{"id":3692,"date":"2025-12-17T17:44:10","date_gmt":"2025-12-17T16:44:10","guid":{"rendered":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3692"},"modified":"2025-12-18T12:55:19","modified_gmt":"2025-12-18T11:55:19","slug":"oya-kephale-bizet-victoria-et-faure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3692","title":{"rendered":"Oya Kephale : Bizet, Victoria et Faur\u00e9!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3692\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3693\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-724x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"424\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-724x1024.jpg 724w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-212x300.jpg 212w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-768x1086.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-1086x1536.jpg 1086w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025-1448x2048.jpg 1448w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_affiche_2025.jpg 1810w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En cette fin d\u2019ann\u00e9e, le rendez-vous est honor\u00e9 : l\u2019association Oya Kephale nous convie pour un concert en l\u2019\u00e9glise Saint-Marcel pour un programme franco-espagnol. L\u2019organisation en est toujours la m\u00eame : une premi\u00e8re pi\u00e8ce o\u00f9 l\u2019orchestre joue seul, puis le ch\u0153ur seul avant que tout ce beau monde ne se rejoigne pour la grande pi\u00e8ce du concert. Cette ann\u00e9e donc, nous partons pour l\u2019Espagne fantasm\u00e9e de Bizet avec les deux suites tir\u00e9es de <em>Carmen<\/em> (arrang\u00e9es par Ernest Guiraud), puis la vraie Espagne avec des motets du compositeur de la renaissance Tom\u00e1s Luis de Victoria. On quitte par contre totalement la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique pour terminer avec Gabriel Faur\u00e9 et son <em>Requiem<\/em>. Comme tous les ans, les concerts sont mont\u00e9s au profit d\u2019une association : l\u2019<a href=\"https:\/\/ecoledesactes.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9cole des Actes<\/a>. Cette association a pour but d\u2019apporter un soutien en formation notamment aux plus pr\u00e9caires pour les aider \u00e0 se professionnaliser. Alors que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le format avait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9, donnant de la visibilit\u00e9 \u00e0 tous les ensembles de chambre issus d\u2019Oya Kephale pour un concert unique, on retrouve donc l\u2019organisation habituelle.<!--more--><\/p>\n<div id=\"attachment_3694\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_bizet.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3694\" class=\"wp-image-3694\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_bizet.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_bizet.jpg 401w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_bizet-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3694\" class=\"wp-caption-text\">Georges Bizet<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soir\u00e9e s\u2019ouvre donc sur les deux suites tir\u00e9es de la <em>Carmen<\/em> de Georges Bizet. Si l\u2019op\u00e9ra a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le 3 mars 1875, le succ\u00e8s n\u2019est pas au rendez-vous imm\u00e9diatement. Le sujet choque le public plut\u00f4t conservateur de l\u2019Op\u00e9ra-Comique! Cette femme libre, qui choisit son destin comme ses amants, ces brigands qui n\u2019ont pas le bon go\u00fbt d\u2019\u00eatre dr\u00f4les\u2026 et ce soldat jaloux, possessif et meurtrier. Il y avait de quoi perturber. Le 3 juin, Bizet d\u00e9c\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans alors que <em>Carmen<\/em> devait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 pour la trente-troisi\u00e8me fois. Entre novembre et f\u00e9vrier 1876, l\u2019ouvrage est de nouveau propos\u00e9 pour douze repr\u00e9sentations mais ce n\u2019est toujours pas un triomphe. Peu avant sa mort, le compositeur avait sign\u00e9 un contrat pour que <em>Carmen<\/em> soit mont\u00e9 \u00e0 Vienne. Pour ce faire, son ami Ernest Guiraud retravaille la partition pour transformer les dialogues parl\u00e9s en r\u00e9citatifs. Finalement ce sera une version mixte avec quelques r\u00e9citatifs et quelques dialogues parl\u00e9s qui sera cr\u00e9\u00e9e et permettra une plus large diffusion dans le monde avec pour le coup un certain succ\u00e8s. \u00c0 Paris, il faudra tout de m\u00eame attendre 1883 pour que <em>Carmen<\/em> remonte sur les planches! Mais pour essayer de populariser la partition, Ernest Guiraud va tirer deux suites d\u2019orchestre de la partition : la premi\u00e8re publi\u00e9e en 1882 et la deuxi\u00e8me en 1887. Ces deux suites au programme de ce soir piochent dans les th\u00e8mes les plus connus de l&rsquo;\u0153uvre, que ce soit les airs, les ch\u0153urs ou les pr\u00e9ludes. La composition de chaque suite n\u2019est pas trait\u00e9e de fa\u00e7on \u201cchronologique\u201d par rapport au livret de l\u2019op\u00e9ra, pr\u00e9f\u00e9rant varier les ambiances. Dans les parties chant\u00e9es, la voix est en g\u00e9n\u00e9ral remplac\u00e9e par un instrument \u00e0 vent (mais dans les ensembles par exemple toutes les voix ne sont pas forc\u00e9ment reprises), l\u2019auditeur \u00e9tant parfois surpris par rupture de ligne ou un changement de m\u00e9lodie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rendu de ces suites est toujours un petit peu perturbant, tant dans certains num\u00e9ros il nous manque la voix et le texte. Les petites interventions de Guiraud dans la partition de Bizet provoquent quelques soucis d\u2019\u00e9quilibre qui n&rsquo;am\u00e9liorent pas forc\u00e9ment la composition, montrant peut-\u00eatre encore plus un petit c\u00f4t\u00e9 espagnolade. En choisissant ces partitions, <strong>Pierre Boudeville<\/strong> ne fait pas dans la facilit\u00e9 car d\u2019une part les partitions sont tr\u00e8s vari\u00e9es et souvent avec des tempos vifs, mais elles mettent aussi r\u00e9guli\u00e8rement en avant des instruments solistes dans des pi\u00e8ces tr\u00e8s connues par le public. Le moindre accroc est alors plus facilement rep\u00e9rable. Le chef dirige toutes ces parties avec rigueur, notant les rythmes et les d\u00e9parts de fa\u00e7on pr\u00e9cise pour tenir son orchestre, mais du coup bridant l\u00e9g\u00e8rement la danse de certains num\u00e9ros qui pourraient n\u00e9cessiter plus de souplesse. L\u2019orchestre d\u2019<strong>Oya Kephale<\/strong> est tr\u00e8s impliqu\u00e9 et concentr\u00e9, et on peut entendre des tr\u00e8s beaux passages comme les interventions des fl\u00fbtes dans le ch\u0153ur \u201cAvec la garde montante\u201d par exemple, ou des courbes superbes des violons (le th\u00e8me du destin qui ouvre la soir\u00e9e est ainsi particuli\u00e8rement bien rendu). Le d\u00e9fi est relev\u00e9 pour cet orchestre d\u2019amateurs malgr\u00e9 quelques petits d\u00e9calages ou couacs isol\u00e9s.<\/p>\n<div id=\"attachment_3695\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria.webp\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3695\" class=\"wp-image-3695\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria-936x1024.webp\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria-936x1024.webp 936w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria-274x300.webp 274w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria-768x841.webp 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_victoria.webp 1248w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3695\" class=\"wp-caption-text\">Tom\u00e1s Luis de Victoria<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bifurcation \u00e0 cent-quatre-vingt degr\u00e9s tant musicalement que pour le public puisqu&rsquo;il doit se retourner pour d\u00e9couvrir Tom\u00e1s Luis de Victoria et le ch\u0153ur Oya Kephale. Musicien espagnol du seizi\u00e8me si\u00e8cle, le compositeur d\u00e9bute comme chantre et \u00e9l\u00e8ve de musique de Bernardino de Ribera avant de gravir petit \u00e0 petit les \u00e9chelons. Il est envoy\u00e9 \u00e0 Rome pour entrer au Coll\u00e8ge Germanicum dirig\u00e9 par les j\u00e9suites. Il y \u00e9tudie la th\u00e9ologie et rencontre le ma\u00eetre Palestrina. Il devient en 1569 (\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 21 ans donc!) ma\u00eetre de chapelle et organiste \u00e0 l\u2019\u00e9glise Santa Maria di Montserrato de Rome. Il publie son premier recueil de motets en 1572 et est ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1575. Il rentre en Espagne en 1587 pour devenir le chapelain et ma\u00eetre de ch\u0153ur du couvent royal des clarisses d\u00e9chauss\u00e9es \u00e0 Madrid o\u00f9 se trouvait retir\u00e9e la fille de Charles Quint. Il retourne pendant trois ans \u00e0 Rome avant de revenir d\u00e9finitivement en Espagne en 1595 o\u00f9 il devient le ma\u00eetre de chapelle et l\u2019organiste de l\u2019imp\u00e9ratrice Maria \u00e0 Madrid (puis de sa fille Margarita \u00e0 partir de 1603). Tout au long de sa vie, il publie de tr\u00e8s nombreuses \u0153uvres vocales : vingt messes, quatre-vingt motets, autant d\u2019hymnes, seize magnificats, sept psaumes, deux passions,&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux motets choisis ce soir (<em>Jesus Dulcis Memoria<\/em> et <em>O Magnum Mysterium<\/em>) sont deux motets \u00e0 quatre voix qui mettent particuli\u00e8rement en valeur le ch\u0153ur Oya Kephale. Le recueillement et la sobri\u00e9t\u00e9 des lignes font de ces pi\u00e8ces de tr\u00e8s beaux moments d\u2019\u00e9coute. Chaque pupitre vient accompagner l\u2019autre et le renforcer tout en complexifiant le tissu musical. D\u00e8s les premi\u00e8res attaques, les pupitres d\u2019<strong>Oya Kephale<\/strong> offrent une tr\u00e8s belle homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et un soin constant de la ligne de chant. Si on peut dans certains ch\u0153urs amateurs entendre quelques voix solitaires sortir du groupe, rien de ce type ici o\u00f9 tout est parfaitement cal\u00e9 et en place pour les diff\u00e9rents pupitres. On peut aussi souligner l\u2019\u00e9quilibre num\u00e9rique et donc acoustique des pupitres : apr\u00e8s quelques ann\u00e9es o\u00f9 les pupitres masculins \u00e9taient peu fournis, ils retrouvent un nombre coh\u00e9rent ici pour une meilleure r\u00e9partition.<\/p>\n<div id=\"attachment_3696\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3696\" class=\"wp-image-3696\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-920x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"278\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-920x1024.jpg 920w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-269x300.jpg 269w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-768x855.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-1380x1536.jpg 1380w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure-1840x2048.jpg 1840w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/oya_faure.jpg 1996w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3696\" class=\"wp-caption-text\">Gabriel Faur\u00e9 (vers 1889)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour clore ce programme, le choix s\u2019est port\u00e9 sur le <em>Requiem<\/em> de Faur\u00e9. Compos\u00e9 entre 1887 et 1901, cette partition aura \u00e9t\u00e9 beaucoup retouch\u00e9e par le compositeur. Si le <em>Libera Me<\/em> peut remonter \u00e0 1877, le \u201cpetit Requiem\u201d (selon les termes du compositeur) est lui compos\u00e9 entre octobre 1887 et janvier 1888. L&rsquo;\u0153uvre est cr\u00e9\u00e9e ainsi le 16 janvier 1888 \u00e0 l\u2019\u00e9glise de la Madeleine. Plus courte, elle n\u2019\u00e9tait compos\u00e9e d\u2019un <em>Intro\u00eft<\/em>, du <em>Kyrie<\/em>, du <em>Sanctus<\/em> et du <em>Pie Jesu<\/em>. Entre 1889 et 1891, Faur\u00e9 ajoute l\u2019<em>Offertoire<\/em> et le <em>Libera Me<\/em>, et cette version dite de 1893 ou \u201cpour orchestre de chambre\u201d est cr\u00e9\u00e9e toujours \u00e0 la Madeleine le 21 janvier 1893. Pour le moment, cette partition est dans une version avec orchestration d\u2019\u00e9glise : en 1888 l\u2019orchestre se limitait \u00e0 une harpe, l\u2019orgue, les timbales, un violon soliste, des altos, des violoncelles, une contrebasse\u2026 \u00e0 quoi s\u2019ajoutent en 1893 quatre cors, deux trompettes, trois trombones, deux bassons et des violons. En 1900 para\u00eet une autre version cette fois pour orchestre symphonique. M\u00eame si cette version est contemporaine de Gabriel Faur\u00e9, des \u00e9tudes montrent qu\u2019elle pourrait \u00eatre de la main de Jean Roger-Ducasse (l\u2019un des \u00e9l\u00e8ves pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Faur\u00e9 et qui lui succ\u00e8dera au poste de professeur de composition). Malgr\u00e9 la multiplication des vents et l\u2019ajout de sections compl\u00e8tes de cordes, la caract\u00e9ristique principale de ce <em>Requiem<\/em> reste la m\u00eame : beaucoup de douceur et l\u2019absence de ces sc\u00e8nes terribles comme le <em>Dies Irae<\/em> totalement oubli\u00e9 de cette composition. Une analyse de la partition r\u00e9alis\u00e9e par Jean-Michel Nectoux en 1998 est assez \u00e9loquente : sur les 577 mesures du <em>Requiem<\/em>, 368 ne d\u00e9passent par le piano, soit plus de 60%! Pour certains num\u00e9ros, comme le dernier mouvement <em>In Paradisum<\/em>, ce sont m\u00eame 85% des mesures qui ne d\u00e9passent par la nuance piano! De nos jours, le <em>Requiem<\/em> de Faur\u00e9 reste l\u2019un des plus connus, apr\u00e8s bien s\u00fbr ceux de Verdi ou Mozart. C\u2019est en tout cas le plus jou\u00e9 d\u2019un compositeur fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019interpr\u00e9tation, c\u2019est donc le ch\u0153ur et l\u2019orchestre d\u2019<strong>Oya Kephale<\/strong> qui sont ici rassembl\u00e9s, accompagn\u00e9s de deux solistes dans la version pour orchestre symphonique bien s\u00fbr. L\u2019interpr\u00e9tation de Pierre Boudeville est assez recueillie et on entend plus de nuances que dans le Bizet ouvrant le concert. Bien s\u00fbr, la m\u00eame cause provoque les m\u00eames effets : la popularit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre implique que les quelques d\u00e9calages ou soucis de justesse sont rapidement entendus. Mais l\u2019ensemble se tient bien et on peut une nouvelle fois noter la belle prestation du ch\u0153ur qui offre beaucoup de douceur dans les diff\u00e9rentes pri\u00e8res qui composent ce <em>Requiem<\/em>. \u00c9tonnant aussi d&rsquo;entendre que le latin des pi\u00e8ces de Victoria \u00e9tait en prononciation romaine, alors que le Faur\u00e9 est en prononciation fran\u00e7aise (s\u00fbrement telle que pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la cr\u00e9ation). Il faut aussi noter l\u2019intervention non pas d\u2019un orgue positif mais du grand orgue de l\u2019\u00e9glise Saint-Marcel. Si certaines sonorit\u00e9s semblent \u00e9tranges, il n&rsquo;\u00e9crase jamais l\u2019orchestre. Les deux solistes convoqu\u00e9s sont des habitu\u00e9s avec le baryton <strong>Nicolas Hocquemiller<\/strong> (qui chantait le r\u00f4le du Comte Oscar dans <em>Barbe-Bleue<\/em> en <a href=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3103\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">2022<\/a>) et la soprano <strong>Alice Marzuola<\/strong> (superbe Eurydice l\u2019<a href=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3594\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ann\u00e9e derni\u00e8re<\/a> dans <em>Orph\u00e9e aux Enfers<\/em>). Le baryton intervient en premier dans l\u2019<em>Hostias<\/em>, puis reviendra ensuite pour le <em>Libera me<\/em>. La voix est franche et nette, au timbre clair mais bien projet\u00e9. Ses interventions sont pleines de recueillement. Plac\u00e9e en tribune derri\u00e8re le public, Alice Marzuola est une vraie r\u00e9v\u00e9lation dans le <em>Pie Jesu<\/em>. D\u00e9j\u00e0 fort remarqu\u00e9e dans l\u2019<em>Orph\u00e9e<\/em> du d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, ce qu\u2019elle propose ce soir est tout bonnement parfait avec un timbre limpide, une ligne de chant particuli\u00e8rement soign\u00e9e ou la puret\u00e9 et l\u2019\u00e9motion se font sentir. Tout le public retient son souffle durant son intervention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bis, le chef nous propose la <em>Pavane<\/em> de ce m\u00eame Faur\u00e9, mais dans une rare version avec ch\u0153ur. Compos\u00e9e \u00e0 l\u2019origine pour un orchestre de chambre, l&rsquo;\u0153uvre est compos\u00e9e et cr\u00e9\u00e9e en 1887. D\u00e9di\u00e9e \u00e0 la Comtesse Elisabeth Greffulhe, cette derni\u00e8re lui propose d\u2019y ajouter un texte de son cousin Robert de Montesquiou-Fezensac, admirateur de Verlaine. Cette nouvelle version pour ch\u0153ur et orchestre symphonique est cr\u00e9\u00e9e le 28 avril 1888 et le 25 novembre de la m\u00eame ann\u00e9e dans une version purement orchestrale. Il faut avouer que le po\u00e8me n\u2019est pas des plus inspir\u00e9 et on comprend pourquoi il est souvent \u201coubli\u00e9\u201d. La prestation des deux ensembles d\u2019Oya Kephale est au niveau de celle du <em>Requiem<\/em> : on entend quelques accrocs mais dans l\u2019ensemble le rendu est beau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concert int\u00e9ressant qui montre bien le bon niveau du ch\u0153ur et de l\u2019orchestre Oya Kephale. On pourra juste regretter peut-\u00eatre un programme assez ambitieux qui de par sa grande popularit\u00e9 montre de fa\u00e7on assez nette les petits soucis dans l\u2019interpr\u00e9tation. Et avouons qu\u2019apr\u00e8s de beaux concerts avec des raret\u00e9s comme les extraits du <em>Requiem<\/em> de Saint-Sa\u00ebns en 2021\u00a0 ou les <em>Sept paroles du Christ en croix<\/em> de Franck en <a href=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3232\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">2022<\/a>, on pouvait esp\u00e9rer une partition centrale plus originale. Dans les Requiem de cette \u00e9poque par des compositeurs fran\u00e7ais par exemple, il y aurait eu bien s\u00fbr celui de Gounod, mais d\u2019autres plus rares comme ceux de Daniel\u2011Fran\u00e7ois\u2011Esprit Auber ou de Louis\u2011Th\u00e9odore Gouvy (on pourrait r\u00eaver de celui de Jules Massenet mais il est semble-t-il perdu). C\u2019est n\u00e9anmoins toujours un plaisir d\u2019assister \u00e0 un concert d\u2019Oya Kephale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, il faut attendre le mois de mai et la cr\u00e9ation fran\u00e7aise des <em>Pirates de Penzance<\/em> de Gilbert et Sullivan, cousins anglais d\u2019Offenbach par la style et l&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence! On prend donc note du prochain rendez-vous prochain!<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Paris<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">\u00c9glise Saint-Marcel<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">13 d\u00e9cembre 2025<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Georges Bizet (1838-1875) &#8211; Ernest Guiraud (1837-1892) : Suites N\u00b01 et N\u00b02 extraites de Carmen<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Tom\u00e1s Luis de Victoria (1548-1611) : Jesus Dulcis Memoria &#8211; O Magnum Mysterium<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Gabriel Faur\u00e9 (1845-1924) : Requiem &#8211; Pavane<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Alice Marzuola, soprano<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Nicolas Hocquemiller, baryton<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Ch\u0153ur et Orchestre Oya Kephale<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Pierre Boudeville, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette fin d\u2019ann\u00e9e, le rendez-vous est honor\u00e9 : l\u2019association Oya Kephale nous convie pour un concert en l\u2019\u00e9glise Saint-Marcel pour un programme franco-espagnol. L\u2019organisation en est toujours la m\u00eame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28],"tags":[30,55,57,123,24,175],"class_list":["post-3692","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","tag-bizet","tag-epoque_baroque","tag-epoque_romantique","tag-faure","tag-musique-religieuse","tag-victoria","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-Xy","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3692","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3692"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3692\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3698,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3692\/revisions\/3698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3692"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3692"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3692"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}