{"id":382,"date":"2015-01-16T10:16:52","date_gmt":"2015-01-16T09:16:52","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=382"},"modified":"2016-10-04T20:56:34","modified_gmt":"2016-10-04T18:56:34","slug":"raffaele-pe-contre-tenor-aux-origines-du-baroque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=382","title":{"rendered":"Raffaele Pe, contre-t\u00e9nor aux origines du baroque"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-958 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/folder-300x274.jpg\" alt=\"folder\" width=\"300\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/folder-300x274.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/folder.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les disques consacr\u00e9s \u00e0 la musique compos\u00e9e pour les castras illustrent majoritairement les musiques particuli\u00e8rement virtuoses des Vivaldi, Haendel ou Hasse plus r\u00e9cemment. Dans ce r\u00e9cital, c&rsquo;est la figure de Gualberto Magli qui est mis \u00e0 l&rsquo;honneur. C&rsquo;est donc l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9couter une musique plus ancienne, qui puise aux sources de cette musique baroque. En effet, le castra Gualberto Magli participa \u00e0 la cr\u00e9ation de ce qui a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le premier op\u00e9ra\u00a0: <em>L&rsquo;Orfeo<\/em> de Monteverdi (m\u00eame si de nos jours nous poss\u00e9dons des partitions plus anciennes). Ce sont donc des compositions du d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle que Raffaele Pe nous invite \u00e0 d\u00e9couvrir, accompagn\u00e9 uniquement d&rsquo;une triple-harpe et d&rsquo;un th\u00e9orbe. La sobri\u00e9t\u00e9 du fameux <em>recitar cantando<\/em> (chant parl\u00e9) n&rsquo;est alors qu&rsquo;\u00e0 ses d\u00e9buts et c&rsquo;est toute sa finesse qui nous est propos\u00e9e avec beaucoup d&rsquo;inspiration et de musicalit\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gualberto Magli \u00e9tait l&rsquo;un des prot\u00e9g\u00e9s de la grande famille des M\u00e9dicis \u00e0 Florence. \u00c9l\u00e8ve de Giulio Caccini, le jeune chanteur sera pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la cours de Mantoue pour la cr\u00e9ation de <em>L&rsquo;Orfeo<\/em>, puis il ira parfaire sa technique d&rsquo;instrumentiste \u00e0 Naples pendant deux ans aux frais d&rsquo;Antoine de M\u00e9dicis. Par la suite il passera une ann\u00e9e au service de l&rsquo;\u00e9lecteur de Brandebourg. Des voyages formateurs donc pour ce musicien dou\u00e9. En s&rsquo;appuyant sur ce castra des M\u00e9dicis, le disque se distingue des autres r\u00e9citals consacr\u00e9s \u00e0 un castra : l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;est pas la m\u00eame et du coup le style ainsi que les pi\u00e8ces en elles-m\u00eames sont diff\u00e9rentes. Au lieu de l&rsquo;encha\u00eenement de pi\u00e8ces lyriques o\u00f9 alternent air temp\u00e9tueux et longues d\u00e9plorations extraits d&rsquo;op\u00e9ra, nous nous promenons dans toutes les formes de musique alors en plein d\u00e9veloppement : aux extraits de <em>L&rsquo;Orfeo<\/em> r\u00e9pondent des morceaux dans le style des madrigaux ou m\u00eame des pi\u00e8ces inspir\u00e9s des chansons des rues improvis\u00e9es par les nobles florentins. Et au milieu de ce disque, une pi\u00e8ce contemporaine \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;\u00e9poque sur un sonnet de P\u00e9trarque. Vari\u00e9t\u00e9 de style donc mais au final il se d\u00e9gage une grande unit\u00e9 de temps dans tout ce disque. Si certains morceaux sont plus d\u00e9clamatoires ou orn\u00e9s que d&rsquo;autres, on y retrouve toujours ce premier baroque italien inspir\u00e9 de la trag\u00e9die antique o\u00f9 le texte doit \u00eatre mis en lumi\u00e8re et o\u00f9 la voix ne doit briller que pour renforcer le texte. L&rsquo;air \u00ab\u00a0Amarilli mia bella\u00a0\u00bb nous permet m\u00eame de voir l&rsquo;\u00e9volution rapide du chant puisque la premi\u00e8re partie reprend la version originale de Gaccini alors que par la suite nous entendons la version orn\u00e9e par Nauwach.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois instruments r\u00e9unis ici sont tout aussi \u00e9loquents que sobres. En effet harpe et th\u00e9orbe nous composent un accompagnement vibrant, raffin\u00e9 et d\u00e9taill\u00e9&#8230; sans jamais surcharger la musique, proposant m\u00eame une intimit\u00e9 que ne pourrait apporter un orchestre r\u00e9duit \u00e0 son strict minimum. Les deux instruments \u00e0 corde pinc\u00e9es permettent une belle vari\u00e9t\u00e9 de sonorit\u00e9s et de r\u00e9sonances. Et sur ce d\u00e9licat tissu se pose la voix de Raffaele Pe. Loin de la rondeur de certains de ses coll\u00e8gues contre-t\u00e9nors, ou de la virtuosit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e d&rsquo;autre, le chanteur italien propose une voix claire et assez l\u00e9g\u00e8re mais totalement ma\u00eetris\u00e9e avec une finesse remarquable. Grave et aigus sont tout aussi souples et ais\u00e9s, avec une belle vari\u00e9t\u00e9 de dynamique et de couleurs selon les besoins du texte. On peut entendre une certaine proximit\u00e9 peut-\u00eatre avec un Jaroussky pour la finesse et la musicalit\u00e9, mais se trouve chez Raffaele Pe une plus grande force d\u00e9clamatoire\u00a0: le texte vit \u00e9norm\u00e9ment par la diction et les accents. Mais en plus de cela, le chanteur n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 habiller son chant d&rsquo;effets et de dynamique qui touchent directement \u00e0 l&rsquo;essentiel\u00a0: notes droites o\u00f9 le vibrato arrive brusquement, notes gonfl\u00e9es avec aisance, chant murmur\u00e9 ou plus lyrique&#8230; la palette expressive fait penser \u00e0 un Dominique Visse mais avec un timbre plus imm\u00e9diatement beau. Si la virtuosit\u00e9 n&rsquo;est pas autant mise en valeur que dans d&rsquo;autres parties de la musique baroque, Raffaele Pe se montre tout de m\u00eame tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise dans les diff\u00e9rentes variations et ornementations qu&rsquo;il propose, toujours de tr\u00e8s bon go\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du programme se d\u00e9tachent bien s\u00fbr les extraits de <em>L&rsquo;Orfeo<\/em> de Monteverdi\u00a0: en trois personnages le chanteur nous donne toute la largeur de ses \u00e9motions. L&rsquo;orchestre de m\u00eame compose imm\u00e9diatement un accompagnement qui va \u00e0 l&rsquo;essentiel et met en avant des finesses que l&rsquo;orchestre n&rsquo;illumine pas tant. De plus, c&rsquo;est l&rsquo;une des rares pi\u00e8ces o\u00f9 la comparaison peut se faire imm\u00e9diatement et o\u00f9 l&rsquo;on peut juger de ce qu&rsquo;apportent ces trois musiciens. Par la suite, les pistes alternes les ambiances calmes, joyeuses ou sombres. De magnifiques \u0153uvres qui nous sont restitu\u00e9es avec toute la finesse et la rigueur qu&rsquo;on peut attendre. Comment r\u00e9sister \u00e0 ce chant avec \u00e9cho de Girolamo Montesardo, ou le Lamento de Sigismondo d&rsquo;India\u00a0? Et au milieu de tous ces bijoux italiens, la composition contemporaine se trouve une place logique, totalement adapt\u00e9e au th\u00e8me de ce disque. Seule pi\u00e8ce qui n&rsquo;ait pas pu \u00eatre chant\u00e9e par Gualberto Magli (mort en 1625), le style en est pourtant parfaitement reconstruit. Autre \u00e9tranget\u00e9, l&rsquo;air en langue allemande de Nauwach surprend \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9coute. Mais en dehors de la sonorit\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rente de la langue, on voit vite que le style en reste le m\u00eame puisque Nauwach passera sept ans \u00e0 Turin et Florence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De par le choix du r\u00e9pertoire et la sobri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9tation, Raffaele Pe et ses deux musiciens nous emm\u00e8nent dans un voyage aux sources du baroque. Le voyage se fait avec beaucoup de bonheur, d\u00e9butant sur des terres connues pour petit \u00e0 petit d\u00e9river vers des rivages lointains et rares. Le travail musical est magistral, et comme toujours avec Glossa, la documentation est de qualit\u00e9 pour resituer toute cette musique et les \u00e9volutions qu&rsquo;elle connut. Surprenant, d\u00e9routant peut-\u00eatre par certains c\u00f4t\u00e9s, mais fascinant.<\/p>\n<ul>\n<li>Claudio Monteverdi (1567-1643), L&rsquo;Orfeo : Air de Musica \u2013 Primo intermezzo \u2013 Air de Speranza \u2013 Possente Spirto \u2013 Air de Prosepina<\/li>\n<li>Johann Nauwach (1595-1630) \u2013 Giulio Caccini (1550-1618), Amarilli mia bella<\/li>\n<li>Francesca Caccini (1587-c.1645), Dispiegate guance amate<\/li>\n<li>Sigismondo d&rsquo;India (c.1582-1629), Ancidetemi pur (Lamento di Giasone)\u00a0; Piangono al pianger mio<\/li>\n<li>Francesco Lambardi (1587-1642), O felice quel giorno<\/li>\n<li>Giovanni Maria Trabaci (c.1575-1647), Toccata seconda per l&rsquo;arpa<\/li>\n<li>Girolamo Montesardo (1580-1620), Hor che la nott&rsquo;ombrosa<\/li>\n<li>Alessandro Ciccolini (1970), Solo e pensoso<\/li>\n<li>Anonyme du 17\u00e8me si\u00e8cle, Se fama al mondo<\/li>\n<li>Johann Nauwach (1595-1630), Tempesta di dolcezza\u00a0; Jetzund k\u00f6mpt die nacht herbey<\/li>\n<li>Raffaele Pe, contre-t\u00e9nor<\/li>\n<li>Chiara Granata, triple-harpe<\/li>\n<li>David Miller, th\u00e9orbe<\/li>\n<li>1cd Glossa, GCD 923501. Enregistr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise Saint-James de Dengie, Essex, du 2 au 4 juillet 2013<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les disques consacr\u00e9s \u00e0 la musique compos\u00e9e pour les castras illustrent majoritairement les musiques particuli\u00e8rement virtuoses des Vivaldi, Haendel ou Hasse plus r\u00e9cemment. 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