Cette année, la troupe de (grands) amateurs Oya Kephale nous a préparé une surprise ! Alors qu’ils ont l’habitude de présenter des œuvres lyriques de Jacques Offenbach, ils font ici une entorse avec Les Pirates de Penzance d’Arthur Sullivan. Considéré par beaucoup comme l’Offenbach britannique, le compositeur n’est pourtant pas très connu dans nos contrées. Si le duo “Gilbert et Sullivan” est des fois évoqué, si des disques peuvent être trouvés, il n’y a pas contre que très peu d’occasions pour assister à des représentations de ses opéras en France. Les raretés d’Offenbach sont souvent une découverte pour le public d’Oya Kephale… mais c’est ici aussi la découverte d’un compositeur et d’un style tout britannique pour le public du Grand Théâtre Armande Béjart. Pour faciliter l’accès à cet opéra pour le public, Oya Kephale a décidé d’adapter le livret de William Schwenck Gilbert en français. Nous voilà donc tous transportés pour cette grande aventure de pirates parfaitement britanniques. Comme pour le concert de décembre, la troupe Oya Kephale reverse une partie des bénéfices à l’École des Actes.
En premier lieu, on peut se demander pourquoi avoir décidé de jouer du Sullivan et non pas du Offenbach. Peut-être une volonté de renouveler et surprendre de la part du chef Pierre Boudeville! En effet, même si Jacques Offenbach a composé un nombre très important d’ouvrages lyriques, la liste se réduit beaucoup si l’on prend en compte les contraintes pour Oya Kephale : il faut tenir une soirée complète, offrir une belle participation au chœur, proposer de nombreux rôles secondaires permettant de mettre en avant quelques chanteurs du chœur… et du coup, la troupe revient régulièrement aux mêmes titres. En trente ans, il y aura eu successivement La Belle Hélène (1995, 2002, 2015), La Périchole (1996, 2005, 2019), Les Brigands (1997, 2014, 2023), Orphée aux Enfers (1999, 2025), La Vie Parisienne (2001, 2013, production annulée en 2021), La Grande-Duchesse de Gérolstein (2006, 2018), Barbe-Bleue (2007, 2022), Le Voyage dans la Lune (2008 sans le premier acte, 2016), Geneviève de Brabant (2009, 2017), La Fille du Tambour-Major (2010), Le Docteur Ox (2011), Le Roi Carotte (2012) et Madame Favart (2024). Il n’y a qu’en 2004 qu’une exception avait déjà été faite : la troupe avait créé l’opéra-comique de son chef (Yannick Paget) : Merlin ou la Nuit des Métamorphoses. Donc après toutes ces années à rendre hommage à Offenbach, pourquoi pas un essai sur un autre compositeur. Bien sûr, on pouvait penser à des ouvrages d’Auber, des partitions de Messager… mais le parallèle fait souvent entre Sullivan et Offenbach a dû jouer sur le choix définitif. Et en ce qui concerne le choix des Pirates de Penzance, cette œuvre reste très présente dans la culture anglo-saxonne (références dans des films et séries par exemples) et est toujours très souvent représentée.
L’histoire de déroule du temps de la Reine Victoria en Cornouailles. On y découvre les pirates célébrant les 21 ans de Frédéric. Heureux d’avoir l’âge lui donnant la possibilité de quitter le navire, Frédéric annonce à ses amis que s’il les aime chacun séparément… il déteste leur métier de pirate et fera (une fois libre) tout pour les pourchasser. Car cet engagement n’a jamais été voulu par le jeune homme. Mais, très à cheval sur le devoir, il ne pouvait quitter son poste et est donc resté jusqu’à la fin de son contrat. À l’origine, c’est une erreur de sa nourrice Ruth. Elle souhaitait mettre le jeune homme en apprentissage chez un pilote mais, ayant des problèmes d’audition, c’est finalement chez un pirate qu’elle le laisse. Dans tous les cas, Ruth ne veut pas se séparer de lui : elle est sa nourrice… mais souhaite aussi l’épouser, profitant du fait que depuis sa toute jeunesse, c’est la seule femme qu’il n’ait jamais vue! Aussi, elle se dit belle, avenante même… pour ses 47 ans! Malheureusement pour elle, des jeunes filles apparaissent et Frédéric comprend qu’il s’est fait duper et chasse Ruth. Ces jeunes filles sont les pupilles du Major-Général Stanley et alors que Frédéric est caché pour ne pas les effrayer, il ne peut que se montrer quand ces demoiselles veulent aller se baigner. Les jeunes filles sont un peu effrayées mais aussi séduites par ce beau jeune homme qui lui tombe amoureux quand apparaît Mabel, l’une des filles du Major-Général. Arrivent malheureusement les pirates qui souhaitent épouser ces demoiselles! Arrive alors leur père qui, ayant entendu que ces pirates ne pouvaient pas faire de mal à des orphelins, se dit lui-même orphelin et ne pouvant donc pas survivre sans ses filles. Les pirates acceptent et laissent partir non seulement le Major-Général et ses filles, mais aussi Frédéric avec eux. Le deuxième acte se passe au château du Major-Général qui ne trouve pas le sommeil. Par son mensonge pour échapper aux pirates, il pense avoir trahi la noblesse de ses ancêtres (ancêtres relatifs étant donné qu’il a acheté le château peu de temps avant, cimetière compris!). Ses filles et Frédéric arrivent alors que ce dernier se prépare pour lutter contre ses anciens compagnons, accompagné par des policiers. Même s’ils tremblent d’aller mourir au combat, le devoir là encore les oblige. Resté seul, Frédéric est rejoint par Ruth et le Roi des Pirates qui lui révèlent un paradoxe : Frédéric devait rester pirate jusqu’à son vingt-et-unième anniversaire. Or, étant né le 29 février, il n’a pas pu fêter 21 fois son anniversaire. Il n’a donc que 5 ans selon les pirates et n’est pas libre : il doit redevenir pirate. Désespéré mais fidèle à son devoir, il quitte Mabel pour retrouver ses anciens compagnons à qui il révèle que le Major-Général n’est en rien orphelin. Quelque temps après, les pirates envahissent le château pour se venger du mensonge du Major-Général : Frédéric, fidèle à son devoir, a dû leur expliquer la supercherie! Mais lorsque les policiers leur demandent de se rendre au nom de la Reine, les pirates déposent les armes : malgré leur statut, ils restent des hommes d’honneur et doivent être fidèles à la couronne! Ruth est parmi eux et explique qu’en effet, tous ces pirates sont des nobles ayant mal tournés. Ils sont alors graciés et les filles du Major-Général les voient comme de futurs époux potentiels. Tout est donc bien qui finit bien et Frédéric et Mabel peuvent s’aimer en toute quiétude sans que le jeune homme ne faillisse à son devoir!
Comme tous les ans, le programme est écrit en grande partie par des membres de la troupe (ou par des anciens parfois) et il nous donne beaucoup d’informations. Articles sur le compositeur, sur ses inspirations, sur les choix de mise en scène… tout cela est très intéressant à lire et permet de mieux plonger dans un ouvrage rarement entendu.
Musicalement, la partition n’est pas exactement du même modèle que les opéras d’Offenbach, mais fait plus penser à un mélange de plusieurs inspirations allant d’Auber par exemple à Rossini en passant bien sûr par le compositeur fétiche d’Oya Kephale. Le sujet est plus sage que les folies offenbachiennes mais certains procédés sont les mêmes comme toutes ces références aux grandes œuvres connues par le public de l’époque. Le programme en relève de nombreuses allant de Gounod à Verdi en passant par Wagner même. De façon assez traditionnelle à l’époque, l’ouverture annonce déjà une partie des thèmes que l’on pourra entendre plus tard. L’opéra s’ouvre sur un chœur des pirates qui n’est pas sans rappeler les airs de travail des marins. Le numéro suivant (la chanson de Ruth) nous offre un côté rustique qui peut lui faire penser à la chanson de Madame Favart au premier acte. On retiendra en particulier dans ce premier acte le très intéressant duo entre Ruth et Frédéric, mais surtout le duo entre Mabel et Frédéric accompagné par le chœur des jeunes filles : alors que les deux jeunes gens s’avouent leur amour, le chœur parle du beau temps qu’il fait sur un rythme totalement différent! Mais la pièce la plus connue et la plus impressionnante est sans doute l’air du Major-Général qui rivalise dans le débit avec Bartolo dans Il Barbiere di Siviglia de Rossini, sur un texte particulièrement loufoque. Le deuxième acte se montre aussi très bien construit, faisant avancer l’action avec les trios entre Frédéric, Ruth et Le Roi des Pirates (fort comiques) et le duo de la séparation entre le jeune homme et Mabel. Alors que la première partie de ce duo est une vraie parodie des drames lyriques, la suite trouve une simplicité et un naturel qui tranche avec le reste de l’ouvrage, comme un moment suspendu dans cette farce opératique. Le contraste est assez saisissant par rapport au trio qui précède ou aux scènes avec le sergent de police, comique et ridicule à souhait. On sera juste un petit peu déçu du final de l’ouvrage (mais c’était aussi un peu le cas pour le premier acte). Alors qu’Offenbach ou Rossini (par exemple) ont toujours su faire monter la tension et terminer les actes en apothéose, ici Sullivan n’a pas cette énergie et compose des ensembles très bien fait mais qui manquent d’énergie et d’imagination.
La mise en scène était réalisée pour la première fois par Fitzgerald Berthon. En emmenant l’aspect visuel vers le burlesque du début du XXè siècle, il offre un spectacle très vivant et avec de multiples gags assez bien vus. On retiendra particulièrement le traitement des policiers! Costumes, poses, chorégraphie… tout cela nous offre des moments vraiment bien traités. Jamais il n’y a de temps mort dans cette mise en scène qui fourmille d’idées. Les décors restent assez sobres avec une grande toile peinte (par la troupe!!) pour chaque acte et quelques éléments. Tout cela fonctionne parfaitement et on pense immédiatement à la fameuse Licorne chère au Capitaine Haddock dans le premier acte. C’est en effet très graphique comme mise en scène, ne cherchant pas à faire réaliste mais plutôt à retrouver l’aspect de la ligne clair de la bande-dessinée d’Hergé. Les costumes sont variés (très bonne idée de traiter les filles du Major-Général comme des majorettes!) et très beaux, les éclairages bien dosés… en bref, on passe une superbe soirée visuellement! Et en parlant des costumes, il faut aussi noter la référence assez assumée je pense au manga One Piece : le graphisme du drapeau fait vraiment penser au drapeau de l’équipage du chapeau de paille! La direction d’acteurs est soignée et précise avec des gestes très bien vus récurrents sur certains mots (devoir, orphelin, …). Saluons le travail de l’ensemble des artistes sur scène qui se donnent avec beaucoup d’énergie!
Mais on parle de l’esthétique Hergé… et justement, dans la traduction du texte original de William Schwenck Gilbert, François-Xavier de Villemagne fait référence à Tintin à travers divers personnages cités au travers de quelques jeux de mots. On retiendra aussi deux références à Offenbach (les sergents qui sont les copies des brigadiers des Brigands, arrivant toujours trop tard) ou une allusion au galop d’Orphée aux Enfers. On se doute que le clin d’œil a été ajouté par rapport à l’amour d’Oya Kephale pour ces pièces! C’est a priori la volonté du traducteur de parfois s’éloigner de l’original, sans essayer donc de coller au plus proche aux jeux de mots ou à l’humour de l’original. On peut comprendre la difficulté immense d’une traduction au plus proche. Sans modifier la musique, le texte français se coule assez bien sur les mélodies et les rythmes même si parfois, on sent comme un petit décalage où la musique bouscule la prosodie qui se trouve contrainte et manque de naturel. La pièce est plus accessible et l’ajout d’autres gags ou jeux de mots permet de conserver l’humour de la pièce.

Acte II : Pierre Boudeville, Laurent Boutouzet (Le Sergent de Police), Hombeline Thomé (Mabel), policiers, filles du Major-Général – © Olivier Lauriot Dit Prévost / Oya Kephale
On peut maintenant venir à la partie musicale. Pierre Boudeville peut s’appuyer sur deux ensembles de haut niveau. L’Orchestre Oya Kephale se montre en très bonne forme, bondissant ou plus tragique selon les besoins, avec des pupitres homogènes. Le chef trouve dans sa direction la même vivacité et la même énergie que dans Offenbach, ne cherchant pas forcément les grands effets d’orchestre. Il nous permet d’entendre les détails de la partition et, en dehors d’un décalage assez problématique avec une chanteuse (pas forcément de son fait d’ailleurs), assure une belle cohésion à l’intérieur de l’orchestre mais aussi avec la scène. Les pupitres sont en grande forme et comme toujours il est assez impressionnant de se dire qu’une telle qualité est le résultat du travail de musiciens amateurs, ayant souvent des emplois très prenants. Le Chœur Oya Kephale se montre lui aussi d’un très beau niveau, que ce soit dans les grands ensembles comme le solennel hymne à la poésie du premier acte… ou dans des groupes plus restreints comme les policiers. Scéniquement, ils sont aussi impressionnants de justesse, toujours en place, toujours vif… le travail musical est saisissant, mais le travail scénique ne l’est pas moins! Les pupitres sont homogènes et assez équilibrés.
Dans les petits rôles solistes des sœurs de Mabel ou des pirates, on retrouve des noms connus, régulièrement sollicités dans d’autres opéras les années précédentes. Théo Le Masson, Myriam Baconin, Gwenaëlle Boca et Faïrouz Feddal sortent du chœur parfois pour quelques phrases, parfois pour des parties plus développées voir même juste du texte parlé. Mais c’est justement ce qui fait aussi la force de cette troupe : les membres du chœur peuvent passer des auditions pour des rôles certes secondaires mais qui permettent de mettre en valeur leur talent! Avec un rôle plus important, Laurent Boitouzet (aussi artiste du chœur) se montre un Sergent de police assez parfait scéniquement. Rôle beaucoup plus important, il doit non seulement chanter un air complet mais est aussi beaucoup plus présent sur scène. Campant un pleutre idéal, il se transforme en crooner dans son air avec beaucoup d’humour.
Deux figures paternelles ensuite avec le Major-Général et le Roi des Pirates. Frédéric Ernst a déjà chanté avec Oya Kephale dans Les Brigands en 2023 ainsi que Madame Favart en 2024. Déjà remarqué pour son énergie, il fait une arrivée triomphale ici avec le fameux air du Major-Général du premier acte. Le chant rapide est très bien maîtrisé, le texte est compréhensible… on sent tout le travail que cet air a dû demander. Le résultat est particulièrement réussi et la suite de sa prestation est de très belle facture. On pourrait peut-être regretter par moments quelques éclats de voix mais son père pleutre et aimant est parfaitement campé. Le Roi de Pirates est lui chanté par Frantz Lavrut, vu et entendu l’année dernière en Jupiter dans Orphée aux Enfers l’année dernière. Toujours aussi présent scéniquement, il débute la soirée peut-être un petit peu en retrait, la partition semblant légèrement grave pour lui lors de son entrée. Mais rapidement il se délivre pour imposer une voix noble et ferme. Sa présence lors des trios avec Ruth et Frédéric le montre à son meilleur tant vocalement que scéniquement! Il sait imposer avec assurance son autorité naturelle.
Autre habituée d’Oya Kephale, Solenne de Carné nous offre une Ruth assez irrésistible! Présente depuis 2020 dans le chœur, on avait pu la voir régulièrement dans des petits rôles solistes, comme en Vénus l’année dernière par exemple. Mais on avait aussi pu l’entendre et la voir jouer dans les productions des Bavards (troupe qui a pour objectif de représenter des formes plus petites de Jacques Offenbach : des pièces en un acte avec peu de rôles solistes et dans une instrumentation réduite). Depuis deux ans elle y joue un rôle soliste dans L’Île de Tulipatan en 2025 puis dans Monsieur Choufleuri restera chez lui le… en 2026. Elle avait déjà montré un beau tempérament scénique, très à l’aise dans les dialogues parlés et avec une voix de soprano bien projetée. Le rôle de Ruth lui offre scéniquement de quoi beaucoup s’amuser avec l’accent, les mimiques, les interactions avec les autres personnages… c’est un sans- faute! Vocalement, c’est un vrai défi pour elle. En effet, le rôle est très bas! La créatrice du rôle à Paignton en 1879 est Fanny Harrison qui chantait les rôles de grand mezzo comme Azucena (Il Trovatore) ou Orsini (Lucrezia Borgia) puis le rôle est repris à New-York par Alice Barnett (contralto d’oratorio avant de triompher dans les ouvrages de Sullivan), puis par Rosina Brandram qui était une des chanteuses régulières de Sullivan et elle aussi contralto. Et en effet le rôle descend très bas et ne monte pas très haut il faut bien l’avouer. Si les premières mesures sont une grande surprise, Solenne de Carné se tire avec beaucoup d’aisance dans cette tessiture qui ne lui est pas habituelle, descendant dans le grave sans poitriner et se faisant entendre tout au long de l’ouvrage!
La jeune première Mabel est chantée par Hombeline Thomé. Dès son arrivée sur scène, elle irradie une simplicité mais aussi une certaine force parmi toutes ces sœurs. Et quand elle commence à chanter, on est impressionné par une technique aisée et une voix limpide. Le rôle a été créé à New-York par Blanche Roosevelt qui avait par exemple chanté La Traviata à Covent Garden. Et on comprend quand on entend toutes les embûches dont est parsemé son rôle : vocalises, notes piquées, aigus pointés… tout est là dès son entrée. Et Hombeline Thomé ne recule devant rien, proposant une cadence (prévue dans la partition mais non écrite), ne reculant devant aucun aigu… vraiment sa prestation est assez impressionnante car c’est sans doute l’un des rôles les plus difficiles demandés aux sopranes dans les dernières années des représentations d’Oya Kephale! Et on retiendra aussi son talent sur un monocycle!

Acte II : Solenne de Carné (Ruth), Frantz Lavrut (Le Roi des Pirates), policiers, pirates – © RAYNAUD DE LAGE Christophe
Enfin, on en vient à Frédéric, chanté par Thibaud Mercier. Lui aussi est un grand habitué des rôles chez Oya Kephale ainsi que Les Bavards (il est l’un des fondateurs de la troupe). Si déjà l’année dernière sa prestation en Orphée avait été remarquable, il pousse encore plus haut avec Frédéric. Le rôle est difficile avec des montées dans l’aigu régulière, une grande présence sur scène avec plusieurs airs et la participation à de nombreux ensembles. Thibaud Mercier avait été un truculent Petermann il y a moins d’un mois dans Monsieur Choufleuri restera chez lui le… (avec Les Bavards lui aussi, dont il est membre et fondateur, chantant un rôle dans L’Île de Tulipatan et Le Financier et le Savetier) et se montre ici dans un tout autre répertoire. Le rôle est certes assez naïf, mais ce n’est en aucun cas un rôle de caractère, avec notamment le duo d’amour avec Mabel. Tout au long de la soirée, le ténor tient le rôle avec un petit côté naïf parfaitement dosé et une voix saine et bien projetée. Si le rôle ne demande pas le niveau technique de Mabel, il est tout de même assez tendu dans l’aigu et demande quelques moments d’héroïsme parfaitement assumé par le ténor, alors que la douceur du duo d’amour est d’une très belle délicatesse. Et son jeu est naturel, jamais outré (sauf quand le metteur en scène lui demande bien sûr!), occupant l’espace. Une très belle prestation encore une fois!
Alors cette incartade? Concluante? Artistiquement, la troupe Oya Kephale et les solistes ont comme chaque année été à la hauteur, s’investissant tant artistiquement que pour toute la mise en scène (pour rappel, ils participent à la création des décors et des costumes). On entend une très grande qualité musicale et on découvre un ouvrage rare dans de très bonnes conditions. Après, pour la partition des Pirates de Penzance, j’avoue être légèrement resté sur ma faim par rapport à des grands titres d’Offenbach comme ceux donnés ces dernières années : Barbe-Bleue ou Orphée aux Enfers (pour rester sur les ouvrages montés ces dernières années) restent des petits chefs d’œuvres qui musicalement et dramatiquement m’emportent plus que ces Pirates de part, entre-autre, l’énergie d’Offenbach qui n’est pas exactement la même ici. Malgré cette petite réserve, la découverte est passionnante, la qualité comme toujours assez remarquable… et la soirée donc très très bonne! On attend maintenant l’annonce de l’affiche de l’année prochaine, qui ne sera par contre plus dans le même Grand Théâtre Armande Béjart car les travaux seront en cours.
- Asnières-sur-Seine
- Grand Théâtre Armande Béjart
- Vendredi 29 mai 2026, 20h30
- Arthur Sullivan (1842-1900) : Les Pirates de Penzance, opéra-comique en deux actes
- Version française de François-Xavier de Villemagne
- Mise en scène, Fitzgerald Berthon ; Costumes, Fleur Stubbe / Blandine Jenner / Laure Duval ; Décors, David Athias / Gwenaëlle Boca ; Chorégraphies, Faïrouz Feddal / Théo Le Masson ; Assistant à la mise en scène, Théo Le Masson ; Assistant à la direction musicale, Nino Shervashidze ; Assistant chef de choeur : Faïrouz Feddal ; Chef de chant, Laurent Amourette
- Frédéric, Thibaud Mercier ; Mabel, Hombeline Thomé ; Ruth, Solenne de Carné ; Le Roi des Pirates, Frantz Lavrut ; Le Major-Général, Frédéric Ernst ; Samuel, Théo Le Masson ; Édith, Myriam Baconin ; Kate, Gwenaëlle Boca ; Isabel, Faïrouz Feddal
- Chœur Oya Kephale
- Orchestre Oya Kephale
- Pierre Boudeville, direction musicale







