
Ludovic Tézier
Ouvrage fascinant, Simon Boccanegra reste un des chef-d’œuvres trop peu montés de Verdi. Bien sûr, la partition est connue grâce entre autre à la mythique production dirigée par Abbado et mise en scène par Strehler qui alignait une distribution grandiose (Cappuccilli, Freni, Ghiaurov…). Mais face à des ouvrages tels que La Traviata ou Il Trovatore, la partition manque de notoriété et est principalement montée pour un grand baryton capable de tenir l’ouvrage. Car c’est peut-être l’un des plus beaux rôles de barytons qu’ait composé Verdi. La complexité psychologique et le charisme qu’il donné au Doge est assez unique dans son Å“uvre. Aussi, quand il a été annoncé que Ludovic Tézier devait chanter le rôle, et de plus accompagné par Sondra Radvanovsky… on espérait une immense soirée. Le résultat fut en effet très bon, mais toujours avec l’ombre de grands interprètes. Car deux prises de rôles en version de concert, cela n’aide pas à créer des personnages totalement convaincants. Continuer…

D’Offenbach, le grand public connaît bien sûr quelques Å“uvres légères comme La Belle Hélène ou La Grande Duchesse de Gérolstein… et bien sûr les Contes d’Hoffmann. Mais il existe de nombreux autres ouvrages qui doucement sont redécouverts par le travail de passionnés, que ce soit des éditeurs ou des musicologues comme Jean-Christophe Keck. Fantasio fait partie de ces partitions rares, et même tellement rares qu’on pensait difficile de la reconstituer suite à l’incendie de la Salle Favart en 1887. C’est donc une grande résurrection à laquelle nous assistons. Et c’est aussi l’occasion pour l’Opéra-Comique de reprendre ses activités suite à dix-huit mois d’arrêts pour la rénovation de la Salle Favart. Pour cette occasion, l’institution a réuni non seulement une superbe distribution, mais aussi un chef et un metteur en scène très impliqués dans cette production, dont nous avons pu suivre presque au jour le jour les avancées par l’intermédiaire de publications. Ce douze février était donc le retour de Fantasio sur scène, mais aussi les débuts d’une nouvelle saison pour l’Opéra-Comique qui manquait au paysage lyrique de Paris ! Seule petite déception, ce n’est pas dans la Salle Favart toute neuve qu’est représentée cette Å“uvre mais au Théâtre du Châtelet suite aux retards des travaux… Théâtre du Châtelet qui fermera d’ailleurs bientôt lui aussi pour rénovations. 
Carmen est régulièrement donné à Paris. Depuis quelques années nous avons eu droit à la maintenant presque légendaire production dirigée par Gardiner avec Anna Caterina Antonacci dans le rôle titre, dans l’écrin parfait de l’Opéra-Comique… ainsi que la production assez mitigée de l’Opéra Bastille avec la même Antonacci dans le rôle titre. Alors pourquoi proposer deux soirées en version de concert d’une Å“uvre qui est certes particulièrement populaire… mais qui va voir une reprise à Bastille dans quelques temps ! Le Théâtre des Champs-Elysées a misé sur l’originalité de la distribution et particulièrement sur les deux rôles principaux. En effet, alors qu’elle commence à élargir son répertoire vers le répertoire romantique, Marie-Nicole Lemieux fait ses premières armes dans le rôle de la Carmencita après avoir chanté quelques semaines auparavant Rodelinda de Haendel sur cette même scène. Grand écart stylistique et vocal entre ces deux rôles. On pourra aussi rappeler que Michael Spyres est actuellement salué sur les plus grandes scènes pour ses prestations dans le bel canto romantique et particulièrement Rossini où il reprend tous les grands rôles de baryténor du répertoire avec un succès certain. La curiosité est donc là … et en ce 2 février, la salle était particulièrement pleine !
Difficile de passer à côté d’Œdipus Rex, même si l’adaptation réalisée par Sellars et Salonen pouvait poser problème sur le principe. En effet, cette ouvrage repose non seulement bien sûr sur la musique de Stravinsky, mais aussi les textes marquants de Cocteau qui s’intercalent et animent les monuments musicaux. Alors cette idée d’intégrer des textes issus de l’Antigone de Sophocle, pourquoi pas, mais est-ce qu’on aura la même force expressive que l’œuvre originale ? Et qu’en est-il de cette Symphonie de Psaumes qui doit présenter l’errance et la mort d’Œdipe ? Et puis je dois bien avouer que la vue de certaines photographies n’étaient pas pour me rassurer… Et finalement, c’est un moment assez magique qui restera longtemps gravé dans ma mémoire je pense tant le tout fonctionne admirablement bien !
Un mise en scène reconnue pour son intelligence et sa beauté, une distribution réunissant ce qui se fait de mieux… cette reprise des Contes d’Hoffmann avait de quoi faire rêver ! Malheureusement, durant l’été une première mauvaise nouvelle tombait avec l’absence de Sabine Devieilhe qui devait chanter Olympia. Enceinte, elle ne pouvait pas assurer ces représentations. Restait la grande attraction : la prise de rôle de Jonas Kaufmann pour Hoffmann. Tremblement en début d’automne avec l’annulation du chanteur, remplacé par Ramon Vargas… Les billets sont rapidement devenus très disponibles en revente… Restaient trois dates où Stefano Secco assurait comme prévu les trois dernières représentations. Doublure sûrement de Kaufmann, il bénéficiait de trois séances pour démontrer qu’il n’était pas juste un remplaçant. Et ce qu’il a proposé ce soir le montre à la hauteur du rôle, même s’il se fait finalement voler la vedette par son acolyte Nicklausse chanté et vécu de manière sidérante par la grande Stéphanie d’Oustrac !
Il y a tout juste vingt ans, Marc Minkowski enregistrait l’Armide de Gluck dans la grande salle de la Cité de la Musique à Paris… et cet enregistrement paru chez Archive reste la référence discographique incontestée encore à ce jour. Il était donc tout à fait logique que suite à la production de l’Opéra de Vienne, le chef français nous propose un concert à la Philharmonie de Paris ainsi qu’à l’Opéra de Bordeaux ensuite où il occupe maintenant le poste de directeur.Du spectacle de Vienne restent l’orchestre, le chef ainsi que les deux rôles principaux. Tout le reste de la distribution est renouvelé avec des chanteurs français jeunes ou ayant une forte accointance avec le répertoire classique. Gaëlle Arquez et Stanislas de Barbeyrac pouvaient mettre a profit les représentations données il y a quelques jours sur scène… mais ils sont rejoints par l’ensemble de la distribution qui donne vie de superbe manière à une mise en espace simple et lisible. L’ouvrage prend donc toute sa grandeur et réussit à remplir l’immense salle de la Philharmonie sans qu’elle ne s’y trouve noyée comme l’avait été l’Armide de Lully l’année précédente. 