{"id":723,"date":"2016-03-30T21:36:30","date_gmt":"2016-03-30T19:36:30","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=723"},"modified":"2016-03-30T21:36:30","modified_gmt":"2016-03-30T19:36:30","slug":"die-frau-ohne-schatten-bohm-1955-tout-simplement-legendaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=723","title":{"rendered":"Die Frau Ohne Schatten, B\u00f6hm 1955 : tout simplement l\u00e9gendaire!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-725 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55-300x297.jpg\" alt=\"FROSCH_55\" width=\"300\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55-300x297.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55-768x761.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55-1024x1015.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/FROSCH_55.jpg 1412w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Il est commun de parler pour certains enregistrements de disques l\u00e9gendaires ou mythiques&#8230; mais s&rsquo;il en est bien un qui m\u00e9rite ces qualificatifs, c&rsquo;est l&rsquo;enregistrement studio de <em>Die Frau Ohne Schatten<\/em> de 1955 pour DECCA dirig\u00e9 par Karl B\u00f6hm. Non seulement il est d&rsquo;une qualit\u00e9 admirable, mais les circonstances de son enregistrement, sa place dans la discographie de l\u2019\u0153uvre, sa raret\u00e9 et son t\u00e9moignage d&rsquo;une \u00e9poque ajoutent encore \u00e0 l&rsquo;aura qui le pare. Bien s\u00fbr, d&rsquo;autres enregistrements de cet op\u00e9ra magique de Richard Strauss sont reconnu et admir\u00e9s, avec bien s\u00fbr d&rsquo;autres captations dirig\u00e9es par B\u00f6hm (en 1977 par exemple), Karajan ou Solti. Mais voil\u00e0&#8230; peuvent-elles rivaliser d&rsquo;un point de vue historique\u00a0? Sans parler de la qualit\u00e9 qui est somme-toute souvent relatif en fonction des pr\u00e9f\u00e9rences de chacun&#8230; quelle autre enregistrement d&rsquo;op\u00e9ra a inspir\u00e9 une mise en sc\u00e8ne de ce m\u00eame op\u00e9ra par exemple\u00a0? Bien peu&#8230; Cette version est certes afflig\u00e9e de coupures, mais pour l&rsquo;\u00e9poque, la partition est plut\u00f4t bien conserv\u00e9e si l&rsquo;on compare \u00e0 certains enregistrements post\u00e9rieurs\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les premiers op\u00e9ras mont\u00e9s dans le Staatsoper de Vienne nouvellement reconstruit en 1955, <em>Die Frau Ohne Schatten<\/em> \u00e9tait une prise de risque puisque l&rsquo;ouvrage n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re des plus courus&#8230; m\u00eame en Autriche. Les souvenirs des cr\u00e9ateurs de 1919 \u00e9taient encore vivaces (Maria Jeritza en Imp\u00e9ratrice et Lotte Lehmann en Teinturi\u00e8re) et c&rsquo;est avec une grande surprise que les repr\u00e9sentations re\u00e7urent un triomphe&#8230; \u00e0 tel point que Karl B\u00f6hm proposa \u00e0 DECCA d&rsquo;enregistrer l\u2019\u0153uvre en studio. Le compagnie de disque n&rsquo;\u00e9tait pas emball\u00e9e car quel \u00e9tait l&rsquo;argument commercial de ce produit\u00a0? Un chef connu mais qui ne se distingue pas des autres grands noms de l&rsquo;\u00e9poque, des chanteurs qui sont reconnus \u00e0 Vienne mais qui restent des noms peu vendeurs \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;Autriche&#8230; et une \u0153uvre peu connue. Mais le chef et les chanteurs de la production sc\u00e9nique insistent, allant jusqu&rsquo;\u00e0 abandonner leur salaire pour l&rsquo;enregistrement (ils toucheront par la suite quelques revenus sur les ventes des disques). Les conditions d&rsquo;enregistrement seront alors assez dantesques puisqu&rsquo;il faut gagner du temps et r\u00e9duire les frais au maximum. Les sessions seront donc longues et l&rsquo;ouvrage sera enregistr\u00e9 par grandes sc\u00e8nes en limitant le plus possibles les reprises, presque dans les conditions du direct. Dans une salle non chauff\u00e9e, les chanteurs montent en sc\u00e8ne habill\u00e9es comme dehors alors qu&rsquo;ils peuvent chanter en m\u00eame temps des ouvrages tr\u00e8s diff\u00e9rents (Leonie Rysanek chantait <em>Aida<\/em> \u00e0 Vienne). Ces conditions tr\u00e8s sp\u00e9ciales marquent d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;enregistrement car on y ressent non seulement les habitudes de la sc\u00e8ne, mais aussi une tension perceptible par l&rsquo;engagement de chacun \u00e0 r\u00e9ussir un grand enregistrement, aid\u00e9s en cela par les grandes sc\u00e8nes enregistr\u00e9es d&rsquo;un bloc.<\/p>\n<div id=\"attachment_730\" style=\"width: 220px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-730\" class=\"size-medium wp-image-730\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/DVD-strauss-frau-schatten-210x300.jpg\" alt=\"Die Frau Ohne Schatten mise en sc\u00e8ne par Christof Loy : Anne Schwanewilms (L'Imp\u00e9ratrice) revit l'enregistrement de cet enregistrement dans les habits de Leonie Rysanek, alors jeune chanteuse au milieu de grands chanteurs reconnus\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/DVD-strauss-frau-schatten-210x300.jpg 210w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/DVD-strauss-frau-schatten.jpg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><p id=\"caption-attachment-730\" class=\"wp-caption-text\">Die Frau Ohne Schatten mise en sc\u00e8ne par Christof Loy : Anne Schwanewilms (L&rsquo;Imp\u00e9ratrice) revit l&rsquo;enregistrement de cet enregistrement dans les habits de Leonie Rysanek, alors jeune chanteuse au milieu de grands chanteurs reconnus<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1955, il n&rsquo;existait pas d&rsquo;enregistrement disponible de cet op\u00e9ra&#8230; Quelques diffusions radio bien s\u00fbr comme celle de la production de Vienne avec Ludwig Weber en Barak. Mais aucune possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9couter chez soit <em>Die Frau Ohne Schatten<\/em>. Avec la r\u00e9volution du 33 tours et les qualit\u00e9s habituelles de prise de son des ing\u00e9nieures de chez DECCA, la partition de Richard Strauss pouvait entrer chez le particulier dans une qualit\u00e9 admirable. En mono seulement dans un premier temps puis en st\u00e9r\u00e9o dans les ann\u00e9es soixante-dix. Il n&rsquo;existait alors aucun enregistrement studio int\u00e9gral d&rsquo;op\u00e9ra de Wagner, et DECCA n&rsquo;avait grav\u00e9 que <em>Salom\u00e9<\/em> avec Christel Goltz sous la direction de Clemens Kraus et <em>Der Rosenkavalier<\/em> dirig\u00e9 par Erich Kleiber en 1954 pour Richard Strauss, soit deux des ouvrages les plus connus du compositeur. Deutsch Grammophon avait \u00e9t\u00e9 plus timide avec seulement des extraits d&rsquo;<em>Elektra<\/em> avec Elisabeth H\u00f6ngen et toujours Christel Goltz sous la direction de Georg Solti. Se lancer dans l&rsquo;enregistrement d&rsquo;une \u0153uvre aussi peu connue \u00e9tait donc une vraie prise de risque, mais elle va r\u00e9v\u00e9ler une partition magique \u00e0 bon nombre de personnes, premi\u00e8re manifestation du d\u00e9sir du chef Karl B\u00f6hm pour mettre en avant cet op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reflet des repr\u00e9sentations de l&rsquo;Op\u00e9ra de Vienne, cet enregistrement b\u00e9n\u00e9ficie bien s\u00fbr des t\u00eates d&rsquo;affiches, mais aussi de toute la qualit\u00e9 de la troupe\u00a0: on retrouve dans chaque petit r\u00f4le des chanteurs capables d&rsquo;assumer des r\u00f4les principaux et qui ici se montrent parfaits dans leurs prestations. Particuli\u00e8rement habitu\u00e9s \u00e0 Strauss et au style viennois, ils sont dans leur \u00e9l\u00e9ment et ne sont pas pour rien dans la r\u00e9ussite globale de la captation. Et pourtant, autant les r\u00f4les principaux pouvaient esp\u00e9rer une reconnaissance mondiale avec la diffusion de ces disques, autant les petits r\u00f4les ne participaient que pour l&rsquo;amour de l\u2019\u0153uvre. Comment rester insensible face \u00e0 <strong>Emmy Loose<\/strong> qui irradie en Gardien des portes du temple\u00a0? Elle qui triompha en Blonde, Despina ou Papagena\u00a0? Parmi le trio des Veilleurs de Nuit, ce sont rien de moins que <strong>Alfred Poell<\/strong> (grand Wotan, Don Giovanni ou Comte des <em>Noces de Figaro<\/em>) et <strong>Eberhard W\u00e4chter<\/strong> qui triomphera quelques ann\u00e9es apr\u00e8s dans le r\u00f4le de Barak et ce pour de nombreuses ann\u00e9es. Enfin <strong>Kurt B\u00f6hme<\/strong> qui sera l&rsquo;une des grandes basses dans le r\u00e9pertoire germanique et triomphera chez Wagner (inoubliable Fafner) ou Strauss (Oreste de grande tenue avec Karl B\u00f6hm encore). Chacun des chanteurs ou presque poss\u00e8de un r\u00e9pertoire impressionnant et t\u00e9moigne d&rsquo;artistes accomplis. Certes ils chantaient dans la troupe de l&rsquo;Op\u00e9ra de Vienne et donc ne choisissaient pas forc\u00e9ment leurs r\u00f4les, mais ici ils participent au disque, tous engag\u00e9 dans un projet magnifique.<\/p>\n<div id=\"attachment_728\" style=\"width: 287px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-728\" class=\"size-medium wp-image-728\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_Hoengen_FROSCH_55-277x300.jpg\" alt=\"Christel G\u00f6ltz et Elisabeth H\u00f6ngen : la Teinturi\u00e8re et la Nourrice en 1955\" width=\"277\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_Hoengen_FROSCH_55-277x300.jpg 277w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_Hoengen_FROSCH_55.jpg 461w\" sizes=\"auto, (max-width: 277px) 100vw, 277px\" \/><p id=\"caption-attachment-728\" class=\"wp-caption-text\">Christel G\u00f6ltz et Elisabeth H\u00f6ngen : la Teinturi\u00e8re et la Nourrice en 1955<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de cette r\u00e9ussite est bien s\u00fbr le chef <strong>Karl B\u00f6hm<\/strong> qui a assembl\u00e9 une distribution brillante autour des forces du Staatsoper de Vienne. Mais il y a aussi sa vision qui s&rsquo;impose imm\u00e9diatement. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il proposera dans l&rsquo;enregistrement publi\u00e9 par Deutsch Grammophon en 1977, Karl B\u00f6hm choisit la transparence et la finesse l\u00e0 o\u00f9 il jouait avant tout sur le drame et la violence par la suite\u00a0: les optiques de direction tout comme de distribution sont ici particuli\u00e8rement oppos\u00e9s comme en est l&rsquo;exemple de Christel Goltz face \u00e0 Birgit Nilson. Avec un orchestre un peu avare en couleur, le chef d\u00e9cide ici de donner une vision onirique et presque d\u00e9sincarn\u00e9e de la partition\u00a0: il affine les textures et soigne les d\u00e9tails d\u00e8s les premi\u00e8res mesures o\u00f9 l&rsquo;on peut entendre toutes les finesses de la partition qui est loin ici du maelstr\u00f6m qu&rsquo;il proposera par la suite. Si ce choix montre moins de puissance dramatique, il est beaucoup plus lumineux et irr\u00e9el, renfor\u00e7ant ici le c\u00f4t\u00e9 f\u00e9\u00e9rique de l\u2019\u0153uvre. En effet, une bonne partie de l&rsquo;histoire montre des personnages de contes qu&rsquo;ils soient humains ou non. Et c&rsquo;est cette partie qui est mise en avant, l\u00e0 o\u00f9 le monde de humain semble moins sinistre et lourd que souvent. Le cadre est en fait comme l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9plac\u00e9 car il donne \u00e0 voir une partition beaucoup plus l\u00e9g\u00e8re et magique. Le monde humain est donc moins marqu\u00e9 par la crasse que peut d\u00e9crire le livret mais le contraste est toujours marqu\u00e9 vu le lyrisme et la lumi\u00e8re du monde f\u00e9\u00e9rique.<\/p>\n<div id=\"attachment_727\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-727\" class=\"size-medium wp-image-727\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Hoengen_Amme_FROSCH_55-300x223.jpg\" alt=\"Elisabeth H\u00f6ngen : La Nourrice en 1955\" width=\"300\" height=\"223\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Hoengen_Amme_FROSCH_55-300x223.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Hoengen_Amme_FROSCH_55.jpg 613w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-727\" class=\"wp-caption-text\">Elisabeth H\u00f6ngen : La Nourrice en 1955<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution est domin\u00e9e par cinq chanteurs particuli\u00e8rement inspir\u00e9s. Dans le r\u00f4le manipulateur de la Nourrice, <strong>Elisabeth H\u00f6ngen<\/strong> donne toute la dimension de son talent de compteuse et d&rsquo;artiste. Grande habitu\u00e9e des personnages charismatiques, la mezzo-soprano offre sa voix droite et cinglante \u00e0 toutes les nuances que requi\u00e8re le r\u00f4le. Difficile de ne pas \u00eatre totalement glac\u00e9 par ses impr\u00e9cations ou par sa froideur. La voix a certes une expressivit\u00e9 impressionnante, mais il y aussi le texte qui est particuli\u00e8rement mis en valeur. Ce dernier claque et vit car c&rsquo;est ce que demande cette nourrice. Elle s&rsquo;impose sans aucun soucis comme l&rsquo;\u00e9gal des quatre autres personnages principaux, comme savent le faire les quelques grandes artistes qui se sont empar\u00e9es du r\u00f4le&#8230; comme Martha M\u00f6dl par exemple sauf que l\u00e0 o\u00f9 cette derni\u00e8re proposait une voix tr\u00e8s us\u00e9e, Elisabeth H\u00f6ngen se montre d&rsquo;une sant\u00e9 vocale totale\u00a0! La simplicit\u00e9 et le naturel de cette composition tant th\u00e9\u00e2trale que musicale et on se demande qui par la suite a r\u00e9ussit \u00e0 se hisser \u00e0 un tel niveau d&rsquo;excellence.<\/p>\n<div id=\"attachment_726\" style=\"width: 246px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-726\" class=\"size-medium wp-image-726\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_FROSCH_55-236x300.jpeg\" alt=\"Christel Goltz : la Teinturi\u00e8re en 1955\" width=\"236\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_FROSCH_55-236x300.jpeg 236w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Goltz_FROSCH_55.jpeg 378w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><p id=\"caption-attachment-726\" class=\"wp-caption-text\">Christel Goltz : la Teinturi\u00e8re en 1955<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le couple humain trouve en Christel Goltz et Paul Schoeffler des interpr\u00e8tes d&rsquo;une grande subtilit\u00e9, \u00e9vitant les travers de certains chanteurs qui imposent ici des personnages plus monolithiques que vraiment nuanc\u00e9s. Avec une voix moins puissante et massive que souvent, <strong>Christel Goltz<\/strong> donne un portrait mesur\u00e9 et sans exc\u00e8s, avec une froideur et une autorit\u00e9 qui s&rsquo;expriment plus par les nuances et les accents que par la violence d&rsquo;une voix pourtant redoutable. Claquant ou douloureux, le chant se varie admirablement tout au long des diff\u00e9rents tableaux et l&rsquo;on rencontre une vraie femme et non une furie qui se m\u00e9tamorphose subitement en suppliante. F\u00e9minine m\u00eame dans sa violence et particuli\u00e8rement touchante, elle cr\u00e9\u00e9e une Teinturi\u00e8re \u00e0 laquelle on s&rsquo;attache. Alors que sur sc\u00e8ne en 1955, le r\u00f4le de Barak \u00e9tait chant\u00e9 par Ludwig Weber, c&rsquo;est le baryton <strong>Paul Schoeffler<\/strong> qui est enregistr\u00e9. On passe donc d&rsquo;une basse sombre \u00e0 un baryton lyrique plut\u00f4t clair. Par cette modification du timbre, le personnage gagne magnifiquement en humanit\u00e9 et en douceur. Profond\u00e9ment touchant d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la partition, Barak est tout comme sa femme chant\u00e9 avec d&rsquo;infinies nuances. Toute la d\u00e9licatesse d&rsquo;un phras\u00e9, la douceur des accents et la beaut\u00e9 du timbre composent un Teinturier humaniste et po\u00e8te, toujours douloureusement bon. Avec ces deux interpr\u00e8tes, nous avons vraiment des \u00eatres ce chaire et de sang pour le couple qui sont dans la m\u00eame ligne que la direction de B\u00f6hm\u00a0: on ne cherche pas \u00e0 noircir les portraits, mais on en donne au contraire une vision d&rsquo;une troublante simplicit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_731\" style=\"width: 251px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-731\" class=\"size-medium wp-image-731\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Rysanek_Kaiserin-241x300.jpg\" alt=\"Leonie Rysanek : l'Imp\u00e9ratrice en 1955\" width=\"241\" height=\"300\" \/><p id=\"caption-attachment-731\" class=\"wp-caption-text\">Leonie Rysanek : l&rsquo;Imp\u00e9ratrice en 1955<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Hans Hopf<\/strong> traine une r\u00e9putation de chanteur un peu lourdaud et sans grand charisme. Avec cet Empereur, il d\u00e9montre combien il peut tout autant donner des interpr\u00e9tations raffin\u00e9es malgr\u00e9 un timbre sans grande personnalit\u00e9. La noblesse du phras\u00e9 et la facilit\u00e9 avec laquelle il s&rsquo;impose dans un r\u00f4le assez inchantable est tout bonnement magnifique. Bien s\u00fbr il n&rsquo;est pas aur\u00e9ol\u00e9 comme d&rsquo;autres d&rsquo;un statut de star, mais pourtant sa prestation est admirable avec un grand air cisel\u00e9 \u00e0 la perfection et il faut entendre la phrase de son r\u00e9veil au troisi\u00e8me acte totalement hypnotique et solaire. La voix poss\u00e8de une facilit\u00e9 d\u00e9concertante sans jamais forcer ou sembler pouss\u00e9e. C&rsquo;est cette aisance et la nuances qui donnent toute sa douceur \u00e0 l&rsquo;Empereur dont le portrait se r\u00e9sume en un sorte de vitrail presque d\u00e9sincarn\u00e9 avant son r\u00e9veil final o\u00f9 il irradie. Face \u00e0 lui, celle qui aura \u00e9t\u00e9 l&rsquo;Imp\u00e9ratrice pendant trente ans sur toutes les grandes sc\u00e8nes. <strong>Leonie Rysanek<\/strong> avait d\u00e9j\u00e0 chant\u00e9 quelquefois le r\u00f4le (alors qu&rsquo;on lui avait propos\u00e9 au d\u00e9part le r\u00f4le de la Teinturi\u00e8re!) et on entend ici peut-\u00eatre sa meilleure prestation tant la voix est facile et le personnage d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Quelques ann\u00e9es plus tard, l&rsquo;incarnation est plus d\u00e9vastatrice, mais l&rsquo;aigu est plus difficile et la voix s&rsquo;est alourdie. Ici elle poss\u00e8de tout depuis le sur-aigu jusqu&rsquo;\u00e0 la largeur ph\u00e9nom\u00e9nale en passant par un phras\u00e9 et une d\u00e9licatesse rare. Car apr\u00e8s tout, cette princesse des f\u00e9es doit-elle souffrir et exprimer son d\u00e9sarrois comme une femme normale\u00a0? Ne doit-elle pas au contraire conserver une part de myst\u00e8re, quelque chose d&rsquo;une jeune fille pure\u00a0? Le portrait de cette Imp\u00e9ratrice \u00e9volue bien s\u00fbr au cours de l\u2019\u0153uvre avec une entr\u00e9e totalement irr\u00e9elle avant que ne viennent les doutes et les tourments, mais toujours avec une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 malgr\u00e9 la puissance ph\u00e9nom\u00e9nale de la voix. C&rsquo;est une jeune femme qui d\u00e9couvre ici la vie r\u00e9elle et dont la puret\u00e9 du d\u00e9but est petit \u00e0 petit assombrie par les manigances mais qui conserve une brillant irr\u00e9el. On est ici dans l&rsquo;un des plus grands enregistrements de la jeune chanteuse, qui alors chantait en m\u00eame temps <em>Aida<\/em> (dont on garde un enregistrement d&rsquo;ailleurs).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La qualit\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9tation, la technique d&rsquo;enregistrement, les choix du chef&#8230; tout ceci donne d\u00e9j\u00e0 un enregistrement de r\u00e9f\u00e9rence. Mais quand on y rajoute sa place dans l&rsquo;histoire du disque, nous avons ici un enregistrement mythique. Esp\u00e9rons qu&rsquo;un jour DECCA ait la bonne id\u00e9e de publier \u00e0 nouveau cet enregistrement de <em>Die Frau Ohne Schatten<\/em> qui dort honteusement dans ses tiroirs depuis la parution de ce coffret en 1991 et est maintenant difficilement trouvable \u00e0 un prix raisonnable. Historique \u00e0 plus d&rsquo;un titre, il souffre souvent de la comparaison avec son petit fr\u00e8re de 1977 o\u00f9 B\u00f6hm d\u00e9cha\u00eene des torrents de lave avec des gosiers immenses&#8230; mais quand on \u00e9coute la partition, ne doit-elle pas aussi pouvoir briller d&rsquo;un \u00e9clat lunaire\u00a0? On est dans une \u0153uvre symboliste et garder une l\u00e9g\u00e8re distance apporte encore au caract\u00e8re \u00e9trange et ensorceleur de la partition de Richard Strauss.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Richard Strauss (1864-1949), Die Frau Ohne Schatten (1919), Op\u00e9ra en trois actes<\/li>\n<li>Der Kaiser, Hans Hopf ; Die Kaiserin, Leonie Rysanek ; Die Amme, Elisabeth H\u00f6ngen ; Der Geisterbote, Kurt B\u00f6hme\u00a0; Barak, Paul Schoeffler\u00a0; Seine Frau, Christel Goltz\u00a0; Die Stimme des Flaken, Judith Hellwig\u00a0; Die Erscheinung eines J\u00fcnglings, Karl Terkal\u00a0; Eine Stimme von oben, Hilde R\u00f6ssel-Majdan\u00a0; Der H\u00fcter der Schwelle, Emmy Loose\u00a0; Der Ein\u00e4ugige, Harald Pr\u00f6glh\u00f6f\u00a0; Der Einarmige, Oskar Czerwenka\u00a0; Der Bucklige, Murray Dickie\u00a0; Die Stimmen der Ungeborene, Liselotte Maikl \u2013 Ruthilde Boesch \u2013 Berta Seidl \u2013 Edith Priessner \u2013 Gertraud Bastezky \u2013 Dorothea Frass\u00a0; Dienerinnen, Emmy Loose \u2013 Anny Felbermayer \u2013 Hilde R\u00f6ssel-Majdan\u00a0; Die Stimmen der W\u00e4chter, Alfred Poell \u2013 Eberhard W\u00e4chter &#8211; LjubomirPantscheff<\/li>\n<li>Chor der Wiener Staatsoper<\/li>\n<li>Wiener Philharmoniker<\/li>\n<li>Karl B\u00f6hm, direction<\/li>\n<li>3 CD DECCA, 425 981-2. Enregistr\u00e9 dans la Grande Salle du Musikverein de Vienne, les 29 et 30 Novembre ainsi que les 2, 7 et 10 D\u00e9cembre 1955.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est commun de parler pour certains enregistrements de disques l\u00e9gendaires ou mythiques&#8230; mais s&rsquo;il en est bien un qui m\u00e9rite ces qualificatifs, c&rsquo;est l&rsquo;enregistrement studio de Die Frau Ohne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[2,59,1],"tags":[9,57,14,23,33],"class_list":["post-723","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disque-dvd","category-musique","category-non-classe","tag-cd","tag-epoque_romantique","tag-integrale","tag-opera","tag-strauss","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-bF","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=723"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":733,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions\/733"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}