{"id":484,"date":"2015-05-07T19:57:34","date_gmt":"2015-05-07T17:57:34","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=484"},"modified":"2015-05-07T19:57:34","modified_gmt":"2015-05-07T17:57:34","slug":"hamlet-a-avignon-splendide-decouverte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=484","title":{"rendered":"Hamlet \u00e0 Avignon : splendide d\u00e9couverte"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/19191_855908681149429_1396450547770303872_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-494 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/19191_855908681149429_1396450547770303872_n-225x300.jpg\" alt=\"19191_855908681149429_1396450547770303872_n\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/19191_855908681149429_1396450547770303872_n-225x300.jpg 225w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/19191_855908681149429_1396450547770303872_n.jpg 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a>Si l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris \u0153uvrait \u00e0 hauteur de ses moyens de la m\u00eame fa\u00e7on que l&rsquo;Op\u00e9ra d&rsquo;Avignon pour le patrimoine de l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais, nous serions combl\u00e9s\u2026 car en une saison, la maison proven\u00e7ale nous donne \u00e0 entendre <em><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=320\">Mireille<\/a><\/em> de Gounod puis <em>Hamlet<\/em> de Thomas. Deux \u0153uvres qui ont fait un triomphe pendant des d\u00e9cennies, mais aussi deux \u0153uvres qui sont rarement mont\u00e9es sur les grandes sc\u00e8nes de nos jours. Ici, l&rsquo;Op\u00e9ra d&rsquo;Avignon reprenait la production qui avait triomph\u00e9 en 2010 \u00e0 Marseille. De cette cr\u00e9ation ne subsistent que la mise en sc\u00e8ne et Patricia Ciofi, mais c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e9norme car les deux se montrent magnifiques. Autour de la soprano italienne, une \u00e9quipe enti\u00e8rement francophone pour notre plus grand plaisir, et des artistes particuli\u00e8rement engag\u00e9s!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 en 1868 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, <em>Hamlet<\/em> aura \u00e9t\u00e9 le deuxi\u00e8me grand succ\u00e8s d&rsquo;Ambroise Thomas apr\u00e8s <em>Mignon<\/em>. Tous deux adapt\u00e9s de grands auteurs de th\u00e9\u00e2tre (Goethe et Shakespeare), ils \u00e9taient port\u00e9s par le succ\u00e8s des adaptations des pi\u00e8ces originales en fran\u00e7ais, mais aussi par le go\u00fbt pour ces \u0153uvres \u00e9trang\u00e8res de l&rsquo;\u00e9poque. Ainsi, ce <em>Hamlet<\/em> (comme la <em>Faust<\/em> de Gounod) ne vient pas en ligne droite de l&rsquo;\u00e9crivain anglais, mais a subit les adaptations de la plume d&rsquo;Alexandre Dumas p\u00e8re, aid\u00e9 pour la traduction par Paul Meurice. Ainsi, malgr\u00e9 un retour assez proche de l&rsquo;original par rapport \u00e0 la premi\u00e8re adaptation, des modifications ont \u00e9t\u00e9 faites pour satisfaire aux conventions romantiques de l&rsquo;\u00e9poque. Barbier et Carr\u00e9 y all\u00e8rent eux aussi de leurs modifications dans la trame de l&rsquo;histoire \u00e0 la fois pour des commodit\u00e9s propres au genre de l&rsquo;op\u00e9ra, mais aussi pour respecter les contraintes de la premi\u00e8re sc\u00e8ne de Paris : cinq actes, un ballet, une distribution r\u00e9unissant deux hommes et deux femmes dans les r\u00f4les principaux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11088340_855908601149437_8581810848868578879_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-493 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11088340_855908601149437_8581810848868578879_n-300x225.jpg\" alt=\"11088340_855908601149437_8581810848868578879_n\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11088340_855908601149437_8581810848868578879_n-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11088340_855908601149437_8581810848868578879_n.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au final, l&rsquo;\u0153uvre conserve la trame principale de la pi\u00e8ce originale, mais en l&rsquo;\u00e9purant, en supprimant toutes les autres intrigues et en mettant au centre de l&rsquo;\u0153uvre Hamlet qui se trouve \u00e0 devoir lutter contre tous ses parents (oncle, m\u00e8re, futur beau-p\u00e8re) et ainsi d\u00e9laisser sa promise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/10689683_855908777816086_4922280722267833915_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-490 alignright\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/10689683_855908777816086_4922280722267833915_n-225x300.jpg\" alt=\"10689683_855908777816086_4922280722267833915_n\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/10689683_855908777816086_4922280722267833915_n-225x300.jpg 225w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/10689683_855908777816086_4922280722267833915_n.jpg 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a>Musicalement, Ambroise Thomas se montre ici d&rsquo;une grande inventivit\u00e9 dans les textures ainsi que dans l&rsquo;utilisation des th\u00e8mes. Ainsi, d\u00e8s l&rsquo;ouverture, l&rsquo;orchestre sonne tendu et sombre. Jamais l&rsquo;op\u00e9ra ne va verser dans le d\u00e9coratif : m\u00eame les passages les plus l\u00e9gers servent de contraste pour assombrir encore d&rsquo;autres sc\u00e8nes. Les \u00e9motions des personnages sont fortes, contrast\u00e9es et toujours second\u00e9es par l&rsquo;orchestre qui sait colorer la sc\u00e8ne de mani\u00e8re d\u00e9licate et suggestives. Ainsi l&rsquo;apparition du spectre par exemple est accompagn\u00e9e d&rsquo;un tissu sombre et tendu alors que les fanfares triomphales laissent toujours percer un drame et une tension. Passage oblig\u00e9, le grand air de folie d&rsquo;Oph\u00e9lie se trouve \u00eatre un moment immat\u00e9riel. Apr\u00e8s la tension du troisi\u00e8me acte, nous entrons ici dans la psych\u00e9 de la jeune fille, perdue qu&rsquo;elle \u00e9tait dans ce monde de pouvoir et de mort. Ici les couleurs sont d\u00e9licates, l\u00e9g\u00e8res\u2026 et la voix se d\u00e9ploie jusqu&rsquo;\u00e0 se briser d&rsquo;\u00e9motions. Difficile de citer ici les passages les plus marquants tant ils sont nombreux. Aucun r\u00e9pit ne nous est donn\u00e9 durant les trois heures de musiques : la violence des relations entre les personnages principaux tend toujours la musique de belle mani\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3199.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-489 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3199-300x200.jpg\" alt=\"15s060-3199\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3199-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3199.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La production de Vincent Boussard ne b\u00e9n\u00e9ficie que d&rsquo;un seul d\u00e9cor durant toute l&rsquo;\u0153uvre mais qui m\u00e9nage beaucoup de possibilit\u00e9 de d\u00e9placement et d&rsquo;am\u00e9nagements. De grands murs de marbres l\u00e9zard\u00e9s sont ouverts par une parte et une grande fen\u00eatre alors que la partie basse se trouve noircie par la corruption et la mort qui rampent dans le ch\u00e2teau. Les superbes \u00e9clairages donnent \u00e0 un m\u00eame mur une port\u00e9e totalement diff\u00e9rentes, isolant \u00e0 certains moments des personnages dans une teinte sp\u00e9cifique r\u00e9pondant \u00e0 leur ressenti. La po\u00e9sie et les couleurs de ces \u00e9clairages donnent beaucoup de vie \u00e0 des d\u00e9cors tr\u00e8s fig\u00e9s. A ce dispositif sc\u00e9nique sobre mais tr\u00e8s efficace s&rsquo;ajoute un jeu de sc\u00e8ne tr\u00e8s fin et nuanc\u00e9, toujours naturel et signifiant. Les diff\u00e9rents chanteurs sont particuli\u00e8rement engag\u00e9s dans leurs r\u00f4les et se montrent d&rsquo;un r\u00e9alisme confondant. La confrontation entre Hamlet et sa m\u00e8re par exemple est d&rsquo;une grande violence physique alors que ce n&rsquo;est finalement que du jeu de th\u00e9\u00e2tre. Les points les plus remarquables de la mise en sc\u00e8ne sont quelques id\u00e9es tr\u00e8s fortes, comme l&rsquo;apparition du spectre marchant sur le mur ou la pr\u00e9sence de ce grand cadre qui accueil tour \u00e0 tour le portrait du feu roi, une glace ou la projection de l&rsquo;ombre du spectre. Mais l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus marquant est la baignoire qui symbolise l&rsquo;\u00e9tendue d&rsquo;eau dans laquelle Oph\u00e9lie se noie\u2026 Sa simple pr\u00e9sence donne une impression de suicide inavou\u00e9 alors que le personnage joue autour et dedans, avant de dispara\u00eetre. On retrouve d&rsquo;ailleurs dans le dernier acte un bloc de glace \u00e0 la forme de cette baignoire o\u00f9 l&rsquo;on distingue la silhouette d&rsquo;Oph\u00e9lie. Les costumes apportent un surplus de r\u00e9alisme sans marquer trop une \u00e9poque, o\u00f9 la tenue en cuir d&rsquo;Hamlet c\u00f4toie la robe de velours d&rsquo;inspiration moyen\u00e2geuse de Gertrude alors qu&rsquo;Oph\u00e9lie se distingue avec deux robes blanches tr\u00e8s sobres et printani\u00e8res. Le r\u00e9sultat visuel de cette repr\u00e9sentation est donc totalement coh\u00e9rent et limpide. Pas de relecture, mais bien une mise en image qui laisse place \u00e0 l&rsquo;imagination et aux ambiances diverses du drame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3050.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-488 alignright\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3050-200x300.jpg\" alt=\"15s060-3050\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3050-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3050.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Ch\u0153ur et orchestre donnent une assez belle prestation, m\u00eame si l&rsquo;on peut noter un petit manque de finesse chez les uns comme chez les autres. Ainsi le ch\u0153ur impressionne par une belle diction et des passages piano remarquables, mais se permet trop de volume \u00e0 certains moments avec de plus un manque d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 chez les femmes d\u00e8s qu&rsquo;on d\u00e9passe le mezzo-forte. Si l&rsquo;orchestre sonne un peu sec et vert, avec quelques soucis chez les cuivres, la prestation est globalement belle. Peut-\u00eatre l\u00e0 aussi aurait-on souhait\u00e9 un peu moins de d\u00e9cibels mais nous \u00e9vitons au moins la lourdeur de certains autres orchestres. Jean-Yves Ossonce dirige de belle mani\u00e8re, relevant les couleurs et les originalit\u00e9s de la partition comme les diff\u00e9rents soli qui pars\u00e8ment la partition. Le phras\u00e9 est beau, l&rsquo;attention aux chanteurs constante et on peut entendre un beau soin \u00e0 rendre la partition sans effet superflu mais avec toute la force qu&rsquo;elle contient. Ainsi d\u00e8s l&rsquo;ouverture le drame est superbement sugg\u00e9r\u00e9 par cet \u00e9clat sinistre, mais la sc\u00e8ne de folie d&rsquo;Oph\u00e9lie se trouve elle par\u00e9e d&rsquo;un superbe tissu orchestral d\u00e9licat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution r\u00e9unie pour ces deux repr\u00e9sentations est uniquement francophone \u00e0 l&rsquo;exception de Patrizia Ciofi en Oph\u00e9lie. Et pour les petits r\u00f4les de l&rsquo;\u0153uvre, Avignon a fait appel \u00e0 de jeunes chanteurs confirm\u00e9s promis \u00e0 un bel avenir. Tous sont ainsi tr\u00e8s bons malgr\u00e9 la bri\u00e8vet\u00e9 de leurs r\u00f4les. On notera en particulier le Spectre de Patrick Bolleire qui impressionne par l&rsquo;autorit\u00e9 et l&rsquo;ampleur de la voix. Il est par contre dommage qu&rsquo;il soit sonoris\u00e9 lors de ses apparitions. Seul le final nous permettra de juger de l&rsquo;impact r\u00e9el de cette voix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1129.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-485 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1129-300x200.jpg\" alt=\"15s060-1129\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1129-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1129.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul souci de la troupe r\u00e9unie vient de S\u00e9bastien Gu\u00e8ze. Le t\u00e9nor fran\u00e7ais a toujours eu une \u00e9mission assez \u00e9trange et peu gracieuse. Et pour le court r\u00f4le de La\u00ebrte, on retrouve toujours ces sons droits, ce timbre tr\u00e8s m\u00e9tallique et nasal\u2026 avec en plus quelques petits flottements dans la justesse. Julien Dran qui chantait le petit r\u00f4le d&rsquo;Horatio nous aurait beaucoup plus convaincu dans ce r\u00f4le assez transparent du fr\u00e8re d&rsquo;Oph\u00e9lie, o\u00f9 le premier air expose peu alors que le final ne demande qu&rsquo;un peu de v\u00e9h\u00e9mence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3081.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-492 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3081-200x300.jpg\" alt=\"15s060-3081\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3081-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-3081.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Le couple royal est superbement distribu\u00e9. Dans le r\u00f4le tortur\u00e9 de Claudius, Nicolas Test\u00e9 se montre imp\u00e9rial. Si on pouvait penser \u00e0 un personnage peut-\u00eatre plus noir et violent, la basse fran\u00e7aise accentue au contraire toute la torture et les remords du criminel. Avec son timbre assez clair pour une basse, il ne sonne pas m\u00e9chant, mais bien humain. Le grave est superbe alors que l&rsquo;aigu se r\u00e9v\u00e8le ais\u00e9. Sa pri\u00e8re en d\u00e9but du troisi\u00e8me acte est un moment particuli\u00e8rement touchant car chaque nuance est soign\u00e9e, simple et logique. Face \u00e0 lui, la Reine Gertrude est chant\u00e9e par G\u00e9raldine Chauvet. D\u00e9j\u00e0, lors de sa premi\u00e8re entr\u00e9e, on est frapp\u00e9 par le port altier et l&rsquo;attitude royale. Et une fois que le chant se fait entendre, c&rsquo;est encore cette noblesse qui marque. Pour cette Klytemnestre danoise, nous n&rsquo;avons pas un personnage rong\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur ou d\u00e9cr\u00e9pit. Au contraire, c&rsquo;est une reine dans toute sa splendeur, autoritaire et majestueuse. Le jeu est impressionnant d&rsquo;investissement, et le chant se coule dans un mezzo aux aigus ais\u00e9s mais sans poitrinage dans le grave. Sa prestation est parfaite d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre et promet de belles choses pour cette jeune mezzo-soprano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-2136.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-486 alignright\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-2136-200x300.jpg\" alt=\"15s060-2136\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-2136-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-2136.jpg 399w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Le r\u00f4le d&rsquo;Oph\u00e9lie semble particuli\u00e8rement toucher Patrizia Ciofi. Sorte de petite s\u0153ur de Lucia, on y retrouve toute l&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;un jeu fluide : Oph\u00e9lie semble toujours en dehors du monde des adultes, totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette violence et ce sinistre environnement. Et par un jeu vif, bondissant et touchant, la soprano italienne donne vie et corps \u00e0 cette fragile jeune fille. Comment ne pas \u00eatre touch\u00e9 par sa prestation sc\u00e9nique lors de la sc\u00e8ne de la folie? Vocalement, on conna\u00eet la voix de Patrizia Ciofi\u2026 c&rsquo;est un instrument qui touche. On a connu plus beau, fluide ou large bien s\u00fbr\u2026 mais la musique qui se d\u00e9gage, les \u00e9motions \u00e0 fleur de peau sont port\u00e9es par un timbre a\u00e9rien et touchant. Cette Oph\u00e9lie ne se r\u00e9v\u00e8le pas par des suraigus dard\u00e9s mais par la douleur qui \u00e9mane du personnage. La m\u00e9lancolie est toujours pr\u00e9sente. La technique reste s\u00fbre et permet \u00e0 la soprano d&rsquo;assumer d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre le r\u00f4le poignant mais \u00e9pisodique de la jeune fille, et l&rsquo;intensit\u00e9 qu&rsquo;elle y met nous donne une belle continuit\u00e9 au personnage. Certains iront juger sa prestation sur des suraigus difficiles ou quelques fragilit\u00e9s\u2026 mais c&rsquo;est aussi cette fragilit\u00e9 et cette sensibilit\u00e9 qui permet au personnage de v\u00e9ritablement prendre vie. Le fran\u00e7ais est plut\u00f4t compr\u00e9hensible, m\u00eame s&rsquo;il manque la force du texte que peuvent donner ses partenaires. Encore une superbe prestation de la soprano, qui malgr\u00e9 la v\u00e9h\u00e9mence d&rsquo;un spectateur, recevra un immense triomphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11147038_855908751149422_5349257427240769941_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-491 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11147038_855908751149422_5349257427240769941_n-300x225.jpg\" alt=\"11147038_855908751149422_5349257427240769941_n\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11147038_855908751149422_5349257427240769941_n-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/11147038_855908751149422_5349257427240769941_n.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Jean-Fran\u00e7ois Lapointe reprenait ce r\u00f4le \u00e9puisant qu&rsquo;est Hamlet. \u00c9puisant \u00e0 plus d&rsquo;un titre puisque la tessiture est tr\u00e8s tendue, mais en plus le personnage est omnipr\u00e9sent sur sc\u00e8ne. Le baryton qu\u00e9b\u00e9cois se montre imm\u00e9diatement impressionnant dans ce r\u00f4le tortur\u00e9. Sc\u00e9niquement il impressionne par sa pr\u00e9sence, alors que vocalement la voix gronde et tonne, s&rsquo;\u00e9clairant dans des aigus percutants. Et que dire du texte\u2026 il est dit avec une telle force qu&rsquo;il en devient violent. Refusant les effets v\u00e9ristes, le baryton se montre exemplaire dans son style et investi le texte de mani\u00e8re sid\u00e9rante. Que ce soit le doute, l&rsquo;horreur, la terreur ou l&rsquo;amour, le baryton trouve le ton juste pour cr\u00e9er ces \u00e9motions. Passant du chant \u00e0 boire \u00e0 l&rsquo;introspection sans aucun souci, ce Hamlet est sombre et vivant. Si certaines de ses prestations le montraient peu investi (comme son Valentin r\u00e9cemment \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris), il est ici totalement impliqu\u00e9 dans son r\u00f4le pour nous en donner une vision tr\u00e8s forte. On tremble face \u00e0 sa violence, puis on pleure avec lui devant le cercueil d&rsquo;Oph\u00e9lie. Une prestation grandiose pour ce baryton qu&rsquo;on esp\u00e8re entendre plus souvent dans ce r\u00e9pertoire o\u00f9 il excelle. Le timbre assez charpent\u00e9 mais qui s&rsquo;\u00e9claire dans l&rsquo;aigu nous fait penser aux grands barytons de l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1084.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-495 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1084-300x200.jpg\" alt=\"15s060-1084\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1084-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/15s060-1084.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec une telle production, n&rsquo;importe quelle \u0153uvre aurait re\u00e7u un triomphe\u2026 mais lorsqu&rsquo;en plus elle poss\u00e8de la puissance et la beaut\u00e9 de ce <em>Hamlet<\/em> d&rsquo;Ambroise Thomas, le r\u00e9sultat est grandiose. Dans le style du Grand Op\u00e9ra, Thomas trouve une place \u00e0 part, une originalit\u00e9 et un ton qui le distinguent des mod\u00e8les du genre. Son talent pour cr\u00e9er une ambiance est magnifique et sa partition est un mod\u00e8le du genre. Magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9 par tous les artistes dans une mise en sc\u00e8ne superbe, l&rsquo;\u0153uvre se d\u00e9voile sous ses meilleurs traits. Une repr\u00e9sentation m\u00e9morable.<\/p>\n<ul>\n<li>Avignon<\/li>\n<li>Op\u00e9ra du Grand Avignon<\/li>\n<li>3 mai 2015<\/li>\n<li>Ambroise Thomas (1811-1896), Hamlet, op\u00e9ra en cinq actes et sept tableaux<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Vincent Boussard\u00a0; Assistante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, Natascha Ursuliak\u00a0; D\u00e9cors, Vincent Lemaire\u00a0; Costumes, Katia Duflot\u00a0; Lumi\u00e8res, Alessandro Carletti<\/li>\n<li>Oph\u00e9lie, Patrizia Ciofi\u00a0; Gertrude, G\u00e9raldine Chauvet\u00a0; Hamlet, Jean-Fran\u00e7ois Lapointe\u00a0; Claudius, Nicolas Test\u00e9\u00a0; La\u00ebrte, S\u00e9bastien Gu\u00e8ze\u00a0; Le spectre, Patrick Bolleire\u00a0; Marcellus, Julien Dran\u00a0; Horatio, Bernard Imbert\u00a0; Polonius, Jean-Marie Delpas\u00a0; 1er fossoyeur, Saeid Alkhouri\u00a0; 2\u00e8me fossoyeur, Rapha\u00ebl Br\u00e9mard<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra Grand Avignon<\/li>\n<li>Orchestre R\u00e9gional Avignon-Provence<\/li>\n<li>Jean-Yves Ossonce, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;Op\u00e9ra National de Paris \u0153uvrait \u00e0 hauteur de ses moyens de la m\u00eame fa\u00e7on que l&rsquo;Op\u00e9ra d&rsquo;Avignon pour le patrimoine de l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais, nous serions combl\u00e9s\u2026 car en une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[57,23,60],"class_list":["post-484","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_romantique","tag-opera","tag-thomas","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-7O","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/484","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=484"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/484\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":496,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/484\/revisions\/496"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=484"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=484"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=484"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}