{"id":677,"date":"2016-02-06T20:07:39","date_gmt":"2016-02-06T19:07:39","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=677"},"modified":"2016-02-08T18:04:43","modified_gmt":"2016-02-08T17:04:43","slug":"retour-du-dante-de-godard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=677","title":{"rendered":"Retour du Dante de Godard"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_686\" style=\"width: 229px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-686\" class=\"size-medium wp-image-686\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Benjamin_Godard_01-219x300.jpg\" alt=\"Benjamin Godard (1849-1895)\" width=\"219\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Benjamin_Godard_01-219x300.jpg 219w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Benjamin_Godard_01.jpg 466w\" sizes=\"auto, (max-width: 219px) 100vw, 219px\" \/><p id=\"caption-attachment-686\" class=\"wp-caption-text\">Benjamin Godard (1849-1895)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Presque un an jour pour jour apr\u00e8s le retour en gr\u00e2ce de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=420\" target=\"_blank\"><em>Cinq-Mars<\/em> de Gounod<\/a>, l&rsquo;Op\u00e9ra Royal de Versailles accueillait en ce 2 f\u00e9vrier une \u0153uvre jamais reprise depuis sa cr\u00e9ation : <em>Dante<\/em> du peu connu Benjamin Godard. Bien s\u00fbr, la Fondation Bru-Zane est \u00e0 l&rsquo;initiative de cette re-cr\u00e9ation et on retrouve des habitu\u00e9s de ses productions : V\u00e9ronique Gens, Edgaras Montvidas, Andrew Foster-Williams, Ulf Schirmer et les forces de Munich. Si l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, la soir\u00e9e \u00e9tait port\u00e9e par le nom du compositeur, il n&rsquo;en \u00e9tait rien pour Godard qui reste assez peu connu. Pourtant, le public s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 avec une belle curiosit\u00e9 puisque la salle \u00e9tait presque pleine. Appel\u00e9 \u00e0 faire partie de la collection de livres-disques consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Fran\u00e7ais, ce <em>Dante<\/em> rivalisera difficilement avec la derni\u00e8re parution <em><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=618\" target=\"_blank\">Herculanum<\/a><\/em> ou avec le futur <em>Cinq-Mars<\/em>. Mais la partition est loin d&rsquo;\u00eatre inint\u00e9ressante avec des fulgurances superbes qui sont malheureusement accompagn\u00e9e de moments beaucoup moins inspir\u00e9s. La musique est efficace et devait s\u00fbrement donner un effet impressionnant \u00e0 bien des moments avec une mise en sc\u00e8ne, mais le livret n&rsquo;est pas des plus r\u00e9ussis malheureusement.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mort \u00e0 45 ans, Benjamin Godard n&rsquo;est pas rest\u00e9 dans les m\u00e9moires de la musique fran\u00e7aise. Pourtant, durant cette br\u00e8ve carri\u00e8re, il va composer pr\u00e8s de cent-cinquante pi\u00e8ces dans les domaines les plus vari\u00e9s, dont six op\u00e9ras. Il y a quelques ann\u00e9es le Festival de Radio-France proposait <em>La Vivandi\u00e8re<\/em> avec un succ\u00e8s mod\u00e9r\u00e9 : la partition n&rsquo;est pas bien passionnante. La grande p\u00e9riode cr\u00e9atrice du compositeur est concomitante avec la r\u00e9volution Wagner qui s&rsquo;op\u00e8re chez certains compositeurs fran\u00e7ais, et le jeune Godard se refuse \u00e0 puiser dans ce style, pr\u00e9f\u00e9rant chercher les influences chez ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs fran\u00e7ais (Gounod ou Massenet par exemple) ou chez Chopin et Schumann. Comme beaucoup, il commence \u00e0 se faire un nom en tant que grand musicien (prodige du violon), puis continuera une carri\u00e8re de pianiste et d&rsquo;altiste. Avec la vari\u00e9t\u00e9 des compositions et les diff\u00e9rences que l&rsquo;on peut entendre entre <em>La Vivandi\u00e8re<\/em> et <em>Dante<\/em>, on peut supposer que si sa vie avait \u00e9t\u00e9 plus longue, le compositeur aurait propos\u00e9 des \u0153uvres majeures dans bien des domaines : car il y a un vrai talent de composition par les couleurs et les textures qu&rsquo;il sait rendre. Et il semble aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans la grande fresque que dans la forme plus l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-685 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_vue_globalle-300x169.jpg\" alt=\"dante_vue_globalle\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_vue_globalle-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_vue_globalle-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_vue_globalle-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_vue_globalle.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce <em>Dante<\/em>, nous sommes bien \u00e9videmment du c\u00f4t\u00e9 de la grande fresque : l&rsquo;op\u00e9ra s&rsquo;inspire du Grand Op\u00e9ra par son envergure orchestrale et chorale. Les voix sont aussi tr\u00e8s loin de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;op\u00e9ra comique, avec un grand soprano assez central, et un t\u00e9nor capable non seulement d&rsquo;une belle po\u00e9sie mais aussi de vaillance. L&rsquo;orchestre est impressionnant par son volume avec une phalange de cuivre immense. Souvent le compositeur privil\u00e9gie la masse orchestrale au d\u00e9triment d&rsquo;une certaine d\u00e9licatesse ou d&rsquo;une construction plus fine. Mais dans les moments les plus intimes, on d\u00e9couvre des accompagnements o\u00f9 triomphent les flutes ou un violon soliste. Parmi les grandes pages, il ne faut pas oublier la sc\u00e8ne des enfers et du paradis qui semble avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;argument principal pour composer cet op\u00e9ra, mais aussi pour prendre Dante pour personnage principal. Cette sc\u00e8ne donc est \u00e0 l&rsquo;image du reste de l\u2019\u0153uvre, mais avec un effet dramatique tr\u00e8s marquant. Il est assez \u00e9tonnant d&rsquo;entendre dans l&rsquo;\u00e9vocation des \u00e2mes damn\u00e9es des effets que l&rsquo;on retrouve chez Rachmaninov dans <em>Francesca da Rimini<\/em> : les tournoiements de l&rsquo;orchestre ou les onomatop\u00e9es des ch\u0153urs sont sid\u00e9rants de proximit\u00e9s alors que la partition du russe est bien post\u00e9rieure \u00e0 ce <em>Dante<\/em>. La partition est compos\u00e9e telle un grand crescendo avec un d\u00e9but assez ti\u00e8de pour vraiment prendre en densit\u00e9 dans les actes suivants.<\/p>\n<div id=\"attachment_683\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-683\" class=\"size-medium wp-image-683\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_saluts_2-300x169.jpg\" alt=\"V\u00e9ronique Gens (B\u00e9atrice), Rachel Frenkel (Gemma), Diana Axentii (Un \u00c9colier)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_saluts_2-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_saluts_2-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_saluts_2-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_saluts_2.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-683\" class=\"wp-caption-text\">V\u00e9ronique Gens (B\u00e9atrice), Rachel Frenkel (Gemma), Diana Axentii (Un \u00c9colier)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le livret, on se doute que la volont\u00e9 d&rsquo;une sc\u00e8ne impressionnante \u00e0 beaucoup jou\u00e9 car honn\u00eatement, le personnage principal aurait pu \u00eatre n&rsquo;importe qui d&rsquo;autre que Dante\u00a0! On ne le sent que tr\u00e8s rarement po\u00e8te. Alors que <em>Werther\u00a0<\/em>(Edouard Blau librettiste du pr\u00e9sent op\u00e9ra avait aussi particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction du po\u00e8me dont se sert Massenet) chante r\u00e9guli\u00e8rement des airs emprunts d&rsquo;une belle tournure, nous n&rsquo;avons ici que quelques vers r\u00e9partis durant les deux derniers actes dignes d&rsquo;un po\u00e8te. Sinon, la trame est assez habituelle m\u00eame si le personnage de B\u00e9atrice tr\u00e8s bien travaill\u00e9, poss\u00e9dant une vraie force de caract\u00e8re et un sens du devoir qui \u00e9vite les platitudes souvent vues et entendues. Par contre, le final semble assez abrupte puisqu&rsquo;elle meurt d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e dans un couvent depuis quelques semaines sans raison autre qu&rsquo;une grande fatigue\u00a0!&#8230; Mais les personnages sont r\u00e9duits, avec un quatuor assez \u00e9quilibr\u00e9 de personnages principaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, les forces de Munich se montrent admirables. Le ch\u0153ur est aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans la puissance n\u00e9cessaire dans de nombreux moments, que dans les instants calmes comme le d\u00e9but du troisi\u00e8me acte. Et il faut vraiment saluer la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9locution\u00a0: pour un ch\u0153ur allemand, les paroles sont en g\u00e9n\u00e9ral tout \u00e0 fait compr\u00e9hensibles sans livret. Un beau r\u00e9sultat. Au m\u00eame niveau, l&rsquo;orchestre se montre d&rsquo;une belle homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, \u00e9vitant de trop alourdir une partition qui pourrait tr\u00e8s facilement devenir bruyante. <strong>Ulf Schirmer<\/strong> insuffle une grande \u00e9nergie et soigne \u00e0 la fois les d\u00e9tails mais aussi les chanteurs en \u00e9vitant de les couvrir malgr\u00e9 les effectifs orchestraux souvent \u00e9normes.<\/p>\n<div id=\"attachment_687\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-687\" class=\"wp-image-687 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_schirmer-300x169.jpg\" alt=\"Ulf Schirmer\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_schirmer-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_schirmer-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_schirmer-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_schirmer.jpg 1066w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-687\" class=\"wp-caption-text\">Ulf Schirmer<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution vocale est globalement tr\u00e8s bonne, m\u00eame si la diction des petits r\u00f4les manque l\u00e9g\u00e8rement de fluidit\u00e9. <em>Cinq-Mars<\/em> proposait \u00e0 de jeunes artistes francophones des r\u00f4les secondaires permettant ainsi d&rsquo;entendre jusque dans les plus petits r\u00f4les un fran\u00e7ais assez parfait. Ici, on perd un peu en clart\u00e9 malgr\u00e9 un travail bien sensible. <strong>Diana Axentii<\/strong> manque l\u00e9g\u00e8rement de fraicheur dans le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9colier. Le timbre est beau mais un peu trop charg\u00e9 \u00e0 certains moments&#8230; ce qui n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 la beaut\u00e9 du chant. Pour le r\u00f4le charismatique de Virgile (et accessoirement du Vieillard), <strong>Andrew Foster-Williams<\/strong> poss\u00e8de sans conteste la pr\u00e9sence du noble fant\u00f4me. Le chant est impressionnant et le fran\u00e7ais parfait m\u00eame si la voix manque l\u00e9g\u00e8rement d&rsquo;assise grave.<\/p>\n<div id=\"attachment_678\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-678\" class=\"size-medium wp-image-678\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_foster_williams-300x169.jpg\" alt=\"Andrew Foster-Williams (L'ombre de Virgile, un Vieillard)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_foster_williams-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_foster_williams-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_foster_williams-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_foster_williams.jpg 1066w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-678\" class=\"wp-caption-text\">Andrew Foster-Williams (L&rsquo;ombre de Virgile, un Vieillard)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rachel Frenkel<\/strong> tire tr\u00e8s bien son \u00e9pingle du jeu dans le r\u00f4le de la suivante Gemma. Le r\u00f4le n&rsquo;est pas tr\u00e8s consistant mais poss\u00e8de plusieurs moments o\u00f9 elle fait briller un beau timbre de mezzo assez clair, parfaitement en accord avec cette jeune femme amoureuse. Le fran\u00e7ais est par contre un peu difficile \u00e0 suivre \u00e0 bien des moments. Enfin, <strong>Jean-Fran\u00e7ois Lapointe<\/strong> apporte toute son exp\u00e9rience au r\u00f4le de Bardi. Si le personnage se montre un peu trop \u00e2g\u00e9 pour qu&rsquo;on comprenne son amiti\u00e9 et sa proximit\u00e9 avec Dante, le chanteur reste impressionnant d&rsquo;impact. L&rsquo;aigu est toujours aussi sid\u00e9rant de clart\u00e9 (lui permettant du coup de passer les masses chorales), et le chant styl\u00e9. Le personnage est bien construit pour rendre plut\u00f4t cr\u00e9dible les changements d&rsquo;attitude.<\/p>\n<div id=\"attachment_680\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-680\" class=\"size-medium wp-image-680\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_lapointe-300x169.jpg\" alt=\"Jean-Fran\u00e7ois Lapointe (Bardi)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_lapointe-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_lapointe-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_lapointe-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_lapointe.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-680\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Fran\u00e7ois Lapointe (Bardi)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le r\u00f4le titre, <strong>Edgaras Montvidas<\/strong> impressionne durant tout l&rsquo;op\u00e9ra. Le chanteur avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 ses qualit\u00e9s dans les enregistrements des <em>Barbares<\/em> de Saint-Sa\u00ebns ou <em>Herculanum<\/em> de David. Mais la voix est aussi impressionnante voir m\u00eame plus en salle. Avec un timbre assez sombre et une voix plut\u00f4t en arri\u00e8re, il arrive \u00e0 tr\u00e8s bien se faire entendre et m\u00eame \u00e0 faire briller une voix \u00e0 l&rsquo;origine plut\u00f4t terne. Dans ce r\u00f4le tr\u00e8s tendu, il ne privil\u00e9gie pas la vaillance mais nuance tr\u00e8s bien les diff\u00e9rentes \u00e9motions du personnage. Passant d&rsquo;une d\u00e9licatesse digne de la romance jusqu&rsquo;aux grands \u00e9clats patriotiques, le chanteur assume toute l&rsquo;\u00e9tendue avec aisance. De part sa technique, il est difficile de comprendre tous le texte mais il y a tout de m\u00eame un \u00e9norme effort car d\u00e8s qu&rsquo;il all\u00e8ge sa voix, on comprend chaque mot. Il n&rsquo;y a ainsi que lors des moments les plus h\u00e9ro\u00efques o\u00f9 les mots sont un peu noy\u00e9s par les harmoniques. Si sa carri\u00e8re n&rsquo;a pas encore toute l&rsquo;ampleur qu&rsquo;on peut lui souhaiter, il se montre non seulement d&rsquo;une belle curiosit\u00e9, mais aussi d&rsquo;un beau talent artistique dans ses prestations.<\/p>\n<div id=\"attachment_681\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-681\" class=\"size-medium wp-image-681\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_montvidas-300x169.jpg\" alt=\"Edgaras Montvidas (Dante)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_montvidas-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_montvidas-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_montvidas-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_montvidas.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-681\" class=\"wp-caption-text\">Edgaras Montvidas (Dante)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la reine de la soir\u00e9e en terme de chant et de style est sans conteste <strong>V\u00e9ronique Gens<\/strong>. D&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de son r\u00f4le, elle donne tout son sens au texte (compr\u00e9hensible comme toujours avec elle) par un sens des nuances et de la coloration admirables. Elle a propos\u00e9 depuis maintenant quelques ann\u00e9es de nombreux portraits de jeunes femmes de l&rsquo;op\u00e9ra romantique fran\u00e7ais. Mais elle gagne ici encore en noblesse et en fraicheur par rapport \u00e0 ses pr\u00e9c\u00e9dentes interpr\u00e9tations. Elle semble vraiment se r\u00e9v\u00e9ler (s&rsquo;il en \u00e9tait encore besoin!) dans ce r\u00e9pertoire romantique avec un naturel confondant. Le personnage est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s beau et construit avec beaucoup de finesse dans la partition, mais ici Gens apporte encore sa stature, son \u00e9l\u00e9gance et sa diction superbe. La tessiture lui fait explorer de plus un registre aigu qui semble s&rsquo;\u00e9tendre sans que jamais le reste de l&rsquo;instrument ne semble en subir une d\u00e9t\u00e9rioration. La voix se d\u00e9ploie comme toujours avec aisance et beaut\u00e9. Victime d&rsquo;un malaise lors du final, on reste impressionn\u00e9 par le professionnalisme de la chanteuse qui devait tout de m\u00eame \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement indispos\u00e9e depuis quelques minutes avant son malaise. La voix est pour autant rest\u00e9e ferme, facile dans l&rsquo;aigu&#8230; et ce ne sont que ces quelques derni\u00e8res notes qui trahissent un probl\u00e8me (qui pouvait passer pour un effet dramatique un peu \u00e9trange). Elle donnera une grande frayeur au public et aux musiciens lorsqu&rsquo;on la voit tituber puis \u00eatre allong\u00e9e alors que les pompiers viennent lui apporter les premiers soins (malaise sans gravit\u00e9 selon son agent, qui ne l&#8217;emp\u00eachera pas de tenir se engagements dans les semaines qui viennent). Le concert s&rsquo;ach\u00e8ve donc ainsi alors que V\u00e9ronique Gens se confond avec son h\u00e9ro\u00efne malheureuse.<\/p>\n<div id=\"attachment_679\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-679\" class=\"size-medium wp-image-679\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_gens-300x169.jpg\" alt=\"V\u00e9ronique Gens (B\u00e9atrice)\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_gens-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_gens-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_gens-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/dante_gens.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-679\" class=\"wp-caption-text\">V\u00e9ronique Gens (B\u00e9atrice)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soir\u00e9e n&rsquo;a pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 forc\u00e9ment une p\u00e9pite, mais tout de m\u00eame un tr\u00e8s bel op\u00e9ra. Les circonstances finales ont coup\u00e9s la soir\u00e9e de mani\u00e8re brutale et n&rsquo;ont pas permis au public d&rsquo;exprimer ses remerciements aux artistes. Car il ne faut pas oublier tout le travail n\u00e9cessaire pour proposer des soir\u00e9es au programme aussi rare&#8230; avec seulement un enregistrement et deux concerts. La captation du concert r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Munich est disponible sur le site de la radio <a href=\"https:\/\/www.br-klassik.de\/programm\/livestream\/ausstrahlung-602856.html\" target=\"_blank\">BR Klassik<\/a>. On attend maintenant la parution en disque qui rejoindra les belles r\u00e9ussites que nous a d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 la Fondation Bru-Zane.<\/p>\n<ul>\n<li>Versailles<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Royal<\/li>\n<li>2 f\u00e9vrier 2016<\/li>\n<li>Benjamin Godard (1849-1895), Op\u00e9ra en 4 actes<\/li>\n<li>Version de concert<\/li>\n<li>Dante, Edgaras Montvidas\u00a0; B\u00e9atrice, V\u00e9ronique Gens\u00a0; Gemma, Rachel Frenkel\u00a0; Bardi, Jean-Fran\u00e7ois Lapointe\u00a0; L&rsquo;Ombre de Virgile\/Un Vieillard, Andrew Foster-Williams\u00a0; Un \u00c9colier, Diana Axentii\u00a0; La Voix du H\u00e9rault, Andrew-Lepri Meyer<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de la Radio Bavaroise<\/li>\n<li>Orchestre de la Radio de Munich<\/li>\n<li>Ulf Schirmer, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Presque un an jour pour jour apr\u00e8s le retour en gr\u00e2ce de Cinq-Mars de Gounod, l&rsquo;Op\u00e9ra Royal de Versailles accueillait en ce 2 f\u00e9vrier une \u0153uvre jamais reprise depuis sa [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[58,57,73,23],"class_list":["post-677","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-bru-zane","tag-epoque_romantique","tag-godard","tag-opera","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-aV","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=677"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/677\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":689,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/677\/revisions\/689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}