Dialogues des Carmélites : Py et une distribution de rêve

0825646220694Dialogues des Carmélites est un des rares opéras de la deuxième moitié du XXème siècle à être autant représenté. On en garde de plus la trace de la création française par l’enregistrement historique dirigé par Pierre Dervaux (réunissant le fine fleur de l’époque). Il faut dire que cette Å“uvre de Francis Poulenc possède une force assez rare, chaque personnage se dessinant superbement par son langage et sa musique, alors que l’histoire en elle-même nous touche par la violence qui est faite à ces femmes. En dehors de tout sentiment religieux, c’est vraiment la représentation des réactions de femmes de tout milieu face à une oppression. En décembre 2013, le Théâtre des Champs-Elysées proposait une nouvelle production mise en scène par Olivier Py dont on connait l’attachement à la religion. On ne pouvait donc qu’attendre avec impatience les représentations… et après celles-ci espérer un DVD. Voilà qui est fait pour notre plus grand plaisir ! Continuer…

Olga Peretyatko et Dmitri Korchak : Triomphe russe!

affiche-tce-peretyatko-korchak_netPour ce jeudi soir, le Théâtre des Champs Elysées retrouvait deux jeunes chanteurs russes qui avaient triomphé sur cette scène lors des venues bel-cantistes d’Evelyno Pido : Olga Peretyatko dans I Capuletti, Dmitri Korchak dans Otello… et ensembles dans I Puritani. Âgés respectivement de trente-cinq et trente-quatre ans, ces deux étoiles du chant venaient en toute décontraction nous proposer un petit panorama du bel-canto qui reste leur terre d’élection. Si la soprano est en passe de devenir une véritable star mondiale, le ténor reste plus discret malgré de très beaux engagements sur les plus grandes scènes. On pouvait donc logiquement penser que la salle serait pleine… loin de là puisque environ 900 places ont été vendues pour ce récital, soit moins de la moitié de la capacité de la salle! Continuer…

Mireille en son pays…

B2BLvauIcAEwAi_.jpg largeMireille est un opéra qui est, personnellement, à part… et après avoir vu la production de l’Opéra de Paris, c’est dans ses terres que les retrouvailles avec Mireille se font et toujours pour le plus grand bonheur. L’Å“uvre n’a pas eu une vie de tout repos après toutes les modifications qu’a subi la partition : allègement du rôle-titre, fin heureuse, suppression de scènes complètes… heureusement qu’Henri Busser et Guy Ferrant ont comblé les lacunes et ont proposé en 1939 une version la plus fidèle possible de l’Å“uvre originale. Malheureusement quelques passages sont définitivement perdus et pour quelques autres, il fallut ré-orchestrer. Mais malgré les petites imperfections et imprécisions, nous sommes au plus proche de ce que Charles Gounod avait composé. Et Avignon nous a de plus proposé une mise en scène qui plonge au cÅ“ur des traditions de l’époque en Provence. Continuer…

Les Bayadères : Autre Catel, même réussite !

bayaderesCharles Simon Catel a eu la mauvaise idée de composer à une période trouble de l’histoire de France, devant changer de style au gré des changements de régime politique suite à la Révolution Française. Mais à cela, il a ajouté le titre de premier professeur d’harmonie du tout nouveau Conservatoire de Paris fondé en 1795. Et de fait, il restera dans les mémoires comme un grand pédagogue et théoricien (son Traitée d’Harmonie de 1802 restera longtemps un modèle) mais non comme un musicien artiste. Compositeur de circonstance lors des grandes fêtes révolutionnaires, il n’en fut pas moins un homme de théâtre et après nous avoir offert Sémiramis, le Palazetto Bru Zane nous donne à entendre Les Bayadères. Ces deux Å“uvres aux influences variées nous montrent combien le musicien était raffiné, fin et aussi très apte à créer une tension dramatique, cherchant des solutions que l’admiration de Gluck avait empêchée. Un novateur donc qui est heureusement rétabli de nos jours. Continuer…

Bru Zane ressuscite Victorin Joncières : Dimitri

dimitri_joncieresQui encore connaît le nom de Victorin Joncières de nos jours ? Il faut avouer qu’il n’aura jamais connu le grand succès de certains compositeurs d’opéras, n’ayant pas eu la chance d’être porté par les grandes institutions musicales de son temps comme l’Institut de France (où sa candidature fut refusée) ou l’Opéra de Paris (son plus grand succès, le fameux Dimitri, fut créé au nouveau Théâtre Lyrique et non dans la grande boutique). Alors pourquoi avoir ressorti des rayonnages des bibliothèques cette partition ? Elle est l’exemple de ce qui se faisait au Théâtre Lyrique de Vizentini durant les vingt mois où cette institution proposa nombre de créations audacieuses avec une qualité d’exécution digne de l’Opéra. Premier grande création de cette salle, il se devait d’être proposé à l’écoute ! Continuer…

Nouvelle Tosca et grande réussite!

4205307_67f712a310fe3aeb5858a915745c74bcefdff018_2Depuis l’ouverture de l’Opéra Bastille, Tosca est venu régulièrement sur scène, mais toujours dans la mise en scène de Werner Schroeter. Cette saison, c’est Andréa Chénier que Nicolas Joël avait prévu mais Stéphane Lissner a annulé cette reprise pour proposer une nouvelle production de Tosca. Il est dommage de perdre l’occasion trop rare de voir l’œuvre de Giordano, mais on peut enfin dire au revoir à une production au mieux insipide, au pire laide par certains tableaux. L’avantage de ce changement est que les deux rôles principaux peuvent être transférés d’une oeuvre à l’autre. Alvarez, Serafin et Tézier se montrent à la hauteur de la tache dans un superbe cadre créé par Pierre Audi et Daniel Oren. Continuer…

Un Parsifal apaisé par Van Zweden

parsifal_van_zweden1Parsifal est de ces opéras qui peuvent fasciner ou rebuter… à l’origine on peut ressentir quelques longueurs et lenteurs, mais en la fréquentant plus, se découvrent certaines clés, certains plaisirs… et aussi les grandes possibilités d’interprétation musicale de la partition. En effet, si la « formation » de beaucoup a été effectuée avec la mythique version dirigée par Hans Knappertsbusch en 1951, la découverte d’autres versions montre des facettes différentes, tantôt délicates, monumentales, colorées, sombres, élégiaques… Chaque chef peut avoir sa façon de diriger l’œuvre, en exhalant des spécificités. En décembre 2010, c’est l’ancien violoniste Jaap van Zweden qui en donnait sa lecture à Amsterdam pour quelques concerts heureusement captés. La distribution réunit des valeurs sûres du chant wagnérien et la réputation de l’Orchestre de la Radio Néerlandaise n’est plus à faire. Continuer…

Tchaïkovsky, La Pucelle d’Orléans : Preobrazhenskaya ou Arkhipova?

tchaikovsky_1906_evansÉtrange opéra que cette Pucelle d’Orléans. Peu de temps après avoir composé Eugen Onegin, opéra intimiste s’il en est, voici que Tchaïkovski se penche sur un format beaucoup plus large où les références au Grand Opéra à la française sont légion. Le sujet quitte les salons ou les mythes russes pour s’ancrer dans l’histoire française. Piotr Tchaïkovski adapte à partie de 1878 la tragédie de Schiller pour en faire un opéra retraçant l’évolution d’une figure historique : Jeanne d’Arc. Et dans cet opéra, c’est le seul personnage qui retiendra l’attention, le seul qui parcourt l’ensemble de la partition en rencontrant des aides, des soutiens, des tentations, des obstacles… les autres personnages ne sont au final rien d’autres que des éléments faisant évoluer Jeanne. Ce rôle de mezzo-soprano demande de grandes interprètes et l’histoire du disque en a retenu deux : Sophia Preobrazhenskaya et Irina Arkhipova. Petite comparaison de leurs enregistrements studio… Continuer…

« L’autre » Otello mis à l’honneur par Bartoli…

otello0Otello dans l’opéra, c’est immanquablement celui de Verdi qui nous vient à l’esprit. Puis arrive ce fameux opéra de Rossini, réputé inchantable avec ces trois rôles écrasants de ténor, cette Desdemona où se sont distinguées les plus grandes comme La Malibran ou sa sÅ“ur Pauline Viardot… Plus près de nous, le duo Chris Merritt/Rockwel Blake s’illustraient… puis un temporaire duo a réuni Gregory Kunde et Juan Diego Florez… mais voilà que depuis quelques année un nouvel Otello rossininien fait parler de lui : John Osborn. Quand en plus il est accompagné par Cecilia Bartoli (rossinienne exemplaire avant d’aller explorer le baroque) qui fait ici ces débuts dans le rôle tragique de l’épouse du Maure, on peut s’attendre à une grande représentation… et les faits vont bien au delà des espérances ! Continuer…

L’Orfeo de Monteverdi et Les Talens Lyriques

roussetL’Orfeo de Monteverdi est réputé pour être le premier opéra… mais il est plus que cela : c’est une Å“uvre fascinante par ses couleurs et ses inspirations, depuis la trépidante toccata d’ouverture jusqu’à la sombre déploration finale d’Orfeo en passant par toutes les couleurs pastorales ou sombres. Monteverdi a posé les bases d’un opéra, mais finalement bouleversera totalement les structures dans les autres Å“uvres qui nous sont parvenues ! Comment retrouver la même architecture humble de cet Orfeo dans les grandes scènes du Couronnement ? Tout ici respire la poésie, avec au dessus de tous bien sûr l’incarnation de l’artiste lui-même. À côté de lui, les dieux sont beaucoup plus prosaïques. La direction de Christophe Rousset et la sobre mise en espace vont nous révéler toute la profondeur de l’œuvre.

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