{"id":31,"date":"2012-04-20T17:34:41","date_gmt":"2012-04-20T15:34:41","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=31"},"modified":"2016-10-05T20:09:06","modified_gmt":"2016-10-05T18:09:06","slug":"tannhauser-la-solitude-de-lartiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=31","title":{"rendered":"Tannh\u00e4user : la solitude de l&rsquo;artiste"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-37 alignleft\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague-198x300.jpg\" alt=\"decca_tannhauser_copenhague\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague-198x300.jpg 198w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague.jpg 396w\" sizes=\"auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><\/a>La place centrale que prend l&rsquo;artiste dans <em>Tannh\u00e4user<\/em> semble avoir bien souvent donn\u00e9 des id\u00e9es aux metteurs en sc\u00e8ne. Que ce soit le peintre chez Robert Carsen, ou l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;espoir chez Sebastian Baumgarten \u00e0 Bayreuth, on nous propose souvent de nos jours des visions un peu d\u00e9cal\u00e9es du po\u00e8te. Ici, on retrouve bien l&rsquo;\u00e9crivain&#8230; mais si dans l&rsquo;histoire, la passion est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui isole notre artiste, c&rsquo;est ici l&rsquo;inspiration cr\u00e9atrice qui s&rsquo;oppose \u00e0 une bourgeoisie fig\u00e9e et hautaine. En faisans un parall\u00e8le entre ce que v\u00e9cu Wagner \u00e0 son \u00e9poque et Tannh\u00e4user, le metteur en sc\u00e8ne pouvait tenir une bonne id\u00e9e. Malheureusement, bien des moments n&rsquo;arrivent pas \u00e0 convaincre tant l&rsquo;id\u00e9e est impos\u00e9e sur une musique qui ne peut venir compl\u00e9ter ce que l&rsquo;on voit et m\u00eame vient en contradiction totale avec l&rsquo;image.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 mis en sc\u00e8ne un <em>Ring<\/em> au m\u00eame endroit dont la publication a \u00e9t\u00e9 globalement bien re\u00e7ue par les critiques, on pouvait esp\u00e9rer d&rsquo;Kasper Holten une vision fort int\u00e9ressante. Malheureusement, rapidement on est frapp\u00e9 par une volont\u00e9 d&rsquo;imposer son id\u00e9e premi\u00e8re, sans vraiment tisser un lien avec la musique de Wagner.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1071\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague1-300x255.jpg\" alt=\"decca_tannhauser_copenhague1\" width=\"300\" height=\"255\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague1-300x255.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague1-768x652.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague1.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;ouverture le d\u00e9cor nous montre un int\u00e9rieur bourgeois de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 Tannh\u00e4user tient la place central \u00e0 son bureau, sosie de Richard Wagner avec son b\u00e9ret. Alors que l&rsquo;atmosph\u00e8re reste bourgeoise au d\u00e9but avec l&rsquo;arriv\u00e9e de la femme du po\u00e8te et de son fils, l&rsquo;apparition de l&rsquo;inspiration en la personne d&rsquo;une V\u00e9nus dominatrice et sardonique vient plonger notre artiste dans une folie cr\u00e9atrice. S&rsquo;en suit une d\u00e9formation du r\u00e9el, o\u00f9 les serviteurs de la maison se lancent dans une bacchanale endiabl\u00e9e, les escaliers forment un labyrinthe&#8230; Tannh\u00e4user se lance dans l&rsquo;\u00e9criture et tous les supports possibles et imaginables re\u00e7oivent sa prose : les serviteurs, les escaliers, sa femme, son fils (ce qui n&rsquo;est pas sans rappeler Walter dans la mise en sc\u00e8ne de Katarina Wagner des <em>Meistersinger von N\u00fcrnberg<\/em>). Si cette vision peut assez bien se coller sur la musique, l&rsquo;entr\u00e9e r\u00e9elle de V\u00e9nus commence \u00e0 poser probl\u00e8me. Ainsi, alors que la musique se fait sensuelle et enivrante, notre d\u00e9esse reste toujours aussi hautaine et froide, \u00e0 tel point qu&rsquo;on en vient \u00e0 ne pas comprendre les paroles passionn\u00e9es du po\u00e8te ou m\u00eame ses propres paroles\u00a0: alors qu&rsquo;elle le chasse, elle reste totalement impavide \u00e0 d\u00e9chirer des papiers sans la moindre violence ou passion. Son attitude froide et autoritaire cr\u00e9\u00e9 une distance et une froideur qui enl\u00e8ve toute la sensualit\u00e9 de ce duo passionn\u00e9. C&rsquo;est finalement en d\u00e9chirant son \u0153uvre achev\u00e9e que le po\u00e8te se lib\u00e8re de cette folie cr\u00e9atrice et revient au monde r\u00e9elle&#8230; La suite de l&rsquo;acte est vite emport\u00e9 sans grand int\u00e9r\u00eat du point de vu sc\u00e9nique, si ce le c\u00f4t\u00e9 antipathiques donn\u00e9 aux amis du po\u00e8te.<\/p>\n<div id=\"attachment_1069\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1069\" class=\"size-medium wp-image-1069\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague3-300x266.jpg\" alt=\"Elisabeth\" width=\"300\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague3-300x266.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague3-768x680.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague3.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1069\" class=\"wp-caption-text\">Elisabeth<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le deuxi\u00e8me acte, nous restons bien s\u00fbr dans ce m\u00eame salon mais qui est cette fois totalement r\u00e9aliste. Cet acte reste le plus traditionnel de la mise en sc\u00e8ne puisqu&rsquo;il nous montre exactement ce que propose la musique, sans vouloir vraiment continuer sur l&rsquo;exploration de ce qui avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 dans le premier acte. La seule chose inhabituelle est la pr\u00e9sence de V\u00e9nus&#8230; ce qui a tout de m\u00eame d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 dans d&rsquo;autres mises en sc\u00e8nes. On notera les commentaires rajout\u00e9s par le \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb sur sc\u00e8ne pour faire plus \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb sans doute lors de la confrontation des chanteurs (et l\u2019absence de l&rsquo;air de Walter). Beaucoup de petits d\u00e9tails dans le jeu des choristes semblent vouloir compenser une vision que le metteur en sc\u00e8ne doit trouver trop traditionnel, comme le bourgeois qui s&rsquo;endort, les femmes se battant pour saluer le Landgrave&#8230; Comme dans le premier acte, la p\u00e9nombre r\u00e8gne en maitre sur sc\u00e8ne puisque seule l&rsquo;entr\u00e9e des convives se voit \u00e9clair\u00e9e, le reste de l&rsquo;acte restant dans une p\u00e9nombre assez lassante. La fin renoue tout de m\u00eame avec les id\u00e9es du premier acte. Tannh\u00e4user trouve en effet l&rsquo;inspiration qui l&rsquo;avait gagn\u00e9e au cours de l&rsquo;acte et note dans son calepin ses id\u00e9es plut\u00f4t que de se pr\u00e9parer \u00e0 sa r\u00e9demption. Plut\u00f4t qu&rsquo;un repentir sinc\u00e8re, cette fin d&rsquo;acte semble \u00eatre l&rsquo;apoth\u00e9ose du pouvoir de V\u00e9nus.<\/p>\n<div id=\"attachment_32\" style=\"width: 203px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-32\" class=\"size-medium wp-image-32 \" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague4-193x300.jpg\" alt=\"Tannh\u00e4user et V\u00e9nus\" width=\"193\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague4-193x300.jpg 193w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague4-659x1024.jpg 659w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague4.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-32\" class=\"wp-caption-text\">Tannh\u00e4user et V\u00e9nus<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me acte montre toujours le m\u00eame salon bourgeois, mais cette fois d\u00e9structur\u00e9 et dans lequel se trouve une petite pi\u00e8ce ferm\u00e9e \u00e0 tous o\u00f9 Tannh\u00e4user \u00e9crit sans rel\u00e2che. Et c&rsquo;est cet acte qui va \u00eatre le moins coh\u00e9rent. En effet, on se demande rapidement ce que viennent faire ici les m\u00eames bourgeois qui avaient condamn\u00e9 le po\u00e8te\u00a0: ce sont eux qui reviennent de Rome\u00a0? Image assez forte par contre que celle d&rsquo;Elisabeth face \u00e0 cette porte clause chantant sa pri\u00e8re pour un homme perdu dans son d\u00e9lire, si proche et pourtant inaccessible. C&rsquo;est aussi face \u00e0 cette porte que Wolfram (qui portait au d\u00e9but de l&rsquo;acte le b\u00e9ret et la veste de Tannh\u00e4user avant de s&rsquo;en d\u00e9barrasser au fur et \u00e0 mesure) chantera l&rsquo;Hymne \u00e0 l&rsquo;\u00e9toile. La lumi\u00e8re mourante devenant son mod\u00e8le litt\u00e9raire tomb\u00e9 de son pi\u00e9destal et non la sainte Elisabeth. On comprend ensuite \u00e0 quoi Tannh\u00e4user a pass\u00e9 son temps alors qu&rsquo;il aurait d\u00fb \u00eatre en p\u00e8lerinage\u00a0: il a r\u00e9dig\u00e9 un livre racontant ce voyage sous l&rsquo;effet de l&rsquo;inspiration qui lui est venue en fin de deuxi\u00e8me acte. Et c&rsquo;est ce il va r\u00e9citer et lire son \u0153uvre \u00e0 Wolfram au lieu de lui expliquer ses aventures. Du coup, ce grand monologue poignant et dramatique perd tout son sens tant il en devient fabriqu\u00e9 et non v\u00e9cu. La faute n&rsquo;en est pas au chanteur, mais bien au metteur en sc\u00e8ne qui nous ram\u00e8ne toujours \u00e0 ce texte auquel se raccroche l&rsquo;artiste. Loin de d\u00e9peindre le d\u00e9sespoir de l&rsquo;homme, ce dernier semble au contraire fier de ce qu&rsquo;il chante car sorti de son imagination prolixe. Ce sera la d\u00e9couverte du corps de sa femme qui lui fera retrouver la raison avant de s&rsquo;effondrer. Le ch\u0153ur des p\u00e8lerins revient alors&#8230; et ce sont alors les dames choqu\u00e9es au deuxi\u00e8me acte qui font l&rsquo;\u00e9loge de l\u2019\u0153uvre de l&rsquo;artiste, brandissant son dernier ouvrage alors qu&rsquo;une plaque comm\u00e9morative descend des cintres. Aucune r\u00e9demption donc ici et un final qui perd lui aussi de sa force tant la musique grandiose et puissante se trouve en contradiction avec l&rsquo;image de cette bourgeoisie \u00e9levant un mort au rang de grand justement parce qu&rsquo;il est mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette mise en sc\u00e8ne est donc loin de convaincre par un manque de continuit\u00e9 (le deuxi\u00e8me acte semble en grande majorit\u00e9 d\u00e9connect\u00e9 du reste de l&rsquo;intrigue), mais aussi par des choix qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 convaincre et enl\u00e8vent finalement toute puissance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, montant sc\u00e8ne et musique l&rsquo;un contre l&rsquo;autre.<\/p>\n<div id=\"attachment_34\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-34\" class=\"size-medium wp-image-34 \" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague2-300x199.jpg\" alt=\"Tannh\u00e4user\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague2-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/decca_tannhauser_copenhague2.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-34\" class=\"wp-caption-text\">Tannh\u00e4user<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie musicale est plus convaincante, m\u00eame si elle est loin d&rsquo;\u00eatre inoubliable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chef d&rsquo;orchestre Friedmann Layer conduit la partition avec m\u00e9tier et sans faute de go\u00fbt, mais on cherche en vain la passion et la vie qui peut se d\u00e9gager de certains passages de la partition, l&rsquo;orchestre reste toujours un peu en retrait et n&rsquo;a jamais cette p\u00e2te puissante et d\u00e9licate que peut prendre la partition. De m\u00eame, les ch\u0153urs sont assez homog\u00e8nes (malgr\u00e9 quelques flottements durant le deuxi\u00e8me acte), mais l&rsquo;impact n&rsquo;est pas l\u00e0 lors des grands moments des p\u00e8lerins par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les solistes, on saluera la prestation de Ioannis Marinos en p\u00e2tre\/fils qui chante assez juste mais avec une voix trop peu puissante. L&rsquo;ensemble des chanteurs est plut\u00f4t bien distribu\u00e9 et Stephen Milling r\u00e8gne en ma\u00eetre ici avec cette voix de basse pleine d&rsquo;autorit\u00e9 et de noblesse. Son Landgrave poss\u00e8de la stature et une certaine jeunesse qui font plaisir \u00e0 entendre. Le Wolfram de Tommi Hakala reste malheureusement trop anonyme avec une voix un peu grise et un manque de po\u00e9sie dans le phras\u00e9. Bien s\u00fbr, le r\u00f4le est hant\u00e9 par de grands interpr\u00e8tes, mais ici le chanteur ne propose ni une vision lyrique ni une vision de m\u00e9lodiste, restant dans une distance qui semble peu volontaire. Il n&rsquo;est pas aid\u00e9 il faut le dire par une mise en sc\u00e8ne qui en fait un homme blafard cherchant \u00e0 imiter son mod\u00e8le Tannh\u00e4user.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, V\u00e9nus est fortement marqu\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne qui en fait un personnage central et tr\u00e8s caract\u00e9ris\u00e9. Susanne Resmark semble particuli\u00e8rement en phase avec la vision du metteur en sc\u00e8ne pour cr\u00e9er une V\u00e9nus froide et dure et la voix semblerait plus \u00e0 son aise en Ortrud ou Br\u00fcnnhilde guerri\u00e8re qu&rsquo;en d\u00e9esse de l&rsquo;amour. Les demi-teintes sont rares et la sensualit\u00e9 absente. On notera aussi un aigu pr\u00e9caire et un certain flottement dans le chant qui d\u00e9stabilise durant le premier acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tina Kiberg fait une entr\u00e9e plut\u00f4t terne. Alors qu&rsquo;Elisabeth se r\u00e9jouit du retour de son mari, la voix ne se lib\u00e8re pas et manque de cette f\u00e9minit\u00e9 que savent donner certaines chanteuses pourtant plus h\u00e9ro\u00efques \u00e0 la base (on pensera \u00e0 Nina Stemme par exemple). La voix reste dure, avec un aigu raide et sans lumi\u00e8re. Mais cette voix va finalement trouver son emploi par la suite o\u00f9 le drame que vit l&rsquo;\u00e9pouse se trouve renforc\u00e9 par une voix plus sombre et moins lumineuse. Plus \u00e0 l&rsquo;aise dans le drame que dans la r\u00e9jouissance, la chanteuse nous d\u00e9livrera une pri\u00e8re tr\u00e8s \u00e9mouvante et forte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais celui qui retient l&rsquo;attention est Stig Andersen. Apr\u00e8s avoir impressionn\u00e9 en Siegfried, il s&#8217;empare du r\u00f4le terrible de Tannh\u00e4user sans fr\u00e9mir. A aucun moment on ne sent la fatigue arriver. M\u00eame si le chanteur ne poss\u00e8de pas la voix la plus belle qui soit, avec un aigu assez m\u00e9tallique et nasal, il conserve une grande int\u00e9grit\u00e9 sans jamais forcer ou tricher dans son chant. Sa composition, dans les limites que lui impose la mise en sc\u00e8ne, est tr\u00e8s fouill\u00e9e et d&rsquo;une grande force. Les hallucinations et la folie trouvent \u00e9cho devant l\u2019investissement du chanteur tant sc\u00e9nique que vocal. Avec une voix h\u00e9ro\u00efque sans pour autant \u00eatre monolithique, il s&rsquo;impose v\u00e9ritablement comme l&rsquo;int\u00e9r\u00eat principal de cette production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l&rsquo;aura compris, c&rsquo;est une relative d\u00e9ception que cet enregistrement de Tannh\u00e4user. La mise en sc\u00e8ne n&rsquo;arrive pas \u00e0 emporter l&rsquo;adh\u00e9sion par un manque de logique et de coh\u00e9rence avec la musique, alors que la distribution est largement domin\u00e9e par un Stig Andersen qui est peut-\u00eatre le seul vrai int\u00e9r\u00eat de cet enregistrement.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>Richard Wagner<\/em> (1813-1883), Tannh\u00e4user<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Kasper Holten\u00a0; D\u00e9cors et costumes, Mia Stensgaard\u00a0; Lumi\u00e8res, Asa Frankenberg, Mikael Sylvest\u00a0; Chor\u00e9graphies, Signe Fabricius<\/li>\n<li>Hermann, Stephen Milling ; Tanh\u00e4user, Stog Andersen ; Wolfram von Eschenbach, Tommi Hakala ; Walther von der Vogelweide, Peter Lodahl ; Biterolf, Kjeld Christoffersen ; Heinrich der Schreiber, Peter Arnoldsson ; Reinmar von Zweter, Jens Bruno Hansen ; Elisabeth, Tina Kiberg ; Venus, Susanne Resmark ; Ein Knabe, Ioannis Marinos\u00a0; Vier Dienerinnen, Anna Rydberg, Karen Dinitzen, Anne Kleinstrup, Lene Freil<\/li>\n<li>Orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra Royal du Danemark<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l&rsquo;Op\u00e9ra Royal du Danemark<\/li>\n<li>Friedemann Layer, direction<\/li>\n<li>2 DVD DECCA 074 3390. Enregistr\u00e9 l&rsquo;Op\u00e9ra Royal du Danemark, Copenhague, en D\u00e9cembre 2009<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La place centrale que prend l&rsquo;artiste dans Tannh\u00e4user semble avoir bien souvent donn\u00e9 des id\u00e9es aux metteurs en sc\u00e8ne. 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