Erwin Schrott, Attila conquérant en concert

Perpétuant la traditionnelle venue de l’Opéra de Lyon à Paris, Daniele Rustioni change le thème. Après les opéras belcantistes dirigé par Pidò, voici Verdi et par n’importe lequel vu que c’est rien moins qu’Attila, ouvrage de jeunesse rarement donné mais qui apporte des moments de vrai bonheur musical. L’ouvrage est souvent monté pour une basse avant tout. Samuel Ramey bien sûr… mais aussi Nicolai Ghiaurov par exemple qui nous laissé un superbe enregistrement avec l’immense Piero Cappuccilli. Et il faut aussi trouver une soprano capable de surmonter l’écriture impossible d’Odabella (Cheryl Studer pour Ramey par exemple, ou la controversée mais passionnante Mara Zampieri pour Ghiaurov. Le concert ici présenté rassemble de beaux noms, surtout après l’arrivée surprise d’Erwin Schrott dans le rôle-titre. Le jeune chef italien conduit donc une distribution de haut niveau avec un orchestre et un chœur dont on connaît les qualités. Reste à savoir si l’ouvrage va survivre à la version de concert, mais aussi si les chanteurs réussiront à se hisser à la hauteur de ces personnages démesurés que le jeune Verdi a composés. Continuer…

Don Carlos, toujours aussi passionnant!

Après la distribution qui créa cette mise en scène un mois auparavant, voici qu’une partie de la distribution est renouvelée pour notre plus grand plaisir ! Attention, la première était de haute volée avec une brochette de stars assez impressionnante. Mais cet ouvrage est tellement passionnant qu’il est toujours bon d’entendre d’autres possibilités vocales dans un même rôle. Il est regrettable dans un sens que l’Opéra de Paris n’ait pas donné sa chance à de jeunes chanteurs à la diction particulièrement incisive, qu’ils soient francophones ou non… mais cela aura déjà mis en avant des artistes qui n’ont peut-être pas la lumière qu’ils méritent étant donné leur talent. Pour les rôles d’Élisabeth, d’Eboli et Carlos, c’est vers l’Europe de l’est qu’il faut donc tourner notre regard une nouvelle fois avec non pas de jeunes espoirs, mais déjà des artistes accomplis même si moins médiatiques que Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva et Elīna Garanča. Beaucoup prédisaient une chute spectaculaire de l’intérêt du spectacle, mais il n’en fut rien. Bien sûr, au petit jeu de la comparaison certains ont trouvés des failles dans les chanteurs de cette deuxième distribution, mais la première en possédait aussi ! Et ils ont tous apportés un petit quelque chose d’intéressant qui faisait qu’ils rivalisaient finalement avec leurs prédécesseurs. Continuer…

Retour de Don Carlos à l’Opéra de Paris!

Enfin ! Enfin un retour à Don Carlos en français. Enfin la version originale de 1866 (avant la création). Enfin une distribution à la hauteur de l’ouvrage. Sans conteste l’événement de cette nouvelle saison, cette production réunit beaucoup d’atouts pour attirer tous les regards. On l’a dit déjà la version choisie est extrêmement rare. Si Stéphane Lissner avait déjà proposé un Don Carlos au Châtelet, la version retenue était loin de la rigueur de cette nouvelle production. En choisissant la partition dans l’état qui précédait la création, nous avons toute la musique composée par Verdi en vue d’être représentée. C’est pour la première que les coupures furent pratiquées, afin que le public puisse rentrer chez lui à une heure raisonnable. La seule coupure notable ici est le ballet, élément obligatoire dans ce genre. Cette version de l’œuvre avait été enregistrée en 1972 par John Matheson à la BBC pour Opera Rara, mais depuis, il est rare de pouvoir l’entendre. Et surtout il est encore plus rare de l’entendre avec de tels interprètes. L’Opéra de Paris a en effet appelé cinq des plus grands chanteurs actuels, chacun au sommet de leur catégorie vocale respective : Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Elīna Garanča, Ludovic Tézier et Ildar Abdrazakov. Enfin, pour ménager un petit scandale, c’est Krzysztof Warlikowski qui est à la direction scénique, pour une production qui devra être reprise par la suite dans la version italienne en quatre actes. Espérons juste qu’elle sera aussi reprise dans la version originale. Continuer…

Callas en direct – 1/5, 1949-1951 : Nabucco, Parsifal, I Vespri Sicilianni et Aida

A l’occasion des quarante ans de la mort d’une figure mythique, Warner Classics publie un coffret contenant vingt enregistrements en direct de Maria Callas. Parmi ces opéras, on retrouve des rôles qu’elle a immortalisé aussi au studio (Aida, Rigoletto, Norma, Medea, Lucia di Lammermoor, La Traviata et Tosca), mais il permet d’entendre ces rôles dans d’autres configurations, parfois avec une Callas beaucoup plus jeune que ce qu’offre le studio. La comparaison est toujours passionnante ! Et puis il y a aussi tous ces ouvrages qu’elle a abordé à la scène sans jamais réussir à les graver : Nabucco, Parsifal, I Vespri Siciliani, Armida, Macbeth, Alceste, La Vestale, Andrea Chénier, Anna Bolena, Iphigéniea in Tauride, Il Pirata et enfin Poliuto. Le coffret balaye toute la « grande » carrière de la cantatrice depuis ses grands débuts italiens en 1949 jusqu’aux derniers feux en 1964 à Londres. Passionnant parcours d’une artiste complexe et extrême, Warner nous affirme avoir retravailler les bandes et en avoir découvert de nouvelles afin de permettre à chacun de découvrir ces rôles dans le meilleur des sons possibles. Continuer…

Rigoletto en carton à l’Opéra de Paris

Parmi les opéras connus, Rigoletto figure dans la haut du palmarès… Régulièrement donné par les plus grands noms, il n’en reste pas moins très exigeant pour les trois rôles principaux. Sa construction demande aussi une vraie implication de chacun afin d’éviter les tunnels ou un manque de tension. Aussi, la venue d’une belle distribution dans une mise en scène qui semblait plutôt intéressante car évitant les poncifs était plutôt une bonne occasion de voir cette œuvre. Mais à la fin de la soirée, on en vient à regretter certains éléments. Une distribution un peu bancale ainsi qu’une mise en scène qui rapidement devient lassante malgré quelques bonnes idées. Continuer…

Macbeth et sa femme à Avignon

Parmi les ouvrages de la première moitié de sa carrière, Macbeth est une œuvre à part tant les couleurs et le style sont particuliers. Verdi y a mis toute son inventivité pour créer non seulement les passages des sorcières mais aussi le personnage central de Lady Macbeth. Car si le titre rend hommage au général d’armée, c’est plus sa femme qui retient l’attention dans l’ouvrage car elle possède un langage et un charisme rarement donné à un personnage. La production donnée à Avignon avait recueilli de belles critiques lors de sa création à Marseille, tout comme la présence du baryton espagnol Juan Jesus Rodriguez. Mais ce qui a attiré l’attention est la présence d’Alexandrina Pendatchenska, chanteuse ô combien charismatique pour un rôle si important. Aussi l’attente était forte… et le résultat saisissant et passionnant ! Alors que la précédente version de Macbeth vue était la production de Tcherniakov avec une distribution un peu bancale, quel plaisir d’entendre ces voix taillées à la dimension des rôles dans une belles mise en scène ! On en redemande… Continuer…

Ludovic Tézier : Simon de concert

Ludovic Tézier

Ouvrage fascinant, Simon Boccanegra reste un des chef-d’œuvres trop peu montés de Verdi. Bien sûr, la partition est connue grâce entre autre à la mythique production dirigée par Abbado et mise en scène par Strehler qui alignait une distribution grandiose (Cappuccilli, Freni, Ghiaurov…). Mais face à des ouvrages tels que La Traviata ou Il Trovatore, la partition manque de notoriété et est principalement montée pour un grand baryton capable de tenir l’ouvrage. Car c’est peut-être l’un des plus beaux rôles de barytons qu’ait composé Verdi. La complexité psychologique et le charisme qu’il donné au Doge est assez unique dans son œuvre. Aussi, quand il a été annoncé que Ludovic Tézier devait chanter le rôle, et de plus accompagné par Sondra Radvanovsky… on espérait une immense soirée. Le résultat fut en effet très bon, mais toujours avec l’ombre de grands interprètes. Car deux prises de rôles en version de concert, cela n’aide pas à créer des personnages totalement convaincants. Continuer…

Magnifique Simon Boccanegra chez Delos

boccanegra_orbelian_1Créé en 1857, Simon Boccanegra sera loin d’être un succès à Venise. Alors que sa carrière se ralentit, Verdi veut lui donner une nouvelle chance et s’engage dans une révision de sa partition mais aussi du livret. Suite aux manœuvres de l’éditeur Riccordi, c’est le jeune Arrigo Boïto qui va aider le compositeur dans la modification du texte, suggérant des changements de situations ou de lieux pour renforcer l’effet de l’œuvre. C’est donc la version de 1881 qui est ici présentée avec en tête d’affiche le baryton russe Dmitri Hvorostovsky. Son interprétation du rôle de Boccanegra a été rodée depuis bien des années sur différentes scènes et méritait bien qu’elle soit enregistrée de manière officielle. Bien sûr, la maison de disque et l’orchestre sont loin des prestigieux DECCA et Wiener Symphoniker dont bénéficia Thomas Hampson il y a quelques années… mais le résultat est impressionnant de qualité : la distribution réunie est un grand sans faute qui va chercher des interprètes parfaitement à l’aise dans les tessitures et les personnages, alors que Constantine Orbelian dirige les forces de l’opéra de Kaunas de bien belle manière ! Continuer…