{"id":8,"date":"2012-02-18T00:16:11","date_gmt":"2012-02-17T23:16:11","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=8"},"modified":"2015-01-16T10:30:43","modified_gmt":"2015-01-16T09:30:43","slug":"lautre-rusalka-historique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=8","title":{"rendered":"L&rsquo;autre Rusalka&#8230; Historique!!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rusalka_Dargo.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-14 alignleft\" alt=\"rusalka_Dargo\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rusalka_Dargo-300x266.jpg\" width=\"300\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rusalka_Dargo-300x266.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rusalka_Dargo.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Lorsqu&rsquo;on \u00e9voque <em>Rusalka<\/em>, on pense immanquablement \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra de Dvorak. Mais dans l&rsquo;ombre de cette \u0153uvre remarquable se tient un autre chef d\u2019\u0153uvre compos\u00e9 par le russe Alexander Dargomyzhsky en 1848 et 1855, soit cinquante ans avant la partition du m\u00eame nom. Et d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;on de communes ces deux compositions si ce n&rsquo;est le nom\u00a0? La source d&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas la m\u00eame (Andersen chez Dvorak, Pouchkine chez Dargomyzhsky) et du coup l&rsquo;histoire s&rsquo;en ressent en nous montrant des personnages tr\u00e8s diff\u00e9rents, souvent avec des motivations contradictoires entre les deux histoires. Tr\u00e8s rarement repr\u00e9sent\u00e9 hors de Russie, l&rsquo;op\u00e9ra compte pourtant quelques enregistrements, parmi lesquels deux de la grande \u00e9poque du Bolsho\u00ef. C&rsquo;est ici la seconde version qui est \u00e9dit\u00e9 par Melodiya pour notre plus grand plaisir puisqu&rsquo;il nous donne \u00e0 entendre une partition magistralement rendue par des artistes l\u00e9gendaires.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Artiste autodidacte ou du moins \u00e0 la formation loin de tout acad\u00e9misme, c&rsquo;est la rencontre en 1833 avec Glinka qui va donner le cadre et les bases solides du compositeur, tout comme sa motivation pour se consacrer \u00e0 la musique. Alors \u00e2g\u00e9 de 35 ans, le musicien avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit <em>Esmeralda<\/em>, op\u00e9ra bas\u00e9 sur <em>Notre Dame de Paris<\/em> avec un livret adapt\u00e9 par lui m\u00eame de Victor Hugo, ainsi que l&rsquo;op\u00e9ra-ballet <em>Le Triomphe de Bacchus<\/em>. En se plongeant dans la pi\u00e8ce inachev\u00e9e de Pouchkine, Dargomyzhsky entre dans le folklore russe apr\u00e8s avoir pass\u00e9 quelque temps \u00e0 Paris. Il va alors chercher \u00e0 exploiter sa langue natale, \u00e0 en extraire toutes les possibilit\u00e9s m\u00e9lodiques et expressives. Terrain d&rsquo;exp\u00e9rimentation montrant d\u00e9j\u00e0 ce que sera <em>Le Convive de Pierre<\/em> (adapt\u00e9 du m\u00eame Pouchkine, dernier op\u00e9ra dont la partition sera achev\u00e9e par Cesar Cui et Nikola\u00ef Rimsky-Korsakov \u00e0 la mort du compositeur) mais loin d&rsquo;\u00eatre un brouillon, la partition de Rusalka montre un grand talent de dramaturge, m\u00e9nageant avec bonheur les diff\u00e9rentes ambiances qui baignent cette histoire et faisant \u00e9voluer les lignes m\u00e9lodiques des personnages pour suivre la psychologie complexe au fils de l&rsquo;histoire. Si on peut d\u00e9j\u00e0 trouver l&rsquo;inspiration du style d\u00e9clamatoire qui sera d\u00e9velopp\u00e9 dans son dernier op\u00e9ra (et ouvrira les portes \u00e0 Moussorgsky dans <em>Boris Godounov<\/em>), d&rsquo;autres passages montrent clairement l&rsquo;inspiration italienne qui restait tr\u00e8s forte \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en Russie, tout comme l&rsquo;influence des m\u00e9lodies populaires russes. A travers ces styles assez diff\u00e9rents, le compositeur peut faire \u00e9voluer l&rsquo;expression des personnages de mani\u00e8re saisissante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;histoire nous am\u00e8ne sur les bords de Dniepr. Un meunier y \u00e9l\u00e8ve sa fille unique Natacha, courtis\u00e9e par un riche prince. Voyant un moyen de se m\u00e9nager une vie agr\u00e9able, le p\u00e8re favorise cette union et c&rsquo;est ce que lui reprochera rapidement sa fille lorsque le Prince la laisse enceinte pour aller \u00e9pouser une princesse. La jeune fille ne voit alors qu&rsquo;une possibilit\u00e9\u00a0: se noyer dans le fleuve tout en maudissant son p\u00e8re. La joyeuse noce princi\u00e8re se trouve par la suite troubl\u00e9e par une plainte de Natacha, souffrant de voir ainsi son amour trahi. La vie au palais devient alors sombre avec un Prince qui d\u00e9laisse sa jeune \u00e9pouse pour aller errer sur les bords du Dniepr. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il rencontre le Meunier, pris de folie depuis la mort de sa fille. Au cours du dialogue entre les deux hommes, le vieillard raconte comment sa petite fille s&rsquo;occupe de lui avant de s&rsquo;effondrer aux pieds du Prince qui prend la fuite. Car depuis les 12 ans qui se sont \u00e9coul\u00e9s, Natacha est devenue la reine des rusalkas, cr\u00e9ature aquatique vengeresse et elle \u00e9l\u00e8ve sa fille n\u00e9e de ses amours avec le Prince au fond du Dniepr. Et c&rsquo;est justement vers lui qu&rsquo;elle l&rsquo;envoie afin que la jeune rusalka le conduise vers le tr\u00f4ne de sa m\u00e8re qui esp\u00e8re ainsi retrouver l&rsquo;amour perdu. Sous le regard de sa femme qui l&rsquo;a suivi, le Prince est conduit par sa fille vers les eaux du fleuve. Malgr\u00e9 les suppliques de la Princesse, le jeune homme ne peut r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envoutante voix de son amour perdu et c&rsquo;est le Meunier qui surgit, poussant le Prince dans les eaux. Natacha re\u00e7oit alors le cadavre de son amant, apport\u00e9 par ses sujets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">De la sc\u00e8ne originale de Pouchkine, Dargomyzhsky a d\u00e9velopp\u00e9 les personnages et a approfondi certains aspects, donnant par exemple une place beaucoup plus importante \u00e0 la Princesse, mais il d\u00e9finit aussi le temps \u00e9coul\u00e9 entre le d\u00e9but et la fin de l&rsquo;op\u00e9ra. La distribution vocale est assez traditionnelle dans le sens ou le couple amoureux reste un soprano et un t\u00e9nor alors que la rivale est chant\u00e9e par un mezzo soprano et le p\u00e8re par une basse. Malgr\u00e9 tout, les deux femmes se trouvent avec des r\u00f4les plus complexes que ce que pourraient sugg\u00e9rer ces typologies puisque la Princesse est un personnage innocent par le fait qu&rsquo;elle ne connait rien de l\u2019existence de Natacha. Cette derni\u00e8re par contre passe de la jeune fille dup\u00e9e \u00e0 une reine froide et vengeresse. Le personnage du Prince reste tr\u00e8s ambigu tout au long de l\u2019\u0153uvre. Savant m\u00e9lange de passion et de peur, le jeune homme semble totalement submerg\u00e9 par sa condition, trahissant son amour plus par faiblesse que par calcul et rendant au final deux femmes malheureuses. Le personnage qui va le plus \u00e9voluer est le Meunier, qui au cours du premier acte passe des fanfaronnades bouffes \u00e0 la tragique perte de sa fille. Homme perdu et fou, son langage musical se trouve totalement renouvel\u00e9 lors de sa rencontre avec le Prince montrant ainsi la perte totale de rep\u00e8re chez celui qui se consid\u00e8re comme le responsable de la mort de sa fille. La musique compos\u00e9e par Dargomyzhsky est faite, comme expos\u00e9 auparavant, d&rsquo;une juxtaposition d&rsquo;inspirations vari\u00e9es qui d\u00e9finissent le cadre dans lequel se passe l&rsquo;action. Ne cherchant pas \u00e0 d\u00e9velopper une continuit\u00e9, il joue plut\u00f4t sur les diff\u00e9rences pour cr\u00e9er des contrastes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Rassemblant parmi les plus grands solistes du Bolsho\u00ef, la distribution nous permet \u00e0 la fois de profiter d&rsquo;une interpr\u00e9tation de tr\u00e8s haut niveau, mais aussi d&rsquo;entendre des instruments rares et typ\u00e9s. Peu de choses \u00e0 dire sur les petits r\u00f4les tant ils sont \u00e9pisodiques mais tr\u00e8s bien tenus. Saluons tout de m\u00eame la d\u00e9clamation charmante et musicale de la petite Rusalka. M\u00eame si le r\u00f4le est parl\u00e9, Vera Tumanova donne beaucoup de musicalit\u00e9 \u00e0 sa partie et la candeur du personnage apporte un peu de fraicheur dans une histoire qui est alors une juxtaposition de personnages sombres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">La Princesse est chant\u00e9e par la mezzo-soprano Veronika Borisenko. Dans la grande tradition des chanteuses graves de l&rsquo;\u00e9poque, elle montre un timbre riche et rond tout en gardant une certaine jeunesse. Loin de la matrone qu&rsquo;on pourrait entendre avec une voix trop large et opulente, nous entendons ici une jeune femme vibrante et amoureuse, soignant la ligne de chant. Son grand air ouvrant l&rsquo;acte III lui permet de d\u00e9ployer \u00e0 la fois ses talents de chanteuse et ses talents d&rsquo;interpr\u00e8tes. Avec cet air fortement italianisant, orn\u00e9 discr\u00e8tement, la chanteuse montre une technique solide et une belle longueur de voix. Les aigus sont pleins et beaux alors que le grave n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre pouss\u00e9 ou poitrin\u00e9 pour \u00eatre sonore. Tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise dans ces personnages nobles et jeunes, elle enregistra en 1951 une magnifique Kontchakovna dans <em>Le Prince Igor<\/em> de Borodine sous la baguette de Melik-Pahsa\u00efev. Ces deux personnages partagent les talents \u00e9mouvants d&rsquo;une chanteuse oubli\u00e9e mais tr\u00e8s touchante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Ivan Kozlovsky au contraire est l&rsquo;un des t\u00e9nors de l&rsquo;\u00e9poque les plus document\u00e9s. T\u00e9nor au timbre \u00e9trange mais \u00e0 la technique ahurissante, il poss\u00e8de aussi une expressivit\u00e9 rare et une longueur de voix impressionnante. Donnant au Prince son timbre fait d&rsquo;un m\u00e9lange de miel et de m\u00e9tal, le chanteur montre avec une grande justesse la nature faible, m\u00e9lancolique mais aussi passionn\u00e9 du personnage. Gr\u00e2ce aux nuances apport\u00e9es, aux couleurs et aux expressions d\u00e9velopp\u00e9es tout au long de l&rsquo;\u0153uvre, le personnage conserve une candeur qui, si elle ne rach\u00e8te pas la l\u00e2chet\u00e9 premi\u00e8re, finit par \u00eatre touchante et \u00e9mouvante. Cr\u00e9ateur de personnage de g\u00e9nie, Ivan Kozlovsky d\u00e9montre encore ici s&rsquo;il en \u00e9tait besoin combien sa voix sait se fondre dans les m\u00e9lodies. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 \u00e9couter son grand air du troisi\u00e8me acte pour profiter de la musicalit\u00e9 d&rsquo;un instrument dont le timbre n&rsquo;est pas particuli\u00e8rement soyeux \u00e0 la base. Mais la gestion du souffle, les intonations et les nuances balayent ce que le timbre pourrait avoir d&rsquo;\u00e9trange. On fond devant ce Prince tortur\u00e9 et po\u00e8te, et tout ce que le personnage peut avoir de d\u00e9sagr\u00e9able est contrebalanc\u00e9 par cette expression sinc\u00e8re de l&rsquo;amour et du repentir. Le duo avec le meunier est un autre grand moment de musique et de th\u00e9\u00e2tre. T\u00e9nor d&rsquo;exception, Ivan Kozlovky signe ici encore une prestation tr\u00e8s personnelle mais tellement attachante. Chaque interpr\u00e9tation reste marqu\u00e9 du sceau de cette technique et de cette expressivit\u00e9\u00a0: que ce soit l&rsquo;Innocent incomparable de <em>Boris Godounov<\/em>, le Lenski d\u00e9chirant d&rsquo;<em>Eug\u00e8ne Onegin<\/em>, l&rsquo;Orph\u00e9e d&rsquo;une po\u00e9sie rare chez Gl\u00fcck ou encore le <em>Lohengrin<\/em> surprenant mais passionnant, le chanteur s&rsquo;implique dans la ligne et en d\u00e9voile des tr\u00e9sors de sentiments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;autre figure masculine est celle du p\u00e8re, chant\u00e9 par Alexe\u00ef Krivchenya. Ce personnage attira toutes les grandes basses russes tant il est profond et passionnant. Son premier air montre une agilit\u00e9 et une aisance dans le c\u00f4t\u00e9 bouffe qui donne tout de suite une image qui va se ternir au cours de l&rsquo;op\u00e9ra. Ainsi, rapidement le ton devient plus grave et la voix se fait plus sobre tout en montrant des belles nuances. Avec une voix assez rugueuse et puissante, il donne une vision rapidement tr\u00e8s tourment\u00e9e de ce Meunier rong\u00e9 par la culpabilit\u00e9. Sans avoir la puissance expressive d&rsquo;un Alexander Pirogov ou d&rsquo;un Fiodor Chaliapin, ni la somptuosit\u00e9 d&rsquo;un Mark Reizen, la basse trouve un juste \u00e9quilibre entre la trag\u00e9die et la folie comme le d\u00e9montre le duo avec le Prince o\u00f9 alternent les passages de folie (o\u00f9 la technique du chanteur lui permet de r\u00e9aliser avec brio les \u00e9volutions rapides de la m\u00e9lodie) et les moments de lucidit\u00e9 (le chanteur trouvant alors des accents d\u00e9chirants de culpabilit\u00e9). Plus habitu\u00e9s aux r\u00f4les bouffes comme Farlaff dans <em>Ruslan et Ludmilla<\/em> de Glinka, la basse d\u00e9montre ici tout son potentiel dramatique et trace un personnage puissant et touchant \u00e0 la fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Dans le r\u00f4le titre, Eugenia Smolenskaya trouve la possibilit\u00e9 de d\u00e9ployer toute sa voix de soprano. A la limite entre soprano lyrique et dramatique, la chanteuse se trouve aussi bien \u00e0 l&rsquo;aise dans le duo d&rsquo;amour du premier acte que dans les d\u00e9plorations qui le suivent ou l&rsquo;autorit\u00e9 de son statut de reine. Avec un timbre cors\u00e9 et de belles couleurs, elle donne vie \u00e0 cette Natacha \u00e0 la fois amoureuse et vengeresse. Sa voix puissante sait se faire f\u00e9minine et l\u00e9g\u00e8re pour apporter tout au long de l&rsquo;op\u00e9ra la jeunesse et la passion de la jeune fille qu&rsquo;elle reste malgr\u00e9 sa transformation. Jamais effray\u00e9e par une tessiture pourtant tr\u00e8s large, la chanteuse se confond avec le personnage. Les jeunes filles ayant de la personnalit\u00e9 \u00e9taient il faut dire son habitude. Grande Lisa de <em>La Dame de Pique<\/em> qu&rsquo;elle enregistra aux c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Hermann l\u00e9gendaire de Georgy Nelepp, ou encore magnifique Tsarine dans <em>Les Contes du Tsar Saltan<\/em> de Rimsky-Korsakov, la chanteuse se montre toujours totalement impliqu\u00e9e dans ses r\u00f4les, ne s&rsquo;\u00e9conomisant que tr\u00e8s rarement, \u00e0 tel point que la voix va malheureusement perdre de sa superbe au bout de moins de dix ans d&rsquo;une carri\u00e8re remarqu\u00e9e au Bolsho\u00ef. Le t\u00e9moignage de cette Rusalka la montre en pleine possession de ses moyens, avec une voix libre et vaillante, l&rsquo;aigu percutant et le timbre color\u00e9. En 1956, la radio conservera le souvenir d&rsquo;une Ortrud montrant une voix d\u00e9j\u00e0 moins stable et raccourcie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Face \u00e0 ces quatre grands artistes qui ont fait les beaux jours du th\u00e9\u00e2tre moscovite apr\u00e8s la guerre, c&rsquo;est une jeune chef au d\u00e9but de sa carri\u00e8re qui dirige l&rsquo;orchestre. Evgueny Svetlanov a \u00e0 peine termin\u00e9 ses \u00e9tudes lorsqu&rsquo;il enregistre cette int\u00e9grale de <em>Rusalka<\/em> et d\u00e9j\u00e0 on y trouve la fougue et l&rsquo;explosivit\u00e9 qui seront sa marque durant les d\u00e9cennies qui viendront. Menant l&rsquo;orchestre avec \u00e9nergie d\u00e8s l&rsquo;ouverture, le chef n&rsquo;en oublie pas pour autant de m\u00e9nager des respirations dans l&rsquo;orchestre lors des d\u00e9plorations des diff\u00e9rents personnages, tout comme il sait particuli\u00e8rement bien faire ressortir les inspirations folkloriques des la partition. Soignant les colories et les textures vari\u00e9es de l\u2019\u0153uvre, Svetlanov r\u00e9v\u00e8le une partition tr\u00e8s riche en inspiration m\u00e9lodique et structurelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">En \u00e9ditant \u00e0 nouveau cet enregistrement, la firme mythique Melodiya nous propose un joyau de l&rsquo;op\u00e9ra russe, mais aussi un joyau de l&rsquo;interpr\u00e9tation des ann\u00e9es cinquante. Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;enregistrement, la qualit\u00e9 est tout \u00e0 fait acceptable m\u00eame si on aurait aim\u00e9 une prise de son montrant plus de couleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Par contre, on restera tr\u00e8s frustr\u00e9 devant le manque de soin apport\u00e9 dans la pr\u00e9sentation. Pour une \u0153uvre si peu connue, on aurait peu esp\u00e9rer une notice plus \u00e9labor\u00e9e et compl\u00e8te que les simples lignes traditionnelles sur l\u2019\u0153uvre et le synopsis. Mais plus encore, les renseignements de distribution sont incomplets avec l&rsquo;omission des du Chasseur et du Chanteur du mariage. Pourquoi n&rsquo;avoir aussi indiqu\u00e9 que l&rsquo;initiale des pr\u00e9noms des chanteurs\u00a0? Enfin, la date de cet enregistrement reste un grand myst\u00e8re. Il est indiqu\u00e9 sur ce disque 1971&#8230; Or cette date est totalement impossible \u00e0 la lecture de la distribution. Si Ivan Kozlovsky chantait encore \u00e0 cette date l\u00e0, il ne faisait plus partie de la troupe du Bolsho\u00ef et n\u2019apparaissait sur sc\u00e8ne dans un op\u00e9ra que tr\u00e8s rarement. Plus encore, Eugenia Smolenskaya a pour la derni\u00e8re fois \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e en 1956 dans le r\u00f4le d&rsquo;Ortrud \u00e0 la radio. Comment alors penser qu&rsquo;en 1971 elle puisse encore chanter Rusalka alors qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une figure secondaire de la troupe en chantant Madame Larina d&rsquo;<em>Eug\u00e8ne Onegin<\/em> ou Marcelline des <em>Noces de Figaro<\/em> jusqu&rsquo;en 1972\u00a0? En effectuant quelques recherches, on peut situer cette int\u00e9grale dans le milieu des ann\u00e9es cinquante comme l&rsquo;indique par exemple Piotr Kaminski dans son livre <em>Mille et un op\u00e9ras<\/em>. Cette date serait confirm\u00e9e par l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;Evgueny Svetlanov au Bolsho\u00ef en tant que chef assistant en 1955, mais il est \u00e9tonnant dans ce cas de constater le rapide d\u00e9clin de Smolenskaya.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Malgr\u00e9 les r\u00e9serves apport\u00e9es sur la pr\u00e9sentation de l\u2019\u0153uvre par Melodiya, on ne peut que remercier la firme pour nous permettre de red\u00e9couvrir cette \u0153uvre rare dans une telle condition artistique!<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Alexander Dargomyzhsky (1813-1869), Rusalka<\/li>\n<li>Le Prince, Ivan Kozlovsky ; La Princesse, Veronika Borisenko ; Le Meunier, Alexe\u00ef Krivchenya ; Natasha, Eugenia Smolenskaya ; Olga, Marie Miglan\u00a0; Le Ma\u00eetre de C\u00e9r\u00e9monie, Ivan Skobstov\u00a0; La Petite Rusalka, Vera Tumanova<\/li>\n<li>Ch\u0153ur du Th\u00e9\u00e2tre du Bolsho\u00ef<\/li>\n<li>Orchestre du Th\u00e9\u00e2tre du Bolsho\u00ef<\/li>\n<li>Evgueny Svetlanov, direction<\/li>\n<li>2 CD Melodiya, MEL CD 10 01775. Enregistr\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Bolsho\u00ef, en 1955.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu&rsquo;on \u00e9voque Rusalka, on pense immanquablement \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra de Dvorak. 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