{"id":734,"date":"2016-04-10T23:45:27","date_gmt":"2016-04-10T21:45:27","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=734"},"modified":"2016-10-05T20:10:11","modified_gmt":"2016-10-05T18:10:11","slug":"trois-quarts-de-juive-mais-une-grande-reussite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=734","title":{"rendered":"La Juive : 3\/4 de la partition, mais une grande r\u00e9ussite!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-777 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju12-300x221.jpg\" alt=\"ju12\" width=\"300\" height=\"221\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju12-300x221.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju12-768x565.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju12.jpg 834w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Pilier du r\u00e9pertoire de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris durant des ann\u00e9es, r\u00e9guli\u00e8rement mont\u00e9 dans tous les th\u00e9\u00e2tres de France&#8230; comment <em>La Juive<\/em> a pu tomber dans un tel silence\u00a0? Car il faut bien l&rsquo;avouer, pendant de nombreuses ann\u00e9es le grand succ\u00e8s de Jacques-Fromental Hal\u00e9vy a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s discret sur les sc\u00e8nes. Bien s\u00fbr, quelques t\u00e9nors ont r\u00e9ussi \u00e0 lui apporter une l\u00e9g\u00e8re notori\u00e9t\u00e9 comme Richard Tucker, Jos\u00e9 Carreras ou encore Neil Schicoff&#8230; mais c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;artiste qui imposait l&rsquo;ouvrage. En France, ce qui avait \u00e9t\u00e9 un ouvrage tr\u00e8s populaire devenait doucement une image d\u00e9form\u00e9e et vieillotte. <em>La Juive<\/em> ne pouvait pas \u00eatre int\u00e9ressante. Et puis enfin en 2007, l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris jouait son r\u00f4le en montant avec une distribution \u00e9clatante cet ouvrage trop rare. Les premi\u00e8res repr\u00e9sentations n&rsquo;\u00e9taient pas pleines, mais le bouche \u00e0 oreille faisant son effet, ce sont finalement \u00e0 guichet ferm\u00e9 que les derni\u00e8res eurent lieu. Enfin la partition \u00e9tait de retour. Ou au moins en partie car il fallait composer avec les coupures. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, l&rsquo;Op\u00e9ra de Nice se lan\u00e7ait dans une nouvelle production, et c&rsquo;est enfin l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon qui nous donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre ce chef d\u2019\u0153uvre de l&rsquo;art musical et th\u00e9\u00e2trale fran\u00e7ais. En mettant Olivier Py \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, on pouvait esp\u00e9rer non seulement une sc\u00e9nographie fouill\u00e9e, mais aussi une partition compl\u00e8te comme l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 <em>Les Huguenots<\/em> \u00e0 Bruxelles. Si le premier souhait sera r\u00e9alis\u00e9, la partition reste encore bien d\u00e9figur\u00e9e&#8230;<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premier ouvrage compos\u00e9 pour l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris par le jeune Hal\u00e9vy en 1835, <em>La Juive<\/em> subira de nombreuses interventions avant d&rsquo;entrer sur sc\u00e8ne. Eug\u00e8ne Scribe remanie grandement son livret au fur et \u00e0 mesure des demandes du compositeur alors que ce dernier n&rsquo;h\u00e9site pas aussi \u00e0 retailler dans le texte d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli. Ensuite, l&rsquo;intrigue change de lieu&#8230; et la distribution est totalement remani\u00e9e\u00a0! A l&rsquo;origine destin\u00e9 \u00e0 une basse, le personnage d&rsquo;El\u00e9azar est finalement propos\u00e9 au t\u00e9nor qui r\u00e8gne sur la sc\u00e8ne parisienne \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque\u00a0: Adolphe Nourrit. Grand changement pour celui qui \u00e9tait plus habitu\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter les jeunes premiers. Ici c&rsquo;est un p\u00e8re amant mais aussi violent qu&rsquo;il doit proposer au public&#8230; Il joua aussi son r\u00f4le dans la partition puisque tout comme Corn\u00e9lie Falcon (pour qui est compos\u00e9 le personnage de Rachel), Hal\u00e9vy est tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute des futurs cr\u00e9ateurs. Mais plus encore, Nourrit proposa un changement significatif dans le final du quatri\u00e8me acte. Au lieu d&rsquo;un grand ch\u0153ur, c&rsquo;est un air qu&rsquo;il demande&#8230; allant m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9crire le texte du fameux \u00ab\u00a0Rachel quand du Seigneur\u00a0\u00bb qui hantera les oreilles de g\u00e9n\u00e9rations de m\u00e9lomanes\u00a0! Il fallut aussi compter dans l&rsquo;histoire de la gen\u00e8se de l&rsquo;op\u00e9ra sur les possibles changements de direction \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Op\u00e9ra, qui entrainaient souvent de changement soudains dans les \u0153uvres programm\u00e9es. Heureusement, le directeur commanditaire resta \u00e0 la barre et offrit \u00e0 la partition des moyens consid\u00e9rables \u00e0 tel point que la mise en sc\u00e8ne fit de l&rsquo;ombre \u00e0 la composition, les spectateurs restant \u00e9blouis par la richesse des d\u00e9cors et costumes. Il fallut quelques repr\u00e9sentations pour que le brillant se ternisse et qu&rsquo;enfin la musique prenne toute sa dimension dans l&rsquo;attention des spectateurs. Le triomphe fut finalement total et restera la plus grande r\u00e9ussite du compositeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-746 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-1-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-1.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;un Grand Op\u00e9ra est mont\u00e9, il faut toujours trembler devant l&rsquo;\u00e9tat de la partition propos\u00e9e. En effet, ces ouvrages sont souvent longs, couteux \u00e0 mettre en sc\u00e8ne et \u00e0 distribuer, demandant la participation du corps de ballet&#8230; rien n&rsquo;est fait \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie ici. Mais finalement, en quoi monter <em>La Juive<\/em> serait plus difficile et couteux que monter <em>G\u00f6tterd\u00e4mmerung<\/em> ? Car s&rsquo;il est bien une note du programme qui fait fr\u00e9mir, c&rsquo;est celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Si l&rsquo;on repr\u00e9sente <em>La Juive<\/em> dans son int\u00e9gralit\u00e9, l&rsquo;ouvrage dure 4 heures 30, soit autant que <em>Le Cr\u00e9puscule des dieux<\/em>. Aujourd&rsquo;hui \u00e0 la sc\u00e8ne comme au disque, on pratique le plus souvent des coupures. Ainsi, la dur\u00e9e moyenne est de 3 heures.\u00a0\u00bb. Ainsi, ce qu&rsquo;on admet pour du Wagner n&rsquo;est pas supportable pour du Hal\u00e9vy\u00a0? On accepte sans soucis de supprimer un tiers d&rsquo;une partition car on la juge mal construite ou trop longue\u00a0? Mais c&rsquo;est justement en la d\u00e9coupant qu&rsquo;on la prive de toute sa grandeur et sa construction\u00a0: on en fait alors un ouvrage bancale qui perd de sa superbe et dont la structure dramatique est souvent boulevers\u00e9e. Mais cela ne semble poser de soucis qu&rsquo;\u00e0 bien peu de directeurs d&rsquo;op\u00e9ra, chefs d&rsquo;orchestre ou metteurs en sc\u00e8ne. Peut-on esp\u00e9rer un jour que ces partitions soient trait\u00e9es avec le m\u00eame soin que les \u0153uvre du dieu Wagner au lieu qu&rsquo;on leur jette un petit regard condescendant\u00a0? Tout le public \u00e0 Lyon aurait sans soucis support\u00e9 un heure de musique en plus vu l&rsquo;ovation finale et le silence dans la salle durant le spectacle.<\/p>\n<div id=\"attachment_735\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-735\" class=\"size-medium wp-image-735\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju2-300x193.jpg\" alt=\"Acte I\" width=\"300\" height=\"193\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju2-300x193.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju2-768x495.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju2.jpg 776w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-735\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais justement les coupures\u00a0? Annonc\u00e9 pour un peu moins de trois heures, la partition est finalement moins coup\u00e9es que pr\u00e9vue car nous avons environ trois heures et vingt minutes&#8230; il nous manque donc une grosse heure de musique qui correspondent pour beaucoup au ballet tout simplement supprim\u00e9, \u00e0 une ouverture r\u00e9duite de moiti\u00e9, \u00e0 la cabalette d&rsquo;El\u00e9azar qui doit clore le quatri\u00e8me acte&#8230; et s\u00fbrement d&rsquo;autres petits passages \u00e0 divers endroits dont au premier acte o\u00f9 des ch\u0153urs sont absents. Pour ceux qui ont eu la chance d&rsquo;assister aux repr\u00e9sentations parisiennes de 2007, on retrouve l\u2019\u0153uvre dans un \u00e9tat assez similaire avec quelques l\u00e9g\u00e8res coupures et quelques ajouts de r\u00e9pliques. La plus grande avanc\u00e9e est le retour du Bol\u00e9ro d&rsquo;Eudoxie au troisi\u00e8me acte. Une chose regrettable tout de m\u00eame est d&rsquo;avoir imprim\u00e9 dans le programme uniquement le texte habituel de l&rsquo;ouvrage, ignorant ce Bol\u00e9ro ainsi que quelques ajouts&#8230; et laissant la cabalette d&rsquo;El\u00e9azar finalement coup\u00e9e\u00a0! Pourquoi ne pas avoir propos\u00e9 l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du livret en indiquant les coupures op\u00e9r\u00e9es\u00a0? Cela aurait permis de juger mieux du travail effectu\u00e9 par le chef et donn\u00e9 une vision non d\u00e9form\u00e9e de l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<div id=\"attachment_737\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-737\" class=\"size-medium wp-image-737\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju4-300x189.jpg\" alt=\"Acte I : Enea Scala (Leopold), Rachel Harnisch (Rachel)\" width=\"300\" height=\"189\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju4-300x189.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju4-768x485.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju4.jpg 792w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-737\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Enea Scala (Leopold), Rachel Harnisch (Rachel)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cette production, l\u2019Op\u00e9ra de Lyon a fait appel \u00e0 un grand habitu\u00e9 de l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais, et qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 particuli\u00e8rement inspir\u00e9 par le Grand Op\u00e9ra avec [i]Les Huguenots[\/i] ou [i]Hamlet[\/i]. On retrouve chez <strong>Olivier Py<\/strong> et <strong>Pierre-Andr\u00e9 Weitz<\/strong>\u00a0le m\u00eame talent \u00e0 rendre non seulement le caract\u00e8re grandiose qui s\u2019attache \u00e0 ce style d\u2019ouvrage, mais aussi d\u2019en montrer toute la profondeur. La sc\u00e8ne est en effet occup\u00e9e par un grand escalier qui m\u00e8ne \u00e0 plusieurs bandes mobiles de d\u00e9cors, ces derniers permettant alors de cr\u00e9er les diff\u00e9rents espaces et jouer sur les perspectives et les ombres. On a tous les cadres qui sont particuli\u00e8rement bien rendus, depuis la sobri\u00e9t\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur d\u2019El\u00e9azar jusqu\u2019\u00e0 la prison du quatri\u00e8me acte oppressante. Pierre-Andr\u00e9 Weitz a cr\u00e9\u00e9 une machinerie impressionnante et tr\u00e8s \u00e9vocatrice avec toutes ses nuances de gris et ses immenses biblioth\u00e8ques qui servent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 cloisonner des espaces. Le rendu est magnifique et puissant. \u00c0 cela s\u2019ajoute comme souvent avec Py, une direction d\u2019acteur tr\u00e8s bien r\u00e9gl\u00e9e, donnant corps aux personnages sans les rendre caricaturaux (\u00e0 l\u2019exception d\u2019Eudoxie, mais on y reviendra\u00a0!). Que ce soit les mouvements ou les gestes, tout semble r\u00e9gl\u00e9 parfaitement et donne une illusion parfaite de naturel. Bien s\u00fbr, quelques attitudes sont un peu forc\u00e9es comme le rire d\u2019El\u00e9azar lorsqu\u2019il entend Brogni le supplier, mais l\u2019ensemble est de tr\u00e8s belle facture avec des id\u00e9es tr\u00e8s fortes. Le seul souci reste Eudoxie qui est trait\u00e9e ici comme une courtisane plus que comme une princesse\u00a0: de par sa tenue et son attitude, on cherche en vain la noblesse qu\u2019elle doit imposer. La robe semi-transparente et les collants rouges seraient plus dignes d\u2019une entremetteuse que de la grande dame. Et malheureusement, son attitude ne varie pas durant le quatri\u00e8me acte alors que son monde s\u2019est effondr\u00e9. Un petit souci de plus vient de certaines habitudes qui pourraient vite devenir g\u00eanantes\u00a0: on retrouve beaucoup d\u2019id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 vues dans les mises en sc\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dentes. Ainsi l\u2019escalier en front de sc\u00e8ne (dangereux d\u2019ailleurs) a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 vu dans <em>Hamlet<\/em>, les croix brandies par le peuple vient des <em>Huguenots<\/em>, les d\u00e9cors mobiles reprennent ce qui avait impressionn\u00e9 dans <em>Dialogues des Carm\u00e9lites<\/em>, les panneaux de manifestation anti-\u00e9trangers \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 dans <em>Aida<\/em>\u2026 Si l\u2019on ne retrouve pas ces \u00e9l\u00e9ments dans toutes les mises en sc\u00e8ne, il ne faudrait pas qu\u2019ils deviennent des habitudes trop faciles chez un metteur en sc\u00e8ne si int\u00e9ressant\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_738\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-738\" class=\"size-medium wp-image-738\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju5-300x187.jpg\" alt=\"Acte I : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar), Vincent Le Texier (Ruggiero)\" width=\"300\" height=\"187\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju5-300x187.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju5-768x478.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju5.jpg 803w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-738\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar), Vincent Le Texier (Ruggiero)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le futur directeur de l\u2019orchestre de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon, <strong>Daniele Rustioni<\/strong>, se montre un chef soucieux de la partition malgr\u00e9 les coupures qu\u2019il a conc\u00e9d\u00e9 ou accept\u00e9. Tout au long de l\u2019ouvrage qui demande beaucoup \u00e0 l\u2019orchestre, il suit les chanteurs en \u00e9vitant tout d\u00e9calage, propose une vision dynamique et tr\u00e8s th\u00e9\u00e2trale tout en ayant soin de ne pas couvrir les voix malgr\u00e9 les d\u00e9ferlements de la partition. Le lyrisme est bien pr\u00e9sent, les couleurs aussi et il \u00e9vite \u00e0 la partition la lourdeur ou le monumentalisme qu\u2019on pourrait entendre parfois. Il insuffle une magnifique \u00e9nergie non seulement \u00e0 la musique mais aussi \u00e0 l\u2019orchestre et il est vraiment agr\u00e9able de voir son bonheur \u00e0 la fin de l\u2019\u0153uvre lorsqu\u2019il sert le poing face aux musiciens qui applaudissent, chacun heureux d\u2019avoir donn\u00e9 son meilleur pour faire vivre et briller une partition qui est trop souvent rang\u00e9e dans les ouvrages anciens raides et peu int\u00e9ressants. L\u2019orchestre se donne d\u2019ailleurs tout au long de l\u2019apr\u00e8s-midi avec un engagement remarquable, r\u00e9pondant parfaitement \u00e0 la pulsation impos\u00e9e par le chef. On saluera aussi la belle prestation du ch\u0153ur, qui manque peut-\u00eatre un peu de rondeur mais donne toute sa dimension \u00e0 la grande place que lui donne la partition\u00a0: depuis les ch\u0153urs en coulisse jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9monstration de force en fin de troisi\u00e8me acte, il faut saluer le beau travail tant sur le texte, l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et les couleurs.<\/p>\n<div id=\"attachment_740\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-740\" class=\"size-medium wp-image-740\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju7-300x186.jpg\" alt=\"Acte II : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar)\" width=\"300\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju7-300x186.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju7-768x475.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju7.jpg 808w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-740\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ensemble des petits r\u00f4les de la distribution est assez bon, et il faut souligner les prestations des quelques artistes du ch\u0153ur venant faire le soliste pendant une poign\u00e9e de mesures. Dans le r\u00f4le d\u2019Albert, <strong>Charles Rice<\/strong> se montre impressionnant et parfaitement convaincant pour ce soldat noble et ami de Leopold. La voix est chaude, puissante et jamais lourde, offrant un portrait de jeunesse qui tranche parfaitement avec le Ruggiero de <strong>Vincent Le Texier<\/strong>. Ce dernier poss\u00e8de toujours une \u00e9mission aussi \u00e9trange\u2026 et un engagement ph\u00e9nom\u00e9nal. Le r\u00f4le est assez secondaire dans l\u2019intrigue, mais il impose un portrait lugubre et fanatique assez sid\u00e9rant. Avec ce timbre noir, la violence du chant permet au personnage de sortir de son utilit\u00e9 pour vraiment se faire la voix du peuple et m\u00eame celui qui les pousse dans cette haine de l\u2019\u00e9tranger. Impressionnant portrait qui aurait pu s\u2019arr\u00eater rapidement vu sa perte d\u2019\u00e9quilibre dans le grand escalier au d\u00e9but de l\u2019ouvrage\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_747\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-747\" class=\"size-medium wp-image-747\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-4-300x169.jpg\" alt=\"Acte II : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-4-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-4-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-4.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-747\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Nikolai Schukoff (El\u00e9azar), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Annonc\u00e9 souffrant avant le d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, <strong>Enea Scala<\/strong> fait des d\u00e9buts bien difficiles pour le r\u00f4le assez tendu de Leopold. Cet amoureux princier et faible demande un t\u00e9nor \u00e0 la quinte aig\u00fce \u00e9clatante et ais\u00e9e. Malheureusement, cette tension semble impossible \u00e0 tenir par le chanteur qui propose une s\u00e9r\u00e9nade totalement d\u00e9figur\u00e9e avec toutes les phrases qui culminent au-dessus du sol aigu transpos\u00e9e violemment. Si l\u2019on comprend bien le souci du t\u00e9nor, cela n\u2019enl\u00e8ve pas moins beaucoup de beaut\u00e9 \u00e0 cette entr\u00e9e. Heureusement, au fur et \u00e0 mesure de la soir\u00e9e, Scala semble reprendre des forces. L\u00e0 o\u00f9 on pouvait craindre un effritement progressif, c\u2019est au contraire une belle consolidation \u00e0 laquelle on assiste puisque le chanteur prend de l\u2019assurance, la voix gagne en puissance et l\u2019aigu est retrouv\u00e9. Le timbre reste assez pinc\u00e9 et nasal, mais la partition est respect\u00e9e par la suite avec de nombreuses nuances et un tr\u00e8s beau fran\u00e7ais. Le personnage reste assez peu d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019un point de vue th\u00e9\u00e2tral, mais il r\u00e9ussit tout de m\u00eame \u00e0 faire passer beaucoup d\u2019\u00e9nergie dans le deuxi\u00e8me acte o\u00f9 il affronte Rachel et son p\u00e8re. Malgr\u00e9 les limitations dues \u00e0 son indisposition, le t\u00e9nor se montre raffin\u00e9 et subtile\u2026 Il est \u00e0 esp\u00e9rer par contre que France-Musique (qui doit retransmettre l\u2019ouvrage le 7 mai) ait fait une captation un autre jour afin de le montrer sous un meilleur jour.<\/p>\n<div id=\"attachment_741\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-741\" class=\"size-medium wp-image-741\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju8-300x201.jpg\" alt=\"Acte III : Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie), Enea Scala (Leopold)\" width=\"300\" height=\"201\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju8-300x201.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju8.jpg 746w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-741\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie), Enea Scala (Leopold)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Cardinal Brogni est la noblesse m\u00eame durant une bonne partie de l\u2019\u0153uvre, bienveillant allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 vouloir sauver Rachel\u2026 il demande une belle voix de basse \u00e0 la fois autoritaire et puissante. Pour cela, <strong>Roberto Scandiuzzi<\/strong> est qualifi\u00e9 puisque le volume est notable et le timbre tr\u00e8s impressionnant. Malgr\u00e9 tout, on reste un peu sur sa faim en termes de noblesse car \u00e0 cause d\u2019une voix extr\u00eamement large mais pas assez canalis\u00e9e, le Cardinal poss\u00e8de quelques accents ogresque qui tranchent dans un chant sinon bien tenu. Le grave est sonore, l\u2019aigu puissant et il semble vouloir \u00e9viter de trop aller dans la violence m\u00eame dans la grande mal\u00e9diction du troisi\u00e8me acte. Avec quelques murmures il conf\u00e8re un caract\u00e8re inqui\u00e9tant mais qui enl\u00e8ve un peu de poids \u00e0 un passage qui se doit de faire trembler la salle, murs et spectateurs inclus\u00a0! La d\u00e9couverte de sa fille vivante va faire naitre un Cardinal moins convaincant dramatiquement comme stylistiquement. En effet \u00e0 vouloir trop montrer son trouble et ses \u00e9motions, Scandiuzzi propose des effets proches du v\u00e9risme qui n\u2019ont rien \u00e0 faire dans le Grand-Op\u00e9ra. Il est \u00e0 souhaiter qu\u2019un jour les programmeurs pensent aux basses fran\u00e7aises qui rayonneraient avec ce genre de personnage comme J\u00e9r\u00f4me Varnier ou Nicolas Courjal. Mais Scandiuzzi se heurte peut-\u00eatre aussi au souvenir tonitruant de Ferruccio Furlanetto \u00e0 Paris qui proposait un portrait peut-\u00eatre moins nuanc\u00e9 mais d\u2019une implication terrifiante d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Dans un style aussi international, Scandiuzzi semble vouloir \u00e9viter certains exc\u00e8s mais n\u2019arrive pas totalement \u00e0 compenser par un style idoine.<\/p>\n<div id=\"attachment_749\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-749\" class=\"size-medium wp-image-749\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-6-300x169.jpg\" alt=\"Acte III : Roberto Scandiuzzi (Brogni), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie), Enea Scala (Leopold)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-6-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-6-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-6.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-749\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Roberto Scandiuzzi (Brogni), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie), Enea Scala (Leopold)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le d&rsquo;Eudoxie peut trop souvent \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 un num\u00e9ro de vocalises sans grande profondeur. <strong>Sabina Pu\u00e9rtolas<\/strong> et Olivier Py donnent plus de pr\u00e9sence au personnage, mais en axant uniquement sa vision sur l&rsquo;id\u00e9e du bol\u00e9ro (r\u00e9tabli ici)\u00a0: c&rsquo;est une Eudoxie tr\u00e8s sensuelle, qui s&rsquo;amuse avant tout et qui se montre tr\u00e8s libre. Ainsi tout au long de l&rsquo;ouvrage, elle se pavane dans une robe semi-transparente, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 montrer ses jambes, et jouant une femme-enfant un peu vulgaire. On se demande ainsi o\u00f9 est la grande dame&#8230; et surtout, si ce portrait \u00e9tait modifi\u00e9 apr\u00e8s la condamnation. Mais en dehors d&rsquo;une certaine froideur durant l&rsquo;excommunication, elle retrouve ses attributs rapidement, m\u00eame durant le dernier acte o\u00f9 on ne sent pas la grande tristesse qui devrait s&#8217;emparer d&rsquo;elle en voyant Rachel partir \u00e0 la mort alors qu&rsquo;elle part avec Leopold. La voix convient parfaitement \u00e0 cette vision du personnage, avec un timbre assez charnu, une sensualit\u00e9 affirm\u00e9e et un technique qui lui permet aussi de briller dans les pi\u00e8ges que lui r\u00e9serve le compositeur. Ainsi le personnage est parfaitement construit, mais loin des habitudes\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 on attend une grande dame qui devient d&rsquo;une grande sobri\u00e9t\u00e9 sur la fin de l\u2019\u0153uvre et se montre digne d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, nous avons ici une jeune fille qui veut profiter de sa condition ais\u00e9e et jouir de la vie. \u00c9trange conception mais tr\u00e8s bien assum\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_750\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-750\" class=\"size-medium wp-image-750\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-7-300x169.jpg\" alt=\"Acte III\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-7-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-7-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-7.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-750\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le tr\u00e8s difficile r\u00f4le d&rsquo;El\u00e9azar, l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon a eu la bonne id\u00e9e de faire venir non pas un t\u00e9nor \u00e2g\u00e9 comme une mauvaise tradition le propose, mais bien un t\u00e9nor arm\u00e9 pour tenir des r\u00f4les lourds (comme Parsifal il y a quelques saisons dans ces m\u00eames lieux). <strong>Nikolai Schukoff<\/strong> est en effet plus habitu\u00e9 au r\u00e9pertoire dramatique germanique (Wagner entre autres!) qu&rsquo;aux fastes du Grand Op\u00e9ra fran\u00e7ais. Il avait pourtant d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 un assez bon Don Jos\u00e9, mais ce r\u00f4le de p\u00e8re fanatique est autrement plus ardu \u00e0 chanter et \u00e0 faire vivre\u00a0! Vocalement, il faut saluer l&rsquo;engagement du t\u00e9nor qui jamais ne va \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie et prend visiblement ses marques au fil du spectacle pour vraiment oser des choses qu&rsquo;on ne pouvait pas esp\u00e9rer au d\u00e9but. Ainsi, l&rsquo;aigu est toujours un peu difficile et certains sont \u00e9vit\u00e9s, mais petit \u00e0 petit ils sont de plus en plus pr\u00e9sents. Alors bien s\u00fbr la cabalette est supprim\u00e9e car trop ardue pour une telle voix&#8230; mais tout le reste de l&rsquo;ouvrage est chant\u00e9 de belle mani\u00e8re, avec un style assez parfait. Ne manquerait donc plus qu&rsquo;un peu plus d&rsquo;arrogance dans l&rsquo;aigu (le tout dernier par exemple est bien l\u00e0, mais reste trop court pour vraiment sonner comme la condamnation de Brogni). Jamais on ne va trouver les d\u00e9monstrations v\u00e9ristes qui peuvent parsemer par exemple la conception d&rsquo;un Schicoff&#8230; le chant reste parfaitement bien tenu. Et le personnage n&rsquo;en vit pas moins car il est plus nuanc\u00e9 dans ses r\u00e9actions et plus r\u00e9fl\u00e9chit dans ses actions. Loin du p\u00e8re fanatique, on trouve toute la douleur mais aussi la folie. Jamais caricatural et toujours juste, il donne avec Olivier Py un superbe portrait d&rsquo;un des personnages les plus complexes du r\u00e9pertoire.<\/p>\n<div id=\"attachment_744\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-744\" class=\"size-medium wp-image-744\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju11-300x207.jpg\" alt=\"Acte IV : Roberto Scandiuzzi (Brogni), Rachel Harnisch (Rachel)\" width=\"300\" height=\"207\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju11-300x207.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ju11.jpg 725w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-744\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Roberto Scandiuzzi (Brogni), Rachel Harnisch (Rachel)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin,\u00a0 la bien nomm\u00e9e prend le r\u00f4le titre. Cr\u00e9\u00e9 par Cornelie Falcon, le personnage de Rachel demande beaucoup \u00e0 son interpr\u00e8te puisque la tessiture est tr\u00e8s large, mais il faut aussi exprimer toutes les \u00e9motions qui traversent cette jeune fille amoureuse, bafou\u00e9e et sacrifi\u00e9e. Plus habitu\u00e9e \u00e0 chanter Mozart, la soprano manque un peu d&rsquo;aplomb tout au long de l&rsquo;ouvrage malheureusement. La voix est superbement conduite et assume la tessiture, mais il lui manque un feu br\u00fblant qui devrait la d\u00e9vorer. Ainsi toutes les nuances sont l\u00e0 mais trop appliqu\u00e9es et discr\u00e8tes, sans la passion qui br\u00fble en Rachel. Le grave manque d&rsquo;assise, l&rsquo;aigu est trop souvent pris avec prudence et la voix n&rsquo;a pas la projection que demande la partition. Apr\u00e8s, le travail est remarquable car la chanteuse donne tout ce qu&rsquo;elle a et compose un personnage tr\u00e8s finement d\u00e9taill\u00e9. Mais justement on en viendrait \u00e0 souhaiter un peu plus de spontan\u00e9it\u00e9 et de rel\u00e2chement dans le style si cela donnait plus de corps \u00e0 Rachel. Il ne faut tout de m\u00eame pas juger trop n\u00e9gativement la prestation car la chanteuse s&rsquo;investit visiblement \u00e9norm\u00e9ment et de plus en plus au fil de l&rsquo;ouvrage&#8230; On tremble et on pleur pour elle, mais l&rsquo;oreille et les tripes restent un peu en retrait l\u00e0 o\u00f9 son p\u00e8re par exemple avec des moyens autres (mais pas non plus tout \u00e0 fait adapt\u00e9s au r\u00e9pertoire) donne de grands frissons. Malgr\u00e9 ces r\u00e9serves peut-\u00eatre un peu trop d\u00e9velopp\u00e9es ici, la prestation de Rachel Harnisch reste superbe car on a ici toute une fragilit\u00e9 et une qualit\u00e9 de chant qui est souvent un peu mise de c\u00f4t\u00e9 dans ce r\u00e9pertoire particuli\u00e8rement difficile \u00e0 distribuer et \u00e0 chanter\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_751\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-751\" class=\"size-medium wp-image-751\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-8-300x169.jpg\" alt=\"Acte IV : Rachel Harnisch (Rachel), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-8-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-8-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/la-juive-web-8.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-751\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Rachel Harnisch (Rachel), Sabina Pu\u00e9rtolas (Eudoxie)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la distribution manque peut-\u00eatre un peu d&rsquo;\u00e9clat, elle n&rsquo;en reste pas moins tr\u00e8s belle car chacun est impliqu\u00e9 et chante avec conviction. La diction de l&rsquo;ensemble pourtant non francophone est aussi \u00e0 saluer tant le texte est clair. Apr\u00e8s, il manque pour vraiment donner toute sa dimension \u00e0 cet ouvrage grandiose un petit quelque chose de plus puissant chez les chanteurs\u00a0: de l&rsquo;aigu chez El\u00e9azar, de la largeur chez Rachel ou de la noblesse chez Brogni. Mais une distribution de cette qualit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 bien rare de nos jours et il faut remercier le travail de l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon qui a r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un superbe spectacle en r\u00e9unissant un ensemble d&rsquo;artistes tr\u00e8s impliqu\u00e9s. Le public en tout cas a \u00e9t\u00e9 totalement fascin\u00e9 et transport\u00e9 par l&rsquo;ouvrage et il faut esp\u00e9rer que dans les ann\u00e9es qui viennent, non seulement l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon propose d&rsquo;autres ouvrages de ce r\u00e9pertoire avec une telle qualit\u00e9, mais en plus que <em>La Juive<\/em> continue \u00e0 retrouver le chemin des grandes sc\u00e8nes avec, pourquoi pas, une production int\u00e9grale un jour\u00a0!<\/p>\n<ul>\n<li>Lyon<\/li>\n<li>Op\u00e9ra de Lyon<\/li>\n<li>3 avril 2016<\/li>\n<li>Jacques-Fromental Hal\u00e9vy (1799-1862), La Juive, Op\u00e9ra en 5 actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Olivier Py\u00a0; D\u00e9cors et costumes, Pierre-Andr\u00e9 Weitz\u00a0; Lumi\u00e8res, Bertrand Killy<\/li>\n<li>El\u00e9azar, Nikolai Schukoff\u00a0; Rachel, Rachel Harnisch\u00a0; Princesse Eudoxie, Sabina Pu\u00e9rtolas\u00a0; Leopold, Enea Scala\u00a0; Cardinal Brogni, Roberto Scandiuzzi\u00a0; Ruggiero, Vincent Le Texier\u00a0; Albert, Charles Rice\u00a0; Crieur, Paul-Henry Vila\u00a0; Officier, Brian Bruce\u00a0; Bourreau, Alain Sobieski\u00a0; Hommes du peuple, Dominique Beneforti \u2013 Charles Saillofest<\/li>\n<li>Ch\u0153urs de l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon<\/li>\n<li>Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon<\/li>\n<li>Daniele Rustioni, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pilier du r\u00e9pertoire de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris durant des ann\u00e9es, r\u00e9guli\u00e8rement mont\u00e9 dans tous les th\u00e9\u00e2tres de France&#8230; comment La Juive a pu tomber dans un tel silence\u00a0? 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