Dans les Jardins de William Christie 2017 : An English Garden

Comme chaque année, William Christie ouvre son domaine aux amoureux des jardins et de la musique baroque. Comme chaque année l’on peut admirer les beautés des nouvelles plantations mais aussi écouter les nouvelles découvertes du chef d’orchestre. Car dans ce lieu, c’est le mélange entre musique et horticulture qui devient magique, ces cadres magnifiques et intimes pour de superbes moments de musique en petit comité. Pour cette sixième édition, ce sont encore des musiciens chevronnés qui côtoient de jeunes étudiants de New-York… des membres historiques des Arts Florissants qui regardent d’un œil bienveillant la future génération de musiciens ou de chanteurs. Et comme toujours l’ambiance est clame et bienveillante, chacun des artistes étant là pour se faire plaisir en même temps qu’éblouir les oreilles du public qui vient ici dans le respect non seulement des lieux, mais aussi du maître des lieux qui sait imposer une certaine discipline paternaliste. Encore un beau voyage au pays du baroque… parfois originale mais toujours d’une grande qualité artistique !

Comme toujours, la journée se déroule en plusieurs étapes. Tout d’abord nous avons les Promenades musicales où l’on assiste à un atelier participatif, puis cinq petits concerts de quinze minutes… Ensuite ce sera une pause afin de profiter des jardins… puis c’est le grand concert du soir, en l’occurrence sur la pièce d’eau. Enfin, les méditations à l’aube de la nuit pour terminer dans le calme cette grande journée de musique. Voici donc un petit retour sur cette journée qui reste toujours une superbe expérience à vivre !

1 – Promenades Musicales : Atelier, Bal au petit Trianon

La Cour d’Honneur

Une tente blanche, quelques chaises de jardin autour… et un clavecin au fond de la tente. Rien de bien passionnant a priori. Tous s’assoient sur les chaises en attendant le début de l’atelier. Puis arrivent les deux artistes qui enjoignent les spectateurs à venir sous la tente : beaucoup pensaient assister à des démonstrations et des explications mais en fait c’est un vrai moment d’apprentissage ! Pierre-François Dollé va en effet apprendre à tous à danser quelques figures nécessaires à divers contredanses de l’époque de Marie-Antoinette… Ce sera donc au final deux danses qui nous seront montrées, avec double pas, pas de rigaudon, révérence, dos à dos… Si au début chacun reste un peu sur la réserve, rapidement les spectateurs deviennent acteurs et oublient la pudeur qui retenait d’échanger de partenaire. Pendant ces trois quarts d’heure, nous voici donc tous à danser sans distinction d’âge ou de niveau social… se glisse même parmi les danseurs un certain Cyril Auvity venu en tout anonymat et qui va donc danser avec certaines dames… avec une grande aisance bien sûr ! On ressort détendu et amusé de cet atelier où l’on découvre les codes basiques de ces danses plus intimes que la danse de cours de l’époque de Louis XVI, ces danses que Marie-Antoinette avait introduit dans le cadre fermé de son petit Trianon.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, sous une tente
  • 19 août 2017, 15h45-16h30
  • Pierre-François Dollé, danseur
  • Marie Van Rhijn, clavecin
2 – Promenades Musicales : Haydn dans son jardin anglais

Le Théâtre de Verdure

Premier concert de l’après-midi au Théâtre de Verdure. Ce cercle de végétation magnifiquement taillé est un écrin parfait pour cette musique joyeuse et colorée. Les trois musiciens arrivent détendus et jouent avec un plaisir évident. Serge Saitta est visiblement le meneur de ce trio avec des attaques bien marquées et les deux autres musiciens qui le regardent attentivement. Mais on ressent aussi une belle communion chez ces trois là. Pourtant de générations différentes, ils sont aussi heureux l’un que l’autre de jouer cette musique et l’équilibre est parfaitement assuré. Le public, assis à même le sol avec de nombreux citronniers, s’évade. L’on en vient à admirer un petit bourdon qui vient butiner les fleurs alors que la flûte virevolte. Moment de beauté à tous points de vue : la partition est superbe et variée, le cadre est grandement bucolique… et les musiciens sont superbes.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, Le Théâtre de Verdure
  • 19 août 2017, 16h45-17h
  • Joseph Haydn : London trio Hob. IV : 3
  • Serge Saitta, flûte traversière
  • Emmanuel Resche, violon
  • Cyril Poulet, violoncelle
3 – Promenades Musicales : Monteverdi 450, Duos pour ténors

La Pinède : Myriam Rignol, William Christie, Paul Agnew, Cyril Auvity

En lisant le programme, il était difficile de passer à côté de ce concert qui s’annonçait comme le clou de l’après-midi. En effet, on retrouve deux grands ténors et le maître lui-même en simple accompagnateur. La pinède n’est peut-être pas le lieu le plus beau et intime, mais il semble tout indiqué pour ces madrigaux italiens. A l’ombre de pins parasols, le public est venu nombreux… Assis à distance respectueuse, il assiste à l’arrivée des artistes qui s’assoient sur un banc et discutent avant le début de la musique. On voit par exemple la toute jeune Myriam Rignol plaisanter avec un William Christie détendu et heureux. Les deux chanteurs eux sont aussi calmes et se révèlent être les vrais stars du concert. Car si les deux musiciens sont superbes, leurs rôles se résument vraiment à un accompagnement. Celui qui dirige le concert n’est autre que Paul Agnew qui a proposé récemment une intégrale des madrigaux de Monteverdi. Ici il trouve en Cyril Auvity un partenaire à la hauteur. Celui qui a été un grandiose Orfeo de Monteverdi est stylistiquement parfait et donc sait répondre parfaitement à Paul Agnew. Les deux voix différentes mais complémentaires se marient très bien : à la rondeur de timbre de l’anglais répond une plus grande tension chez le français. Mais toujours ce jeu de couleurs et de variations qui offrent une grande vie à ces madrigaux.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, La Pinède
  • 19 août 2017, 17h15-17h30
  • Claudio Monteverdi : extraits du Septième Libre de Madrigaux (Tornate, o cari baci ; Interrotte speranze, eterna fede ; Soave libertate ; Perché fuggi tra’ salci)
  • Paul Agnew, ténor
  • Cyril Auvity, ténor
  • Myriam Rignol, viole de gambe
  • William Christie, clavecin
4 – Promenades Musicales : L’Inconstante

La Pinède : Pierre-François Dollé, Marie Van Rhijn

Étrangement, le public se fait moins nombreux pour ce concert de nouveau dans la Pinède… Pourtant, entendre une suite d’Élisabeth Jacquet de la Guerre est déjà un événement. Ensuite, le concert propose une chorégraphie sur cette musique superbe et très variée selon les mouvements. Reprenant l’idée du clavecin chromatique imaginé par Laborde, le danseur Pierre-François Dollé a imaginé un parcours avec différents personnages de la cours de Versailles, chacun personnifié par une masque de couleur différente. La danse nous présente les mouvements appris lors de l’atelier qui ouvrait la journée et il est très agréable de voir cette danse très codifiée sortie du carcan de la reproduction historique. Le danseur est en chaussures de sport et se promène sur l’herbe : beaucoup de fraîcheur et de légèreté donc. Malheureusement, le clavecin de Marie Van Rhijn se voit un peu étouffé par cette danse et la distance. Ainsi on est ébloui par certains moments, mais souvent on reste plus axé sur la performance chorégraphique que le jeu de la musicienne. Pourtant, le touché et la virtuosité sont bien là mais elle n’arrive pas vraiment à s’imposer. L’ouvrage par contre est superbe et très intéressant par ses différents mouvements très variés et bien agencés. On entend une grande compositrice ici, trop rarement proposée lors de concerts.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, La Pinède
  • 19 août 2017, 17h45-18h
  • Élisabeth Jacquet de la Guerre : Suite I en ré mineur (premier livre)
  • Pierre-François Dollé, danseurs
  • Marie Van Rhijn, clavecin
5 – Promenades Musicales : Barock Bouturé

Le Jardin Ephémère : Sébastien Marq (flûte à bec), Douglas Balliet (contrebasse), Thomas Dunford (luth), Jakub Józef Orliński (contre-ténor)

Pour finir dans les choix de cette Promenade Musicale, il était difficile d’oublier ces trois musiciens… Thomas Dunford est un génie du luth, Sébastien Marq un flûtiste virtuose… et Douglas Balliet avait déjà été remarqué les années précédentes : ce jeune élève de Juliard School se montrait déjà très adepte des détournements. Ce sont donc trois artistes ouverts sur les différentes musiques. Et à eux s’est ajouté le contre-ténor Jakub Józef Orliński, chanteur des Arts Florissants. Après un petit discours introductif, on commence par « Music for a while »… accompagné par le luth et la contrebasse… et le chanteur bien sûr. Puis arrive le flûtiste qui joue les percussionnistes sur la boîte de sa flûte… et la musique se déforme et évolue vers un rythme plus jazz ou pop, le luth se transforme en guitare et le chanteur commence à improviser ou à créer des percussions par sa voix. Ainsi, on évolue, on change d’univers… les musiciens se font chanteurs aussi, que ce soit en chœur ou en solistes. Puis onn revient au baroque avec le début de la mort de Didon de Purcell… avant là encore de dériver de belle manière, à tel point que le contre-ténor devient danseur de break-dance et impressionne tous les spectateurs. Trois musiciens, un chanteur… et une même idée de l’improvisation qui veut dire briser les codes. Un splendide moment de musique et de bonne humeur !

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, le Pont Chinois
  • 19 août 2017, 18h15-18h30
  • Improvisations sur des thèmes baroques… qui dérivent vers de la musique plus actuelles !
  • Sébastien Marq, flûte à bec
  • Thomas Dunford, luth
  • Douglas Balliet, contrebasse
  • Jakub Józef Orliński, contre-ténor
6 – Promenades Musicales : An English Garden (Extraits)

Les Terrasses

Comme chaque jour, les Promenades Musicales se terminent par le rassemblement de tous les spectateurs aux pieds des terrasses du bâtiment principal. Les choix ne sont plus de mise et tous se trouvent sur le gazon parfait du chef d’orchestre, au milieu des arbres sculptés admirablement. Avec seulement quatre extraits du spectacle du soir, les chanteurs du Jardin des Voix montrent déjà l’étendu de leurs talents. Surtout en ensemble, les six jeunes artistes se montrent très à l’aise dans le comique et l’élégiaque : les deux premiers extraits vantent la beauté de la nature, le troisième les plaisirs de la boisson… et le dernier est un chœur sur la nuit. Des affects différents, des ambiances variées et une même énergie. Ce petit aperçu du grand spectacle du soir fait espérer un superbe concert ! Et il est tellement agréable de se trouver ainsi au soleil couchant sur le beau jardin et face à une bâtisse superbe. La musique est belle, le public attentif… et voir non seulement cet ensemble mais aussi ces voles de colombes qui vont rejoindre le pigeonnier tout proche.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, La Terrasse
  • 19 août 2017, 18h45-19h
  • Extraits du spectacle du soir
  • Natalie Pérez, soprano
  • Natasha Schnur, soprano
  • Eva Zaïcik, mezzo-soprano
  • James Way, ténor
  • Josep-Ramon Olivé, baryton
  • Padraic Rowan, basse
  • Les Arts Florissants
  • William Christie, direction
7 – Le Concert du Soir : An English Garden

Le Miroir d’Eau : An English Garden

Le clou de la journée reste ce grand concert du soir, d’autant plus qu’il nous présente les lauréats du Jardin des Voix 2017. Depuis maintenant de nombreuses années, ce parcours artistique permet à de jeunes chanteurs d’acquérir des compétences toujours plus pointues dans le domaine de la musique baroque. En 2002 par exemple, ce sont Marc Mauillon et Christophe Dumaux qui étaient révélés.Puis pour la deuxième édition en 2005, ce sont notamment Xavier de Sabata ou encore Judith Van Wanroij qui sont formés par William Christie. Et comment ne pas citer Sonya Yoncheva (2007), Emmanuelle de Negri (2009), Reinoud van Mechelen (2011), Lea Desandre (2015) ou Carlo Vistoli (2015)… ce sont les noms les plus connus, mais les autres chanteurs ont tous vécu ce grand stage de formation comme une vraie opportunité à développer leurs connaissances qui ont rapidement été saluées par la suite par d’autres ensembles baroques. Ce concert est donc peut-être la mise en avant de futurs grands noms. Et à l’écoute, on ne doute pas qu’ils feront une belle carrière pour la plupart.

James Way (ténor), Padraic Rowan (baryton-basse), Natasha Schnur (soprano), Natalie Pérez (soprano), Eva Zaïcik (mezzo-soprano), Josep-Ramon Olivé (baryton)

Après le Jardin de Monsieur Rameau en 2013, puis Un Jardin Italien en 2015, voici que William Christie emmène ses jeunes pousses vers les terres anglaises. Et pour ce programme, le chef et ses comparses ont explorés des territoires très rares. Bien sûr, Purcell, Haendel et Dowland sont connus, mais qui a déjà entendu parler de Ward, Weldon, Tomkins ou Arne ? Pas de grands airs connus, même chez Haendel, mais plutôt un choix réfléchis afin de constituer un bel arc d’ambiances et une petite histoire. On pourrait craindre du coup une certaine monotonie surtout qu’il devient difficile de suivre les paroles en fin de spectacle. Mais il n’en est rien. Le spectacle raconte une histoire simple : le refus de la soprano devant les avances du ténor… le désespoir de ce dernier… et bien sûr la fin heureuse. La première partie célèbre la musique alors que la deuxième met à l’honneur la nuit qui justement est tombée durant l’entracte.

Le Miroir d’Eau : Les solistes du Jardin des Voix

Si la préparation musicale est signée par William Christie et Paul Agnew, la mise en espace est elle signée par Sophie Daneman. 2015 était placé sous le signe de l’amour et du rouge… 2017 sera donc toujours sous le signe de l’amour mais moins violent et plus galant avec ce bleu omniprésent. La création de ce spectacle répond à l’ambiance globale de la musique : en dehors d’un épisode de beuverie suite au désespoir du ténor, le reste des partitions baigne dans une certaine mélancolie. Quelques accessoires permettent d’ancrer les personnages, deux estrades permettent de varier les positions… et en dehors de cela, juste les six chanteurs et quelques musiciens quand leurs instruments sont cités par les textes (violon, luth… ou basson). Tout est fluide ici et très bien venu avec de très belles couleurs et quelques passages plus comiques comme le contraste entre les femmes buvant du thé alors que les hommes se soulent à la bière. Mais c’est la petite pique vers le Royaume-Uni qui fera le plus réagir le public : alors que retentit « God save the King » dans une pièce d’Arne, voici que notre ténor (anglais justement!) sort un Union-Jack… auquel vont répondre tous les autres chanteurs par le drapeau européen !

Le Miroir d’Eau : Les solistes du Jardin des Voix

Si les chanteurs sont bien sûr mis en avant, il faut aussi saluer les musiciens des Arts Florissants. Que ce soit en solo ou en orchestre, ils sont toujours aussi parfaits dans leurs interprétations. Quelques musiciens s’étaient déjà illustrés durant l’après-midi et l’on retrouve ainsi Thomas Dunford ou Emmanuel Resche par exemple qui nous offrent des moments de virtuosité ou de douceur. William Christie semble diriger un ensemble d’exception tant la beauté des timbres et la délicatesse des nuances sont magnifiques. Aussi à l’aise dans la musique anglaise qu’ils le sont chez Lully ou Monteverdi, musiciens et chef créent des ambiances d’une immense poésie pour cette nuit mise à l’honneur.

Natasha Schnur (soprano), James Way (ténor)

Chacun des chanteurs à sont moment de gloire et ses ensembles. On commencera par la soprano Natasha Schnur. D’une belle finesse, sa voix manque encore peut-être d’un peu de personnalité. Mais elle nous offre beaucoup de délicatesse durant son chant. La voix est fine et bien projetée, le timbre cristallin. Elle campe parfaitement cette jeune femme inaccessible qui finira par succomber au charme du ténor. L’allemande a peut-être encore besoin d’un petit peu de maturité mais elle sera sans nul doute une très belle baroqueuse dans les années qui viennent.

Natalie Pérez (soprano), Josep-Ramon Olivé (baryton)

Deuxième sopranos, Natalie Pérez se montre très différente : avec un timbre plus dense et affirmé, elle offre immédiatement un chant plus touchant car plus incarné. La chanteuse française possède en plus une capacité à varier son vibrato qui donne vie à la ligne musicale. Ses attaques droites comme une pointe de lumière sont magnifiques, alors qu’elle sait aussi habiller son chant d’un beau vibrato expressif. Très à l’aise sur scène, elle donne immédiatement un ton tragique à ses apparitions et une belle noblesse. On peut attendre de très grandes choses chez cette chanteuse française : si sa diction est à la hauteur de son chant, il faut espérer qu’elle se frotte au baroque de Lully ou Charpentier.

James Way (ténor), Eva Zaïcik (mezzo-soprano), Thomas Dunford (luth)

Pour compléter ce trio de femmes, la mezzo-soprano Eva Zaïcik impressionne par la beauté du timbre et l’aisance sur toute la tessiture. A aucun moment la voix ne semble tassée ou outrageusement sombrée : elle est naturellement dans ces notes chaudes et douces, avec un grave magnifique et une lumière dans le timbre. Elle interprète par exemple les deux mélodies de Dowland avec une grâce et un art qui illuminent le public. Ce sont des intermèdes de poésie dans un moment déjà tout en délicatesse. Si la française manque peut-être un peu d’implication théâtrale tant scéniquement que dans son chant, elle est dans la lignée d’une d’Oustrac par exemple pour ce naturel de la voix de mezzo-soprano et l’intelligence du chant.

James Way (ténor), Padraic Rowan (basse), Natalie Pérez (soprano), Josep-Ramon Olivé (baryton)

Ce fameux ténor au cœur de l’histoire est chanté par le jeune James Way. Britannique, il ne peut nier sa nationalité quand on l’écoute. Dans la droite ligne des Bostridge ou Pears, il a ce timbre un peu blanc qui peut paraître un peu terne au début. Mais à l’écoute et après un petit temps où le stress et le froid doivent jouer, voici que la voix se déploie bien et sonne agréablement. Surtout, elle possède une grande expressivité. De plus, malgré les conditions acoustiques qui ne sont pas les meilleures, le chanteur réussi à se faire entendre de belle manière sur la pièce d’eau. Son site propose un Canticles de Britten et l’on retrouve exactement les qualités de ce ténor dans cette pièce.

Josep-Ramon Olivé (baryton), Claude Wassmer (basson)

Face à cette voix un peu glaciale, se trouve le baryton doux et chaleureux de Josep-Ramon Olivé. Cet espagnol déjà habitué à collaborer avec Jordi Savall est assurément déjà un bon connaisseur de la musique baroque et se montre souvent très juste dans son expression. Son duo avec la basson de Claude Wassmer était un superbe moment. Dans un style tout à fait différent, il est très à l’aise dans le comique avec un air parodique d’un chanteur chantant particulièrement faux. La grande taille et la noblesse scénique lui promettent de beaux rôles tragiques ou comiques tant il semble aussi à l’aise dans l’un comme dans l’autre.

James Way (ténor), Padraic Rowan (basse), Josep-Ramon Olivé (baryton)

Enfin vient Padraic Rowan, baryton-basse irlandais qui s’impose immédiatement par un timbre marqué et une voix généreuse. Si trop souvent les basses dans la musique baroque sont assez légères et avec un grave très clair, il se montre immédiatement à l’encontre de cette tradition surtout britannique. La voix se développe avec un beau velours et un petit vibrato très agréable car il enlève le côté monolithique que pourrait avoir son chant sinon. C’est donc un beau timbre de basse vivant qui se déploie avec aisance durant toute la soirée. Malgré sa relative petite stature, il s’impose facilement avec ce chant noble et racé. Lui aussi semble promis à de grands rôles et ce genre de voix capables d’assumer les exigences de la musique baroque est assez rare pour espérer qu’elle continue à bien se développer par la suite.

Eva Zaïcik (mezzo-soprano), Josep-Ramon Olivé (baryton), Natalie Pérez (soprano), James Way (ténor), Natasha Schnur (soprano), Padraic Rowan (basse)

Le concert s’avère magnifique. Entre la beauté du cadre, le choix des extraits musicaux et la qualité de l’interprétation, la nuit s’envole sans que le public ne ressente le froid qui est tombé sur Thiré. Encore une fois, la Jardin des Voix devrait révéler de grands artistes auxquels il manque juste quelques petits détails pour vraiment s’imposer. Nul doute que la fréquentation assidue de William Christie et Paul Agnew devrait leur apporter ce petit plus qui démarque les artistes des Arts Florissants des autres.

  • Thiré
  • Les Jardins de William Christie, La Terrasse
  • 19 août 2017, 20h30-22h30
  • Mise en espace, Sophie Daneman
  • Matthew Locke (?1621-1677), The Tempest : Curtain tune
  • Orlando Gibbons (1583-1625) : The Cryes of London
  • George Frideric Handel (1685-1759), Acis and Galatea : O the pleasure of the plains
  • Henry Purcell (1659-1695) : If music be the food of love
  • Thomas Tomkins (1572-1656) : Music divine
  • Thomas Augustin Arne (1710-1778), The Essex Harmony : The singing club
  • George Frideric Handel (1685-1759), Ode for St Cecilia’s Day : Sharp Violins proclaim
  • Henry Purcell (1659-1695), Come, ye sons of Art : Strike the viol, touch the lute
  • Henry Purcell (1659-1695) : Of all the instruments that are
  • Henry Purcell (1659-1695), Ode on St Cecilia’s Day : Wondrous Machine
  • George Frideric Handel (1685-1759), Ode for St Cecilia’s Day : The soft complaining Flute
  • Thomas Augustin Arne (1710-1778), The Fairy Prince – Duo et choeur : Now all the air shall ring
  • George Frideric Handel (1685-1759), L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato : Oh let the merry bells ting round
  • Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen – Air : See, even Night herself is here
  • John Ward (1589-1638), The first set of English madrigals : Come sable night
  • Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen : One charming night
  • Henry Purcell (1659-1695), The Libertine : In these delightful pleasant groves
  • John Dowland (1553-1626) : Welcome, black night
  • Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen : Hush, no more, be silent
  • Henry Purcell (1659-1695), Timon of Athens – Air : Hence with your trifling deiry
  • Henry Purcell (1659-1695), Timon of Athens – Trio But over us no griefs prevail
  • Henry Purcell (1659-1695), The Prophetess – Duo : Make room for the great god
  • Henry Purcell (1659-1695), The Prophetess – Trio et choeur : I’m here with my jolly crew
  • Henry Purcell (1659-1695), The Prophetess – Dance of Bacchanals
  • Henry Purcell (1659-1695), Bacchus is a pow’r divine
  • Henry Purcell (1659-1695), Tis women makes us love
  • Henry Purcell (1659-1695), King Arthur : Fairest Isle
  • John Dowland (1553-1626), A Pilgrimes Solace : Cease these false sports
  • George Frideric Handel (1685-1759), Theodora : A with rosy steps the morne
  • George Frideric Handel (1685-1759), L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato : As steals the morn upon the night
  • Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen : Now the night is chas’d away
  • John Weldon (1676-1736), The Judgment of Paris – Chœur : Hither all ye Graces all ye Loves
  • Natalie Pérez, soprano
  • Natasha Schnur, soprano
  • Eva Zaïcik, mezzo-soprano
  • James Way, ténor
  • Josep-Ramon Olivé, baryton
  • Padraic Rowan, basse
  • Les Arts Florissants
  • William Christie, direction
8 – Méditations à l’Aube de la Nuit :

Eglise de Thiré : Maud Gnidzaz (soprano)

Pour terminer la journée dans le calme et la sérénité, rien de mieux que la traversée du village, l’arrivée à l’église de Thiré illuminée par les bougies… et un programme calme et méditatif.

Paul Agnew nous présente cette partition inconnue : alors qu’il cherchait des ouvrages originaux, il trouve un recueil qui semble être composé par une certaine « Philomela ». Une religieuse qui aurait composé des ouvrages religieux ? Après avoir lu cette magnifique musique, il est convaincu de sa qualité, mais trouve en fin le nom de Daniel Speer. Ce n’est donc pas une religieuse recluse, mais bien un compositeur qui est à l’origine de ces œuvres. Avec ses cordes qui correspondent à l’effectif des jeunes musiciens de la Julliard School de New York, elle est parfaite pour la circonstance et cela semble être une vraie résurrection car nul part Paul Agnew n’a trouvé trace de ces pièces en dehors de ce recueil.

C’est donc d’une oreille curieuse que le spectateur écoute et découvre une musique très calme et méditative, d’une grande sobriété mais sans être monotone. Elle nous emmène dans un autre monde, continuant à nous dépayser pour ces derniers instants d’une journée passionnante.

Orgue, luth et cordes… tout cet ensemble offre une beau tapis à la voix de Maud Gnidzaz, mais l’acoustique de l’église ne permet pas d’entendre tout le détail des instruments. Par contre, la voix de soprano très pure s’élève avec aisance et légèreté dans la nef. Grande habituée de la musique baroque italienne, elle se montre parfaite dans les détails de décorations tout comme dans la ligne globale. Sobre mais aussi inspirée, elle enchante les oreilles de chacun.

A la fin du concert, le silence demandé est respecté tant que les musiciens sortent et laissent l’église uniquement remplie du silence des spectateurs et éclairée par les chandelles. Mais rapidement, les petites discussions reprennent, les gens se lèvent et font du bruit… au final la magie du lieu est très rapidement brisée.

  • Thiré
  • Église de Thiré
  • 19 août 2017, 23h-23h20
  • Daniel Speer (1636-1707), Philomela angelica cantionum sacrarum : Venite ad me omnes, O Jesu meus amor, Quis mihi det bibere calicem Domini ?
  • Maud Gnidzaz, soprano
  • Robert Mealy / Jeffrey Girton, violons
  • Alana Youssefian / Karen Dekker, alto
  • Ana Kim, violoncelle
  • Thibault Roussel, luth
  • Marie Van Rhijn, orgue
  • Paul Agnew, direction

Les Jardins de William Christie : Le Logis

Comme chaque année, le voyage dans ces jardins est magnifique. L’ambiance est toujours magique (malgré quelques incivilités), le public calme et attentif, le lieu superbe… et la qualité musicale comme toujours au plus haut. De nombreuses découvertes, aussi font de ce moment de partage musical un vrai bonheur pour les mélomanes.

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