{"id":3183,"date":"2022-08-23T22:36:21","date_gmt":"2022-08-23T20:36:21","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3183"},"modified":"2024-02-14T12:43:24","modified_gmt":"2024-02-14T11:43:24","slug":"mireille-de-gounod-difficile-carriere-dune-provencale-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3183","title":{"rendered":"<i>Mireille<\/i> de Gounod : Difficile carri\u00e8re d&rsquo;une proven\u00e7ale \u00e0 Paris."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3183\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3205\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"451\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes-681x1024.jpg 681w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes-768x1155.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes-1022x1536.jpg 1022w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_partition_5_actes.jpg 1051w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Apr\u00e8s le relatif \u00e9chec de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=3153\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>La Reine de Saba<\/em><\/a> en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 1862, Gounod se tourne vers un sujet qui n\u2019est pas du tout comparable, mais qui ne risque pas de s\u2019attirer les bonnes gr\u00e2ces du public. Il d\u00e9couvre en effet durant l&rsquo;hiver 1862-1863 le po\u00e8me <em>Mir\u00e8io<\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral et lui demande imm\u00e9diatement s&rsquo; il peut en tirer un op\u00e9ra. La r\u00e9ponse sera positive et Gounod ira s\u2019installer \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence pour s\u2019impr\u00e9gner de la Provence et \u00eatre juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re de <em>Mireille<\/em> avec qui il \u00e9change tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement durant des longues promenades dans divers lieux. Si pour <em>Sapho<\/em> quelques petits moments musicaux pouvaient faire penser \u00e0 la m\u00e9diterran\u00e9e, ici il va noter des m\u00e9lodies entendues, des impressions sur les lieux\u2026 tout cela pour essayer de les transcrire dans sa musique, non pas seulement \u201cfaire\u201d couleur local mais bien mettre des touches m\u00e9lodiques et des rythmes qui nous plongent dans cette histoire tragique. On peut bien se douter que le parisien qui avait lu le po\u00e8me et celui qui devait aller d\u00e9couvrir l\u2019op\u00e9ra de Gounod n\u2019\u00e9taient pas les m\u00eames et surtout n\u2019avaient pas les m\u00eames attentes. Alors que triomphait \u00e0 Paris <em>La Belle H\u00e9l\u00e8ne<\/em> d\u2019Offenbach, que Paris \u00e9tait le centre du monde\u2026 Proposer une intrigue si \u00e9loign\u00e9e et de plus tragique n\u2019\u00e9tait pas une garantie de succ\u00e8s. Et en effet, le succ\u00e8s ne fut pas au rendez-vous.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de rentrer dans le c\u0153ur du sujet, que ce soit l\u2019histoire de l&rsquo;\u0153uvre ou les comparatifs discographiques, il me faut avouer quelque chose. <em>Mireille<\/em> est l\u2019op\u00e9ra qui me fit d\u00e9couvrir ce monde fascinant de l\u2019art lyrique. J\u2019y suis donc toujours particuli\u00e8rement attach\u00e9, son \u00e9coute me donnant syst\u00e9matiquement du baume au c\u0153ur. Et l\u2019enregistrement r\u00e9cent de Michel Plasson a \u00e9t\u00e9 mon premier achat de disque d\u2019op\u00e9ra, longtemps le seul. Il a donc \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9 de tr\u00e8s tr\u00e8s tr\u00e8s nombreuses fois, forgeant mon \u00e9coute et mes attentes. La d\u00e9couverte des autres versions venant bien apr\u00e8s. J\u2019esp\u00e8re donc essayer d\u2019\u00eatre un minimum objectif\u2026 mais souvent je risque de revenir \u00e0 mes vieux travers et mes habitudes d\u2019\u00e9coute!<\/p>\n<div id=\"attachment_3198\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_Carvalho_creation_64.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3198\" class=\"wp-image-3198\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_Carvalho_creation_64-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_Carvalho_creation_64-204x300.jpg 204w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_Carvalho_creation_64.jpg 645w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3198\" class=\"wp-caption-text\">Caroline Miolan Carvalho dans le r\u00f4le de Mireille lors de la cr\u00e9ation.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons \u00e0 la partition. Comme indiqu\u00e9 en introduction, Gounod s\u2019est totalement immerg\u00e9 dans son ouvrage, cherchant avant tout \u00e0 rendre justice \u00e0 cette triste histoire bas\u00e9e sur des faits r\u00e9els. Pour cela, il composa l\u2019op\u00e9ra \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence, au plus pr\u00e8s du po\u00e8te et en allant voir les lieux o\u00f9 se passent l\u2019action. Lors de la premi\u00e8re \u00e9coute donn\u00e9e sur place, Mistral donnera son aval en larme apr\u00e8s que Gounod ait jou\u00e9 la partition pour un public restreint. Il semble que m\u00eame les simplifications et modifications r\u00e9alis\u00e9es par le librettiste Michel Carr\u00e9 aient convenues au po\u00e8te proven\u00e7al. Sauf que tout \u00e0 son travail et \u00e0 sa vision, le compositeur oubliait pour qui il composait ce nouvel op\u00e9ra! Encore une fois, la partition devait \u00eatre cr\u00e9\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre Lyrique dirig\u00e9 par L\u00e9on Carvalho\u2026 et le r\u00f4le titre revenait obligatoirement \u00e0 sa femme Caroline Miolan Carvalho. La chanteuse s\u2019\u00e9tait faite conna\u00eetre dans des r\u00f4les tr\u00e8s l\u00e9gers o\u00f9 elle pouvait exhiber ses roulades, ses suraigus, sa finesse\u2026 et si la voix avait \u00e9volu\u00e9 pour pouvoir chanter Marguerite de <em>Faust<\/em> ou Donna Anna de <em>Don Giovanni<\/em>, elle restait fonci\u00e8rement l\u00e9g\u00e8re et la chanteuse pr\u00e9f\u00e9rait bien s\u00fbr des r\u00f4les lui permettant de mettre ses avantages en avant. Et c\u2019est ce qu\u2019elle souhaitait dans <em>Mireille<\/em>. Comme le raconte Guy Ferrant dans le passionnant livre <em>La vraie Mireille de Gounod<\/em> (qui peut \u00eatre lu en entier <a href=\"http:\/\/reynaldo-hahn.net\/Html\/ecritsdiversFerrant.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ICI<\/a>), Madame Carvalho passait \u00e0 Tarascon en train et souhaitait \u00e0 ce moment \u00e9changer rapidement avec le compositeur. Malheureusement le train avait du retard et donc l\u2019\u00e9change fut tr\u00e8s rapide. Lors du d\u00e9part, la soprano lan\u00e7a \u00e0 Gounod : \u201cEt surtout, mon cher, du brillant, n\u2019est-ce pas? beaucoup de brillant!&#8230;\u201d Or ce n\u2019\u00e9tait en rien le but de notre compositeur qui au contraire composait le tendre \u201cHeureux petit berger\u201d le soir m\u00eame, tr\u00e8s loin du brillant demand\u00e9 par la chanteuse. La partition finie \u00e9tait donc un op\u00e9ra (enti\u00e8rement chant\u00e9 selon Ferrant et Reynaldo Hahn, avec dialogues rim\u00e9s selon G\u00e9rard Cond\u00e9!) en cinq actes o\u00f9 le r\u00f4le principal n\u2019avait aucun moment de d\u00e9monstration technique, le chant \u00e9tant enti\u00e8rement port\u00e9 par le drame.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/NisDPwnlZiQ\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Pierrette Alarie dans la valse ariette \u00ab\u00a0O l\u00e9g\u00e8re hirondelle\u00a0\u00bb, direction Pierre Dervaux (1953).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant en r\u00e9p\u00e9tition, bien s\u00fbr la chanteuse se h\u00e9rissa : pas de vocalises, des sc\u00e8nes inchantables (la Sc\u00e8ne de la Crau!)&#8230; Avant la cr\u00e9ation, une tension s&rsquo;\u00e9tablit entre la chanteuse et le compositeur \u00e0 tel point qu\u2019elle refusa de cr\u00e9er <em>Mireille<\/em>. Des \u00e9changes d\u2019avocats commenc\u00e8rent, o\u00f9 on d\u00e9couvrait que la soprano consid\u00e9rait qu\u2019on lui demandait des \u201cvocif\u00e9rations\u201d. Finalement, Gounod accepte de r\u00e9duire la sc\u00e8ne de la Crau de moiti\u00e9 (qui sera supprim\u00e9e d\u00e8s la deuxi\u00e8me repr\u00e9sentation) et accorde quelques vocalises \u00e0 la cantatrice. Il accepte aussi d\u2019enlever la sc\u00e8ne du Val d\u2019Enfer entre Vincent et Ourrias (qui sera finalement r\u00e9tablie \u00e0 la troisi\u00e8me repr\u00e9sentation). Pire, il est contraint de supprimer la cavatine de Vincent au dernier acte du fait du faible niveau du t\u00e9nor. Mais malgr\u00e9 ces adaptations, le public n\u2019y trouve rien \u00e0 son go\u00fbt : histoire provinciale, fin tragique, tableau fantastique, longueur\u2026 Au bout de dix repr\u00e9sentation apr\u00e8s la cr\u00e9ation du 19 mars 1864, l\u2019\u0153uvre est retir\u00e9e de l\u2019affiche et L\u00e9on Carvalho n\u2019accepte de la remettre sur sc\u00e8ne que si Gounod l\u2019adapte suivant ses volont\u00e9s et celles de sa femme. Ainsi, une nouvelle version est cr\u00e9\u00e9e le 22 d\u00e9cembre 1864, mais ce n\u2019est pas du tout la m\u00eame partition. De cinq on passe \u00e0 trois actes (enlev\u00e9s les actes du Rh\u00f4ne et du mas de Ramon), Mireille ne meurt plus \u00e0 la fin mais se rel\u00e8ve miraculeusement pour \u00e9pouser Vincent (avec un duo \u201cLa foi de son flambeau divin\u201d peu inspir\u00e9) et il est contraint d\u2019ajouter une valse ariette \u00e0 la fin du premier acte (le fameux \u201c\u00d4 l\u00e9g\u00e8re hirondelle\u00a0\u00bb). Reynaldo Hahn date de cette reprise le passage des r\u00e9citatifs chant\u00e9s au dialogues parl\u00e9s, alors que alors que G\u00e9rard Cond\u00e9 souligne qu\u2019ils n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 que pour la reprise \u00e0 Londres en avril 1864. Mais malgr\u00e9 cette mutilation, le succ\u00e8s ne sera toujours pas au rendez-vous. Dix ans plus tard, le 10 novembre 1874, Camille du Locle fait monter <em>Mireille<\/em> sur la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra-Comique dans une version bas\u00e9e sur la deuxi\u00e8me de 1864, mais avec le r\u00e9tablissement des tableaux du Val d\u2019Enfer et du Rh\u00f4ne (mais toujours pas le mas) selon Reynaldo Hahn alors que G\u00e9rard Cond\u00e9 semble sous-entendre que c\u2019est exactement la version de 1864 avec seulement une fin tragique partiellement restaur\u00e9e. Bien s\u00fbr, toutes ces reprises voyaient la m\u00eame Mireille : Caroline Miolan Carvalho! Le 9 juin 1885, cette derni\u00e8re fait ses adieux lors d\u2019un gala o\u00f9 elle chante justement des extraits de <em>Mireille<\/em>. Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, aucune autre chanteuse n\u2019avait pu aborder le r\u00f4le \u00e0 Paris! L\u00e9on Carvalho devenu directeur de l\u2019Op\u00e9ra-Comique, il remonta l\u2019ouvrage le 29 novembre 1889, mais toujours en supprimant les deux actes comme en d\u00e9cembre 1864. Enfin en 1901, une nouvelle reprise vit les cinq actes remis sur sc\u00e8ne, mais toujours avec les dialogues parl\u00e9s, la fin heureuse, la valse ariette\u2026 et des modifications qui ne sont bien s\u00fbr pas de la main de Gounod dans la musique pour simplifier ou tout simplement faire sonner diff\u00e9remment. Si on retrouvait tous les tableaux de la version originale, il restait tous ces ajouts de virtuosit\u00e9, cette fin aberrante et les dialogues parl\u00e9s. Avant la r\u00e9surrection de la version originale le 6 juin 1939, aucune repr\u00e9sentation ne donnait vraiment la vision du compositeur pour cet ouvrage o\u00f9 il avait tant donn\u00e9 : entre les coupures de la premi\u00e8re s\u00e9rie et les modifications des reprises suivantes, aucune repr\u00e9sentation ne donnait la partition compl\u00e8te telle que compos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/qoVbIvYnn54\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Duo alternatif pour une fin heureuse, chant\u00e9 par Yvonne Brothier et Emile Marcelin.<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_3199\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3199\" class=\"wp-image-3199\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-174x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"431\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-174x300.jpg 174w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-594x1024.jpg 594w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-768x1324.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-891x1536.jpg 891w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn-1188x2048.jpg 1188w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_hahn.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3199\" class=\"wp-caption-text\">Reynaldo Hahn, photographi\u00e9 par Paul Nadar.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La remise au jour de la v\u00e9ritable <em>Mireille<\/em> est due \u00e0 trois personnes : <strong>Guy Ferrant<\/strong> (grand admirateur de la musique de Gounod, chanteur lyrique \u00e0 ses heures, secr\u00e9taire et compagnon de Reynaldo Hahn), <strong>Henri B\u00fcsser<\/strong> (directeur de l\u2019Op\u00e9ra-Comique en 1939, ancien secr\u00e9taire et disciple de Gounod) et <strong>Reynaldo Hahn<\/strong> lui-m\u00eame. Tout commence par une d\u00e9couverte de Guy Ferrant. Lui qui \u00e9tait un admirateur de l\u2019ouvrage dont il connaissait par c\u0153ur les versions en trois et cinq actes (celle de 1901 bien s\u00fbr!), il \u00e9tait toujours d\u00e9\u00e7u lorsqu\u2019il voyait cet op\u00e9ra sur la sc\u00e8ne d\u2019un op\u00e9ra. Alors qu\u2019il fouille dans une boutique de Provence, il d\u00e9couvre une partition de Mireille et en la feuilletant il se rend compte qu\u2019elle ne correspond pas \u00e0 la <em>Mireille<\/em> \u00e0 laquelle il est habitu\u00e9. Cette partition \u00e9tait celle \u00e9dit\u00e9e avant les premi\u00e8res repr\u00e9sentations. Le voil\u00e0 donc qui va taper \u00e0 la porte du directeur de l\u2019Op\u00e9ra-Comique, Henri B\u00fcsser, pour lui proposer de remonter cette version originale de l&rsquo;\u0153uvre. Bien s\u00fbr, cela ne se fait pas sans souci. Il faut retrouver les fragments du manuscrit qui ont \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9s apr\u00e8s l\u2019incendie de l\u2019Op\u00e9ra-Comique\u2026 puis reconstituer patiemment l\u2019ordre normal, supprimer les ajouts, voir m\u00eame recomposer quelques parties comme toute la partie chorale finale qui avait semble-t-il disparu dans l\u2019incendie (les partitions originales ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es en 1980, permettant de restaurer le final mais aussi les mesures manquantes de la sc\u00e8ne de la Crau). C\u2019est Henri B\u00fcsser qui se chargea de l\u2019orchestration des parties alors manquantes sous l&rsquo;\u0153il avis\u00e9 de Reynaldo Hahn (qui devait par la suite diriger la r\u00e9surrection) mais aussi Madame la Baronne de Lassus-Saint-Geni\u00e8s, fille de Gounod. Voici donc que le 6 juin 1939, <em>Mireille<\/em> retrouvait ses vraies couleurs, avec le retour des r\u00e9citatifs, la fin tragique\u2026 Dans un article paru le 14 juillet 1939 dans le Figaro, Reynaldo Hahn r\u00e9pond ainsi aux accusations de \u201ctripatouillage\u201d faite par un habitu\u00e9 des \u201canciennes\u201d versions :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les seuls \u201ctripatouillages\u201d qu\u2019on s\u2019y soit permis, avec le plein consentement des descendants de Gounod, plus autoris\u00e9s cependant semble-t-il que l\u2019 \u00ab auditeur moyen \u00bb &#8211; et mal inform\u00e9 &#8211; \u00e0 faire des objections, sont : 1) la transposition d\u2019un air; 2) la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une ritournelle, et 3) l\u2019instrumentation de l\u2019ensemble \u201cSaint Ivresse\u201d, remarquablement faite par M. Henri B\u00fcsser, parce que celle de Gounod a disparu, probablement dans l\u2019incendie de l\u2019ancien Op\u00e9ra-Comique. Ces trois modeste, utiles et tr\u00e8s respectueuses immixtions, impos\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9 (et que l\u2019 \u00ab auditeur moyen \u00bb n\u2019avait m\u00eame pas remarqu\u00e9es) sont peu de chose, je pense &#8211; et c\u2019est l\u2019avis des connaisseurs &#8211; en comparaison du travail consid\u00e9rable et pieusement accompli gr\u00e2ce auquel nous avons pu pr\u00e9senter <em>Mireille<\/em> sous sa forme v\u00e9ritable, avec ses r\u00e9citatifs chant\u00e9s, d\u00e9barrass\u00e9e de deux morceaux qui la d\u00e9paraient (et que Gounod n\u2019avaient ajout\u00e9s qu&rsquo;\u00e0 contrec\u0153ur) et sous son aspect primitif qui lui restitue son vrai caract\u00e8re, celui d\u2019un op\u00e9ra (c\u2019est la d\u00e9nomination que les auteurs lui ont donn\u00e9e), celui d\u2019un \u0153uvre lyrique puissante, douloureuse, poignante, telle qu\u2019elle pour \u00eatre inspir\u00e9e \u00e0 Gounod par le po\u00e8me immortel de Mistral, et se terminant par une effusion sublime, digne des pages les plus grandioses de <em>Mors et Vita<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(14 Juillet 1939 dans <em>Le Figaro<\/em>, en r\u00e9ponse \u00e0 un courrier de lecteur se qualifiant lui-m\u00eame d\u2019auditeur moyen.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_la_vraie_mireille_guy_ferrant.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-3200\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_la_vraie_mireille_guy_ferrant-193x300.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_la_vraie_mireille_guy_ferrant-193x300.png 193w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_la_vraie_mireille_guy_ferrant.png 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Mais si on se fit donc \u00e0 G\u00e9rard Cond\u00e9, il semble qu\u2019il y ait eu un petit peu plus que cela. Dans la partition originale, le final du deuxi\u00e8me acte se terminait par un ch\u0153ur homophonique d\u2019une strophe \u201cP\u00e8re cruel\u201d et le duo entre Vincent et Ourrias \u00e9tait plus d\u00e9velopp\u00e9 qu\u2019il ne l\u2019est dans ce qui est jou\u00e9 actuellement. Enfin, la rencontre entre le berger Andreloun et Mireille ne se faisait pas au mas de Ramon, mais dans le d\u00e9sert. Et plus qu\u2019une simple chanson de Berger suivie d\u2019un chant de Mireille, cette sc\u00e8ne \u00e9tait tout un dialogue entre les deux personnages, lui reconnaissant la riche Mireille et elle souhaitant une vie plus simple et plus libre comme celle qu\u2019il a lui. Voil\u00e0 donc l\u2019histoire de cette partition si maltrait\u00e9e\u2026 et malheureusement il n\u2019y a pas encore eu de nouveau travail sur la partition permettant un retour de ces quelques derni\u00e8res modifications. M\u00eame les d\u00e9couvertes de 1980 ne semblent pas \u00eatre utilis\u00e9es pour les derni\u00e8res repr\u00e9sentations de l&rsquo;\u0153uvre \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris en 2009 par exemple. Si cette version Hahn\/B\u00fcsser\/Ferrant est sans doute tr\u00e8s proche, il reste quelques d\u00e9tails qui pourraient \u00eatre de nouveau jou\u00e9s donc. En se r\u00e9f\u00e9rant au livret publi\u00e9 avant la premi\u00e8re, on retrouve quelques \u00e9l\u00e9ments de cette <em>Mireille<\/em> avant qu\u2019elle n\u2019ait \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e aux souhaits des chanteurs. Ainsi on d\u00e9couvre un plus grand dialogue entre Mireille et Ourrias entre les deux airs \u00e0 l\u2019acte II :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nOurrias!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias :<\/span><br \/>\nPourquoi fuir si vite \u00e0 mon approche?<br \/>\nVous fais-je peur, la belle? Ou bien sans le savoir,<br \/>\nAurais-je m\u00e9rit\u00e9 de vous quelque reproche?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nAucun vraiment! J\u2019ai plaisir \u00e0 vous voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias :<\/span><br \/>\nEt moi, de vous charmer que n\u2019ai-je le pouvoir!<br \/>\nSi comme \u00e9pouse ou p\u00e8lerine,<br \/>\nVous veniez \u00e0 Sylvar\u00e9al,<br \/>\nO\u00f9 souffle la brise marine,<br \/>\nCertes vous n\u2019auriez pas grand mal!<br \/>\nAux rudes travaux condamn\u00e9e,<br \/>\nMainte fille l\u00e0-bas use ses jeunes ans;<br \/>\nMais vous, tant que dure l\u2019ann\u00e9e,<br \/>\nVous pourriez vivre en f\u00eate et prendre du bon temps!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nAu fond de ce pays sauvage<br \/>\nDieu me garde de m\u2019\u00e9garer!<br \/>\nLa mer, en \u00e9cumant, inonde le rivage;<br \/>\nEt sous vos toits d\u00e9serts le vent semble pleurer!<br \/>\nL\u2019oiseau, sur cette terre nue,<br \/>\nregrette le nid qu\u2019il a fui;<br \/>\nEt plus d\u2019une que j\u2019ai connue<br \/>\nY meurt de tristesse et d\u2019ennui!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias :<\/span><br \/>\nBelle, quand on est deux l\u2019ennui n\u2019est pas \u00e0 craindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille, <em>souriant<\/em> :<\/span><br \/>\nQuand on est deux, l\u2019ennui souvent est partag\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias :<\/span><br \/>\nMireille cependant ne serait pas \u00e0 plaindre<br \/>\nDe voir son sort au mien pour toujours engag\u00e9!<br \/>\nDans le cirque poudreux qu\u2019un ciel de flamme \u00e9claire,<br \/>\nDans l\u2019ar\u00e8ne sanglante o\u00f9 grondent les taureaux,<br \/>\nLes filles d\u2019Avignon, d\u2019Arles et de Beaucaire<br \/>\nDes Ferrades m\u2019ont vu proclamer le h\u00e9ros!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, apr\u00e8s l\u2019air d\u2019Ourrias, un dialogue l\u00e9g\u00e8rement plus long l\u00e0 aussi :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nAdieu!&#8230; permettez-moi de fuir\u2026 ou de me taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias, <em>avec d\u00e9pit<\/em> :<\/span><br \/>\nPourquoi?&#8230; parmi tous ceux qui songent \u00e0 te plaire,<br \/>\nTon p\u00e8re, ce matin, croyant sagement faire,<br \/>\nM\u2019a choisi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille, <em>gaiement<\/em> :<\/span><br \/>\nComme lui, sachant votre d\u00e9sir,<br \/>\nJe puis vous \u00e9couter, sans para\u00eetre aussi sage,<br \/>\nMais ce n\u2019est pas \u00e0 mon \u00e2ge<br \/>\nQue l\u2019on songe au mariage;<br \/>\nEt nous en parlerons un jour plus \u00e0 loisir!<br \/>\n(<em>elle fait quelques pas pour s\u2019\u00e9loigner)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourrias, <em>la retenant<\/em> :<\/span><br \/>\nNon, mortdieu! laissons l\u00e0 le mensonge et la ruse!<br \/>\nJe veux savoir si ton c\u0153ur me refuse,<br \/>\nJe veux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nVotre demande et vos tendres aveux<br \/>\nMe semblent, beau galant, dict\u00e9s par l\u2019amour m\u00eame;<br \/>\nMais, croyez-moi, pour qu\u2019on vous aime,<br \/>\nNe dites jamais : Je veux!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve aussi dans ce livret le ch\u0153ur final du deuxi\u00e8me acte :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Le Ch\u0153ur :<\/span><br \/>\nP\u00e8re cruel! \u00e2me barbare!<br \/>\nC\u2019est ton orgueil qui les s\u00e9pare!<br \/>\nPour eux nous t\u2019implorons en vain!<br \/>\nLe ciel te punira demain!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis le dialogue entre Mireille et Andreloun :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nVincenette et Taven veillent aupr\u00e8s de lui;<br \/>\nMoi, dans l\u2019ombre cach\u00e9e,<br \/>\nDoucement je me suis pench\u00e9e,<br \/>\nPour effleurer son front d\u2019un baiser\u2026 et j\u2019ai fui!<br \/>\n<em>(regardant autour d\u2019elle)<\/em><br \/>\nVoici l\u2019ardent d\u00e9sert!&#8230; Voici la vaste plaine!<br \/>\nAvant d\u2019aller plus loin, reposons-nous un peu<br \/>\nEt reprenons haleine!&#8230;<br \/>\nDieu bon, fais que Mireille accomplisse son v\u0153u!<br \/>\n<em>(apercevant Andreloun)<\/em><br \/>\nBonjour, petit verger\u2026 Que fais-tu l\u00e0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nJ\u2019\u00e9coute<br \/>\nLes cigales chanter et laisse fuir le temps.<br \/>\nMais vous, la belle?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille, <em>souriant<\/em> :<\/span><br \/>\nMoi, j\u2019attends<br \/>\nQue tu m\u2019offres ton aide et me dises ma route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nDans la lande, o\u00f9 tout seul j\u2019erre avec mon troupeau,<br \/>\nComment vous \u00eates-vous si matin \u00e9gar\u00e9e?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nNe pourrais-tu d\u2019abord de quelques gouttes d\u2019eau<br \/>\nRafra\u00eechir ma l\u00e8vre alt\u00e9r\u00e9e?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun, <em>montrant la citerne<\/em> :<\/span><br \/>\nMes chevreaux se sont l\u00e0 tout \u00e0 l\u2019heure abreuv\u00e9s;<br \/>\n<em>(il se penche et puise de l\u2019eau dans le creux de ses mains.)<\/em><br \/>\nEt la source n\u2019est pas encore \u00e0 sec\u2026<br \/>\n<em>(tendant ses mains pleines d\u2019eau \u00e0 Mireille)<\/em><br \/>\nBuvez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nMerci!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun, <em>l\u2019examinant d\u2019un air curieux<\/em> :<\/span><br \/>\nN\u2019\u00eates-vous pas Mireille la jolie,<br \/>\nCelle pour qui tous les gar\u00e7ons<br \/>\nOnt fait d\u00e9j\u00e0 mille chansons,<br \/>\nEt pour qui tous les c\u0153urs semblent pris de folie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nC\u2019est moi qui suis Mireille; heureux enfant, plains-moi!<br \/>\nJe voudrais \u00eatre libre et pauvre comme toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nPouvez-vous comparer mon humble sort au v\u00f4tre!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nTon bonheur m\u2019e\u00fbt suffi; je n\u2019en voulais point d\u2019autre!<br \/>\n<em>(S\u2019asseyant pr\u00e8s de lui sur la margelle du puits)<\/em><br \/>\nHeureux petit berger<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nHeureux petit berger!<br \/>\n<em>(se levant)<\/em><br \/>\nMais le temps fuit; adieu! Je te laisse \u00e0 ton r\u00eave<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nO\u00f9 courez-vous?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nL\u00e0-bas, sur la br\u00fblante gr\u00e8ve,<br \/>\nAu bord des flots mouvants,<br \/>\nComme un phare divin battu par tous les vents,<br \/>\nLa pieuse chapelle \u00e0 l\u2019horizon s\u2019\u00e9l\u00e8ve,<br \/>\nJ\u2019y vais porter mon offrande et mes v\u0153ux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nD\u00e9j\u00e0 le soleil monte et verse tous ses feux!<br \/>\nLes oiseaux ont ferm\u00e9 leur aile,<br \/>\nEt se tiennent blottis \u00e0 l\u2019ombre, \u00f4 jouvencelle!<br \/>\nPar prudence, faites comme eux;<br \/>\nDes rayons de midi la blessure est mortelle!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille :<\/span><br \/>\nN\u2019importe!&#8230; Je ferai seule tout le chemin;<br \/>\nEt si mon c\u0153ur faiblit, Dieu me tendra la main!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Andreloun :<\/span><br \/>\nAdieu donc!&#8230; traversez la lande;<br \/>\nPortez aux Saintes votre offrande!<br \/>\nMoi je reprends gaiement ma fl\u00fbte de roseau,<br \/>\nEt pour fuir la chaleur trop grande,<br \/>\nJe vais sous cet abri rassembler mon troupeau<br \/>\n<em>(Il sort lentement en soufflant dans son chalumeau.)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mireille, <em>seule<\/em> :<\/span><br \/>\nAllons! Me voil\u00e0 repos\u00e9e!&#8230;<br \/>\nLe c\u0153ur plein d\u2019un espoir divin,<br \/>\nA travers la lande embras\u00e9e,<br \/>\nA travers ce d\u00e9sert sans fin,<br \/>\nRemettons-nous en marche, ainsi que Maguelonne!<br \/>\nLes ailes de l\u2019amour et le vent de la foi,<br \/>\n\u2026<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre un jour aurons-nous la joie de pouvoir entendre la partition encore plus conforme \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait avant les adaptations r\u00e9alis\u00e9es lors des r\u00e9p\u00e9titions. Malheureusement, il n\u2019y a pas d\u2019enregistrement existant de la r\u00e9surrection de 1939. On trouve cependant des extraits des repr\u00e9sentations de 1941 \u00e0 Arles toujours dirig\u00e9es par Reynaldo Hahn\u2026 et ce sont les premiers \u00e9l\u00e9ments de la discographie en dehors d\u2019airs s\u00e9par\u00e9s. Si la repr\u00e9sentation enti\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e, le support tr\u00e8s fragile ne nous laisse plus qu\u2019un fragment de l\u2019ouverture et l\u2019acte I. La direction de Hahn est passionnante mais malheureusement il est difficile d\u2019\u00e9couter de nos jours G\u00e9orie Bou\u00e9 dans le r\u00f4le-titre. En 1949, Jules Gressier grave les num\u00e9ros chant\u00e9s dans la version originale, mais omet les r\u00e9citatifs ainsi que quelques passages. A noter que Martha Angelici chante ici le r\u00f4le titre alors qu\u2019elle \u00e9tait La Voix d\u2019en Haut en 1939! Quelques extraits en 1953 par Mado Robin et Janine Micheau. Les deux gravent la valse-ariette\u2026 mais seule Janine Micheau affronte (avec un certain bonheur d\u2019ailleurs) la Sc\u00e8ne de la Crau. Mado Robin renoue plus dans le style avec ce que devait \u00eatre Madame Carvalho. Vient ensuite la premi\u00e8re version int\u00e9grale, ou plut\u00f4t les deux premi\u00e8res. En 1954, l\u2019ouvrage \u00e9tait donn\u00e9 aux Baux-de-Provence, dans le cadre du Festival d\u2019Aix-en-Provence : il en subsiste un enregistrement en direct diffus\u00e9 par l\u2019INA ainsi qu\u2019un studio enregistr\u00e9 dans la foul\u00e9e. M\u00eame distribution (Jeannette Vivaldi et Nicolai Gedda), m\u00eame conception\u2026 mais une meilleure qualit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre en studio bien s\u00fbr! En 1957, c\u2019est le Canada qui rend hommage \u00e0 <em>Mireille<\/em> avec un film pour la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 Pierrette Alarie et L\u00e9opold Simoneau tiennent les r\u00f4les principaux. Que de larges extraits puisque cela dure 90 minutes, mais quel bonheur d\u2019entendre ces deux grands chanteurs dans ces r\u00f4les. Et soulignons combien Pierrette Alarie tient de belle mani\u00e8re les passages les plus dramatiques. Jules Gressier remet l&rsquo;ouvrage sur le m\u00e9tier en 1959 pour la radio avec Andr\u00e9e Esposito et Alain Vanzo! Superbe version mais qui comme en 1939 oublie les r\u00e9citatifs et la premi\u00e8re partie du tableau du Mas d\u2019Ambroise. En 1961, on retrouve Alain Vanzo mais cette fois avec Andr\u00e9a Guiot pour une large s\u00e9lection o\u00f9 ils se montrent tout bonnement parfaits l\u2019un et l\u2019autre\u2026 (Guiot et Esposito avaient la voix v\u00e9ritablement taill\u00e9e pour Mireille!). En 1962, J\u00e9sus Etcheverry grave une nouvelle version int\u00e9grale avec Ren\u00e9e Doria et Michel S\u00e9n\u00e9chal dans les r\u00f4les principaux! Une belle alternative \u00e0 la version de 1954! Troisi\u00e8me version studio dirig\u00e9e par Michel Plasson en 1979 o\u00f9 on retrouve l\u2019inusable Alain Vanzo aux c\u00f4t\u00e9s de Mirella Freni pour une version moderne. Puis deux versions en direct en 1981 et 1993, respectivement avec Valerie Masterson et Danielle Borst en Mireille, Luis Lima et Christian Papis en Vincent, Sylvain Cambreling et Cyril Diederich \u00e0 la direction. Des versions int\u00e9ressantes, mais loin d\u2019\u00eatre au niveau d\u2019autres versions pr\u00e9c\u00e9dentes. Enfin, en 2009 voil\u00e0 le premier DVD complet de <em>Mireille<\/em> dirig\u00e9 par Marc Minkowski avec Inva Mula et Charles Castronovo! C\u2019est donc une discographie finalement assez importante pour une \u0153uvre qu\u2019on entend actuellement si peu, preuve combien l\u2019op\u00e9ra de Gounod \u00e9tait populaire pendant des d\u00e9cennies.<\/p>\n<div id=\"attachment_3191\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_1954_scene_finale_Les_Baux_Georges_Wakhevitch.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3191\" class=\"wp-image-3191\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_1954_scene_finale_Les_Baux_Georges_Wakhevitch-293x300.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_1954_scene_finale_Les_Baux_Georges_Wakhevitch-293x300.jpg 293w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_1954_scene_finale_Les_Baux_Georges_Wakhevitch-768x787.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_1954_scene_finale_Les_Baux_Georges_Wakhevitch.jpg 927w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3191\" class=\"wp-caption-text\">Sc\u00e8ne finale de Mireille en 1954 aux Baux-de-Provence (d\u00e9cor de Georges Wakh\u00e9vitch).<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s cette tr\u00e8s rapide discographie compar\u00e9e, on va s\u2019attarder sur les versions dites officielles et les plus facilement trouvables : Andr\u00e9 Cluytens en 1954, J\u00e9sus Etcheverry en 1962, Michel Plasson en 1979 et Marc Minkowski en 2009. Malheureusement, le fait de ne pas avoir les r\u00e9citatifs disqualifie les belles versions Gressier, que ce soit avec Angelici ou Esposito, pourtant toutes les deux tr\u00e8s bien entour\u00e9es. Nous avons donc ici quatre versions d\u2019une qualit\u00e9 sonore correcte m\u00eame si les ann\u00e9es font que les captations de 1954 et 1962 sont moins confortables. Chez Andr\u00e9 Cluytens, la prise de son est belle et soign\u00e9e, mais on sent que le spectre sonore n\u2019est pas tr\u00e8s large et ne rend pas totalement honneur aux choix et aux nuances du chef. Etcheverry n\u2019a pas beaucoup plus de chance et il y a m\u00eame (dans la version Accord que je poss\u00e8de), des soucis de volume r\u00e9guliers o\u00f9 tout baisse avant de revenir au volume normal. Voil\u00e0 qui est tr\u00e8s \u00e9trange surtout qu\u2019il semble que ce ne soit pas sur toutes les \u00e9ditions. Bien s\u00fbr, Michel Plasson b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une captation plus que confortable, permettant d\u2019entendre parfaitement l\u2019orchestre et les nuances dans un son st\u00e9r\u00e9o. Enfin, m\u00eame si Marc Minkowski est enregistr\u00e9 en direct au Palais Garnier, on a ici un tr\u00e8s beau confort sonore avec une tr\u00e8s belle captation des moindres d\u00e9tails de ce qui se passe en fosse.<\/p>\n<div id=\"attachment_3202\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3202\" class=\"wp-image-3202\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863-300x264.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"441\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863-300x264.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863-1024x902.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863-768x677.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_gounod_Mistral_1863.jpg 1060w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3202\" class=\"wp-caption-text\">Charles Gounod et Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral en 1863.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il faut aussi dire un petit mot sur la partition en tant que telle! Le premier acte nous am\u00e8ne dans une Provence baign\u00e9e d\u2019un doux soleil et la na\u00efvet\u00e9 pastorale qui se d\u00e9veloppe tout au long de cet acte est magnifiquement rendue par la musique de Gounod, par des rythmes pimpants et une frivolit\u00e9 simple superbe. L\u2019entr\u00e9e toute simple et presque timide de Mireille apr\u00e8s le couplet de Cl\u00e9mence sur son amoureux id\u00e9al est une magnifique id\u00e9e et le duo entre Mireille et Vincent par la suite tout \u00e0 fait touchant. Mais d\u00e9j\u00e0 nous avons quelques moments o\u00f9 le drame est en sous-texte avec quelques phrases musicales plus sombres. Bien s\u00fbr le final avec le rendez-vous aux Saintes en cas de malheur\u2026 mais aussi cette ombre qu\u2019est le personnage de Taven. Le deuxi\u00e8me acte nous transporte dans une atmosph\u00e8re plus virile o\u00f9 d\u00e9filent les figures masculines. D\u00e9j\u00e0 le ch\u0153ur de la farandole qui ouvre l\u2019acte, mais surtout cette arriv\u00e9e du bouvier Ourrias plein de morgue dans un air tout fait de rectitude et sans fioritures, portrait musical d\u2019un homme sans grande finesse. Puis il y a bien s\u00fbr la sc\u00e8ne finale avec la figure centrale de Ramon, le p\u00e8re de Mireille qui ass\u00e8ne en patriarche des jugements fermes et d\u00e9finitifs, sur une musique orageuse. Au milieu on trouve un instant de gr\u00e2ce avec le duo de Magali (m\u00eame si le final est un pr\u00e9sage bien sombre avec une \u00e9volution passionnante des tonalit\u00e9s de chaque couplets vers toujours plus d\u2019ombres) et les interventions de Mireille qui montrent d\u00e9j\u00e0 que la jeune fille na\u00efve et timide du premier acte a \u00e9volu\u00e9 vers plus d\u2019assurance. Enfin, l\u2019air de Taven au milieu est parfaitement repr\u00e9sentatif du personnage hors du temps, \u00e9trange mais en aucun cas sinistre. Le troisi\u00e8me acte est coup\u00e9 en deux tableaux, mais ils sont li\u00e9s par la couleur orchestrale d\u00e9velopp\u00e9e par Gounod. Il a d\u00fb se souvenir ici de ce qu\u2019il avait compos\u00e9 pour sa malheureuse <em>Nonne Sanglante<\/em> tant on retrouve certains effets et surtout cette atmosph\u00e8re fantastique. Nous somme dans le Val d\u2019Enfer tout d\u2019abord o\u00f9 encore une fois Ourrias affirme sa pr\u00e9tendue supr\u00e9matie, se heurtant dans un duo aussi rapide que tendu \u00e0 Vincent avant de le frapper au front de son trident. L\u2019apparition de Taven jetant une mal\u00e9diction finit de nous faire basculer dans le fantastique du deuxi\u00e8me tableau au Pont de Trinquetaille. La musique impressionnante de l\u2019arriv\u00e9e bouscul\u00e9e d\u2019Ourrias se frotte \u00e0 la langueur de mortes d\u2019amour et des tr\u00eaves, faisant basculer le bouvier dans la folie avant qu\u2019il ne soit englouti dans le Rh\u00f4ne alors que la passeur, tel le Commandeur de <em>Don Giovanni<\/em> ne prononce la sentence. Deux tableaux aussi pour le quatri\u00e8me acte : tout d\u2019abord le mas des Micocoules o\u00f9 se d\u00e9roulent les f\u00eates de la Saint-Jean. Si le jour est \u00e0 la f\u00eate, il n\u2019en est pas de m\u00eame pour les personnages puisqu\u2019apr\u00e8s un ch\u0153ur des moissonneurs, Ramon montre son caract\u00e8re orageux suite \u00e0 l\u2019attitude de Mireille alors que cette derni\u00e8re r\u00eave \u00e0 une vie simple en entendant un jeune berger. On passe de la temp\u00eate du p\u00e8re que l\u2019orchestre montre parfaitement \u00e0 une musique pastorale qui renoue avec la na\u00efvet\u00e9 du premier acte. Puis arrive la s\u0153ur de Vincent pour un duo court mais o\u00f9 la religiosit\u00e9 de Mireille est particuli\u00e8rement d\u00e9voil\u00e9e. Le deuxi\u00e8me tableau est une grande sc\u00e8ne dramatique dans la Plaine de la Crau. Mireille avance vers les Saintes-Maries-de-la-Mer sous un soleil de plomb. Plusieurs moments dans cette sc\u00e8ne depuis la volont\u00e9 du d\u00e9but jusqu\u2019au courage absolu de la fin. Le centre montre les effets de cette chaleur et du soleil sur la jeune fille : insolation, \u00e9vanouissement, mirage\u2026 ce sera finalement la simplicit\u00e9 de la chanson du berger qui lui rendra la raison et le courage de repartir. C\u2019est ici que le r\u00f4le de Mireille est le plus dramatique, tendu avec un orchestre tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 qui, comme le soleil, semble vouloir mettre \u00e0 terre la chanteuse. Le dernier acte s\u2019ouvre sur un ch\u0153ur religieux dans l\u2019\u00e9glise des Saintes-Maries : d\u2019une lourde religiosit\u00e9, il repr\u00e9sente bien l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne dans cette \u00e9glise sombre et puissante, comme un ch\u00e2teau pr\u00eat \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 toutes les attaques mais contenant des reliques v\u00e9n\u00e9r\u00e9es comme rarement. Vincent arrive pour son seul air de la partition dans une belle pri\u00e8re pour sauver Mireille, o\u00f9 l\u2019on reconna\u00eet bien l\u2019art m\u00e9lodique de Gounod. L\u2019arriv\u00e9e de Mireille chancelante puis de son p\u00e8re trouve Gounod particuli\u00e8rement inspir\u00e9, trouvant des accents d\u00e9chirants \u00e0 la jeune fille, que ce soit pour montrer son \u00e9puisement ou au contraire sa foi qui continue \u00e0 la soutenir jusqu\u2019au bout! Enfin, son apoth\u00e9ose par le ch\u0153ur qui reprend une phrase musicale que Mireille chante juste avant de mourir termine l\u2019op\u00e9ra dans une sorte d\u2019exaltation magnifique. C\u2019est donc une partition tr\u00e8s riche, avec des moments tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9s o\u00f9 Gounod compose sur mesure, cherchant les d\u00e9tails qui toucheront l\u2019auditeur pour cr\u00e9er les tableaux. Quelques m\u00e9lodies sont inspir\u00e9es de m\u00e9lodies entendues alors qu\u2019il se promenait en Provence d\u2019ailleurs pour renforcer cette atmosph\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"attachment_3203\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3203\" class=\"wp-image-3203\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix-300x178.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix-300x178.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix-1024x609.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix-768x457.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_hotel_ville_verte_saint_remy_croix.jpg 1032w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3203\" class=\"wp-caption-text\">H\u00f4tel Ville-Verte o\u00f9 s\u00e9journa Charles Gounod lors de la composition de Mireille \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence (la croix indique sa chambre).<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenons-en maintenant aux disques et penchons nous sur les \u00e9ventuelles coupures. Et pour une fois il n\u2019y en a pas dans ces quatre versions choisies. On notera seulement quelques choix diff\u00e9rences dans des petits d\u00e9tails. Ainsi, on entend chez Minkowski en 2009 un Arl\u00e9sien seul chanter : \u201cPlace! place aux coureurs\u00a0\u00bb alors que cela est chant\u00e9 chez les autres par le ch\u0153ur. Et puis il y a la tessiture d\u2019Andreloun le berger. Reynaldo Hahn avait tranch\u00e9 pour une voix de t\u00e9nor, consid\u00e9rant que le travestisement \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9\u2026 Pourtant, dans les enregistrements pr\u00e9sents, on retrouve plusieurs autres options. Si Minkowski en 2009 opte lui aussi pour un t\u00e9nor, Etcheverry en 1962 choisit un baryton martin alors que Cluytens et Plasson d\u00e9cident de donner le r\u00f4le \u00e0 une voix d\u2019enfant, respectant ainsi non seulement la tessiture originale de l\u2019air, mais aussi la coh\u00e9rence. Pour les deux enregistrements plus anciens, on peut aussi entendre en appendice la valse-ariette \u201c\u00d4 l\u00e9g\u00e8re hirondelle\u201d : effet d\u2019une mode mais aussi car les chanteuses assez l\u00e9g\u00e8res pouvaient le chanter en plus du reste du r\u00f4le. En dehors de cela, tout correspond \u00e0 ce qui \u00e9tait d\u00e9crit lors de la recr\u00e9ation de 1939 pour chacune de ces versions.<\/p>\n<div id=\"attachment_3201\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_chambre_gounod_ville_verte.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3201\" class=\"wp-image-3201\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_chambre_gounod_ville_verte-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"316\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_chambre_gounod_ville_verte-300x190.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_chambre_gounod_ville_verte-768x486.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_chambre_gounod_ville_verte.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3201\" class=\"wp-caption-text\">La Chambre de Gounod dans l&rsquo;H\u00f4tel Ville-Verte \u00e0 Saint-R\u00e9my-de-Provence lors de la composition de Mireille.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019a dit plus haut, les qualit\u00e9s de prises de son ne sont pas les m\u00eames entre les diff\u00e9rents enregistrements et il est donc plus ou moins facile de bien juger l\u2019orchestre dans les versions les plus anciennes. En 1954, les moyens sont certes anciens et l\u2019enregistrement mono, mais la captation est tout de m\u00eame d\u2019assez bonne qualit\u00e9 pour entendre l\u2019orchestre et l\u2019on peut s\u00fbrement mettre sur le compte de ces moyens le peu de couleurs de l\u2019orchestre. <strong>Andr\u00e9 Cluytens<\/strong> dirige avec finesse et en voulant montrer les sonorit\u00e9s proven\u00e7ales qui pars\u00e8ment la partition. L\u2019<strong>Orchestre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Concerts du Conservatoire<\/strong> sonne ainsi assez clair mais non pas sec comme parfois. Aussi \u00e0 l\u2019aise dans les passages lents et po\u00e9tiques que les moments les plus tendus, on regrettera la pr\u00e9sence un peu puissante des percussions par moments qu\u2019on aurait aim\u00e9 plus fondus dans l\u2019orchestre, ainsi qu\u2019une certaine rapidit\u00e9 \u00e0 d\u2019autres moments comme dans la musique du berger qui enl\u00e8ve un peu de la m\u00e9lancolie de ce moment. Mais Cluytens nous offre une partition magnifiquement mise en perspective avec de nombreux d\u00e9tails et surtout une belle vie. On saluera aussi la belle prestation des <strong>Ch\u0153urs du Festival d\u2019Aix-en-Provence<\/strong>. <strong>J\u00e9sus Etcheverry<\/strong> b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une prise de son plus r\u00e9cente et on entend donc plus de d\u00e9tails. Mais on entend aussi une pr\u00e9cipitation dans les tempi qui n\u2019enl\u00e8ve pas une certaine lourdeur \u00e0 certains moments comme dans l\u2019ouverture o\u00f9 imm\u00e9diatement on entend cuivres et percussions de mani\u00e8re beaucoup trop pr\u00e9sentes. Peu de violons \u00e0 bien des endroits et donc une volont\u00e9 de faire ressortir le plus possible les bois et vents. Mais si cela fonctionne \u00e0 certains moments, \u00e0 d\u2019autres l\u2019orchestre manque un peu de force pour s\u2019imposer dramatiquement. Et puis l\u2019<strong>Orchestre Symphonique de Paris<\/strong> ainsi que son <strong>Ch\u0153ur<\/strong> ne sont pas aussi voluptueux que celui de Cluytens, avec des sonorit\u00e9s beaucoup plus s\u00e8ches. Le choix artistique d\u2019Etch\u00e9verry a sans doute comme objectif de dynamiser la partition, mais du coup elle en perd un peu en coh\u00e9rence et joue un petit peu trop la carte de la musique folklorique. La version de <strong>Michel Plasson<\/strong> a longtemps \u00e9t\u00e9 la seule version que j\u2019\u00e9coutais et il y a sans doute un petit biais dans mon appr\u00e9ciation, car bien s\u00fbr je la trouve presque parfaite! En fait, elle est assez compl\u00e9mentaire de celle d\u2019Andr\u00e9 Cluytens. Plus lente, avec une meilleure prise de son et un orchestre fonci\u00e8rement assez large. Du coup les grands moments musicaux sont parfaitement rendus avec de nombreux d\u00e9tails. Mais on peut aussi lui reprocher justement cet orchestre un petit peu massif qui pourrait para\u00eetre lourd certains jours. Bien s\u00fbr, il s\u2019appuie sur la beaut\u00e9 des <strong>Ch\u0153urs et Orchestre du Capitole de Toulouse<\/strong> qui r\u00e9pondent parfaitement \u00e0 chacun de ses gestes et nous offrent un tapis sonore magnifique, plein de vie et de couleurs. Donc le confort est l\u00e0, la beaut\u00e9, le drame aussi\u2026 mais on aurait peut-\u00eatre souhait\u00e9 une finesse encore plus marqu\u00e9e dans l\u2019orchestre. Enfin, <strong>Marc Minkowski<\/strong> semble s\u2019orienter un petit peu vers la m\u00eame direction de J\u00e9sus Etcheverry, mais avec une direction plus adapt\u00e9e \u00e0 chaque situation. Ainsi, on entend bien en effet la musique d\u2019inspiration folklorique dans le premier acte avec la mise en avant des bois de l\u2019<strong>Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/strong>, mais le reste de l\u2019orchestre n\u2019est pas en reste et au final l\u2019op\u00e9ra n\u2019est pas dirig\u00e9 dans une seule direction. En grand habitu\u00e9 des op\u00e9ras du XIX\u00e8 si\u00e8cle, il sait varier les climats et les ambiances, donnant des passages tr\u00e8s champ\u00eatres et d\u2019autres particuli\u00e8rement dramatiques. Alors que choisir? Personnellement, j\u2019avoue \u00eatre principalement attir\u00e9 par Cluytens et Plasson. Minkowski est tr\u00e8s bien aussi, mais il y a un je ne sais quoi qui me fait d\u00e9crocher par moments alors qu\u2019\u00e0 d\u2019autres j\u2019aime beaucoup.<\/p>\n<div id=\"attachment_3204\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_affiche_opera_comique.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3204\" class=\"wp-image-3204\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_affiche_opera_comique-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_affiche_opera_comique-213x300.jpg 213w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_affiche_opera_comique.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3204\" class=\"wp-caption-text\">Affiche pour Mireille lors de la reprise \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique en 1874.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ces enregistrements r\u00e9unissent des troupes francophones ou presque! Ainsi, chacun des petits r\u00f4les est plut\u00f4t bien distribu\u00e9 avec des voix en style et des dictions parfaites. C\u2019est peut-\u00eatre encore une fois chez Etcheverry qu\u2019on trouvera des chanteurs un petit peu moins passionnants dans les r\u00f4les secondaires. mais il faut dire que si on regarde Plasson et Minkowski, on est assez impressionn\u00e9 par les noms align\u00e9s. <strong>Mich\u00e8le Command<\/strong> en Cl\u00e9mence et en Voix d\u2019En Haut par exemple, <strong>Christine Barbaux<\/strong> en Vincenette, <strong>Marc Vento<\/strong> en Ambroise\u2026 voil\u00e0 de superbes prestations mais en 2009, nous aurons rien de moins que <strong>S\u00e9bastien Droy<\/strong> en berger, <strong>Anne-Catherine Gillet<\/strong> en Vincenette, <strong>Amel-Brahim Djelloul<\/strong> en Cl\u00e9mence, <strong>Nicolas Cavalier<\/strong> en Ambroise\u2026 Si les chanteurs de Cluytens sont moins connus, ils n\u2019en sont pas moins tr\u00e8s bons et ceux d\u2019Etcheverry sont peut-\u00eatre juste un petit peu moins marquants mais tr\u00e8s bien chantant tout de m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons \u00e0 regarder plus en d\u00e9tail les r\u00f4les un petit peu plus d\u00e9velopp\u00e9s. Ramon demande une voix de basse ou de baryton-basse. Jules Petit n\u2019\u00e9tait semble-t-il pas un chanteur de premier plan et en effet sa partie ne demande pas d\u2019exploits mais par contre requiert une autorit\u00e9 nette dans le deuxi\u00e8me acte et m\u00eame un certain charisme dans le quatri\u00e8me. En 1954 avec Andr\u00e9 Cluytens, <strong>Andr\u00e9 Vessi\u00e8res<\/strong> offre un timbre sombre et une voix large et bien projet\u00e9e, lui permettant de parfaitement cr\u00e9er ce p\u00e8re fier. Le texte claque et la voix s\u2019\u00e9panouit parfaitement dans cette tessiture. Par la suite en 1964, <strong>Adrien Legros<\/strong> n\u2019a pas cette facilit\u00e9 et le chant semble un petit peu contraint. Il lui manque un peu d\u2019explosivit\u00e9 pour ce r\u00f4le sanguin. Michel Plasson a eu la bonne id\u00e9e de distribuer Ramon \u00e0 un ancien Ourrias : en effet <strong>Gabriel Bacquier<\/strong> a chant\u00e9 Ourrias entre autres en 1959 avec Gressier \u00e0 la baguette. D\u2019ailleurs, le cr\u00e9ateur d\u2019Ourrias avait aussi repris par la suite Ramon, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 chanter lui-m\u00eame les couplets d\u2019Ourrias au lieu du baryton. On retrouve la morgue du bouvier mais ici en plus noble et plus \u00e2g\u00e9. Bacquier sait parfaitement rendre les \u00e9tats d\u2019\u00e2me du personnage, avec cette violence et cette haine qui peut couler de ses paroles. Il est parfaitement \u00e0 son aise dans ce r\u00f4le de p\u00e8re autoritaire et peu enclin \u00e0 \u00e9voluer! Et sa plainte au quatri\u00e8me acte est magnifique de douleur. Marc Minkowski a donn\u00e9 le r\u00f4le \u00e0 un grand chanteur\u2026 mais malheureusement peut-\u00eatre un petit peu trop tard. <strong>Alain Vernhes<\/strong> a \u00e9t\u00e9 un p\u00e8re parfait dans nombre d\u2019op\u00e9ras, sachant donner gentillesse ou rudesse quand c\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire. Malheureusement en 2009, la voix ne suit plus vraiment et on est r\u00e9guli\u00e8rement proche de l\u2019accident. La diction reste admirable (comme pour tous), mais certains passages sont plus parl\u00e9s que chant\u00e9s et on peine tant le chanteur a donn\u00e9 de magnifique choses par la pass\u00e9. Deux noms donc se d\u00e9tachent : Vessi\u00e8res et Bacquier qui offrent de superbes portraits vocaux et dramatiques.<\/p>\n<div id=\"attachment_3192\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3192\" class=\"wp-image-3192\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"355\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864-300x213.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864-1024x726.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864-768x545.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864-1536x1089.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte1_creation_1864.jpg 1650w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3192\" class=\"wp-caption-text\">Acte I, d\u00e9cors de la cr\u00e9ation en 1864.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Taven a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par ce qu\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un \u201cdugazon\u201d. Cette voix \u00e9tait celle d\u2019un mezzo-soprano l\u00e9ger, avec donc une tessiture proche du soprano mais avec par contre une rondeur confortable dans la voix et un timbre plus sombre. Quand on regarde les voix distribu\u00e9es dans ces quatre enregistrements, on doute que l\u2019on soit totalement en ad\u00e9quation avec la cr\u00e9ation, mais dans tous les cas nous avons de magnifiques Taven. On commence peut-\u00eatre par la plus discr\u00e8te chez Cluytens. <strong>Suzanne Darbans<\/strong> chante de belle mani\u00e8re et ne cherche pas \u00e0 charger le portrait, mais reste l\u00e9g\u00e8rement en retrait. Le timbre de mezzo-soprano est assez clair par contre. En 1962, c\u2019est la grande <strong>Solange Michel<\/strong> qui nous offre une splendide Taven : le timbre, la caract\u00e9risation, la ligne\u2026 tout est l\u00e0! Elle joue dans sa chanson du deuxi\u00e8me acte sans pour autant oublier d\u2019\u00eatre impressionnante dans sa mal\u00e9diction. Nous entendons bien ici une jeune femme et non une sorci\u00e8re, en marge de la soci\u00e9t\u00e9 mais heureuse et libre. Chez Plasson, un autre grand nom : <strong>Jane Rhodes<\/strong>. La composition est ici moins jeune et plus dans la conception traditionnelle de la sorci\u00e8re bienveillante. Le timbre en cette ann\u00e9e 1979 est moins net qu\u2019il n\u2019\u00e9tait des ann\u00e9es auparavant et manque un peu de brillant \u00e0 certains moments. Portrait donc tr\u00e8s s\u00e9rieux ici. Enfin, <strong>Sylvie Brunet<\/strong> offre une Taven aussi plus sorci\u00e8re que jeune fille avec son timbre \u00e9trange et sombre. Mais si Rhodes restait assez inqui\u00e9tante, Brunet s\u2019amuse et joue pour d\u00e9dramatiser des annonces souvent tragiques. Sa chanson trouve ce caract\u00e8re joyeux qui convient bien. De tr\u00e8s bonnes prestations donc, mais on retiendra ici ce que fait Solange Michel qui est vraiment parfait!<\/p>\n<div id=\"attachment_3193\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3193\" class=\"wp-image-3193\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864-300x228.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864-300x228.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864-1024x778.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864-768x584.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864-1536x1167.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_acte2_scene10_creation_1864.jpg 1650w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3193\" class=\"wp-caption-text\">Acte II, Sc\u00e8ne 10 (d\u00e9cors de la cr\u00e9ation de 1864).<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le d\u2019Ourrias ne demande pas une grande psychologie m\u00eame s&rsquo; il faut montrer \u00e0 la fois la vaillance et la folie. Jean-Vital Jammes \u201cIsma\u00ebl\u201d cr\u00e9a le r\u00f4le peu de temps apr\u00e8s celui de Zurga dans <em>Les P\u00eacheurs de Perles<\/em>. R\u00f4le de baryton \u00e0 la fran\u00e7aise typique, il convient admirablement \u00e0 <strong>Michel Dens<\/strong> en 1954. On ne sait que louer chez ce baryton : la diction, la beaut\u00e9 de ce timbre clair, la noblesse, la vaillance, l\u2019expressivit\u00e9? Loin de chanter comme pourrait le faire penser le personnage un peu tout d\u2019une pi\u00e8ce, il nuance sans pour autant en faire un galant mais il en fait au moins un homme de bien. Grand baryton fran\u00e7ais, on reste en admiration devant tant de beaut\u00e9 mais aussi ce personnage parfaitement construit. Parmi les descendants de cette grande lign\u00e9e de barytons fran\u00e7ais (Ren\u00e9 Bianco, Ernest Blanc, Jean Borthayre,&#8230;) se trouve sans doute <strong>Robert Massard<\/strong>. Il a de plus la chance de pouvoir plus enregistrer pour les grandes maisons dans les ann\u00e9es 60. Le chant est rac\u00e9, nuanc\u00e9 et parfaitement en style, mais j\u2019avoue que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement attir\u00e9 par ce timbre. On y trouve toujours quelque chose de f\u00e9roce, quelque chose d\u2019agressif qui lasse rapidement. Alors oui, c\u2019est un grand et beau Ourrias, mais qui pour une question de timbre ne m\u2019est pas forc\u00e9ment agr\u00e9able. On aurait plut\u00f4t pens\u00e9 \u00e0 <strong>Jos\u00e9 van Dam<\/strong> pour Ramon par exemple plut\u00f4t qu\u2019Ourrias. Le chanteur \u00e9tant plus baryton-basse que baryton, on pouvait craindre quelques soucis dans le haut de la tessiture mais il n\u2019en est rien! Chanteur d\u2019une classe folle, il est dans la lign\u00e9e de Michel Dens, mais avec un timbre beaucoup plus sombre et profond. On tremblerait presque devant cette figure pleine d\u2019autorit\u00e9 et de morgue. Enfin, en 2009, <strong>Franck Ferrari<\/strong> n\u2019est malheureusement pas au niveau de ses devanciers. Le chanteur n\u2019a jamais eu beaucoup de noblesse dans le chant, mais ici en Ourrias, il semble vouloir encore plus montrer la brute qui sommeille dans ce personnage : phrases hach\u00e9es, notes parfois plus cri\u00e9es que chant\u00e9es,&#8230; on a du mal \u00e0 entendre un amoureux ou alors une vraie brute. Pour ce r\u00f4le, l\u2019\u00e9coute compar\u00e9e de Michel Dens et Jos\u00e9 van Dam est passionnante tant avec des moyens vocaux diff\u00e9rents, ils donnent naissance \u00e0 de superbes portraits d\u2019un personnage pourtant peu flatt\u00e9 par la partition.<\/p>\n<div id=\"attachment_3194\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3194\" class=\"wp-image-3194\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon-300x208.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon-300x208.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon-1024x710.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon-768x532.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon-1536x1065.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte3_2_esquisse_Philippe_Chaperon.jpg 1650w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3194\" class=\"wp-caption-text\">Acte III, deuxi\u00e8me tableau : Le Pont de Trinquetaille (esquisse du d\u00e9cors par Philippe Chaperon lors de la cr\u00e9ation).<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la cr\u00e9ation, Vincent \u00e9tait chant\u00e9 par Joseph Morini qui avait chant\u00e9 <em>Faust<\/em> \u00e0 La Scala pour la cr\u00e9ation italienne et avait cr\u00e9\u00e9 le r\u00f4le de Nadir l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Et pourtant, les critiques sont assez s\u00e9v\u00e8res sur sa prestation alors qu\u2019il semble que le r\u00f4le avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 simplifi\u00e9 avant la premi\u00e8re. Pourtant, le r\u00f4le ne semble pas si complexe en dehors de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme demand\u00e9 au troisi\u00e8me acte et de cet air du cinqui\u00e8me. Su\u00e9dois mais polyglotte et souvent attach\u00e9 \u00e0 Paris, <strong>Nicolai Gedda<\/strong> est notre premier Vincent avec Andr\u00e9 Cluytens. D\u00e8s qu\u2019il ouvre la bouche on entend ce chant franc, cette diction limpide et ce timbre tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement voil\u00e9 qui donne un petit peu de nostalgie au personnage r\u00eaveur de Vincent. Aussi \u00e0 l\u2019aise dans la galanterie des premiers duos que dans l\u2019affrontement avec Ourrias o\u00f9 il sait montrer le m\u00e9tal de sa voix, il donne \u00e0 entendre un personnage rac\u00e9 et magnifiquement chant\u00e9. Etcheverry fait un choix assez \u00e9tonnant en 1962 en proposant le r\u00f4le \u00e0 <strong>Michel S\u00e9n\u00e9chal<\/strong>. On conna\u00eet les qualit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation du t\u00e9nor et si il a pu chanter des r\u00f4les principaux s\u00e9rieux durant des ann\u00e9es, le timbre restait toujours assez \u00e9trange. Ainsi, sa Plat\u00e9e \u00e0 Aix en 1956 est parfaitement servie par cette voix, mais il faut bien avouer que le plus souvent c\u2019est dans des r\u00f4les de caract\u00e8re qu\u2019il \u00e9tait le mieux employ\u00e9. L\u2019\u00e9coute de son Vincent est vraiment \u00e9trange car le chant est parfaitement tenu, la diction parfaite\u2026 mais le timbre mielleux et la fa\u00e7on de chanter rapprochent trop le personnage de ces r\u00f4les de caract\u00e8re. \u00c0 aucun moment on entend le jeune et beau Vincent, mais un personnage l\u00e9g\u00e8rement \u00e2g\u00e9 et qui n\u2019a pas la franchise simple du vannier. Une erreur de distribution sans nul doute! Michel Plasson choisit en 1979 de donner le r\u00f4le \u00e0 <strong>Alain Vanzo<\/strong>. Il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 capt\u00e9 en 1959 aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Andr\u00e9e Esposito, puis pour des extraits en 1962 avec pour partenaire Andr\u00e9a Guiot. Et c\u2019est en fait l\u00e0 qu\u2019est le souci. g\u00e9 alors de 51 ans, le timbre n\u2019est plus aussi d\u00e9licat qu\u2019il l\u2019\u00e9tait vingt ans auparavant. Le chanteur conserve un art du chant et de la diction assez superlatif, mais le timbre a perdu de sa beaut\u00e9 en devenant plus nasal et m\u00e9tallique, enlevant un peu de plaisir \u00e0 l\u2019\u00e9couter. Apr\u00e8s, comment r\u00e9sister \u00e0 ce magnifique air du cinqui\u00e8me acte, \u00e0 cette col\u00e8re presque adolescente face \u00e0 Ourrias parfaitement rendue? Tout est magnifiquement fait, mais on aurait tellement aim\u00e9 entendre encore la gr\u00e2ce vocale qu\u2019il poss\u00e9dait quelques ann\u00e9es auparavant. Enfin, voil\u00e0 <strong>Charles Castronovo<\/strong> en 2009. Il semble qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, c\u2019\u00e9tait Roberto Alagna qui \u00e9tait pr\u00e9vu en Vincent\u2026 mais on se demande bien ce qu\u2019il aurait pu faire du r\u00f4le \u00e0 ce stade de sa carri\u00e8re o\u00f9 les r\u00f4les dramatiques lui \u00e9taient plus confortables que ces r\u00f4les de t\u00e9nor l\u00e9ger! Le t\u00e9nor am\u00e9ricain contraste forc\u00e9ment par rapport \u00e0 ses illustres coll\u00e8gues cit\u00e9s au dessus par le fait qu\u2019il n\u2019a pas du tout la voix d\u2019un t\u00e9nor \u201c\u00e0 la fran\u00e7aise\u201d : la voix est tr\u00e8s sombre et engorg\u00e9e alors que les Gedda, Vanzo et m\u00eame S\u00e9n\u00e9chal ont une voix claire, install\u00e9e tr\u00e8s haut. La surprise est donc forte, mais sans vouloir tricher sur la nature de sa voix, le t\u00e9nor s\u2019accorde d\u00e9j\u00e0 sur le style et la diction fort bonne. Son Vincent est moins l\u00e9ger, plus tortur\u00e9 et plus adulte ici. Mais le chant est admirable avec une grande palette d\u2019\u00e9motions tout au long de l\u2019ouvrage, aboutissant sur un air du dernier acte sublime. En dehors de Michel S\u00e9n\u00e9chal, trois belles prestations donc, m\u00eame si il faut l\u2019avouer, Nicolai Gedda est peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement au dessus, Vanzo p\u00e2lissant juste de sa comparaison avec lui m\u00eame alors qu\u2019il est lui aussi splendide\u2026 et Castronovo impressionne et s\u00e9duit malgr\u00e9 un timbre si surprenant dans cet ouvrage.<\/p>\n<div id=\"attachment_3195\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3195\" class=\"wp-image-3195\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874-300x223.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874-300x223.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874-1024x761.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874-768x571.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874-1536x1142.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte4_estampe_Eugene_Burnand_1874.jpg 1650w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3195\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV, Premier tableau, estampe d&rsquo;Eug\u00e8ne Burnand en 1874.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en vient maintenant au r\u00f4le titre, r\u00f4le on ne peut plus difficile \u00e0 distribuer. La cr\u00e9atrice Caroline Miolan Carvalho \u00e9tait une chanteuse l\u00e9g\u00e8re, d\u00e9cochant roulades et aigus avec une virtuosit\u00e9 admir\u00e9e de tous\u2026 mais la voix n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s lyrique. Gounod ne voulait pas d\u2019une telle voix pour Mireille il semble si l\u2019on regarde la partition : \u00e0 l\u2019origine il n\u2019y a que tr\u00e8s tr\u00e8s peu de moments brillants et le r\u00f4le reste plut\u00f4t central malgr\u00e9 quelques envol\u00e9es vers l\u2019aigu. Et puis surtout, plus l\u2019op\u00e9ra avance et plus le r\u00f4le devient dramatique, culminant sur la sc\u00e8ne de la Crau qui demande ici une force qui pourrait mettre \u00e0 mal une voix trop l\u00e9g\u00e8re. Si on regarde la re-cr\u00e9atrice en 1939, on d\u00e9couvre que Jane Rolland alternait les r\u00f4les assez l\u00e9gers avec des emplois purement lyriques comme Mimi ou Butterfly. Si apr\u00e8s des sopranos tr\u00e8s l\u00e9gers continueront \u00e0 chanter des extraits du r\u00f4le, Mireille revenait tout de m\u00eame \u00e0 des voix plus lyriques. En 1954, on d\u00e9couvre <strong>Janette Vivalda<\/strong> dans le r\u00f4le-titre \u00e0 Aix-en-Provence. Pour un tel r\u00f4le on aurait pens\u00e9 \u00e0 un grand nom, mais voici que notre soprano reste assez inconnue. Peu d\u2019enregistrements (Micaela dans des extraits de <em>Carmen<\/em>, <em>La Veuve Joyeuse<\/em>, deux r\u00e9citals en duo avec Michel Dens et Michel Roux) et tr\u00e8s peu d\u2019informations. On d\u00e9couvre que durant la saison 1955\/1956 elle chante Marguerite, Tha\u00efs, Mimi et Violetta \u00e0 La Monnaie de Bruxelles, mais difficile d\u2019en apprendre plus. D\u2019autant plus \u00e9trange que l\u2019\u00e9coute de cet enregistrement nous fait entendre une superbe voix de soprano! Elle a la fra\u00eecheur du premier acte mais sait venir \u00e0 bout de la sc\u00e8ne de la Crau avec force! La voix semble assez l\u00e9g\u00e8re mais tout en r\u00e9ussissant \u00e0 passer l\u2019orchestre sans forcer dans les moments les plus dramatiques. R\u00e9unissant donc les deux extr\u00eames, elle nous offre en plus un chant techniquement parfait, une diction admirable\u2026 et se sort tr\u00e8s bien de la valse-ariette enregistr\u00e9e en appendice de cette version dirig\u00e9e par Cluytens. Et il faut souligner le style qui est plut\u00f4t sobre et ne fait pas trop dat\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque! Voil\u00e0 une bien belle Mireille qui r\u00e9unit un timbre assez l\u00e9ger mais avec une voix capable d\u2019affronter le drame de la fin de l\u2019ouvrage. Huit ans plus tard, Etch\u00e9verry fait appel \u00e0 <strong>Ren\u00e9e Doria<\/strong> pour son enregistrement. Grande chanteuse de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, elle semble ne faire qu\u2019une bouch\u00e9e elle aussi du r\u00f4le, passant outre les difficult\u00e9s. Par contre, on croit moins \u00e0 la jeune fille du d\u00e9but et le style plus ampoul\u00e9 a un petit c\u00f4t\u00e9 vieillot qui peut rebuter, de m\u00eame que des aigus un petit peu vibr\u00e9s. C\u2019est une question de go\u00fbt bien s\u00fbr, mais on ne retrouve pas la puret\u00e9 de Vivalda ici. Apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation de cette derni\u00e8re, autre surprise que de retrouver <strong>Mirella Freni<\/strong> dans l\u2019int\u00e9grale dirig\u00e9e par Michel Plasson! En effet, la chanteuse n\u2019avait a priori jamais chant\u00e9 le r\u00f4le et ne semble pas avoir partag\u00e9 beaucoup de repr\u00e9sentations avec le chef. Peut-\u00eatre une obligation de la part du label discographique? Avant de donner un avis, il me faut d\u00e9j\u00e0 rappeler une chose : cet enregistrement de <em>Mireille<\/em> est le premier que j\u2019ai achet\u00e9\u2026 je l\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment \u00e9cout\u00e9\u2026 et il est aussi \u00e0 l\u2019origine de mon amour immod\u00e9r\u00e9 pour <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2495\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mirella Freni<\/a>. Donc m\u00eame si je vais essayer d\u2019\u00eatre objectif, je crains de ne pas vraiment pouvoir l\u2019\u00eatre enti\u00e8rement. En 1979, la voix de Mirella Freni est en pleine \u00e9volution. Elle commence \u00e0 aborder depuis quelques ann\u00e9es des r\u00e9pertoires plus lourds que ceux de son d\u00e9but de carri\u00e8re. Les grands r\u00f4les verdiens arrivent en effet en cette fin des ann\u00e9es soixante-dix. Mais la voix a gard\u00e9 sa fra\u00eecheur et si bien s\u00fbr le timbre est plus cors\u00e9 que ses coll\u00e8gues, elle sait parfaitement donner l\u2019impression de cette jeune fille du premier \u00e2ge avec une entr\u00e9e o\u00f9 elle doit se rappeler de l\u2019entr\u00e9e de sa Marguerite au deuxi\u00e8me acte de <em>Faust<\/em> bien s\u00fbr pour le ton simple. Plus l\u2019op\u00e9ra avance et plus on la sent dans son \u00e9l\u00e9ment, le drame lui convenant mieux \u00e0 ce stade de sa carri\u00e8re que la na\u00efvet\u00e9 du d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra. La voix est toujours aussi belle mais par contre, entour\u00e9e de ces sp\u00e9cialistes de l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais, le style est un petit peu diff\u00e9rent et surtout la diction beaucoup moins nette. Mais en dehors de cela, l\u2019investissement, le portrait, tout fonctionne admirablement pour des moments grandioses comme bien s\u00fbr la sc\u00e8ne de la Crau, mais aussi cette mort o\u00f9 l\u2019exaltation est palpable. Vous l\u2019aurez compris, il y a des choses qui ne vont pas forc\u00e9ment\u2026 mais cette voix me fascine au plus haut point et malgr\u00e9 cela, je pense vraiment qu\u2019il y a des choses incroyables dans cette prestation de Mirella Freni! Enfin en 2009, voil\u00e0 une chanteuse qui aura connu la gloire en chantant la fameuse <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XnTE2h0ZY74\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Diva Pavalaguna<\/a> dans <em>Le Cinqui\u00e8me \u00c9l\u00e9ment<\/em>! Nous \u00e9tions alors au milieu des ann\u00e9es 90 et depuis, la voix d\u2019<strong>Inva Mula<\/strong> a \u00e9volu\u00e9 vers un registre plus lyrique avec entre autres la Marguerite de <em>Faust<\/em>. Lors de cette captation en direct (la seule donc par rapport aux versions studio ci-dessus), on retrouve le timbre de la chanteuse mais il semble un petit peu us\u00e9, avec une l\u00e9g\u00e8re instabilit\u00e9. Un peu trop cors\u00e9 lors du premier acte, mais aussi un peu forc\u00e9 lors de la sc\u00e8ne de la Crau qui la pousse dans ses retranchements, on peine parfois pour la soprano. Le rendu est tout \u00e0 fait correct et elle se sort du r\u00f4le mais il lui manque le brio de ses devanci\u00e8res, le style des unes, la vaillance des autres\u2026 On sent que le r\u00f4le est tr\u00e8s compliqu\u00e9 pour elle et qu\u2019elle n\u2019en vient \u00e0 bout que par courage et technique. Mais encore une fois, le r\u00e9sultat est tout \u00e0 fait valable m\u00eame si pas parfait. Et rappelons-nous que ceci est un enregistrement direct! Peu de suspens ici donc\u2026 entre Janette Vivalda et Mirella Freni, mon c\u0153ur ne peut choisir\u2026 les deux ont une Mireille diff\u00e9rente mais chacune me touche. Vivalda avec Cluytens est sans doute plus parfaite \u00e0 certains \u00e9gards. Mais Doria ou m\u00eame Mula ne sont pas indignes non plus et pourront tr\u00e8s bien toucher les curieux autant voir plus que les deux retenues ici.<\/p>\n<div id=\"attachment_3196\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3196\" class=\"wp-image-3196\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864-300x238.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"396\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864-300x238.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864-1024x812.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864-768x609.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864-1536x1218.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Mireille_acte5_creation_1864.jpg 1650w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3196\" class=\"wp-caption-text\">Acte V, d\u00e9cor lors de la cr\u00e9ation en 1864.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici enfin la fin de cet article sur <em>Mireille<\/em> (pour ceux qui ont tenu jusqu\u2019au bout!). Il ne devait pas forc\u00e9ment \u00eatre aussi long\u2026 mais comme dit au d\u00e9but, <em>Mireille<\/em> est mon premier op\u00e9ra, mon premier achat de disque (d\u2019ailleurs, \u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019avais pris la version Cluytens car moins ch\u00e8re, mais apr\u00e8s h\u00e9sitations voyant que c\u2019\u00e9tait en mono, on m\u2019avait conseill\u00e9 d\u2019aller vite l\u2019\u00e9changer pour la version Plasson\u2026). Si l\u2019on doit retenir quelque chose de cet article, c\u2019est sans doute d\u00e9j\u00e0 la popularit\u00e9 de <em>Mireille<\/em> dans les ann\u00e9es cinquante et soixante si on regarde les divers enregistrements complets ou en extraits. Et justement, s\u2019il faut en retenir un, retenons en deux : Cluytens et Plasson. Deux fa\u00e7ons de diriger, deux Mireille vraiment diff\u00e9rentes et des distributions de haut vol sinon. On peut esp\u00e9rer maintenant qu\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration va reprendre cet ouvrage et qu\u2019un deuxi\u00e8me travail de restauration permettra de retrouver encore plus de fid\u00e9lit\u00e9 envers ce qu\u2019avait compos\u00e9 Gounod : il reste quelques passages \u00e0 r\u00e9tablir il semblerait et un final o\u00f9 la partition originale a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e mais qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3188\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_cluytens-300x256.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_cluytens-300x256.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_cluytens.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Mireille, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mireille, Janette Vivalda ; Vincent, Nicolai Gedda ; Ourrias, Michel Dens ; Taven, Christiane Gayraud ; Ma\u00eetre Ramon, Andr\u00e9 Vessi\u00e8res ; Ambroise, Marcello Cortis ; Cl\u00e9mence, Christiane Jacquin ; Vincenette, Madeleine Ignal ; Le Passeur, Robert Tropin<\/li>\n<li>Ch\u0153urs du Festival d\u2019Aix-en-Provence<\/li>\n<li>Orchestre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Concerts du Conservatoire<\/li>\n<li>Andr\u00e9 Cluytens, direction<\/li>\n<li>2CD EMI CMS 7 64382 2. Enregistr\u00e9 en juillet 1954 \u00e0 Aix-en-Provence.<\/li>\n<\/ul>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3185\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_etcheverry-300x265.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"177\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_etcheverry-300x265.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_etcheverry.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Mireille, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mireille, Ren\u00e9e Doria ; Vincent, Michel S\u00e9n\u00e9chal ; Ourrias, Robert Massard ; Taven, Solange Michel ; Ma\u00eetre Ramon, Adrien Legros ; Ambroise, Julien Thirache ; Cl\u00e9mence, Agn\u00e8s No\u00ebl ; Vincenette, Christiane Stutzmann ; Andreloun, Aim\u00e9 Doniat ; Une voix d\u2019en haut, Agn\u00e8s No\u00ebl ; Le Passeur, Claude Gentry<\/li>\n<li>Ch\u0153urs Symphonique de Paris<\/li>\n<li>Orchestre Symphonique de Paris<\/li>\n<li>J\u00e9sus Etcheverry, direction<\/li>\n<li>2CD Musidisc. Enregistr\u00e9 en f\u00e9vrier et mars 1962 \u00e0 Paris.<\/li>\n<\/ul>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3187\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_plasson-300x265.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"177\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_plasson-300x265.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_plasson.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Mireille, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mireille, Mireille Freni ; Vincent, Alain Vanzo ; Ourrias, Jos\u00e9 van Dam ; Taven, Jane Rhodes ; Ma\u00eetre Ramon, Gabriel Bacquier ; Ambroise, Marc Vento ; Cl\u00e9mence, Mich\u00e8le Command ; Vincenette, Christine Barbaux ; Andreloun, Luc Terrieux ; Une voix d\u2019en haut, Mich\u00e8le Command ; Le Passeur, Jean-Jacques Cubaynes<\/li>\n<li>Ch\u0153urs du Capitole de Toulouse<\/li>\n<li>Orchestre du Capitole de Toulouse<\/li>\n<li>Michel Plasson, direction<\/li>\n<li>2CD EMI PM 613. Enregistr\u00e9 du 11 au 21 novembre 1979 \u00e0 la Halle aux Grains de Toulouse.<\/li>\n<\/ul>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3186\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_minko-260x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_minko-260x300.jpeg 260w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_minko-889x1024.jpeg 889w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_minko-768x885.jpeg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/mireille_minko.jpeg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Mireille, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mireille, Inva Mula ; Vincent, Charles Castronovo ; Ourrias, Franck Ferrari ; Taven, Sylvie Brunet ; Ma\u00eetre Ramon, Alain Vernhes ; Ambroise, Nicolas Cavalier ; Cl\u00e9mence, Amel-Brahim Djelloul ; Vincenette, Anne-Catherine Gillet ; Andreloun, S\u00e9bastien Droy ; Une voix d\u2019en haut, Sophie Claisse ; Le Passeur, Ugo Rabec ; Un Arl\u00e9sien, Christian Rodrigue Moungoungou ; L\u2019Echo, Alexandre Duhamel<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris<\/li>\n<li>Marc Minkowsky, direction<\/li>\n<li>2 DVD Fra Musica FRA 002 \/ 2 DVD Naxos 2.110683-84. Enregistr\u00e9 les 11, 12 et 14 Septembre 2009 au Palais Garnier de Paris.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le relatif \u00e9chec de La Reine de Saba en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 1862, Gounod se tourne vers un sujet qui n\u2019est pas du tout comparable, mais qui ne risque pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[2,3],"tags":[57,49,14,23],"class_list":["post-3183","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disque-dvd","category-musique_classique","tag-epoque_romantique","tag-gounod","tag-integrale","tag-opera","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-Pl","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3183"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3183\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3412,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3183\/revisions\/3412"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}