Dans les Jardins de William Christie 2019 : Odyssée Baroque

Cette année encore, la fin des vacances se passait chez William Christie, ou plutôt dans son jardin toujours aussi enchanteur. Le principe reste le même depuis maintenant de nombreuses années et le public est toujours autant au rendez-vous. Non seulement il peut écouter une musique de qualité dans une interprétation de haut niveau, mais en plus il le fait dans un cadre somptueux et même de plus en plus beau d’années en années. Car si tous les deux ans William Christie cultive des voix nouvelles dans son Jardin des Voix, il fait aussi grandir son jardin avec de nouveaux bosquets. Cette année était un peu particulière car les Arts Florissants fêtent leurs 40 ans en cette année 2019. Et même si la grande fête sera sans doute à la Philharmonie en fin d’année, nous avons tout de même droit à une atmosphère plus festive que d’habitude encore et on sent combien chaque artiste est attaché à cette ensemble. Continuer…

Lea Desandre et Thomas Dunford sous les étoiles d’Aix-en-Provence

Alors que le Théâtre de l’Archevêché s’apprêtait à faire résonner les accords initiaux du Requiem de Mozart, un autre programme débutait juste de l’autre côté de la rue, dans la magnifique cour de l’Hôtel Maynier d’Oppède. Nommé « Belle époque baroque », le récital se composait d’airs de cours et de pièce pour archiluth… mais aussi de quelques mélodies du début du vingtième siècle, elles aussi accompagnées à l’archiluth ! Programme tout en douceur donc, mené par deux jeunes artistes : Thomas Dunford qui vient à peine de dépasser les trente ans et Léa Desandre qui elle n’y est pas encore de quelques années. Le cadre, le programme, les artistes… tout était réuni pour ce grand moment. Petit par le format il promettait en effet d’immenses émotions quand on connaît un peu ce répertoire. Et à la lecture exacte du programme, on découvrait que le choix des pièces avait été fait avec beaucoup de soin. Un public nombreux s’était rassemblé d’ailleurs pour ce beau moment de poésie. Continuer…

Agrippina, ou Joyce DiDonato couronnée!

Le Théâtre des Champs-Élysées s’est fait une spécialitée des opéras de Haendel en version de concert. La saison prochaine propose Giulio Cesare cette fois mis en scène avec Christophe Rousset à la direction, Orlando avec Franco Fagioli, Serse et Alessandro avec rien de moins que Bejun Mehta, Julia Lezhneva, Raffaele Pe et Sonia Prina. Et pour cette saison 2018-2019, il y avait Rodelinda menée par Emmanuelle Haïm, Semele et enfin cette Argippina qui devait réuni Joyce DiDonato dans le rôle titre, Kathryn Lewek en Poppea, Luca Pisaroni en Claudio, Marie-Nicole Lemieux pour Ottone, Franco Fagioli en Nerone et Jakub Józef Orliński en Narciso. Mais au fur et à mesure des mois, la distribution a été modifiée. Marie-Nicole Lemieux est remplacée par le contre-ténor Xavier Sabata, Kathryn Lewek cède sa place à Elsa Benoit, Claudio est chanté finalement par Gianluca Buratto et c’est Carlo Vistoli qui chantera Narciso. Il ne reste donc que quatre chanteurs de la distribution originale : Joyce DiDonato, Franco Fagioli et dans des rôles plus secondaires Andrea Mastroni et Biagio Pizzuti. Si c’est le principe du spectacle vivant que de voir les distributions varier, il est tout de même fou de ne pas réussir à maintenir des engagements comme ceux-ci, et surtout remplacer une grande mezzo par un contre-ténor change vraiment la donne. À noter aussi que si nous n’avons pas eu Luca Pisaroni, il a assuré la grande majorité des dates de la tournée. Mais le principal est sauf : Joyce DiDonato est ici ! Continuer…

Phaéton de Lully par Dumestre et Lazar

Qu’il est rare de pouvoir assister à une tragédie lyrique en version scénique… et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit proposée. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son prédécesseur semble moins intéresser les musiciens ou du moins les metteurs en scène. Après les magnifiques Atys, Armide ou Cadmus et Hermione, il y a bien sûr eu les versions de concert de Christophe Rousset… mais pas très peu d’autres version scéniques complètes. Car la tragédie lyrique de Lully est un art complet où doivent se mélanger chant, danse, déclamation et scénographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont déjà collaboré en 2008 pour justement Cadmus à l’Opéra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans après dans le cadre enchanteur de l’Opéra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d’une belle qualité tant visuelle que sonore pour Phaéton. Le spectacle tiendra ses promesses malgré quelques surprises. Dans le lot des choses que l’on pouvait attendre, les chanteurs s’expriment en prononciation restituée… mais par contre, l’on est surpris pas la côté moderne de la scénographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitués aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgré un prologue terne, le reste de l’ouvrage montre que l’on peut travailler la tragédie lyrique de cette manière lorsque l’on connaît bien ce type d’ouvrages. Continuer…

Huguette Tourangeau (1938-2018)

Il y a quelques jours s’est éteinte l’une de ces voix qui provoquent beaucoup de réactions. Si elle avait ses détracteurs, Huguette Tourangeau avait aussi ses admirateurs. Certains trouvaient sa voix trop étrange, aux registres trop marqués… d’autres justement trouvaient cette voix très personnelle passionnante et immédiatement captivante. La chanteuse restera surtout dans les mémoires pour avoir accompagné pendant quinze ans le couple que formaient Joan Sutherland et Richard Bonynge. En effet elle participera à de nombreux enregistrements chez DECCA mais aussi à de nombreuses productions scéniques. Aussi à l’aise dans le bel-canto que dans le répertoire français, elle restera l’un de ces astres fascinant par leur personnalité. Mais elle n’est pas juste un faire valoir. Elle aura bien sûr un grand appui par Richard Bonynge… mais elle saura marquer les mémoires par sa personnalité et son charisme. Continuer…

Alcina et Bradamante : deux femmes pour deux grandes chanteuses

La tradition est maintenant établie : tous les ans Cecilia Bartoli vient nous présenter une production sur la scène du Théâtre des Champs Elysées. Après Otello de Rossini et Norma, voici la fameuse Alcina de Haendel. Production créée en 2014 à Zurich, elle a été unanimement saluée par la critique tant pour la mise en scène que pour la partie musicale. Depuis, quelques changements ont eu lieu dans le chant et la direction car l’équipe n’est pas totalement réunie. Les changements principaux sont dans la distribution de Ruggiero à un contre-ténor maintenant alors que c’était une mezzo-soprano qui avait été de la création… et un changement d’orchestre et de chef. Les autres rôles principaux sont conservés pour notre plus grand plaisir. Ou du moins devaient être conservés puisque Julie Fuchs étant malade, le rôle sera chanté depuis la fausse par Emőke Baráth alors que la soprano française mime le rôle sur scène. La soirée était donc sauvée et nous retrouvions un trio de femmes assez impressionnant sur le papier. Continuer…

Lea Desandre et Thomas Dunford, en toute simplicité Salle Cortot

Depuis maintenant de nombreuses années, Thomas Dunford fait parti des musiciens les plus demandés du répertoire baroque. Que ce soit pour de participations à de grandes productions comme L’Orfeo dirigé par Paul Agnew ou dans de la musique de chambre comme récemment avec Anne Sophie von Otter, il se montre toujours d’une immense inventivité. Il a beaucoup participé aux spectacles des Arts Florissants et notamment au Festival dans les Jardins de William Christie. Justement, ces Jardins ont aussi vu naître si l’on peut dire Lea Desandre qui participa au Jardin des Voix avant de commencer une carrière soliste de belle envergure dans le domaine baroque. Elle aussi avec Les Arts Florissants bien sûr (toujours cet Orfeo), mais aussi Alcione de Marin Marais dirigé par Jordi Savall par exemple. Dans les deux cas, ce sont des musiciens très à l’aise dans le répertoire baroque et ce récital intimiste à la Salle Cortot prévoyait un programme centré sur le premier baroque italien. Finalement, si des compositeurs comme Monteverdi, Strozzi ou Merula sont bien présents, on se demande ce que vient faire Haendel qui est d’une toute autre nature dans ce répertoire. Mais heureusement, dans tous les cas nous avons une grande musicalité et une grande inventivité dans la musique proposée. Et l’on peut en profiter parfaitement dans le cadre restreint de cette salle à l’acoustique si parfaite ! Continuer…

Jephtha de Haendel : quand tout est réuni…

Si William Christie et ses Arts Florissants sont surtout connus pour les merveilles qu’ils ont offertes dans le domaine du baroque français, il ne faut pas oublier qu’ils ont aussi œuvré depuis longtemps pour Haendel avec particulièrement de grandes réussites dans l’oratorio. Genre moins démonstratif que l’opéra du même compositeur, la musique en est souvent plus travaillée, la place du chœur beaucoup plus importante… et le chef semble s’y sentir à son aise. Ensemble, ils venaient nous proposer le dernier oratorio du compositeur : Jephtha. Dans une production créée il y a peu à Amsterdam, la scène du Palais Garnier pouvait laisser admirer cet ouvrage passionnant et d’une grande force émotionnelle. La distribution est totalement renouvelée mais pas moins resplendissante. Ian Bostridge remplace Richard Croft, Tim Mead reprend le rôle de Bejun Mehta et Katherine Watson celui d’Anna Prohaska. Dans les deux cas de grands spécialistes, parfois aux profils différents mais toujours d’une grande musicalité et d’un charisme certain. Continuer…

Max Emanuel Cenčić : la rivalité entre Haendel et Porpora

Voix extrêmement rare il y a encore 30 ans, le contre-ténor semble être la nouvelle mode de l’univers lyrique. Immense star il y a encore quelques années, il semble que la couverture médiatique de Max Emanuel Cenčić soit amoindrie depuis quelques temps. Il faut dire que depuis 2001, plus d’un grand nom est arrivé avec ces dernières années des Franco Fagioli ou Bejun Mehta par exemple qui ont chacun leurs spécificités. De jeune chanteur baroque (dans tous les sens du terme) à valeur sûre, Cenčić a sû se diversifier en devenant producteur par exemple. Mais la voix est toujours aussi belle. Et celui qui a commencé comme Petit Chanteur de Vienne avant de devenir sopraniste puis contre-ténor a encore beaucoup à dire avec ses arguments propres ! Loin de la démonstration gratuite où certains pourraient avoir tendance à se plonger, le chanteur propose un timbre, une délicatesse et une intelligence. C’est à la découverte de la rivalité entre Haendel et Porpora qu’il nous propose d’assister durant ce récital. Continuer…

Anne Sofie von Otter : Barock is pop!

Anne Sofie von Otter est connue dans le monde entier pour la variété de son répertoire. Elle qui a connu la gloire avec le baroque (on pensera notamment à son Ariodante dirigé par Minkowski) n’a jamais cherché à rester sur son terrain de prédilection, osant tout dans la mélodie comme dans la chanson populaire… et allant jusqu’à des Wagner un peu contestés mais d’une grande intelligence. Car s’il est un mot que l’on peut raccrocher à la mezzo-soprano suédoise, c’est sans doute l’intelligence. Intelligence du texte bien sûr, mais aussi intelligence dramatique et musicale, qui fait qu’elle trouve toujours la nuance juste, la façon de prononcer qui offre toute sa force à un texte chanté. Après les années glorieuses qui lui ont permis de se lancer dans le romantisme le plus tardif (de magnifiques Lied von der Erde dirigés par Claudio Abbado), la voix a commencé à perdre un peu de sa superbe, le volume à réduire sensiblement, la tessiture à se tasser… alors, intelligence encore, la chanteuse est revenue à des répertoires mettant moins en avant la puissance et la vocalité, mais plus le texte et la nuance où elle reste reine. Ce concert plonge dans le baroque en grande partie et pour se faire, elle s’est entourée de deux jeunes musiciens considérés comme les plus virtuoses de leur génération sur leurs instruments respectifs : Thomas Dunford au théorbe et Jean Rondeau au clavecin. Continuer…