{"id":79,"date":"2013-09-06T21:04:06","date_gmt":"2013-09-06T19:04:06","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=79"},"modified":"2016-10-05T20:00:35","modified_gmt":"2016-10-05T18:00:35","slug":"revelation-de-therese-de-massenet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=79","title":{"rendered":"R\u00e9v\u00e9lation de Th\u00e9r\u00e8se de Massenet"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1055 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Massenet-Th\u00e9r\u00e8se-bruzane-193x300.jpg\" alt=\"massenet-therese-bruzane\" width=\"193\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Massenet-Th\u00e9r\u00e8se-bruzane-193x300.jpg 193w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Massenet-Th\u00e9r\u00e8se-bruzane-768x1195.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Massenet-Th\u00e9r\u00e8se-bruzane-658x1024.jpg 658w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Massenet-Th\u00e9r\u00e8se-bruzane.jpg 964w\" sizes=\"auto, (max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/>A l&rsquo;aise dans tous les styles lyriques qui r\u00e9gnaient sur les sc\u00e8nes fran\u00e7aises, Jules Massenet s&rsquo;\u00e9tait essay\u00e9 en 1894 au jeune v\u00e9risme venu d\u2019Italie avec <em>La Navarraise<\/em>. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, une autre \u0153uvre ramass\u00e9e et inspir\u00e9e de cette \u00e9cole voit le jour sous la plume du musicien. <em>Th\u00e9r\u00e8se<\/em> ne peut que faire penser au <em>Andrea Ch\u00e9nier<\/em> de Giordano compos\u00e9 dix ans plus t\u00f4t par son cadre r\u00e9volutionnaire mais aussi par ses emprunts aux th\u00e8mes populaires de l&rsquo;\u00e9poque. Mais ce sont bien des personnages typiques de Massenet qu\u2019on retrouve, dont la figure f\u00e9minine centrale, cr\u00e9ation f\u00e9minine toujours aussi passionnante du compositeur.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">La l\u00e9gende veut que ce soit Lucy Arbell qui ait souffl\u00e9 le th\u00e8me au compositeur, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert l&rsquo;histoire de Lucile Desmoulins et celle d&rsquo;un h\u00f4tel particulier sauv\u00e9 de la spoliation par un serviteur fid\u00e8le \u00e0 ses anciens ma\u00eetres. Mais de fa\u00e7on plus terre \u00e0 terre, le livret est une adaptation par Jules Claretie d&rsquo;un de ses romans. Si la derni\u00e8re \u00e9g\u00e9rie de Massenet n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;origine du drame, elle n&rsquo;en a pas moins fortement marqu\u00e9 le personnage. Grande actrice et chanteuse \u00e0 la voix d&rsquo;alto sombre et charnue, Lucy Arbell a donn\u00e9 tout ses talents pour faire de cette femme la silhouette si forte qui nous est propos\u00e9e\u00a0: elle sugg\u00e9ra par exemple \u00e0 Massenet le m\u00e9lodrame final de Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">\u0152uvre tr\u00e8s courte, <em>Th\u00e9r\u00e8se<\/em> est d\u00e9coup\u00e9 en deux actes qui s&rsquo;articulent chacun autour de deux duos\u00a0: le trouble et les h\u00e9sitations de Th\u00e9r\u00e8se la font dialoguer avec son mari et son ancien amant dans deux duos o\u00f9 chaque acte impose un cadre dramatique diff\u00e9rent. Si le premier se passe dans le calme du parc du Ch\u00e2teau de Clerval, le second bruisse de la fureur du peuple parisien en 1793. Dans ces deux lieux que tout oppose, deux hommes gravitent autour de notre h\u00e9ro\u00efne. Th\u00e9r\u00e8se est tiraill\u00e9e entre son bien aim\u00e9 mari Andr\u00e9 Thorel qui l&rsquo;a recueillie. Ce dernier, jacobin, ne peut douter de l\u2019amour de sa femme et d\u00e9voile un caract\u00e8re noble et chevaleresque. Armand de Clerval, noble en exil revenu pour luter contre la r\u00e9publique, s\u2019interpose dans ce couple r\u00e9publicain\u00a0: ami d\u2019enfance d\u2019Andr\u00e9 et ancien amant de Th\u00e9r\u00e8se, il met en p\u00e9ril non seulement le couple mais aussi la vie des deux \u00e9poux. Ce triangle est donc centr\u00e9 sur Th\u00e9r\u00e8se, qui va cristalliser toutes les passions tant politiques qu\u2019amoureuses. Comme dans <em>Manon<\/em>, Massenet puise dans le style et les th\u00e8mes musicaux marquant de l\u2019\u00e9poque de l\u2019histoire. On entendra par exemple un menuet au clavecin lors du retour d\u2019Armand, ou des chants populaires \u00e0 Paris. Le symbole de l\u2019amour d\u2019autrefois est alors mis en contraste avec le tumulte du peuple qui vient r\u00e9guli\u00e8rement interrompre les \u00e9lans amoureux des personnages. Ramass\u00e9e et tendue, cette \u0153uvre est digne des plus grandes partitions tragiques de Massenet\u00a0: aucun temps mort durant cette petite heure de musique o\u00f9 la tension va crescendo sans que les duos d\u2019amour ne soient des moments de repos puisque ce sont eux qui font avancer l\u2019action. Grand ma\u00eetre du th\u00e9\u00e2tre, le compositeur \u00e2g\u00e9 alors de 62 ans se montre tout aussi inventif que dans ses jeunes ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">La distribution se r\u00e9sume \u00e0 trois r\u00f4les importants et quelques interruptions tr\u00e8s courtes d\u2019intervenants ext\u00e9rieurs. On passera vite donc sur les petits r\u00f4les richement tenus avec en particulier Fran\u00e7ois Lis en Morel. Chacun chante dans un fran\u00e7ais impeccable pour notre plus grand plaisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Comme souvent dans l&rsquo;op\u00e9ra, t\u00e9nor et baryton sont rivales. Mais point ici de baryton rageur et veule&#8230; au contraire m\u00eame. De part les timbres des deux chanteurs, les deux hommes montrent leur proximit\u00e9 et l&rsquo;absence de toute haine entre eux. Charles Castronovo pr\u00eate au Marquis Armand de Clerval une voix assez sombre et l\u00e9g\u00e8rement engorg\u00e9e, mais dont les nuances donnent toute la d\u00e9licatesse qui s\u2019accorde au menuet symbole du temps pass\u00e9. Franc et po\u00e9tique, il campe un amoureux non pas passionn\u00e9 et sanguin mais plut\u00f4t accabl\u00e9 par cet amour qui fait de lui le rival de son ami d&rsquo;enfance. Andr\u00e9 Thorel justement est interpr\u00e9t\u00e9 par le jeune baryton qu\u00e9b\u00e9cois Etienne Dupuis. Avec une voix de baryton tr\u00e8s claire, il n&rsquo;est pas le vieux mari de Th\u00e9r\u00e8se comme on pouvait l&rsquo;entendre dans la version dirig\u00e9e par Richard Bonynge\u00a0: c&rsquo;est ici un jeune homme fringuant, passionn\u00e9 par sa femme et sa mission de d\u00e9put\u00e9. La noblesse de ton et l&rsquo;amour qui transparait dans son chant est une r\u00e9v\u00e9lation qui bouleverse les habitudes qui font du baryton un personnage plus \u00e2g\u00e9 que le t\u00e9nor. La similarit\u00e9 de timbre et la jeunesse de la voix font de ces deux interpr\u00e9tations des personnages \u00e9gaux m\u00eame si oppos\u00e9s par leur naissance, leur amour et leur id\u00e9ologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Au centre de ce drame se dresse la Th\u00e9r\u00e8se de Nora Gubisch. La mezzo-soprano fran\u00e7aise assume sans soucis la tessiture plut\u00f4t grave du r\u00f4le, se r\u00e9fugiant quelque fois dans une parlando dans le grave avec bonheur et en compl\u00e8te ad\u00e9quation avec la partition. Mais c&rsquo;est v\u00e9ritablement son interpr\u00e9tation qui frappe\u00a0: aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans les langueurs amoureuses des duos du premier acte que dans la violence de la vie parisienne, la chanteuse donne vie \u00e0 ce personnage aux multiples facettes sans jamais forcer le trait, avec justesse et naturel. Le contraste entre sa d\u00e9claration d&rsquo;amour \u00e0 son mari et le la sc\u00e8ne qui ouvre le deuxi\u00e8me acte est saisissant\u00a0: passant d&rsquo;un legato parfait et doux, elle offre au contraire des angles \u00e0 un chant qui exprime la violence de Paris et la terreur qui la saisit. Et bien s\u00fbr, comment passer sur le monologue final\u00a0? Sc\u00e8ne grandiose qui voit Th\u00e9r\u00e8se h\u00e9siter entre la fuite avec son amant et la mort sur l&rsquo;\u00e9chafaud avec son mari. Nora Gubisch y d\u00e9ploie une voix parl\u00e9e sonore et grandiose, passant par toutes les \u00e9motions indiqu\u00e9es par le livret, concluant par un chant plein de d\u00e9fit. Ce que donne \u00e0 entendre la mezzo-soprano est une vraie le\u00e7on de chant et de th\u00e9\u00e2tre. Notons aussi sa diction. Si Dupuis et Castronovo ne font aucune faute et sont parfaitement compr\u00e9hensibles (c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs un bel exploit pour Charles Castronovo qui ne parle pas fran\u00e7ais), la diction de Nora Gubisch est elle totalement fluide avec des \u00ab\u00a0R\u00a0\u00bb naturels et non roul\u00e9s, enlevant ainsi un peu du verni op\u00e9ratique pour se rapprocher du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">A la t\u00eate de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra National Montpellier Languedoc-Roussillon, Alain Altinoglu dirige de main de ma\u00eetre la partition. Avec ses d\u00e9cors vari\u00e9s et forts contrast\u00e9s, il aurait \u00e9t\u00e9 tentant de faire beaucoup de bruit dans les sc\u00e8nes les plus dramatiques. En dehors des quelques moments les plus tourment\u00e9s ou martiaux, le chef soigne la ligne et l\u2019\u00e9lan lyrique de la partition, mettant tr\u00e8s bien en avant les diff\u00e9rentes inspirations de Massenet pour signifier les deux mondes si oppos\u00e9s que sont le parc et l\u2019enfer parisien. Altinoglu rel\u00e8ve les moindres d\u00e9tails d&rsquo;une partition tr\u00e8s riche en combinaisons et en textures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">On le comprendra, cet enregistrement de <em>Th\u00e9r\u00e8se<\/em> est un \u00e9v\u00e9nement. On pouvait entendre cette \u0153uvre dans d\u00e9j\u00e0 trois enregistrements, mais la distribution r\u00e9unie ici est d&rsquo;une coh\u00e9rence parfaite. Notons aussi la pr\u00e9sence de textes comme toujours passionnants qui font la richesse de parutions Ediciones Singulares. Enfin saluons les deux organisateurs de ces retrouvailles avec <em>Th\u00e9r\u00e8se<\/em> : le Palazzo Bru Zane ainsi que le Festival de Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon \u0153uvre beaucoup \u00e0 la red\u00e9couverte de partitions rares fran\u00e7aise, avec toujours le m\u00eame bonheur tant dans le choix des \u0153uvres que dans les distributions.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Th\u00e9r\u00e8se<\/li>\n<li>Th\u00e9r\u00e8se, Nora Gubisch ; Armand de Clerval, Charles Castronovo ; Andr\u00e9 Thorel, Etienne Dupuis ; Morel, Fran\u00e7ois Lis\u00a0; Un Officier, Yves Saelens ; Un Officier, Patrick Bolleire\u00a0; Un Officier Municipal, Patrick Bolleire\u00a0; Une Voix, Charles Bonnet<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Montpellier Languedoc-Roussillon<\/li>\n<li>Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra National de Montpellier Languedoc-Roussillon<\/li>\n<li>Alain Altinoglu, direction<\/li>\n<li>1 CD Ediciones Singulares, ES 1011. Enregistr\u00e9 \u00e0 Montpellier le 23 juillet 2012.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;aise dans tous les styles lyriques qui r\u00e9gnaient sur les sc\u00e8nes fran\u00e7aises, Jules Massenet s&rsquo;\u00e9tait essay\u00e9 en 1894 au jeune v\u00e9risme venu d\u2019Italie avec La Navarraise. 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