{"id":642,"date":"2015-11-15T17:28:01","date_gmt":"2015-11-15T16:28:01","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=642"},"modified":"2015-11-15T17:28:01","modified_gmt":"2015-11-15T16:28:01","slug":"veronique-gens-et-susan-manoff-royales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=642","title":{"rendered":"V\u00e9ronique Gens et Susan Manoff : Royales!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens-manoff.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-646 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens-manoff-300x215.jpg\" alt=\"gens-manoff\" width=\"300\" height=\"215\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens-manoff-300x215.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens-manoff.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><strong>V\u00e9ronique Gens<\/strong> est une artiste passionnante qui semble aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans la trag\u00e9die lyrique, le Grand Op\u00e9ra romantique, Mozart ou les m\u00e9lodies fran\u00e7aises. Et avec la complicit\u00e9 de <strong>Susan Manoff<\/strong>, elle propose un bouquet des m\u00e9lodies de trois des compositeurs les plus dou\u00e9s pour la m\u00e9lodie\u00a0: <em>Henri Duparc<\/em>, <em>Ernest Chausson<\/em> et <em>Reynaldo Hahn<\/em>. Avec ces trois compositeurs, on aborde un m\u00eame style de m\u00e9lodies, mais par des angles diff\u00e9rents. Chacun ici trouve des couleurs personnelles pour exprimer son caract\u00e8re. Et V\u00e9ronique Gens donne vie \u00e0 ces miniatures de mani\u00e8re totalement saisissante. Loin de la r\u00e9serve ou de la mi\u00e8vrerie qui est souvent associ\u00e9e \u00e0 ce r\u00e9pertoire, elle donne ses lettres de noblesse \u00e0 tout un r\u00e9pertoire qui n&rsquo;a pas \u00e0 rougir face aux compositions dans d&rsquo;autres langues. La salle Gaveau \u00e9tait ainsi l&rsquo;\u00e9crin d&rsquo;un moment de bonheur et d&rsquo;\u00e9motions. Quel dommage que la salle soit loin d&rsquo;\u00eatre pleine\u00a0! Pourtant la sortie du disque proposant presque le m\u00eame programme aurait d\u00fb attirer les foules des grands jours.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun des trois compositeurs aura eu une vie tr\u00e8s diff\u00e9rente. <em>Henri Duparc<\/em> a pass\u00e9 sa vie \u00e0 ne jamais \u00eatre satisfait de ses compositions, tortur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ne pas \u00e9crire des partitions \u00e0 la hauteur de ce qu&rsquo;il esp\u00e9rait. Malheureusement, il d\u00e9truisit ainsi une immense partie de ses productions et il nous reste heureusement ses dix-sept m\u00e9lodies qui sont parmi les plus belles compos\u00e9es. <em>Ernest Chausson<\/em> aura eu une vie beaucoup plus agr\u00e9able mais tr\u00e8s courte ne nous laissant ainsi des partitions magnifiques qui font r\u00eaver \u00e0 ce qu&rsquo;aurait pu proposer le compositeur plus mature. Enfin <em>Reynaldo Hahn<\/em>, le fils spirituel de Jules Massenet qui composera aussi bien des m\u00e9lodies tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8res que d&rsquo;autres plus graves mais toujours avec une gr\u00e2ce extr\u00eame. Ces trois compositeurs proposent des m\u00e9lodies qui sortent du cadre du salon qui \u00e9tait l&rsquo;\u00e9crin habituel auparavant en France\u00a0: on entre dans des pi\u00e8ces beaucoup plus construites et compos\u00e9es que les tr\u00e8s belles pi\u00e8ces de Massenet ou Gounod par exemple. On rivalise ici v\u00e9ritablement avec le Lied allemand ou les Romances russes\u00a0: le texte est puissant et la partition demande des musiciens de haut niveau tant pour l&rsquo;accompagnement que pour le chant.<\/p>\n<div id=\"attachment_645\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/susan_manoff.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-645\" class=\"size-medium wp-image-645\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/susan_manoff-300x158.jpg\" alt=\"Susan Manoff\" width=\"300\" height=\"158\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/susan_manoff-300x158.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/susan_manoff.jpg 540w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-645\" class=\"wp-caption-text\">Susan Manoff<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est difficile de pouvoir v\u00e9ritablement d\u00e9tailler le r\u00e9cital tant l&rsquo;ensemble \u00e9tait d&rsquo;une tenue magistrale. Les deux musiciennes se montrent li\u00e9es d&rsquo;une vraie complicit\u00e9 tout au long de la soir\u00e9e, ne se regardant que rarement sans d\u00e9calage pour autant. Chacune se f\u00e9licite r\u00e9guli\u00e8rement et surtout partagent un style d&rsquo;interpr\u00e9tation commun\u00a0: beaucoup de nuances, une douceur m\u00e9lancolique pouvant se transformer en vraie tension dramatique&#8230; Aucune comp\u00e9tition ou diff\u00e9rence d&rsquo;importance\u00a0: nous avons face \u00e0 nous un vrai duo qui se r\u00e9pond et dialogue sans jamais que l&rsquo;un ne prenne le pas sur l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Susan Manoff<\/strong> se montre admirable dans son accompagnement. Tout au long de la soir\u00e9e nous entendons un jeu d&rsquo;une musicalit\u00e9 parfaite, m\u00ealant un legato splendide \u00e0 un toucher tr\u00e8s d\u00e9licat. On pourrait sourire devant quelques effets de manche, mais ces grands gestes participent \u00e0 la rondeur du piano\u00a0: le grave est de velours alors que l&rsquo;aigu peut se r\u00e9v\u00e9ler piquant et fin. La virtuosit\u00e9 est aussi impressionnante par la facilit\u00e9 qui se d\u00e9gage de ce que propose <strong>Susan Manoff<\/strong>. Ainsi le final du <em>Printemps<\/em> de Hahn la voit d\u00e9rouler des arp\u00e8ges magnifiques d&rsquo;une fluidit\u00e9 irr\u00e9elle (salu\u00e9 d&rsquo;ailleurs par V\u00e9ronique Gens). On peut aussi saluer ces soupirs des accords mourants en fin de m\u00e9lodies et le tr\u00e8s beau dosage des p\u00e9dales. En grande habitu\u00e9e non seulement de l&rsquo;accompagnement de solistes (chanteurs ou musiciens) mais aussi de la m\u00e9lodie fran\u00e7aise, notre pianiste d\u00e9roule un v\u00e9ritable tapis confortable et saisissant tout au long du programme.<\/p>\n<div id=\"attachment_644\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/veronique_gens.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-644\" class=\"size-medium wp-image-644\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/veronique_gens-300x169.jpg\" alt=\"V\u00e9ronique Gens\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/veronique_gens-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/veronique_gens.jpg 805w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-644\" class=\"wp-caption-text\">V\u00e9ronique Gens<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, celle qui attirait tous les regards n&rsquo;\u00e9tait autre que <strong>V\u00e9ronique Gens<\/strong>. La silhouette haute et fine, l&rsquo;attitude aristocratique et la retenue pourraient cr\u00e9er une distance mais il n&rsquo;en est rien. En effet,se montre imm\u00e9diatement d&rsquo;une grande sensibilit\u00e9 et simplicit\u00e9, d\u00e9voilant des tr\u00e9sors de nuances et d&rsquo;\u00e9motions. Le chant se fait d&rsquo;une rondeur et d&rsquo;une douceur magnifique, allant du murmure au cri de d\u00e9sespoir sans que jamais la voix ne soit pouss\u00e9e dans ses retranchements. La salle \u00e9tant de taille r\u00e9duite, la soprano peut ainsi jouer sur toute la gamme de la dynamique avec des murmures impalpables ou de puissantes notes lanc\u00e9es comme des javelots. On connait son art de dire le fran\u00e7ais dans l&rsquo;op\u00e9ra mais le talent est encore plus admirable ici\u00a0: la po\u00e9sie est rendue avec une d\u00e9clamation superbe et un naturel splendide. Il n&rsquo;y a pas de sur-articulation ou de mani\u00e9risme ici mais une fluidit\u00e9 qui permet \u00e0 chaque m\u00e9lodie de trouver le ton juste. Si le programme reste assez s\u00e9rieux voir m\u00eame sombre, les bis montrent aussi une autre facette de la chanteuse avec un humour particuli\u00e8rement fin et distingu\u00e9. Car c&rsquo;est ce qui fait le prix de ses interpr\u00e9tations\u00a0: cette distinction qui jamais ne bride l&rsquo;expressivit\u00e9. L&rsquo;alliance d&rsquo;un timbre chaud et expressif avec les qualit\u00e9s d&rsquo;interpr\u00e8te et de musiciennes nous donne un r\u00e9sultat absolument formidable qui tient en \u00e9veille une salle totalement hypnotis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont donc deux immenses dames que le public salue comme il se doit \u00e0 la fin de ce r\u00e9cital magique. Si les applaudissements entre chaque m\u00e9lodie semblent quelque peu d\u00e9plaire aux musiciennes, elles ne diront rien et nous proposerons m\u00eame un marathon durant la deuxi\u00e8me partie avec rien moins que dix m\u00e9lodies sans pose\u00a0! Et elles ne se feront pas supplier pour les quatre bis qui ferment une soir\u00e9e historique\u00a0: la complicit\u00e9 est palpable et le bonheur se voit sur les visages de l&rsquo;une comme l&rsquo;autre. Bonheur de faire vivre ces m\u00e9lodies, mais aussi bonheur devant le triomphe de la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-643 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere-300x300.jpg\" alt=\"gens_neere\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/gens_neere.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Il est possible de retrouver une grande partie du programme (tous les Duparc, Hahn et Chausson) plus deux m\u00e9lodies sur le disque sorti il y a quelques semaines chez Alpha. Si le disque nivelle forc\u00e9ment l\u00e9g\u00e8rement l&rsquo;impact de la voix de V\u00e9ronique Gens et bouleverse un peu l&rsquo;\u00e9quilibre parfait entre le piano et la voix, les interpr\u00e9tations restent admirables malgr\u00e9 le filtre de l&rsquo;enregistrement. Il faut souhaiter pour les ann\u00e9es qui viennent que cette complicit\u00e9 parfaite donne naissance \u00e0 d&rsquo;autres soir\u00e9es et disques d&rsquo;une aussi grande qualit\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Salle Gaveau<\/li>\n<li>12 Novembre 2015<\/li>\n<li>Henri Duparc (1848-1933), L&rsquo;Invitation au Voyage (Charles Baudelaire)<\/li>\n<li>Henri Duparc (1848-1933), Romance de Mignon (Victor Wilder)<\/li>\n<li>Henri Duparc (1848-1933), Au Pays o\u00f9 se fait la Guerre (Th\u00e9ophile Gautier)<\/li>\n<li>Henri Duparc (1848-1933), Chanson Triste (Jean Lahor)<\/li>\n<li>Ernest Chausson (1855-1899), Sept M\u00e9lodies Opus 2\u00a0: Nanny (Leconte de Lisle) \u2013 Le Charme (Armand Silvestre) \u2013 Les Papillons (Th\u00e9ophile Gautier) \u2013 La Derni\u00e8re Feuille (Th\u00e9ophile Gautier) \u2013 S\u00e9r\u00e9nade Italienne (Paul Bourget)<\/li>\n<li>Ernest Chausson (1855-1899), La Chanson Bien Douce (Paul Verlaine)<\/li>\n<li>Ernest Chausson (1855-1899), Le Temps des Lilas (Maurice Bouchor)<\/li>\n<li>Ernest Chausson (1855-1899), Sept M\u00e9lodies Opus 2\u00a0: H\u00e9b\u00e9 (Louise Ackermann)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), Le Rossignol des Lilas (L\u00e9opold Dauphin)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), Quand je fus pris au pavillon (Charles D&rsquo;Orl\u00e9ans)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), Trois Jours de Vendange (Alphonse Daudet)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), A Chloris (Th\u00e9ophile de Viau)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), \u00c9tudes Latines\u00a0: Lyd\u00e9 (Leconte de Lisle) \u2013 Pholo\u00e9 (Leconte de Lisle) \u2013 Tyndaris (Leconte de Lisle) \u2013 Phyllis (Leconte de Lisle) \u2013 N\u00e9\u00e8re (Leconte de Lisle)<\/li>\n<li>Reynaldo Hahn (1874-1947), Le Printemps (Th\u00e9odore de Banville)<\/li>\n<li>Jacques Offenbach (1819-1880), Le Corbeau et le Renard (Jean de La Fontaine)<\/li>\n<li>Francis Poulenc (1899-1963), Madame Eustache (Jean Nohain)<\/li>\n<li>Francis Poulenc (1899-1963), Les Chemins de l&rsquo;Amour (Jean Anouilh)<\/li>\n<li>Gabriel Faur\u00e9 (1845-1924), Les Roses d&rsquo;Ispahan (Leconte de Lisle)<\/li>\n<li>V\u00e9ronique Gens, soprano<\/li>\n<li>Susan Manoff, piano<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V\u00e9ronique Gens est une artiste passionnante qui semble aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans la trag\u00e9die lyrique, le Grand Op\u00e9ra romantique, Mozart ou les m\u00e9lodies fran\u00e7aises. 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