{"id":579,"date":"2015-07-28T13:48:36","date_gmt":"2015-07-28T11:48:36","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=579"},"modified":"2015-09-22T14:45:17","modified_gmt":"2015-09-22T12:45:17","slug":"magnifique-simon-boccanegra-chez-delos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=579","title":{"rendered":"Magnifique Simon Boccanegra chez Delos"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-578 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1-300x298.jpg\" alt=\"boccanegra_orbelian_1\" width=\"300\" height=\"298\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1-300x298.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1-1024x1017.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/boccanegra_orbelian_1.jpg 1425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Cr\u00e9\u00e9 en 1857, <em>Simon Boccanegra<\/em> sera loin d&rsquo;\u00eatre un succ\u00e8s \u00e0 Venise. Alors que sa carri\u00e8re se ralentit, Verdi veut lui donner une nouvelle chance et s&rsquo;engage dans une r\u00e9vision de sa partition mais aussi du livret. Suite aux man\u0153uvres de l&rsquo;\u00e9diteur Riccordi, c&rsquo;est le jeune Arrigo Bo\u00efto qui va aider le compositeur dans la modification du texte, sugg\u00e9rant des changements de situations ou de lieux pour renforcer l&rsquo;effet de l&rsquo;\u0153uvre. C&rsquo;est donc la version de 1881 qui est ici pr\u00e9sent\u00e9e avec en t\u00eate d&rsquo;affiche le baryton russe Dmitri Hvorostovsky. Son interpr\u00e9tation du r\u00f4le de Boccanegra a \u00e9t\u00e9 rod\u00e9e depuis bien des ann\u00e9es sur diff\u00e9rentes sc\u00e8nes et m\u00e9ritait bien qu&rsquo;elle soit enregistr\u00e9e de mani\u00e8re officielle. Bien s\u00fbr, la maison de disque et l&rsquo;orchestre sont loin des prestigieux DECCA et Wiener Symphoniker dont b\u00e9n\u00e9ficia Thomas Hampson il y a quelques ann\u00e9es&#8230; mais le r\u00e9sultat est impressionnant de qualit\u00e9\u00a0: la distribution r\u00e9unie est un grand sans faute qui va chercher des interpr\u00e8tes parfaitement \u00e0 l&rsquo;aise dans les tessitures et les personnages, alors que Constantine Orbelian dirige les forces de l&rsquo;op\u00e9ra de Kaunas de bien belle mani\u00e8re\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette version de 1881, <em>Simon Boccanegra<\/em> pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le point de bascule vers les derni\u00e8res productions de Verdi. En effet \u00e0 la suite de cette r\u00e9vision viendra une nouvelle version de <em>Don Carlo<\/em> en 1884, puis enfin <em>Otello<\/em> et <em>Falstaff<\/em> en 1887 et 1892. Alors consid\u00e9r\u00e9 comme un compositeur install\u00e9 et en fin de carri\u00e8re, c&rsquo;est avec la jeune garde qu&rsquo;il travaille en la personne d&rsquo;Arrigo Bo\u00efto. Ce dernier n&rsquo;a pourtant pas \u00e9t\u00e9 tendre avec son a\u00een\u00e9 des ann\u00e9es auparavant, jugeant ses \u0153uvres comme archa\u00efques et devant \u00eatre remplac\u00e9es par ce que lui et son ami Franco Faccio jugeaient comme l&rsquo;art nouveau en Italie\u00a0: leurs propres \u0153uvres. Finalement, Bo\u00efto aide Verdi \u00e0 retailler son <em>Simon<\/em> puis lui \u00e9crira les livrets de ses deux derniers op\u00e9ras, alors que Franco Faccio dirigera la cr\u00e9ation de la nouvelle version de <em>Simon Boccanegra<\/em>, puis celle de <em>Don Carlo<\/em>&#8230; et enfin <em>Otello<\/em>. Les retouches sont importantes entre les deux versions. Pr\u00e8s de vingt-cinq ans s\u00e9parent les deux partitions et Verdi a beaucoup enrichi son langage en puisant dans divers inspirations. Le plus grand changement se situe dans la sc\u00e8ne du conseil o\u00f9 les deux hommes imaginent une situation beaucoup plus forte et poignante que dans la version pr\u00e9c\u00e9dente. Tout au long de l&rsquo;ouvrage, quelques modifications font \u00e9voluer une ligne de texte, une ligne m\u00e9lodique ou l&rsquo;orchestration, toujours afin de rendre l&rsquo;\u0153uvre plus forte et les personnages plus poignants. La pr\u00e9sentation sur sc\u00e8ne \u00e0 La Scala re\u00e7u un triomphe qui inaugurera avec bonheur les futures collaborations des deux (ou trois!) hommes\u00a0: la jeunesse et l&rsquo;exp\u00e9rience donnent naissance \u00e0 des ouvrages qui r\u00e9volutionnent l&rsquo;art lyrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De par sa structure et son histoire, <em>Simon Boccanegra<\/em> est une \u0153uvre particuli\u00e8re dans la composition de Verdi. Compos\u00e9 juste apr\u00e8s <em>Les V\u00eapres Siciliennes<\/em> fortement teint\u00e9 du Grand Op\u00e9ra fran\u00e7ais et avant les deux grands succ\u00e8s que sont <em>Un Ballo in Maschera<\/em> et <em>La Forza del Destino<\/em>, l&rsquo;ouvrage ne gagnera jamais la popularit\u00e9 des plus grands titres de l&rsquo;auteur malgr\u00e9 une reconnaissance certaine. Des productions aideront \u00e0 sa notori\u00e9t\u00e9 comme la fameuse mise en sc\u00e8ne de\u00a0 Giorgio Strehler (dirig\u00e9e par Claudio Abbado et r\u00e9unissant Piero Cappuccilli, Mirella Freni, Nicolai Ghiaurov), mais l&rsquo;op\u00e9ra peine \u00e0 rester \u00e0 l&rsquo;affiche continuellement. Il faut dire que l&rsquo;histoire est particuli\u00e8rement noire et la musique n&rsquo;est pas aussi prodigue aux grands airs que d&rsquo;autres partitions de Verdi\u00a0: si les airs d&rsquo;Amelia et Fiesco sont r\u00e9guli\u00e8rement enregistr\u00e9s, le r\u00f4le-titre reste \u00e9trangement sans air marquant alors que le r\u00f4le est passionnant d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre. Ce personnage se d\u00e9gage par rapport aux autres acteurs du drame, s&rsquo;affirmant dans les duos ou les ensembles avec beaucoup de soin. La pr\u00e9sence d&rsquo;un prologue qui pr\u00e9c\u00e8de de dix ans l&rsquo;action principale est une grande originalit\u00e9 pour Verdi. Par la suite, on notera beaucoup de duos dont la part de r\u00e9citatif est importante m\u00eame si tout l&rsquo;art de Verdi est justement de les rendre musicalement passionnants. Des grandes sc\u00e8nes marquent les esprits comme bien s\u00fbr l&rsquo;ensemble du prologue nocturne \u00e0 souhait, la sc\u00e8ne de reconnaissance entre la fille et le p\u00e8re ou la grande sc\u00e8ne du conseil. Mais l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ouvrage reste tendu, sans beaucoup de pi\u00e8ce qui flattent l&rsquo;oreille imm\u00e9diatement\u00a0: le drame est pr\u00e9sent d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre sans rel\u00e2che. Beaucoup moins chantant et facile d&rsquo;acc\u00e8s que ses ouvrages suivants, l&rsquo;\u0153uvre s&rsquo;attache beaucoup au texte et au drame, \u00e9vitant ici tout effet musical inutile au th\u00e9\u00e2tre. Chaque personnage est tr\u00e8s finement d\u00e9taill\u00e9 mais c&rsquo;est la figure magnifique du Doge qui se d\u00e9tache, n\u00e9cessitant non seulement un grand baryton capable de sugg\u00e9rer la jeunesse du prologue mais aussi l&rsquo;imp\u00e9riosit\u00e9 du conseil ou la douleur finale. Le r\u00f4le est l&rsquo;un des plus complexes de Verdi dans cette tessiture et attire avec raison les plus grands noms.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;annonce de la sortie de cet enregistrement, il faut bien avouer qu&rsquo;une certaine incompr\u00e9hension s&rsquo;est faite\u00a0: pourquoi un grand baryton comme Hvorostovsky enregistrait un tel r\u00f4le pour un si petit label, et de plus avec un chef plus sp\u00e9cialis\u00e9 dans le r\u00e9pertoire slave que Verdi\u00a0! Bien s\u00fbr les noms de la distribution \u00e9taient particuli\u00e8rement attirants, r\u00e9unissant des chanteurs aptes \u00e0 donner toutes la force \u00e0 l&rsquo;ouvrage&#8230; mais quel serait le r\u00e9sultat\u00a0? D\u00e8s les premi\u00e8res sc\u00e8nes l&rsquo;inqui\u00e9tude est rapidement balay\u00e9e. Si <strong>Constantine Orbelian<\/strong> dirige une phalange assez modeste, il r\u00e9ussit en tire le meilleur pour accompagner \u00e0 merveille les chanteurs et donne vie \u00e0 la partition sombre de Verdi\u00a0: son orchestre vibre et gronde ou s&rsquo;irise d\u00e9licatement pour chaque \u00e9motion voulue par le compositeur. Beaucoup de nuances et un drame qui avance avec passion et violence. Tr\u00e8s expressive, sa direction donne un beau relief \u00e0 l&rsquo;orchestre et en sugg\u00e8re tout la noirceur. On est tr\u00e8s loin de la relative indolence d&rsquo;accompagnement des m\u00eames chef et orchestre pour le r\u00e9cital de la basse Ildar Abdrazakov Le ch\u0153ur est au m\u00eame niveau, rendant tr\u00e8s bien les diff\u00e9rentes interventions du peuple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du c\u00f4t\u00e9 du chant, les petits r\u00f4les sont fort bien distribu\u00e9s. La servante ou le capitaine sont bien s\u00fbr anecdotiques, mais les deux r\u00f4les noirs de Paolo et Pietro sont tr\u00e8s bien camp\u00e9s respectivement \u00e0 <strong>Marco Caria<\/strong> et <strong>Kostas Smiriginas<\/strong>. Ce dernier poss\u00e8de cette noirceur de timbre donnant toute sa dimension au personnage alors que <strong>Marco Caria<\/strong> compose un traitre de haute tenue. Ne for\u00e7ant jamais le trait, il propose un Paolo puissant et veule, pr\u00e8s \u00e0 toutes les man\u0153uvres pour arriver \u00e0 ses fins. Sa mal\u00e9diction s&rsquo;impose avec une crainte parfaite alors que ses derni\u00e8res interventions le montre d&rsquo;une sobri\u00e9t\u00e9 froide \u00e0 faire fr\u00e9mir. Ces deux petits r\u00f4les ne sont bien s\u00fbr que peu en sc\u00e8ne, mais ils sont extr\u00eamement importants dans l&rsquo;histoire puisque ce sont eux qui se salissent les mains, qui \u0153uvrent dans l&rsquo;ombre pour faire avancer le drame. Un manque de charisme vocal provoquerait un d\u00e9s\u00e9quilibre mais ils s&rsquo;imposent ici avec aisance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le reste de la distribution est un sans-faute quasi parfait. Dans le r\u00f4le du noble amoureux, <strong>Stefano Secco<\/strong> b\u00e9n\u00e9ficie enfin d&rsquo;une exposition au disque digne de son talent. Ce t\u00e9nor italien chante r\u00e9guli\u00e8rement le r\u00e9pertoire italien sur les plus grandes sc\u00e8nes d\u2019Europe mais ne b\u00e9n\u00e9ficie pas du support d&rsquo;une grande maison de disque. Pourtant ses prestations sont toujours salu\u00e9es comme un exemple de style et d&rsquo;implication. Alors qu&rsquo;il partageait l&rsquo;affiche dans ce r\u00f4le avec Dmitri Hvorostovsky sur la sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille en 2007, il avait fait sensation et des ann\u00e9es apr\u00e8s sa prestation est toujours aussi impressionnante\u00a0! L&rsquo;artiste se consume dans son r\u00f4le d&rsquo;une mani\u00e8re saisissante mais toujours avec un style remarquable. Alors qu&rsquo;on le croirait toujours \u00e0 la limite de ses capacit\u00e9s, il conserve une voix ductile et \u00e9lectrisante. Les aigus sont dard\u00e9s, les nuances fines et personnelles. Le m\u00e9tal de la voix lui permet de passer sans soucis les grandes masses chorales ou orchestrales et le timbre a conserv\u00e9 une beaut\u00e9 italienne qui ravit les oreilles. Avec un tel artiste, le personnage gagne en \u00e9paisseur et en importance\u00a0: on ressent toute sa douleur et ses tiraillements face aux situations qui lui semblent une trahison. Br\u00fblant d&rsquo;une flamme qui jamais ne le subjugue, le t\u00e9nor impose un personnage vif et ardent, aussi \u00e0 l&rsquo;aise dans l&rsquo;amour et la retenue que dans l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme de son entr\u00e9e dans la salle du conseil. Un grand t\u00e9nor qu&rsquo;on esp\u00e8re retrouver longtemps dans ce r\u00e9pertoire qui lui convient comme un gant\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point le plus faible de la distribution est <strong>Ildar Abdrazakov<\/strong>&#8230; ce qui est assez remarquable vu la qualit\u00e9 du chant de ce dernier. Dans la composition ou le chant, il n&rsquo;y a aucun point n\u00e9gatif, si ce n&rsquo;est un timbre un peu trop rond et jeune pour camper le fier Fiesco. La basse russe poss\u00e8de un art du chant souverain et s\u2019acquitte avec aisance du r\u00f4le. Mais la voix est construite de telle mani\u00e8re que ce sont les aigus qui impressionnent les plus et non les graves. Or Fiesco se doit de poss\u00e9der ce c\u00f4t\u00e9 impressionnant et fantomatique\u00a0: que ce soit dans le prologue o\u00f9 sa douleur le voit errer comme une \u00e2me en peine ou sa derni\u00e8re confrontation avec Simon o\u00f9 il ressuscite aux yeux de celui-ci, le grain de voix d&rsquo;<strong>Abdrazakov<\/strong> semble manquer un peu de ce caract\u00e8re implacable du noble v\u00e9nitien. Et pourtant, encore une fois, l&rsquo;interpr\u00e9tation n&rsquo;est pas en cause puisqu&rsquo;il donne toutes les nuances possibles\u00a0: il manque juste un petit quelque chose pour vraiment s&rsquo;imposer. Les \u00e9coutes successives nous font d\u00e9couvrir beaucoup de nuances et de finesses, mais le personnage ne semble pas aussi imm\u00e9diat et logique qu&rsquo;il devrait l&rsquo;\u00eatre : il faut s&rsquo;habituer \u00e0 une prestation plus douce et paternelle pour en savourer la richesse. Mais il faut dire que les r\u00e9f\u00e9rences sont nombreuses\u00a0: Ghiaurov ou Pinza par exemple ont fortement marqu\u00e9 le r\u00f4le. Dans quelques ann\u00e9es quand la voix aura d\u00e9velopp\u00e9 plus de mordant, ce Fiesco sera parfait\u00a0! Pour le moment, il donne une superbe prestation mais un petit cran en dessous de ses coll\u00e8gues qui sont \u00e0 un niveau d&rsquo;excellence et de coh\u00e9rence remarquables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La jeune et aimante Amelia se voit confi\u00e9e \u00e0 la soprano italienne <strong>Barbara Frittoli<\/strong>. La chanteuse \u00e9cume depuis plus de vingt ans les plus grandes sc\u00e8nes mondiales avec un art du chant qui fascine par sa fluidit\u00e9 et son timbre. Grande h\u00e9riti\u00e8re des plus grands noms italiens, elle s&rsquo;affirme comme une r\u00e9f\u00e9rence dans biens des r\u00f4les romantiques. Avec les ann\u00e9es, un vibrato est apparu, mais la chanteuse le maitrise avec une technique assez impressionnante. Le timbre s&rsquo;est \u00e9toff\u00e9 et cela pourrait \u00eatre n\u00e9faste au personnage, mais d\u00e8s l&rsquo;air d&rsquo;entr\u00e9e de la jeune fille, les couleurs et les nuances qui sont apport\u00e9es aux mots et au chant gomment tout \u00e2ge. Comme ses plus grandes devanci\u00e8res, son art du chant lui permet de donner vie \u00e0 son personnage. L&rsquo;aigu est fulgurant, le grave saisissant et les nuances d&rsquo;une finesse admirable. Cette Amelia tremble, palpite ou se r\u00e9volte avec un chant d&rsquo;une vigueur rare. Par son \u00e9loquence, elle compose une jeune fille de chair et de sang comme auparavant de grandes chanteuses pouvaient para\u00eetre cr\u00e9dibles dans un personnage tout en en ayant trois fois l&rsquo;\u00e2ge. Aussi \u00e0 l&rsquo;aise chez Mozart, Verdi ou Puccini, <strong>Barbara Frittoli<\/strong> est \u00e0 ce jour l&rsquo;un des mod\u00e8les d&rsquo;une certaine \u00e9cole de chant italienne et les ann\u00e9es semblent n&rsquo;avoir aucune prise sur son talent et sa finesse d&rsquo;interpr\u00e9tation. Ici Amelia poss\u00e8de tout pour br\u00fbler les planches et \u00e9viter toute mi\u00e8vrerie : elle vit intens\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le r\u00f4le-titre enfin, difficile de ne pas succomber au personnage que nous propose <strong>Dmitri Hvorostovsky<\/strong>. Il \u00a0arrive que sa personnalit\u00e9 \u00e9crase parfois le r\u00f4le, cr\u00e9ant ainsi un d\u00e9calage entre le th\u00e9\u00e2tre et le chant. Mais Simon semble \u00eatre exactement le r\u00f4le qui lui convient, o\u00f9 il peut non seulement d\u00e9montrer ses talents de chanteur, mais aussi d&rsquo;interpr\u00e8te. La partition ne lui donne que peut la possibilit\u00e9 de briller ou de se d\u00e9marquer\u00a0: le chant reste constamment au service de l&rsquo;\u00e9motion et du personnage, emp\u00eachant tout d\u00e9rapage qui nous sortirait du r\u00f4le. Sa composition est construite de mani\u00e8re sobre et d\u00e9taill\u00e9e, jamais d\u00e9monstrative mais toujours au service du r\u00f4le. Bien s\u00fbr, on reste admiratif devant les tenues de souffle et le legato parfait, devant la beaut\u00e9 de la voix et les ressources&#8230; mais tout cela reste un moyen de composer un personnage et non de briller\u00a0: la sc\u00e8ne du conseil est en ce sens marquante puisque toutes les nuances sont demand\u00e9es et rendues avec justesse et sans exag\u00e9ration par le chanteur. Depuis la supplique au peuple jusqu&rsquo;\u00e0 la violence envers Paolo, tout est juste. Le chanteur a \u00e9volu\u00e9 de bien belle mani\u00e8re depuis quelques ann\u00e9es, donnant plus de profondeur \u00e0 ses compositions et cet enregistrement de <em>Simon Boccanegra<\/em> est peut-\u00eatre l&rsquo;une de ses plus belles cr\u00e9ations chez Verdi. D&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre son charisme fait mouche pour un personnage vrai et fort. Sa prestation se coule admirablement dans la partition de Verdi et n&rsquo;a rien \u00e0 envier en termes de style ou d&rsquo;implication \u00e0 ses partenaires. Il est le Doge dans toute sa grandeur mais aussi tous ses doutes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc une grandiose surprise que cet enregistrement car tous les \u00e9l\u00e9ments sont r\u00e9unis pour donner vie \u00e0 une partition fascinante de Verdi. La distribution est \u00e9blouissante de v\u00e9rit\u00e9\u00a0 et cet enregistrement se hisse au niveau des mythiques enregistrements qui jusqu&rsquo;alors semblaient inatteignables. Esp\u00e9rons que cette production recueille le succ\u00e8s qu&rsquo;elle m\u00e9rite car elle est vraiment \u00e0 saluer pour son travail d&rsquo;ensemble ou individuel, chacun donnant le meilleur de lui-m\u00eame pour un r\u00e9sultat commun splendide. Un grand t\u00e9moignage du chant actuel, montrant combien malgr\u00e9 toutes les r\u00e9f\u00e9rences laiss\u00e9es au disque, il est toujours possible d&rsquo;enregistrer une version capable de rivaliser avec l&rsquo;histoire du chant.<\/p>\n<ul>\n<li>Giuseppe Verdi (1813-1901), Simon Boccanegra (1881), Op\u00e9ra en trois actes et un prologue<\/li>\n<li>Simon Boccanegra, Dmitri Hvorostovsky ; Amelia\/Maria, Barbara Frittoli ; Fiesco\/Andrea, Ildar Abdrazakov ; Gabriele Adorno, Stefano Secco\u00a0; Pietro, Kostas Smoriginas ; Paolo, Marco Caria\u00a0; Servante d&rsquo;Amelia, Eg\u0117 \u0160idlauskait\u0117\u00a0; Capitaine, K\u0119stutis Al\u010dauskis<\/li>\n<li>Ch\u0153ur d&rsquo;Etat de Kaunas<\/li>\n<li>Orchetre Symphonique de Kaunas<\/li>\n<li>Constantine Orbelian, direction<\/li>\n<li>2 CD Delos, DE 3457. Enregistr\u00e9 \u00e0 la Philharmonie de Kaunas du 1er au 7 ao\u00fbt 2013.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9 en 1857, Simon Boccanegra sera loin d&rsquo;\u00eatre un succ\u00e8s \u00e0 Venise. 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