oratorio. Après une série de représentations la saison dernière à l’Opéra de Bastille, voici que la partition est de retour sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées mais cette fois dans le format d’un opéra en version de concert. Si la distribution de l’Opéra de Paris était internationale pour les rôles titres avec par contre des seconds rôles francophones, voici que se trouvent ici réunis trois chanteurs francophones à la diction exemplaire pour deux concerts d’exception. Après avoir chantés chacun de leur côté les rôles titres dans des productions scéniques il y a peu, voici que Marie-Nicole Lemieux et Roberto Alagna se retrouvent sur scène pour incarner ces deux personnages mythiques : elle avec la fougue emportée de la tragédienne qu’elle a démontré en Cassandre des Troyens et lui avec cette vaillance qui semble être sa marque de fabrique depuis quelques mois. Pour compléter le trio, Laurent Naouri était en Grand-Prêtre où toute sa noirceur peut se déployer. Restait la grande question du chef, qui venait en remplaçant de remplaçant… Continuer…

Gounod, le Faust nouveau est arrivé!

Avec Carmen, Faust est sans nul doute l’un des opéras français les plus connus. Tous deux ont été créés avec des dialogues parlés, puis ont été modifiés au cours des représentations ainsi que lors des reprises dans d’autres salles que celles de leurs créations. Ainsi, des récitatifs ont été composés, des passages coupés… ou des passages ajoutés pour Faust. Il est donc extrêmement difficile actuellement de retrouver la forme originale de l’ouvrage tel qu’il a été créé en 1859. Bien sûr l’on connaît quelques aspects comme les dialogues ou des scènes qui furent coupées par la suite, mais il nous manque tout de même de la matière pour être sûr de retrouver l’état d’origine. C’est donc plutôt un autre Faust qui a été présenté au Théâtre des Champs-Élysées avec une partition et un style sans doute plus proche de l’original mais sans être certain de sa totale authenticité. Il serait encore plus difficile de réussir à retrouver l’œuvre telle que Charles Gounod l’avait pensée tant les coupures ont été nombreuses avant même la première… et nombre de ces passages ont été perdus depuis, comme la scène de folie de Marguerite qui ouvrait le dernier acte. Mais nous avons ici un ouvrage nouveau, ou du moins différent et il est particulièrement intéressant de voir des musicologues se pencher enfin sur les partitions connues de Gounod. Continuer…

Boris, seul au monde à Bastille

Pas beaucoup d’originalité dans la programmation russe cette année pour l’Opéra de Paris : Boris Godounov de Moussorgsky. Mais l’ouvrage nous est présenté dans une nouvelle production, avec Ildar Abdrazakov dans le rôle titre… et dans la version originale de 1869. Enfin officiellement car pour cause de gala de début de la Coupe du Monde en Russie, notre Boris s’est absenté en ce 13 juin et a été remplacé par le jeune Alexander Tsymbalyuk. Toute découverte étant bonne à prendre et les échos de ses Boris à Munich étant plutôt bons, l’attente reste la même. Et de toute façon, il y a tout de même la nouvelle mise en scène et la version choisie. Alors que la version de 1872 semblait être assez établie sur les scènes, voici que depuis quelques années n’est présentée que la version première de l’ouvrage. Si cela est justifié par les chefs par une plus grande modernité et par les metteurs en scène par un action dramatique plus resserrée, peut-être y a-t-il aussi des raisons bassement matérielles car on évite une Marina et un Rangoni… alors que Grigory/Dimitri se retrouve à devenir un rôle très secondaire. Continuer…

Triomphe pour Gounod et sa Nonne Sanglante

Cette année 2018 est l’année Gounod… ou du moins l’est pour le Palazetto Bru Zane et quelques autres producteurs de spectacles et de disques. Fidèle à son habitude, l’Opéra-Comique s’est associé au Festival Bru Zane de Paris pour nous proposer une grande rareté : La Nonne Sanglante. Là où l’Opéra de Paris ne se donne même pas la peine de monter un ouvrage de Gounod, la petite salle parisienne joue la curieuse encore une fois et offre une splendide production du deuxième opéra de Charles Gounod. Créé Salle Pelletier en 1854, l’opéra ne sera joué que onze fois avec un certain succès public comme critique. Puis le changement de direction de l’Opéra de Paris va précipiter la chute de la partition. Le nouveau directeur, Monsieur Crosnier, voulu faire table rase des dernières créations et qualifia La Nonne Sanglante d’ordure. Et voici qu’il faudra attendre 2008 pour qu’elle soit rejouée à Osnabrück en Allemagne, production qui donnera lieu à un enregistrement chez CPO. C’est donc ici le grand retour de cette partition qui bénéficie de moyens superbes : mise en scène sobre et efficace, distribution de haut niveau, orchestre sur instrument d’époque… C’est l’un des évènements de la saison à n’en pas douter ! Continuer…

Phaéton de Lully par Dumestre et Lazar

Qu’il est rare de pouvoir assister à une tragédie lyrique en version scénique… et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit proposée. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son prédécesseur semble moins intéresser les musiciens ou du moins les metteurs en scène. Après les magnifiques Atys, Armide ou Cadmus et Hermione, il y a bien sûr eu les versions de concert de Christophe Rousset… mais pas très peu d’autres version scéniques complètes. Car la tragédie lyrique de Lully est un art complet où doivent se mélanger chant, danse, déclamation et scénographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont déjà collaboré en 2008 pour justement Cadmus à l’Opéra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans après dans le cadre enchanteur de l’Opéra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d’une belle qualité tant visuelle que sonore pour Phaéton. Le spectacle tiendra ses promesses malgré quelques surprises. Dans le lot des choses que l’on pouvait attendre, les chanteurs s’expriment en prononciation restituée… mais par contre, l’on est surpris pas la côté moderne de la scénographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitués aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgré un prologue terne, le reste de l’ouvrage montre que l’on peut travailler la tragédie lyrique de cette manière lorsque l’on connaît bien ce type d’ouvrages. Continuer…

Mozart, Salieri et Iolanta à Tours

Il est rare de présenter des opéras russes en France en dehors des quelques uns les plus connus comme Eugen Onegin ou Boris Godounov. Alors il faut saluer le choix de l’Opéra de Tours qui a décidé de monter non seulement Iolanta de Tchaikovsky, mais surtout Mozart et Salieri de Rimsky-Korsakov. Ce dernier n’est que trop rarement mis en avant alors que ses ouvrages sont magnifiques. Bien sûr, les références sont mythiques pour ce petit opéra mais avoir la possibilité de voir sur scène ce duo de partitions est un vrai plaisir. Pour la distribution, l’Opéra de Tours à fait appel à des chanteurs slaves avant tout comme souvent dans ce répertoire mais chœur et orchestre sont de la maison. Pour trois représentations seulement, c’est un gros investissement pour l’institution et il semble que le public ait été au rendez-vous. Continuer…