{"id":3336,"date":"2023-06-24T00:05:05","date_gmt":"2023-06-23T22:05:05","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3336"},"modified":"2023-06-29T14:29:06","modified_gmt":"2023-06-29T12:29:06","slug":"romeo-et-juliette-a-bastille-plaisir-de-yeux-et-joie-des-oreilles-pour-lopera-de-gounod","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3336","title":{"rendered":"Rom\u00e9o et Juliette \u00e0 Bastille : Plaisir de yeux et joie des oreilles pour l&rsquo;op\u00e9ra de Gounod!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3336\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3346\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt-192x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt-192x300.jpg 192w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt-656x1024.jpg 656w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt-768x1199.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt-984x1536.jpg 984w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/nxkzzrn5nr6im747lpvt.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Est-ce une fa\u00e7on de combler un manque en 2018 o\u00f9 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 capable de programmer un op\u00e9ra de Gounod? Ou alors une simple co\u00efncidence? Toujours est-il qu\u2019en ce 17 juin 2023, nous f\u00eations les 205 ans de Charles Gounod et cela tombait le jour de la premi\u00e8re de la nouvelle production de <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>. Si l\u2019ouvrage avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 Paris notamment en 1994 avec Robeto Alagna et plus r\u00e9cemment en 2021 avec Pene Pati (les deux fois \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique), il fallait remonter \u00e0 d\u00e9cembre 1985 pour retrouver l\u2019ouvrage \u00e0 l\u2019affiche de la premi\u00e8re sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra parisienne. Entre temps, quelques <em>Faust<\/em>, une \u00e9pisodique <em>Mireille<\/em>&#8230; et des musiques de ballet de <em>Faust<\/em>. Il \u00e9tait temps que Gounod revienne, surtout apr\u00e8s les r\u00e9ussites relatives des deux derni\u00e8res productions de <em>Faust<\/em>! Et l\u00e0, \u00e0 en juger par l\u2019accueil de la salle, la r\u00e9ussite est totale! Il faut dire que nous avions un couple assez parfait, une mise en sc\u00e8ne magnifique et intelligente\u2026 et une partition enfin respect\u00e9e! Quel bonheur de voir ce <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> ainsi servi, donn\u00e9 avec beaucoup de soins et de moyens!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par la partition en tant que telle! En 2021, <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2967\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Laurent Campellone<\/a> en offrait un \u00e9tat assez habituel mais pas inf\u00e2me. Ici Carlo Rizzi nous offre des moments tr\u00e8s rarement jou\u00e9s durant le quatri\u00e8me acte. Bien s\u00fbr on peut regretter qu\u2019Elsa Dreisig ne donne pas l\u2019air du poison complet tel qu\u2019elle l\u2019a enregistr\u00e9 pour son premier r\u00e9cital au disque\u2026 mais pour compenser nous avons une partie du ballet (je n\u2019ai pas pu noter les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces jou\u00e9es, mais je vais essayer de compl\u00e9ter apr\u00e8s les diffusions), le Cort\u00e8ge Nuptial et l\u2019\u00c9pithalame\u2026 malheureusement le ch\u0153ur qui suit \u201cFrappez l\u2019air, chant joyeux\u201d a lui \u00e9t\u00e9 coup\u00e9. En dehors de cela, pas de grosse coupure, si ce n\u2019est quelques dialogues. Au premier air entre la valse de Juliette et le madrigal des deux amoureux, le dialogue entre Rom\u00e9o, Gertrude et Gregorio dispara\u00eet :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">ROM\u00c9O :<\/span><br \/>\nLe nom de cette belle enfant?<br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline;\">GR\u00c9GORIO :<\/span><br \/>\nVous l\u2019ignorez? C\u2019est Gertrude!<br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline;\">GERTRUDE :<\/span><br \/>\nPlait-il?<br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline;\">GR\u00c9GORIO :<\/span><br \/>\nTr\u00e8s gracieuse Dame!<br \/>\nPour les soins du souper<br \/>\nJe crois qu\u2019on vous r\u00e9clame!<br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline;\">GERTRUDE :<\/span><br \/>\nC\u2019est bien, me voici!<\/p>\n<\/blockquote>\n<div id=\"attachment_3340\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3340\" class=\"wp-image-3340\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yjwm1xddeeki0pjceep8.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3340\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard dans le premier tableau du troisi\u00e8me acte, on pourra noter la suppression d\u2019une petite phrase de Rom\u00e9o : \u201cToi, veille au dehors!\u201d. Alors que Fr\u00e8re Laurent s\u2019appr\u00eate \u00e0 marier les deux amants, le jeune homme demande \u00e0 Gertrude de quitter les lieux. Dans les partitions piano-chant comme celle \u00e9dit\u00e9e en 1873, le mariage est suivi d\u2019un trio entre Juliette, Rom\u00e9o et Fr\u00e8re Laurent avant que Gertrude ne revienne pour une courte sc\u00e8ne et qu\u2019arrive le quatuor \u201c\u00d4 joie immense\u201d que nous connaissons. Le trio \u00e9tant donn\u00e9 sur les m\u00eames paroles et avec les m\u00eames lignes vocales, la redondance explique la coupure de ce trio dans tous les t\u00e9moignages existant pour ne conserver que le quatuor. Sauf que dans les enregistrements et les repr\u00e9sentations actuelles, on retrouve toujours ce \u201cToi, veille au dehors!\u201d alors qu\u2019il n\u2019a plus vraiment de sens sans le trio.<\/p>\n<div id=\"attachment_3339\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3339\" class=\"wp-image-3339\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yea1pjnshhh9rxu0dmst.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3339\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus probl\u00e9matique est la derni\u00e8re coupure not\u00e9e\u2026 Ce sont en fait les derniers mots des amants au cinqui\u00e8me acte. Apr\u00e8s les derniers mots de Juliette \u201cViens!&#8230; un baiser!!! Je t\u2019aime\u2026\u201d, les deux amants meurent sur un \u201cSeigneur! Seigneur! Pardonnez-nous!\u201d. L\u2019orchestre s\u2019\u00e9teint doucement durant avant que la foi de la pri\u00e8re ne le re-d\u00e9veloppe par la suite. Eh bien ce dernier petit ensemble n\u2019est pas chant\u00e9 par les deux amants d\u00e9j\u00e0 morts sur sc\u00e8ne. Si dramatiquement on peut comprendre ce choix, pr\u00e9f\u00e9rant une mort sur des paroles d\u2019amour qu\u2019une pri\u00e8re tr\u00e8s XIX\u00e8, musicalement cela ne fonctionne pas vraiment. L\u2019orchestre est \u00e0 ce moment un simple accompagnement, soulignant l\u2019effort r\u00e9alis\u00e9 par les amoureux pour adresser ces derniers mots d\u2019espoir, l\u2019orchestre faisant m\u00eame silence sur le \u201cnez\u201d de pardonnez avant de reprendre plus fort sur le \u201cnous\u201d. Et bien ici on a un silence (o\u00f9 Juliette rend son dernier soupir, il semble que ce soit d\u00e9j\u00e0 fait pour Rom\u00e9o!), puis l\u2019orchestre reprend. Sans la ligne des chanteurs, l\u2019orchestre sonne vraiment nu, sans int\u00e9r\u00eat alors qu\u2019alli\u00e9 au chant il donne du sens \u00e0 cette pri\u00e8re. Pourquoi ne pas avoir donn\u00e9 les lignes d\u00e9volues \u00e0 Juliette et Rom\u00e9o \u00e0 des instruments de l\u2019orchestre, symbolisant ainsi la pri\u00e8re des mourants et une sorte d\u2019envol de ceux-ci. Pour qui conna\u00eet la partition un tout petit peu, ce manque est assez sid\u00e9rant et coupe l\u2019\u00e9motion par ce trou d\u2019air qui nous ram\u00e8ne sur terre.<\/p>\n<div id=\"attachment_3341\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3341\" class=\"wp-image-3341\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14-300x197.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14-300x197.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14-1024x673.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14-768x505.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/yxvzt9tljgbchsggnl14.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3341\" class=\"wp-caption-text\">Acte III.2 : Benjamin Bernheim (Rom\u00e9o), Maciej Kwa\u015bnikowski (Tybalt)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais au final, il faut retenir les bonnes choses et m\u00eame les tr\u00e8s bonnes choses. Comme pour <em>Hamlet<\/em> donn\u00e9 il y a peu \u00e0 Bastille d\u00e9j\u00e0, il semble que le r\u00e9pertoire soit assez bien trait\u00e9 en ce moment \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris o\u00f9 l\u2019on ne cherche pas forc\u00e9ment \u00e0 couper pour gagner dix minutes, o\u00f9 l\u2019on essaye de trouver des interpr\u00e8tes au fran\u00e7ais correcte (car c\u2019est une constante ce soir!)&#8230; Bref, on soigne le r\u00e9pertoire maison de belle mani\u00e8re cette saison et on peut esp\u00e9rer que les prochaines nouvelles productions seront aussi r\u00e9ussies musicalement (car malheureusement, pour des reprises comme <em>Les Contes d\u2019Hoffmann<\/em>, il ne faut pas esp\u00e9rer que la partition soit remise au niveau des diff\u00e9rents travaux musicologiques r\u00e9alis\u00e9s).<\/p>\n<div id=\"attachment_3350\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3350\" class=\"wp-image-3350\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf-684x1024.jpg 684w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf-768x1150.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf-1026x1536.jpg 1026w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vvrswp28wgjfupahzyuf.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3350\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV.1 : Elsa Dreisig (Juliette), Benjamin Bernheim (Rom\u00e9o)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne de <strong>Thomas Jolly<\/strong> joue clairement la carte du grand spectacle avec des lumi\u00e8res magnifiques et tr\u00e8s pr\u00e9sentes (m\u00eame trop quand on est au deuxi\u00e8me balcon!) qu\u2019elles symbolisent l\u2019arriv\u00e9e de La Reine Mab (avec ces spots qui bourdonnent dans la salle avant de se fixer sur Mercutio) ou encore l\u2019isolement des amoureux\u2026 Ces \u00e9clairages offrent un vrai cadre au monumental escalier cr\u00e9\u00e9 par <strong>Bruno de Laven\u00e8re<\/strong>. Mont\u00e9 sur un syst\u00e8me tournant, il pr\u00e9sente tout d\u2019abord l\u2019escalier du Palais Garnier avec ses grands cand\u00e9labres mais dans une version plus sombre. Mais en tournant, il pr\u00e9sentera aussi un balcon pour le deuxi\u00e8me acte (les balcons justement qui donnent sur l\u2019escalier de Garnier!), un escalier ext\u00e9rieur, une \u00e9glise par les supports qui portent la structure\u2026 Il contient de nombreux espaces qui donnent \u00e0 chaque fois un lieu diff\u00e9rent. Et en plus de ces diff\u00e9rents niveaux, il y a aussi les lumi\u00e8res qui y sont int\u00e9gr\u00e9es. Comme \u00e0 Garnier, il y a les grandes statues surmont\u00e9es de cand\u00e9labres avec de nombreuses ampoules. Alternativement \u00e9l\u00e9ment de pompe chez les Capulets ou \u00e9toiles dans le ciel nocturne, voil\u00e0 des lumi\u00e8res qui offrent r\u00e9guli\u00e8rement un petit peu de douceur aussi par leurs couleurs dor\u00e9es. En effet, le monde montr\u00e9 par Thomas Jolly est sombre puisqu\u2019il remet la pi\u00e8ce dans son cadre premier chez Shakespeare : une \u00e9pid\u00e9mie de peste \u00e0 V\u00e9rone! Cela n\u2019est jamais \u00e9voqu\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ra de Gounod mais Thomas Jolly l&rsquo;int\u00e8gre dans le prologue par des figurants ainsi que lors de la mort de Mercutio (le Diable est remplac\u00e9 par la peste : \u201cQue la peste soit de vos deux maisons\u201d). Donc l\u2019escalier n\u2019est pas en marbre mais dans une pierre sombre, la porte de la maison des Capulets est affubl\u00e9e d\u2019un grand 4 d\u00e9form\u00e9 qui serait un symbole de protection entre autres contre la peste\u2026 Et les seules touches de couleurs sont finalement ces lumi\u00e8res parfois douces et aussi les costumes de quelques invit\u00e9s du bal ou du Duc de V\u00e9rone. L\u2019avantage d\u2019un tel d\u00e9cor est de pouvoir varier les situations et les hauteurs, mais aussi d\u2019encha\u00eener les diff\u00e9rents tableaux sans pause. Mais cela implique aussi des mouvements parfois acrobatiques chez les acteurs\/chanteurs. On peut noter par exemple notre Rom\u00e9o et qui a un moment de frayeur durant son deuxi\u00e8me acte ou Stephano qui coure et l\u00e0 aussi se fait peur et ralentit brusquement! Les d\u00e9placements sont ainsi assez complexes, mais aussi le jeu d\u2019acteurs qui est tr\u00e8s pr\u00e9cis et quasi chor\u00e9graphi\u00e9 par moments.. A propos de chor\u00e9graphies, si celle du bal ne sont pas forc\u00e9ment passionnantes \u00e0 regarder, l\u2019id\u00e9e de repr\u00e9senter la psych\u00e9 de Juliette lors du ballet par ces dix fant\u00f4mes de mari\u00e9es est magnifique et la chor\u00e9graphie assez brusque montre parfaitement le d\u00e9sordre de l\u2019esprit de la jeune femme. Au final une mise en sc\u00e8ne superbe visuellement qui raconte parfaitement l\u2019histoire, port\u00e9e par un visuel tr\u00e8s beau (d\u00e9cor, costumes, lumi\u00e8res), mais aussi par une direction d\u2019acteurs tr\u00e8s nette. Il n\u2019y a pas forc\u00e9ment d\u2019id\u00e9e tr\u00e8s saillante renouvelant l\u2019ouvrage mais au final ce n\u2019est pas plus mal tant le spectacle est lisible.<\/p>\n<div id=\"attachment_3347\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3347\" class=\"wp-image-3347\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/s2003zrbfkee7so0eyjb.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3347\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV.1 : Elsa Dreisig (Juliette)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de passer \u00e0 une description de la partie musicale, il faut tout de m\u00eame recontextualiser\u2026 j\u2019ai beaucoup \u00e9cout\u00e9 les diff\u00e9rents studios existant pour l\u2019<a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3249\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">article<\/a> sur <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> et donc peut-\u00eatre que certains d\u00e9tailles m\u2019ont saut\u00e9 aux oreilles. L\u2019\u00e9coute avec partition sous les yeux permet de d\u00e9couvrir certaines choses mais aussi de m\u00e9moriser beaucoup plus de d\u00e9tails qui apr\u00e8s sont int\u00e9gr\u00e9s. Disons le tout de suite, malgr\u00e9 les remarques le r\u00e9sultat est d\u2019un tr\u00e8s haut niveau et beaucoup de remarques ici ne sont que du pinaillage!<\/p>\n<div id=\"attachment_3348\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3348\" class=\"wp-image-3348\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ukyh7ckuqwyjrtgnqg5i.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3348\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV.2<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Carlo Rizzi<\/strong> avait donn\u00e9 il y a presque trente ans un tr\u00e8s beau <em>Faust<\/em> au disque o\u00f9 la partition avait \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9e et agr\u00e9ment\u00e9e de pi\u00e8ces jamais entendues. D\u2019o\u00f9 l\u2019espoir ici d\u2019une version archi-compl\u00e8te. M\u00eame si ce n\u2019est pas le cas, l\u2019\u00e9tat de la partition d\u00e9crit plus haut est tout de m\u00eame une tr\u00e8s bonne nouvelle. Le chef conna\u00eet bien Gounod et le montre avec des tempi assez contrast\u00e9s mais qui mettent bien en valeur la partition. Ainsi, le premier acte montre les deux extr\u00eames entre une f\u00eate particuli\u00e8rement rapide et vive (\u00e0 tel point que le ch\u0153ur n\u2019est pas totalement en place \u00e0 plusieurs endroits\u2026) alors que le madrigal trouve plus de respiration avant une prise de conscience de Juliette pleine de retenue. Tout au long de l\u2019ouvrage, il anime la partition et en fait ressortir les beaut\u00e9s \u00e0 l\u2019orchestre. Justement, l\u2019<strong>Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/strong> est assez engag\u00e9 mais on peut noter tout de m\u00eame en ce jour de premi\u00e8re quelques petits soucis de mise en place sur les bois par exemple. Assez surprenant pour une formation d\u2019un tel niveau, mais ce n\u2019\u00e9tait que la premi\u00e8re! Le <strong>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/strong> lui est tr\u00e8s vif, tr\u00e8s engag\u00e9 mais les moments les plus puissants manquent comme souvent d\u2019ensemble avec des voix qui ressortent un petit peu trop comme au troisi\u00e8me acte.<\/p>\n<div id=\"attachment_3344\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3344\" class=\"wp-image-3344\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex-300x198.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex-1024x677.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex-768x508.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/i9byxnrghf6dnyashrex.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3344\" class=\"wp-caption-text\">Acte III.2 : Laurent Naouri (Capulet), Maciej Kwa\u015bnikowski (Tybalt)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les nombreux petits r\u00f4les (certains sont vraiment \u00e9pisodiques), aucune fausse note et m\u00eame un bel ensemble. On retiendra le Benvolio percutant de <strong>Thomas Ricart<\/strong> et le Tybalt mena\u00e7ant \u00e0 souhait de <strong>Maciej Kwa\u015bnikowski<\/strong> qui marque m\u00eame dans son costume de domino blanc au premier acte! Le P\u00e2ris de <strong>Sergio Villegas Galvain<\/strong> est un petit peu plus p\u00e2le durant l\u2019op\u00e9ra malheureusement. <strong>Sylvie Brunet-Grupposo<\/strong> se montre toujours aussi en verve dans ce genre de r\u00f4le et l\u2019on regrette vraiment qu\u2019il soit aussi court tant elle semble naturelle en nourrice bienveillante mais loin d\u2019\u00eatre na\u00efve. En Duc de V\u00e9rone, on retrouve \u00e9trangement <strong>J\u00e9r\u00f4me Boutillier<\/strong>. Le r\u00f4le est clairement un r\u00f4le de basse et entendre ce baryton assez clair en plus surprend. D\u00e9j\u00e0 en 2021 en Capulet il semblait un petit peu mal \u00e0 l\u2019aise dans une partition assez grave. Le chant reste toujours aussi digne, mais le timbre est comme \u00e9touff\u00e9 et peine \u00e0 sortir. Dommage pour un tel chanteur de lui proposer des r\u00f4les qui ne sont pas vraiment pour sa voix.<\/p>\n<div id=\"attachment_3337\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3337\" class=\"wp-image-3337\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/x8kyvwyleogyqqc7mfyy.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3337\" class=\"wp-caption-text\">Acte III.1 : Benjamin Bernheim (Rom\u00e9o), Jean Teitgen (Fr\u00e8re Jean), Elsa Dreisig (Juliette), Sylvie Brunet-Grupposo (Gertrude)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Capulet, <strong>Laurent Naouri<\/strong> impose une stature et une rudesse impressionnante, l\u2019acteur sachant parfaitement se couler dans la mise en sc\u00e8ne , esquissant des mouvements de danse au premier acte tout en \u00e9tant implacable avec sa fille au quatri\u00e8me. La voix sonne toujours assez bien mais le legato est souvent absent, donnant un chant assez hach\u00e9 peu agr\u00e9able \u00e0 \u00e9couter. <strong>Jean Teitgen<\/strong> poss\u00e8de parfaitement la noblesse de Fr\u00e8re Laurent et on ne peut qu\u2019admirer le timbre superbement sombre mais jamais gras. Par contre, il a un petit manque de grave qui fait que l\u2019extr\u00eame de la tessiture est souvent peu audible ou alors pas tr\u00e8s belle. Il faut dire que le r\u00f4le descend plusieurs fois dans des notes basses : la sc\u00e8ne du mariage par exemple demande de nombreux sol graves qui sont ici peu tenus ou sonores. Mercutio est chant\u00e9 par <strong>Huw Montague Rendall<\/strong>. L\u2019acteur est bondissant mais aussi poss\u00e8de dans cette mise en sc\u00e8ne quelque chose de violent qui est tr\u00e8s bien rendu. Vocalement, on le sent plus \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du troisi\u00e8me acte que dans la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du premier o\u00f9 sa balade de Mab est bien chant\u00e9e mais manque l\u00e9g\u00e8rement de douceur pour \u00eatre totalement convaincante. Mais le portrait et le chant sont bien dessin\u00e9s, d\u2019une voix claire de baryton qui convient parfaitement au personnage. Choisir <strong>Lea Desandre<\/strong> pour chanter Stephano pouvait sembler \u00eatre une \u00e9vidence quand on l\u2019entend chanter Cherubino par exemple chez Mozart\u2026 sauf que le style est diff\u00e9rent et semble demander une voix plus charnue ou du moins plus grande. La chanteuse est sc\u00e9niquement admirable, au fran\u00e7ais parfait, au texte v\u00e9cu\u2026 mais on sent quelques tensions aux extr\u00e9mit\u00e9s de la tessiture, comme si elle devait forcer l\u00e9g\u00e8rement pour remplir la grande salle de Bastille. Certes le r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 par des sopranos parfois dans le pass\u00e9, mais l\u00e0 ce n\u2019est pas que la tessiture, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9criture du r\u00f4le qui semble la mettre en difficult\u00e9. Rien d&rsquo;indigne, loin de l\u00e0\u2026 mais l\u2019habitude d\u2019entendre des prestations parfaites de la jeune mezzo-soprano fait que l\u2019on entend ici les petits accros.<\/p>\n<div id=\"attachment_3351\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3351\" class=\"wp-image-3351\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql-684x1024.jpg 684w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql-768x1150.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql-1026x1536.jpg 1026w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/hmusk0v5efumpsaudeql.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3351\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV.1 : Elsa Dreisig (Juliette)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de Juliette n\u2019est pas simple \u00e0 chanter tant le profil vocal \u00e9volue entre l\u2019entr\u00e9e et la Valse du premier acte\u2026 plus l\u2019air du poison. Et m\u00eame dans le premier acte, les derni\u00e8res paroles de Juliette \u201cQue le cercueil soit mon lit nuptial\u201d descendent bas et n\u00e9cessitent une voix assez ample. Il faut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, le r\u00f4le devait \u00eatre plus dramatique qu\u2019il ne l\u2019est actuellement. En effet, c\u2019est la suppression de l\u2019air du poison par Madame Carvalho lors de la cr\u00e9ation et la demande expresse d\u2019un air brillant (qui \u00e0 l\u2019origine montait au contre-mi, mais est maintenant chant\u00e9 un ton plus bas) qui a boulevers\u00e9 le centre de gravit\u00e9 du r\u00f4le. Avec <strong>Elsa Dreisig<\/strong>, nous avons un tr\u00e8s bon compromis qui se place quelque part dans la lign\u00e9e de ce que proposait Catherine Malfitano : pas un grand soprano lyrique ni un soprano l\u00e9ger, mais un soprano assez \u00e9tendu pour assumer les aigus et les graves tout en conservant une voix plut\u00f4t fine avec une projection confortable. En ce jour de premi\u00e8re, on peut supposer que le stress est la cause de l\u2019escamotage d\u2019un aigu lors de l\u2019entr\u00e9e de Juliette. La premi\u00e8re vocalise passe bien jusqu\u2019au contre-r\u00e9, mais dans la deuxi\u00e8me mont\u00e9e \u00e0 la fin de cet entr\u00e9e, la solution plus basse de la partition est choisie. Pourtant juste apr\u00e8s, la valse ne semble pas lui poser de probl\u00e8me particulier. Et tout au long de la soir\u00e9e, c\u2019est une d\u00e9monstration de diction, de style et de chant! Certes l\u2019air du poison la pousse dans ses derniers retranchements (et on comprend finalement qu\u2019il n\u2019y ait pas la section lente) mais elle tient fermement la ligne dardant des aigus percutants. Et dramatiquement, la chanteuse est totalement impliqu\u00e9e dans le r\u00f4le, sc\u00e9niquement cr\u00e9dible et \u00e0 l\u2019aise, et faisant vivre le texte comme rarement. Une Juliette plus volontaire que parfois, mais qui sait aussi \u00e9mouvoir et se perdre plus l\u2019action avance. Une magnifique prise de r\u00f4le qui sera sans nulle doute encore peaufin\u00e9e par la suite!<\/p>\n<div id=\"attachment_3342\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3342\" class=\"wp-image-3342\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f-684x1024.jpg 684w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f-768x1150.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f-1026x1536.jpg 1026w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/bi7uyiunkyxr5zvem78f.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3342\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Benjamin Bernheim (Rom\u00e9o)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019immense triomphateur de la soir\u00e9e est <strong>Benjamin Bernheim<\/strong>. Si d\u00e9j\u00e0 Elsa Dreisig se hissait sur les plus hautes marches, lui la devance encore. A-t-on d\u00e9j\u00e0 entendu le r\u00f4le aussi bien chant\u00e9? Car il poss\u00e8de toutes les facettes, la vaillance, la diction, la po\u00e9sie, les nuances\u2026 Tout est l\u00e0 de fa\u00e7on si naturelle. On a d\u00e9j\u00e0 admir\u00e9 des Rom\u00e9o comme Alagna, Vanzo ou plus r\u00e9cemment Pati\u2026 mais l\u00e0 c\u2019est d\u2019un tel fini! Le seul moment de tout petit accro est durant son air du deuxi\u00e8me acte o\u00f9 il se prend les pieds dans une marche, la note vacillant l\u00e9g\u00e8rement. Sinon, nous avons la d\u00e9licatesse admirable du madrigal, la po\u00e9sie du \u201cAh l\u00e8ve-toi soleil\u201d qui devient v\u00e9ritablement une pri\u00e8re et non une injonction avec ces aigus mix\u00e9s admirables. Le troisi\u00e8me acte le montre plein de ressources et m\u00eame si l\u2019on sent bien que la vaillance n\u2019est pas forc\u00e9ment son point fort, il n\u2019y a pas de faiblesse et justement Rom\u00e9o est lui aussi plus po\u00e8te que bagarreur! Et puis comment r\u00e9sister \u00e0 ce magnifique duo d\u2019adieu o\u00f9 les deux amants fusionnent des voix superbes et conduites avec le m\u00eame d\u00e9tail de la ligne et du texte. Et pour achever le tout, le dernier acte est d\u2019une intelligence de chant jamais vu. Apr\u00e8s l&rsquo;absorption du poison, combien de t\u00e9nors chantent encore \u00e0 pleine voix jusqu\u2019au \u201cAh! Les anc\u00eatres ont tous des entrailles de pierre\u201d? Lui est d\u00e9j\u00e0 atteint, le chant est tout aussi rigoureux mais on entend d\u00e9j\u00e0 le voile de la mort, par quelques accents, par une couleur moins lumineuse\u2026 C\u2019est tout simplement du grand art ce que l\u2019on a pu voir. Ce r\u00e9pertoire est ind\u00e9niablement pour lui\u2026 et encore plus que <em>Faust<\/em>, Rom\u00e9o semble \u00eatre un r\u00f4le qui lui permet de mettre en avant toujours plus de choses de part le c\u00f4t\u00e9 positif du h\u00e9ros. Et puis comment aussi oublier la diction souveraine avec ces \u201cr\u201d roul\u00e9s ou non en fonction de la place dans le mot.<\/p>\n<div id=\"attachment_3349\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3349\" class=\"wp-image-3349\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/vbvd2jrwviydetllfzhk.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3349\" class=\"wp-caption-text\">Acte V : Elsa Dreisig (Juliette), Benjamin Bernheim (Rom\u00e9o)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc une tr\u00e8s tr\u00e8s bonne soir\u00e9e, dont on ressort le sourire aux l\u00e8vres, plein de m\u00e9lodies dans les oreilles et d\u2019images dans les yeux! Le couple form\u00e9 par Elsa Dreisig et Benjamin Bernheim est assez parfait et les deux voix vont parfaitement ensemble. Tout au long de la soir\u00e9e, on est port\u00e9 par une partition foisonnante d\u2019id\u00e9es, pleine de couleurs et d\u2019ambiances diff\u00e9rentes tr\u00e8s bien rendues par non seulement la direction de Carlo Rizzi, mais aussi par les id\u00e9es de mise en sc\u00e8ne Thomas Jolly.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diffusion en direct sur CultureBox le lundi 26 juin, puis d\u00e9but juillet ce sera France-Musique qui diffusera le spectacle\u2026 S\u00fbrement la m\u00eame distribution, mais il serait int\u00e9ressant de capter la deuxi\u00e8me distribution certes plus internationale mais qui pourrait apporter de bonnes surprise avec Pretty Yende et Francesco Demuro!<\/p>\n<ul>\n<li>\u00a0Paris<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Bastille<\/li>\n<li>17 juin 2023<\/li>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Rom\u00e9o et Juliette, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Thomas Jolly ; Collaboration artistique, Katja Kr\u00fcger ; D\u00e9cors, Bruno de Laven\u00e8re ; Costumes, Sylvette Dequest ; Assistante aux costumes, Magdal\u00e9na Calloc\u2019h ; Lumi\u00e8res, Antoine Travert ; Chor\u00e9graphie, Jos\u00e9pha Madoki ; Assistante chor\u00e9graphie, Ema Yuasa ; Collaborateur aux combats, Ran Arthur Braun<\/li>\n<li>Juliette, Elsa Dreisig ; Rom\u00e9o, Benjamin Benrheim ; Fr\u00e8re Laurent, Jean Teitgen ; Capulet, Laurent Naouri ; Stephano, Lea Desandre ; Gertrude, Sylvie Brunet-Grupposo ; Mercutio, Huw Montague Rendall ; Benvolio, Thomas Ricart ; Tybalt, Maciej Kwa\u015bnikowski ; P\u00e2ris, Sergio Villegas Galvain ; Gregorio, Yiorgo Ioannou ; Le Duc de V\u00e9rone, J\u00e9r\u00f4me Boutillier ; Manuela, So-Hee Lee ; Pepita, Izabella Wnorowska-Pluchart ; Angelo, Vincent Morell<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Carlo Rizzi, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-ce une fa\u00e7on de combler un manque en 2018 o\u00f9 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 capable de programmer un op\u00e9ra de Gounod? 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