{"id":2988,"date":"2022-01-24T19:51:31","date_gmt":"2022-01-24T18:51:31","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2988"},"modified":"2022-01-24T19:51:58","modified_gmt":"2022-01-24T18:51:58","slug":"faust-le-premier-grand-triomphe-de-gounod","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2988","title":{"rendered":"<i>Faust<\/i>, le premier grand triomphe de Gounod!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2988\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2994\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust-Gounod_couverture-235x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust-Gounod_couverture-235x300.jpg 235w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust-Gounod_couverture.jpg 626w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Malgr\u00e9 les succ\u00e8s d\u2019estime, le nom de Gounod n\u2019est pas encore sur toutes les l\u00e8vres \u00e0 Paris et le compositeur a bien du mal \u00e0 vivre de sa musique. Mais les choses vont changer avec quelques rencontres et surtout le fameux <em>Faust<\/em> qui reste son ouvrage le plus connu actuellement. Tellement connu qu\u2019il a subi les affres des coupures, et modifications au fil des ans\u2026 et qu\u2019il est encore rare de pouvoir le voir sur sc\u00e8ne dans une version compl\u00e8te ou du moins historiquement inform\u00e9e. Bien s\u00fbr, sa discographie est pl\u00e9thorique contrairement aux autres op\u00e9ras pr\u00e9c\u00e9demment compar\u00e9s ici\u2026 Il y a de tr\u00e8s nombreux enregistrements studios depuis les tous d\u00e9buts de l\u2019enregistrement audio. Ainsi, le premier enregistrement int\u00e9gral date de 1908 dans une version allemande. Puis viendra la version dirig\u00e9e par Fran\u00e7ois Ruhlmann enregistr\u00e9e en 1911-1912\u2026 et par la suite les versions seront toujours nombreuses et dans diff\u00e9rentes langues, preuve de la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019ouvrage : en italien en 1918 (direction Carlo Sabajno), en anglais en 1929 (dirig\u00e9 par Sir Thomas Beecham qui enregistrera par la suite une version en fran\u00e7ais), en russe en 1947 (dirig\u00e9 par Vassili Nebolsin avec les magnifiques Mark Reizen et Ivan Kozlovsky) ou encore en hongrois en 1973 (dirig\u00e9 par Ervin Luk\u00e1cs). Mais les versions fran\u00e7aises seront aussi nombreuses et de r\u00e9f\u00e9rence : 1930 par Henri B\u00fcsser (avec rien de moins que Marcel Journet!), 1947 pour la deuxi\u00e8me version de Sir Thomas Beecham, 1953 et 1958 pour Andr\u00e9 Cluytens, 1963 pour Gianfranco Rivoli, 1966 pour Richard Bonynge, 1976 pour Alain Lombard, 1978 avec George Pr\u00eatre, 1986 ce sera Sir Colin Davis, 1991 Michel Plasson, 1993 Carlo Rizzi ou encore 2018 pour Christophe Rousset. Et ce ne sont l\u00e0 que les versions enregistr\u00e9es en studio! Il faudrait ajouter les nombreuses captation sur le vif qui sont parfois passionnantes! Impossible donc ici de faire une critique compl\u00e8te de tous ces enregistrements. Un choix totalement partial sera donc fait, avec juste un petit mot sur certains enregistrements importants mais une description plus d\u00e9taill\u00e9e pour certains!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de parler de la discographie, un rapide retour sur l\u2019histoire de la composition et des repr\u00e9sentations de ce <em>Faust<\/em>. D\u00e8s 1838, le sujet passionne le jeune Charles Gounod et durant son s\u00e9jour \u00e0 la Villa M\u00e9dicis \u00e0 Rome, il commence \u00e0 penser \u00e0 un futur op\u00e9ra bas\u00e9 sur l\u2019ouvrage de Goethe. En 1842, des rumeurs parlent d\u2019un op\u00e9ra en cr\u00e9ation, mais il faudra attendre 1845 pour que la rencontre avec Jules Barbiers fasse v\u00e9ritablement se d\u00e9velopper le projet, sous la surveillance bien s\u00fbr de L\u00e9on Carvalho qui voit dans cet op\u00e9ra un moyen de lutter avec les autres maisons d\u2019op\u00e9ra de la capitale. Le livret n\u2019est pas une adaptation imm\u00e9diate de Goethe, mais plus une adaptation de la pi\u00e8ce <em>Faust et Marguerite<\/em> de Michel Carr\u00e9 (qui sera aussi cr\u00e9dit\u00e9 pour le livret m\u00eame s\u2019il n\u2019y a que peu particip\u00e9). Le compositeur est particuli\u00e8rement inspir\u00e9 par le th\u00e8me et sa partition est foisonnante, \u00e0 tel point qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019effectuer des coupures. La vision du musicien se heurte \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre : il doit supprimer des sc\u00e8nes enti\u00e8res pour \u00e9viter que l\u2019ouvrage ne soit trop long, supprimer des passages que les chanteurs ne peuvent pas chanter (la sc\u00e8ne de folie de Marguerite au dernier acte sera ainsi irr\u00e9m\u00e9diablement perdue)&#8230; et m\u00eame int\u00e9grer des passages suite aux conseils du directeur de Th\u00e9\u00e2tre Lyrique ou du grand peintre et amis Ingres pour le ch\u0153ur des soldats qui remplace un air de Valentin. Et puis il y a les changements de derni\u00e8re minute comme l\u2019air de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s au deuxi\u00e8me acte qui change tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, m\u00eame durant les premi\u00e8res repr\u00e9sentations. Bien s\u00fbr, lors de la cr\u00e9ation le 19 mars 1859, la forme est celle d\u2019un op\u00e9ra-comique avec ses dialogues parl\u00e9s. Par la suite, d\u2019autres changements vont avoir lieu. Pour les repr\u00e9sentations de Strasbourg en avril 1860, les dialogues parl\u00e9s sont remplac\u00e9s par des r\u00e9citatifs. En 1863, l\u2019air de Valentin est ajout\u00e9 lors de la cr\u00e9ation \u00e0 Londres, permettant de r\u00e9tablir un certain \u00e9quilibre pour ce personnage sinon totalement priv\u00e9 de moment soliste en dehors de sa mort si th\u00e9\u00e2trale. Enfin, l\u2019entr\u00e9e au r\u00e9pertoire de l\u2019Op\u00e9ra de Paris en 1869 voit la derni\u00e8re grosse modification avec l\u2019ajout du ballet lors de la Nuit de Walpurgis. Voil\u00e0 la partition qui aura trouv\u00e9 sa forme d\u00e9finitive si l\u2019on peut dire. Malgr\u00e9 le succ\u00e8s qui s\u2019en est suivi, la partition n\u2019a pas imm\u00e9diatement trouv\u00e9 son public et nombre de spectateurs ont trouv\u00e9 le troisi\u00e8me acte (du jardin) bien long\u2026 Mais finalement, ce sera un succ\u00e8s durable!<\/p>\n<div id=\"attachment_2991\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Caroline_Carvalho_Marguerite_1860.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2991\" class=\"wp-image-2991\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Caroline_Carvalho_Marguerite_1860-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Caroline_Carvalho_Marguerite_1860-187x300.jpg 187w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Caroline_Carvalho_Marguerite_1860.jpg 591w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2991\" class=\"wp-caption-text\">Caroline Miolan Carvalho dans le r\u00f4le de Marguerite en 1860.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la distribution de la cr\u00e9ation, il y avait bien s\u00fbr <strong>Caroline Miolan-Carvalho<\/strong>, femme du directeur. La chanteuse \u00e9tait reconnue pour son aisance dans les roulades et sa diction. Mais elle n\u2019\u00e9tait pas en possession d\u2019un instrument tr\u00e8s large, surtout dans le grave. Ce qui par la suite posera des soucis au compositeur. M\u00eame ici, elle souffrira des sc\u00e8nes les plus dramatiques comme la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9glise bien s\u00fbr\u2026 mais il est \u00e0 parier que la sc\u00e8ne de la folie ait aussi \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e pour elle vu la lourdeur du r\u00f4le et de cette partie en particulier si l\u2019on en croit le t\u00e9moignage de Camille Saint-Sa\u00ebns auquel Gounod avait fait \u00e9couter ce morceau. La voix de Marguerite serait donc une voix plut\u00f4t l\u00e9g\u00e8re\u2026 sauf que Gounod proposera pour d\u2019autres reprises et \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra que la r\u00f4le soit chant\u00e9 par une voix plus lyrique. Il est donc possible de distribuer diff\u00e9rents types de soprano pour le r\u00f4le. Faust a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par <strong>Joseph-Th\u00e9odore-D\u00e9sir\u00e9 Barbot<\/strong> suite \u00e0 la d\u00e9fection d\u2019Henry Gruyer. On trouve la trace de ce dernier dans l\u2019ancrage assez \u00e9tonnant de certaines phrases dans le grave, tr\u00e8s ais\u00e9 pour le jeune prot\u00e9g\u00e9 du p\u00e8re de Bizet. Mais enrou\u00e9 avant la premi\u00e8re, il sera finalement remplac\u00e9 par Barbot. Lui \u00e9tait connu pour ses nuances, l\u2019art avec lequel sa voix montait avec douceur dans les aigus. Chantant des r\u00f4les italiens ou fran\u00e7ais, la technique devait \u00eatre assez imparable et surtout encore une fois, le style. Car pour Faust, il faut un style, entre galanterie et drame. Enfin, pour le trio de t\u00eate, <strong>\u00c9mile Balanqu\u00e9<\/strong> semble avoir \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 pour son charisme mais aussi pour sa voix. La jeune basse fran\u00e7aise est difficilement classable en lisant les r\u00f4les qu\u2019il a chant\u00e9 mais a bien \u00e9t\u00e9 class\u00e9e en basse et quand on voit qu\u2019il a aussi chant\u00e9 Vulcain dans <em>Phil\u00e9mon et Baucis<\/em> ainsi que le Comte Almaviva dans <em>Les noces de Figaro<\/em>, on peut raisonnablement se dire qu\u2019il \u00e9tait une basse chantante capable d\u2019humour comme de s\u00e9rieux, ce qui reste un cocktail parfait pour ce diable!<\/p>\n<div id=\"attachment_2992\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Edouard_Adolphe_Colin_Premiere_Opera_de_Paris.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2992\" class=\"wp-image-2992\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Edouard_Adolphe_Colin_Premiere_Opera_de_Paris-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Edouard_Adolphe_Colin_Premiere_Opera_de_Paris-223x300.jpg 223w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Edouard_Adolphe_Colin_Premiere_Opera_de_Paris.jpg 703w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2992\" class=\"wp-caption-text\">\u00c9douard Adolphe Colin dans le r\u00f4le de Faust lors de la cr\u00e9ation en 1869 \u00e0 la Salle Peletier.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Venons en maintenant au choix des versions\u2026 ou plut\u00f4t \u00e0 un rapide tour d&rsquo;horizon des versions prioritaires\u2026 Si on les prend par ordre chronologique, cela aidera sans doute \u00e0 se rep\u00e9rer. Et bien s\u00fbr sans se limiter aux versions uniquement studio. Car la discographie et la vid\u00e9ographie nous r\u00e9servent de superbes surprises au d\u00e9tour d\u2019un son de mauvaise qualit\u00e9 ou d\u2019une pochette assez terne!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, les premi\u00e8res versions sont int\u00e9ressantes avec <strong>Henri B\u00fcsser<\/strong> qui nous fait entendre <strong>Cesare Vezzani<\/strong> et <strong>Marcel Journet<\/strong>. Mais ce dernier est d\u00e9j\u00e0 un petit peu \u00e9teint par rapport aux extraits qu\u2019il grava en 1910 avec <strong>G\u00e9raldine Farrard<\/strong> et <strong>Enrico Caruso<\/strong>. Et puis la partition est r\u00e9duite au minimum. L\u2019enregistrement de <strong>Sir Thomas Beecham<\/strong> en fran\u00e7ais de 1947 est int\u00e9ressant, mais malheureusement les chanteurs sont difficilement \u00e9coutables : <strong>Georges Nor\u00e9<\/strong> dans le r\u00f4le titre est transparent, <strong>Roger Rico<\/strong> manque cruellement de charisme et il faut supporter le timbre strident de <strong>G\u00e9ori Bou\u00e9<\/strong>. La m\u00eame ann\u00e9e, nous avons la version russe bien s\u00fbr, port\u00e9e par <strong>Ivan Kozlovsky<\/strong> au chant magnifique et d\u00e9licat face au M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s s\u00e9duisant et imposant de <strong>Mark Reizen<\/strong>\u2026 mais malgr\u00e9 la qualit\u00e9 et la beaut\u00e9 du chant, cet enregistrement reste exotique de part le style et la traduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es cinquante, il y a bien s\u00fbr les versions dirig\u00e9es par <strong>Andr\u00e9 Cluytens<\/strong> qui rassemblent le m\u00eame trio de t\u00eate avec par contre les r\u00f4les secondaires renouvel\u00e9s\u2026 et surtout le passage de la mono de 1953 \u00e0 la st\u00e9r\u00e9o de 1958. Mais malgr\u00e9 ces progr\u00e8s techniques, il vaut mieux privil\u00e9gier la premi\u00e8re version qui fait entendre <strong>Victoria de Los Angeles<\/strong> dans sa prime jeunesse, <strong>Nicolai Gedda<\/strong> plein de fougue et un <strong>Boris Christoff<\/strong> l\u00e9g\u00e8rement moins outr\u00e9 que par la suite. Mais dans les deux cas, on retrouve l\u2019intelligence du chef qui sait colorer admirablement la partition et la faire vivre avec d\u00e9licatesse. Dans les ann\u00e9es soixante, deux chefs avant tout : <strong>Richard Bonynge<\/strong> et <strong>George Pr\u00eatre<\/strong>. Le premier a les honneurs du studio en 1966 pour une int\u00e9grale qui regarde peut-\u00eatre un peu trop vers le grand op\u00e9ra mais qui s\u2019av\u00e8re assez passionnante par le drame insuffl\u00e9 par le chef ainsi que par les personnalit\u00e9s vocales r\u00e9unies : <strong>Joan Sutherland<\/strong> semble plus ici chanter une grande dame que Marguerite mais le fait avec une telle technique\u2026 <strong>Franco Corelli<\/strong> confond Faust et Cavaradossi mais le timbre\u2026 et <strong>Nicolai Ghiaurov<\/strong> ne s\u2019embarrasse pas de d\u00e9tails pour un M\u00e9phisto rugissant et puissant. En 1967, un premier enregistrement en direct de <strong>George Pr\u00eatre<\/strong> nous permet de retrouver <strong>Ghiaurov<\/strong> un petit peu plus d\u00e9taill\u00e9 dans sa composition, mais surtout <strong>Gianni Raimondi<\/strong> en Faust et <strong>Mirella Freni<\/strong> en Marguerite. Les deux chantent souvent ensemble et ont la m\u00eame fa\u00e7on d\u2019aborder cette partition : avec beaucoup de nuances, une vraie jeunesse dans la voix\u2026 mais le tout en italien \u00e0 la Scala!<\/p>\n<div id=\"attachment_2993\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Jean-Baptiste_Faure_Premiere_Opera_de_Paris.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2993\" class=\"wp-image-2993\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Jean-Baptiste_Faure_Premiere_Opera_de_Paris-184x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"407\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Jean-Baptiste_Faure_Premiere_Opera_de_Paris-184x300.jpg 184w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Jean-Baptiste_Faure_Premiere_Opera_de_Paris.jpg 583w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2993\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Baptiste Faure dans le r\u00f4le de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s en 1869 lors de la cr\u00e9ation Salle le Peletier<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es soixante-dix, on d\u00e9couvre la premi\u00e8re version vid\u00e9o int\u00e9ressante avec le spectacle film\u00e9 en 1973 \u00e0 Tokyo. La captation est assez mauvaise, la mise en sc\u00e8ne peu agr\u00e9able \u00e0 regarder\u2026 mais la partition est presque compl\u00e8te et la distribution folle. <strong>Nicolai Ghiaurov<\/strong> continue \u00e0 polir son M\u00e9phisto pour trouver toujours plus de mordant et de rebond, <strong>Alfredo Kraus<\/strong> offre toute sa distinction \u00e0 un Faust ardant et <strong>Renata Scotto<\/strong> se lance \u00e0 corps perdu dans Marguerite, en faisant presque un personnage poss\u00e9d\u00e9. Seul t\u00e9moignage de la mythique production de Lavelli, une vid\u00e9o existe de cette premi\u00e8re reprise de la production cr\u00e9\u00e9e en juin 1975 et ici capt\u00e9e en avril 1976. <strong>Mirella Freni<\/strong> est de nouveau Marguerite pour notre plus grand plaisir, <strong>Nicolai Gedda<\/strong> conserve un style inimitable malgr\u00e9 un timbre moins agr\u00e9able que vingt ans auparavant et <strong>Roger Soyer<\/strong> offre un diable dandy parfaitement en phase avec la production. En 1976 toujours, <strong>Alain Lombard<\/strong> enregistre une version studio avec en t\u00eate d\u2019affiche <strong>Montserrat Caball\u00e9<\/strong>\u2026 mais malheureusement, le rendu n\u2019est pas \u00e0 la hauteur du nom : mollesse de la ligne, diction absente\u2026 et si <strong>Giacomo Aragall<\/strong> se sort avec honneur de Faust, <strong>Paul Plishka<\/strong> fait bien p\u00e2le figure en diable alors que la direction semble endormie sur le pupitre. Grand spectacle en 1977 \u00e0 La Scala de Milan o\u00f9 on retrouve <strong>George Pr\u00eatre<\/strong> cette fois dans une version fran\u00e7aise avec <strong>Mirella Freni<\/strong> (fr\u00e9missante Marguerite), <strong>Alfredo Kraus<\/strong> (Faust toujours aussi splendide de style!) et <strong>Nicolai Ghiaurov<\/strong> qui arrive \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9quilibre entre beaut\u00e9 de la voix et mordant du personnage. L\u2019ann\u00e9e suivante, <strong>George Pr\u00eatre<\/strong> retrouvera deux de ces chanteurs en studio, en rempla\u00e7ant Kraus par <strong>Placido Domingo<\/strong>\u2026 et ce sera sans doute l\u2019une des plus grandes d\u00e9ceptions tant tout semble \u00e9teint dans ce studio. La direction manque de la vie insuffl\u00e9e \u00e0 Milan, Domingo n\u2019a pas grand chose de Faust, <strong>Ghiaurov<\/strong> est dans de mauvais jours\u2026 reste <strong>Freni<\/strong> mais qui n&rsquo;atteint pas la spontan\u00e9it\u00e9 du direct pour \u00e9mouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de choses passionnantes dans les ann\u00e9es quatre-vingt malgr\u00e9 une assez bonne surprise pour l\u2019int\u00e9grale studio de <strong>Sir Colin Davis<\/strong> o\u00f9 l\u2019orchestre est magnifique d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Mais les chanteurs ne sont pas les plus passionnants avec une <strong>Kiri Te Kanawa<\/strong> sophistiqu\u00e9e mais peu impliqu\u00e9e, un <strong>Francisco Araiza<\/strong> l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 la peine et un <strong>Yevgeny Nesterenko<\/strong> qui joue au diable plus qu\u2019il ne chante M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. Heureusement, les ann\u00e9es quatre-vingt-dix seront mieux servies avec deux superbes int\u00e9grables studios. Bien s\u00fbr l\u2019incontournable version dirig\u00e9e par <strong>Michel Plasson<\/strong> (1991) qui fait intervenir de jeunes chanteurs principalement am\u00e9ricains mais au style s\u00fbr. <strong>Cheryl Studer<\/strong> irradie en Marguerite virginale, <strong>Richard Leech<\/strong> sait parfaitement assumer la d\u00e9licatesse de Faust et <strong>Jos\u00e9 van Dam<\/strong> est un diable d\u2019une extr\u00eame intelligence. Partition dirig\u00e9e de main de ma\u00eetre par Plasson qui en donne une lecture d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9e, vive et dramatique. De plus, de nombreux appendices sont r\u00e9unis \u00e0 la fin du dernier disque. Deux ans plus tard, <strong>Carlo Rizzi<\/strong> enregistre lui aussi un int\u00e9grale plus que compl\u00e8te (avec m\u00eame quelques passages absents de la version Plasson!) mais avec une distribution peut-\u00eatre moins en style mais aussi plus dramatique et lyrique. <strong>Cecilia Gasdia<\/strong> offre une Marguerite cisel\u00e9e et s\u00e9duisante, <strong>Jerry Hadley<\/strong> est un petit peu plus dramatique que Leech et <strong>Samuel Ramey<\/strong> offre une autre grande incarnation diabolique comme il en a le secret! On pourra aussi retenir la vid\u00e9o superbe (mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen de 1995) avec le m\u00eame Samuel Ramey, superbement accompagn\u00e9 par Giuseppe Sabbattini et Deborah Riedel).<\/p>\n<div id=\"attachment_2989\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2989\" class=\"wp-image-2989\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris-300x232.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"387\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris-300x232.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris-1024x793.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris-768x595.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_acte1_decor_Cambon_premiere_opera_de_paris.jpg 1227w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2989\" class=\"wp-caption-text\">D\u00e9cor du premier acte par Charles-Antoine Cambon en 1859.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La passage au nouveau si\u00e8cle ne verra que peu de nouveaut\u00e9s. On notera le DVD de Londres enregistr\u00e9 en 2004 avec <strong>Antonio Pappano<\/strong> \u00e0 la baguette avec <strong>Roberto Alagna<\/strong>, <strong>Angela Gheorghiu<\/strong> et <strong>Bryn Terfel<\/strong>. Difficile pour moi d\u2019avoir un avis objectif tant la mise en sc\u00e8ne de David McVicar m\u2019a brouill\u00e9 l\u2019\u00e9coute. Mais Roberto Alagna semble moins ais\u00e9 qu&rsquo;auparavant et plus v\u00e9riste que ne le voudrait le r\u00e9pertoire. Gheorghiu reste magnifique de timbre et conna\u00eet parfaitement elle aussi le r\u00f4le qu\u2019elle chante avec beaucoup de m\u00e9tier et d\u2019intelligence. Reste Bryn Terfel qui confond le diable de M\u00e9phisto avec un diable de film d\u2019horreur, brisant la ligne usant et abusant d\u2019effets plus de de mauvais go\u00fbt\u2026 Et puis bien s\u00fbr l\u2019enregistrement r\u00e9alis\u00e9 par <strong>Christophe Rousset<\/strong> en 2018 qui revient \u00e0 une version proche de 1859 (et pour cela, il faut aller lire le <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1917\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">retour du concert<\/a>) pour avoir une id\u00e9e de la distribution et de l\u2019\u00e9tat de la partition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, quels seront les choix pour cet article (d\u00e9j\u00e0 fort long!)? La logique serait de prendre d\u00e9j\u00e0 les \u201cgrands\u201d studios : Cluytens, Bonynge, Pr\u00eatre, Plasson\u2026 Mais voil\u00e0, si Cluytens 1953 et Plasson sont en effet magnifiques et int\u00e9ressants, Bonynge reste tout de m\u00eame assez hors style pour moi, et Pr\u00eatre en studio est affreusement triste par rapport aux t\u00e9moignages en direct de l\u2019\u00e9poque. Aussi, pour les remplacer, ce sera Rizzi en studio et une captation en direct de Pr\u00eatre en 1977!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourra commencer par la qualit\u00e9 technique des enregistrements. Forc\u00e9ment se d\u00e9gagent les versions <strong>Plasson<\/strong> et <strong>Rizzi<\/strong> : les deux prises de sons modernes sont assez proches et r\u00e9alistes avec peut-\u00eatre un peu plus de r\u00e9verb\u00e9ration chez Rizzi. Mais dans les deux cas il y a un grand confort d\u2019\u00e9coute. Pour <strong>Cluytens<\/strong>, la technique de 1953 accuse son \u00e2ge et ce n\u2019est m\u00eame pas \u00e0 cause du son mono. Tout sonne un peu gris et manque de nettet\u00e9. L\u2019orchestre surtout est l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re et les voix prennent plus de place mais les timbres sont un peu \u00e9maci\u00e9s par rapport \u00e0 d\u2019autres enregistrements de la m\u00eame \u00e9poque. Enfin, la captation en direct de 1977 avec <strong>Pr\u00eatre<\/strong> souffre d\u2019une prise de son lointaine, d\u2019un souffle constant. On a connu des enregistrements plus propres et plus anciens. Mais il reste totalement \u00e9coutable si l\u2019on accepte ce manque de confort.<\/p>\n<div id=\"attachment_2997\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2997\" class=\"wp-image-2997\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869-300x196.jpeg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869-300x196.jpeg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869-1024x669.jpeg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869-768x502.jpeg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_esquisse_decor_acte1_Chaperon_Philippe1869.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2997\" class=\"wp-caption-text\">Esquisse de d\u00e9cor pour l&rsquo;acte I par Philippe Chaperon pour la cr\u00e9ation de 1869 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la partition, la moins compl\u00e8te est aussi la plus ancienne. En 1953, la sc\u00e8ne de la chambre de Marguerite \u00e9tait rarement donn\u00e9e ou enregistr\u00e9e. Elle est ici totalement absente. Par contre, le ballet du quatri\u00e8me acte est bien int\u00e9gr\u00e9 dans la continuit\u00e9 de l\u2019ouvrage. En 1977, George Pr\u00eatre r\u00e9tablit une partie de la sc\u00e8ne de la chambre avec l\u2019air de Marguerite rarement donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque.Le sc\u00e8ne de Walpurgis est ici compl\u00e8te, mais on notera l\u2019insertion du \u201cQue ton ivresse\u2026\u201d de M\u00e9phisto juste avant le dernier mouvement du ballet. Mais nous avons tout de m\u00eame un grand travail r\u00e9alis\u00e9 ici puisque d\u2019autres versions plus tardives dirig\u00e9es par le m\u00eame George Pr\u00eatre montrent plus de coupures dans la partition. Michel Plasson semble \u00eatre la version standard avec la sc\u00e8ne de la chambre compl\u00e8te et bien s\u00fbr la sc\u00e8ne de Walpurgis sans ballet mais avec les couplets bachiques. Et de nombreux morceaux en plus sont pr\u00e9sent apr\u00e8s : le ballet, le trio entre Wagner, Faust et Siebel qui devait ouvrir l\u2019ouvrage, le duo entre Marguerite et Valentin (qui a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 pour m\u00e9nager l\u2019entr\u00e9e irr\u00e9elle qui est actuellement habituelle), une chanson alternative du Veau d\u2019Or et une petite sc\u00e8ne entre Siebel, Marthe et M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. Enfin, \u00e9trangement Carlo Rizzi introduit encore plus d\u2019\u00e9l\u00e9ments rares dans la partition avec d\u00e9j\u00e0 des m\u00e9lodrames s\u00fbrement h\u00e9rit\u00e9s de la version originale (lors du duel entre Faust et Valentin par exemple), mais aussi une version plus longue de la sc\u00e8ne de Walpurgis avec entre autre le ch\u0153ur aussi int\u00e9gr\u00e9 par Rousset \u201cUn, deux et trois\u201d, des couplets d\u00e9volus \u00e0 M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s (mais du coup pas de couplets bachiques qui est report\u00e9 en fin de disque). Autre ajout dans la sc\u00e8ne finale allong\u00e9e dans le dialogue entre Faust et Marguerite :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERITE :<br \/>\nC\u2019est toi, l\u2019enfer, la mort ne me font plus peur<br \/>\nTu m\u2019as retrouv\u00e9e, tu m\u2019as sauv\u00e9e, je suis sur ton c\u0153ur<br \/>\nOu sont les tortures, les fers les injures, la honte, l\u2019effroi<br \/>\nTout a disparu, te voil\u00e0, c\u2019est toi<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suivi d\u2019une reprise \u201cOui, c\u2019est moi je t\u2019aime\u2026\u201d avec des lignes l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes pour Faust montrant son impatience.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERITE :<br \/>\nTous les rossignols amoureux<br \/>\nM\u00ealaient pour moi leur douce voix<br \/>\naussi pure que mon c\u0153ur \u00e0 moi (?)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FAUST :<br \/>\nOui mon c\u0153ur se souvient mais suis moi l\u2019heure passe<br \/>\nViens, viens, quittons ces lieux<br \/>\nH\u00e2tons nous le temps presse<br \/>\nL\u2019aube blanchi les cieux<br \/>\nEt l&rsquo;\u00e9chafaud se dresse<br \/>\nVoici l\u2019horrible instant<br \/>\nTu peux encore me suivre<br \/>\nFuis la mort qui t\u2019attend<br \/>\nMarguerite! Il faut vivre!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERITE :<br \/>\nVoici l\u2019horrible instant<br \/>\nje ne veux pas te suivre<br \/>\nL\u2019amour m\u2019attend<br \/>\nH\u00e9las toi seul tu dois vivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FAUST :<br \/>\nOh nuit d\u2019\u00e9pouvante!<br \/>\nTais-toi, tais-toi, je ne veux pas que l\u2019arr\u00eat s\u2019accomplisse<br \/>\nJe t\u2019emporterai dans mes bras pour t\u2019arracher au supplice!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARGUERITE :<br \/>\nNon, la mort m\u2019attends, Oh dieu je ne veux pas te suivre!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y voit que Marguerite n\u2019est pas juste terroris\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, mais est bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 mourir pour achever sa vie. La version traditionnelle nous la montre peureuse et ne voulant pas suivre le diable. Cette version nous la montre consciente de sa faute et pr\u00eate \u00e0 mourir. Et m\u00eame dans le final, un petit dialogue montrant encore une fois Marguerite consciente qu\u2019elle joue son \u00e2me dans cette fervente pri\u00e8re vers Dieu (\u201cPar toi que je sois pr\u00e9serv\u00e9e!\u201d). La fin du disque nous permet aussi de d\u00e9couvrir un autre air alternatif de Siebel ainsi que le ballet.<\/p>\n<div id=\"attachment_2996\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2996\" class=\"wp-image-2996\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden-300x258.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"430\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden-300x258.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden-1024x881.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden-768x660.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte1_1864_Covent_Garden.jpg 1364w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2996\" class=\"wp-caption-text\">D\u00e9cor du premier acte en 1864 au Covent Garden avec Baptiste Faure (M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s) et Giovanni Mario (Faust).<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un point de vue style, bien s\u00fbr il faut avouer que les grands triomphateurs sont les orchestre locaux avec un <strong>Cluytens<\/strong> splendide de nuances et de respect, qui peut compter une troupe de chanteurs de l\u2019Op\u00e9ra de Paris \u00e0 la diction parfaite et sachant parfaitement chanter le fran\u00e7ais. Ils ont l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par l\u2019habitude de ce r\u00e9pertoire. Il faut bien s\u00fbr \u00e9viter de prendre Boris Christoff dans cet ensemble. De m\u00eame, <strong>Michel Plasson<\/strong> dirige avec un retour \u00e0 ce style, une simplicit\u00e9 qui convient parfaitement \u00e0 Gounod. Et tout semble tellement logique et clair, avec un ensemble de chanteurs parfaits tant dans le style que la diction. On a ici une distribution majoritairement issue de la nouvelle \u00e9cole de chant am\u00e9ricaine, sachant parfaitement s\u2019adapter au r\u00e9pertoire. Et les quelques francophones sont eux aussi parfaits car dans leur r\u00e9pertoire de pr\u00e9dilection. Les deux autres versions (<strong>Pr\u00eatre<\/strong> en direct et <strong>Rizzi<\/strong>) se montrent l\u00e9g\u00e8rement moins parfaites sur ce plan avec des dictions parfois hasardeuses (mais pas forc\u00e9ment mauvaises) et une volont\u00e9 de montrer plus de grand spectacle. Nous sommes pas loin ici du grand op\u00e9ra (mais moins tout de m\u00eame que ce que pouvait proposer Bonynge). Mais dans tous les cas, il n\u2019y a pas vraiment de faute de go\u00fbt ici (sauf une, qui sera bien s\u00fbr d\u00e9taill\u00e9e plus loin).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour rester \u00e0 la direction, il faut bien avouer que la conception de <strong>Michel Plasson<\/strong> est assez parfaite. Il sait parfaitement faire vivre l\u2019orchestre, lui donner un souffle discret mais efficace qui enl\u00e8ve la partition d\u2019un c\u00f4t\u00e9 trop sucr\u00e9 que certains peuvent lui donner. Les forces de l\u2019Op\u00e9ra de Toulouse sont \u00e0 leur apog\u00e9e ici et on entend toute la beaut\u00e9 de ces cordes, la d\u00e9licatesse de la petite harmonie. Le ch\u0153ur est lui aussi d\u2019une nettet\u00e9 parfaite, renforc\u00e9s par les Ch\u0153urs de l\u2019Arm\u00e9e Fran\u00e7aise qui sonnent bien s\u00fbr particuli\u00e8rement en place dans le \u201cGloire immortelle de nos a\u00efeux\u201d! <strong>Andr\u00e9 Cluytens<\/strong> se montre encore plus d\u00e9licat, portant encore plus l\u2019ouvrage vers l\u2019op\u00e9ra de demi-caract\u00e8re. Mais malheureusement la prise de son fait que l\u2019orchestre reste un peu en retrait. Du coup difficile de toujours suivre tous les d\u00e9tails de sa direction. Mais l\u2019Orchestre National de l\u2019Op\u00e9ra de Paris est superbe. On pourra par contre trouver un ch\u0153ur plus pr\u00e9cis dans sa mise en place. <strong>George Pr\u00eatre<\/strong> au contraire de Cluytens est beaucoup plus dynamique mais aussi moins mis en place. L\u2019orchestre de La Scala semble suivre une battue \u00e9nergique et vive, mais pas forc\u00e9ment savoir exactement ce qui se passe quelques mesures plus tard. Bien s\u00fbr nous sommes sur le vif et il n\u2019y a pas le fini du studio\u2026 mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 on trouve aussi une tension et une \u00e9nergie propre au direct. Et le chef sait comment diriger cette \u0153uvre qu\u2019il conna\u00eet depuis de nombreuses ann\u00e9es et qu\u2019il gravera l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 Paris. On restera assez circonspect sur le ch\u0153ur qui non seulement n\u2019est pas vraiment compr\u00e9hensible, mais en plus manque cruellement de mise en place. Enfin, <strong>Carlo Rizzi<\/strong> nous donne une lecture qui se tourne vers le grand op\u00e9ra l\u00e0 aussi, accentuant le dramatisme, les effets d\u2019orchestre\u2026 La partition est clairement mise en avant, pour en montrer tous les rebonds et les moments forts. Mais il lui manquerait peut-\u00eatre un petit peu de recueillement par moments, de repos. On notera une diction acceptable chez le ch\u0153ur du Welsh National Opera. Finalement, aucune grosse faute de go\u00fbt\u2026 Michel Plasson semble \u00eatre la version parfaite si l\u2019on peut dire\u2026 mais on pourra aussi par moment chercher vers des directions plus surprenantes comme celle de Rizzi. Et puis pour la grande tradition Cluytens\u2026 alors que Pr\u00eatre nous donne une \u00e9nergie propre au direct. Malgr\u00e9 les soucis des uns ou des autres (sauf Plasson!), difficile de choisir. Aussi parce que la perfection peut \u00eatre un petit peu lassante parfois!<\/p>\n<div id=\"attachment_2999\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte4_scene3_Cambon_Paris_1875.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2999\" class=\"wp-image-2999\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte4_scene3_Cambon_Paris_1875-257x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte4_scene3_Cambon_Paris_1875-257x300.jpg 257w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Faust_Acte4_scene3_Cambon_Paris_1875.jpg 487w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2999\" class=\"wp-caption-text\">D\u00e9cor de l&rsquo;acte III sc\u00e8ne 3 (l&rsquo;\u00e9glise) par Charles-Antoine Cambon en 1875 \u00e0 Paris.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est des petits r\u00f4les, difficile pour George Pr\u00eatre de tenir la comparaison avec les autres enregistrements. Wagner, Siebel et Marthe ne sont pas indignes, mais difficile de comprendre tout ce qui est chant\u00e9\u2026 et on sent que le r\u00e9pertoire n\u2019est pas particuli\u00e8rement familier. Et pour Valentin, la pr\u00e9sence de <strong>Piero Cappuccilli<\/strong> surprend. Il sait parfaitement rendre la froideur et la violence du personnage mais peine aussi \u00e0 \u00eatre en place r\u00e9guli\u00e8rement, chantant de plus dans un style un peu trop d\u00e9monstratif. Cluytens \u00e0 l\u2019avantage de pouvoir se reposer sur une troupe riche en voix et en personnalit\u00e9s. Il va donc y puiser pour trouver des grands habitu\u00e9s des r\u00f4les. <strong>Robert Jeantet<\/strong> est un bon Wagner, mais on monte \u00e0 la gamme au dessus pour la splendide Dame Marthe de <strong>Solange Michel<\/strong> (grande mezzo en pleine possession de ses moyens), pour le Siebel radieux et l\u00e9ger de <strong>Martha Angelici<\/strong> (on trouve rarement un soprano aussi beau dans ce r\u00f4le plut\u00f4t distribu\u00e9 \u00e0 un mezzo en g\u00e9n\u00e9ral) et bien s\u00fbr <strong>Jean Borthayre<\/strong> qui donne \u00e0 Valentin une stature rare. Le baryton sait en effet offrir une grande noblesse avec son timbre de bronze mais aussi une sorte de cruaut\u00e9 alors qu\u2019il juge sa s\u0153ur. Il est assez admirable! Michel Plasson ne peut plus profiter d\u2019un tel vivier, mais son habitude et sa connaissance du r\u00e9pertoire lui permettent de choisir avec discernement! Ainsi, <strong>Marc Barrard<\/strong> est luxueux pour l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Wagner. <strong>Nadine Denize<\/strong> semble taill\u00e9e pour Dame Marthe, sachant trouver le juste ton entre la solennit\u00e9 (venant du r\u00e9pertoire qu\u2019elle a interpr\u00e9t\u00e9 pendant des ann\u00e9es) et le ridicule avec un timbre superbe. <strong>Martine Mah\u00e9<\/strong> campe un Siebel juv\u00e9nile et piquant, \u00e0 la na\u00efvet\u00e9 touchante (quelques ann\u00e9es plus tard elle chantera Dame Marthe \u00e0 Bastille). Enfin, <strong>Thomas Hampson<\/strong> trouve en Valentin un r\u00f4le qui lui convient parfaitement d\u2019un point de vue tessiture et caract\u00e8re. Peut-\u00eatre plus gentil que certains autres, il a tout de m\u00eame cette raideur et ce brillant qui montrent parfaitement les deux faces de ce fr\u00e8re trop parfait. Rizzi est un petit peu plus exotique avec surtout une d\u00e9ception pour <strong>Alexandru Agache<\/strong> qui donne un Valentin assez p\u00e2teux et peu agr\u00e9able d\u00e8s le d\u00e9but. Au contraire, <strong>Philippe Fourcade<\/strong> est un Wagner parfait. <strong>Brigitte Fassbaender<\/strong> a peu chant\u00e9 ce genre de r\u00f4le, mais comme Nadine Denize, sa fr\u00e9quentation de grands r\u00f4les lui donne une ironie tr\u00e8s bienvenue. Enfin, il faut saluer le tr\u00e8s beau Siebel de <strong>Susanne Mentzer<\/strong> au timbre chaud et vibrant. Donc difficile de faire de la concurrence aux deux versions fran\u00e7aises o\u00f9 les petits r\u00f4les sont admirables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en arrive au trio de t\u00eate avec pour commencer le diable, M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s. En 1953 avec Andr\u00e9 Cluytens, nous avons droit \u00e0 <strong>Boris Christoff<\/strong> (qui chantera encore le r\u00f4le dans l\u2019enregistrement en st\u00e9r\u00e9o de 1958). C\u2019est malheureusement pour moi la grande erreur dans cet enregistrement. D\u00e9j\u00e0 d\u2019un point de vue style il tranche beaucoup trop avec les autres chanteurs. Alors que tous sont l\u00e9g\u00e8rement corset\u00e9s et dans un style fran\u00e7ais un petit peu \u00e0 l\u2019ancienne, le chanteur bulgare semble au contraire vouloir jouer \u00e0 l\u2019ogre toute voix dehors avec des effets d\u2019un go\u00fbt tr\u00e8s discutable. La diction est \u00e0 l\u2019avenant\u2026 Le diable est l\u00e0 oui, mais pas le diable de Gounod. On est tr\u00e8s loin du M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s dandy qui joue avec Faust, qui s\u2019amuse avec lui pour arriver \u00e0 ses fins. Tout est trop gras, trop large et pas assez spirituel! Autre bulgare, <strong>Nicolai Ghiaurov<\/strong> pourrait jouer sur le m\u00eame tableau mais il n\u2019en fait rien. Certes dans les t\u00e9moignages les plus anciens nous ne sommes pas si loin de l\u2019ogre (mais sans les effets assez vulgaires), mais en 1977 il a su patiner son interpr\u00e9tation. On conserve une grande voix large, mais il sait particuli\u00e8rement nuancer, jouer avec un texte un peu machon\u00e9 mais compr\u00e9hensible. Le dandy est l\u00e0, s\u2019amusant tout au long de l\u2019ouvrage, sachant par moment montrer sa noirceur (la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9glise bien s\u00fbr) mais aussi son humour carnassier. Sans doute sa meilleure interpr\u00e9tation de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s enregistr\u00e9e au disque. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 se trouve <strong>Jos\u00e9 Van Dam<\/strong>. La baryton-basse n\u2019a pas les m\u00eames capacit\u00e9s vocales, mais il a pour lui un art du chant fran\u00e7ais parfait. Son M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s est du coup beaucoup plus humain \u00e0 bien des moments. Moins immense ombre grima\u00e7ante, il est plus intellectuel, plus fin mais aussi du coup moins impressionnant. Le timbre est aussi moins large et plus clair. Il se coule peut-\u00eatre plus dans la tradition des diables fins comme pouvait l\u2019\u00eatre par exemple Roger Soyer, mais il lui manque un petit peu de carrure pour vraiment s\u2019imposer d\u00e9finitivement, malgr\u00e9 un travail et une composition impressionnante. Enfin, <strong>Samuel Ramey<\/strong> semble particuli\u00e8rement chez lui dans ce r\u00f4le. La basse chantait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de nombreux diables, que ce soit les M\u00e9phisto de Berlioz ou Bo\u00efto\u2026 mais aussi Bertram chez Meyerbeer! Il poss\u00e8de alors les moyens parfaits, l\u2019aisance du fran\u00e7ais et la beaut\u00e9 du timbre. On ne sait que louer chez lui tant la composition est naturelle et belle. Carnassier ou impressionnant, il sait doser et cr\u00e9er des contrastes. Une tr\u00e8s grande prestation! En r\u00e9sum\u00e9, si Christoff est pour moi disqualifi\u00e9 imm\u00e9diatement, si Van Dam manque un peu de carrure\u2026 difficile de d\u00e9partager Ghiaurov et Ramey tant ces deux diables sont impressionnants et intelligents. Deux timbres bien diff\u00e9rents, deux approches du chant diff\u00e9rentes aussi\u2026 mais un m\u00eame r\u00e9sultat : des diables qui savent non seulement faire peur, mais aussi sourire!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Venons en maintenant \u00e0 Marguerite. Et l\u00e0 la comp\u00e9tition est compliqu\u00e9e car des quatre retenues, aucune n\u2019a de gros point faible mais proposent des personnages musicaux assez diff\u00e9rents. <strong>Victoria de Los Angeles<\/strong> chez Cluytens nous montre une Marguerite d\u00e9licate, timide et un petit peu affect\u00e9e, mais offre un chant d\u2019un raffinement superbe, une f\u00e9minit\u00e9 magnifique. Bien s\u00fbr il lui manque un peu du fr\u00e9missement de la jeune femme d\u00e9couvrant l\u2019amour, mais on reste admiratif devant tant d\u2019art! Et quelle magnifique diction! En 1977, <strong>Mirella Freni<\/strong> trouve justement ce fr\u00e9missement qui manque un peu \u00e0 sa devanci\u00e8re. La prononciation est un petit peu moins bonne, mais le personnage aussi plus imm\u00e9diat et jeune. Encore \u00e0 la bascule entre les r\u00f4les purement lyriques qu\u2019elle chante depuis plus de vingt ans et les r\u00f4les plus lourds qu\u2019elle abordera dans les ann\u00e9es quatre-vingt, la voix conserve cette rondeur et ce petit grelot magnifique, sans que le vibrato ne soit trop prononc\u00e9. Le chant est admirable, depuis les grandes envol\u00e9es lyriques du final jusqu\u2019\u00e0 la retenue de son apparition. On trouve ici un portrait construit sur de nombreuses ann\u00e9es et qui arrive \u00e0 son apog\u00e9e. <strong>Cheryl Studer<\/strong> est assez \u00e9trange car il n\u2019y a strictement rien \u00e0 lui reprocher tant elle offre tout pour une grande Marguerite : nuances, couleurs, aisance, diction\u2026 tout est l\u00e0\u2026 mais il n\u2019emp\u00eache qu\u2019il lui manque un petit quelque chose de plus dramatique, de moins uniquement parfait. Dr\u00f4le de reproche certes, mais c\u2019est comme si nous \u00e9tions devant une image sainte parfaite sans faille\u2026 Elle reste splendide et tout ceci n\u2019est qu\u2019une simple pr\u00e9f\u00e9rence personnelle. Enfin, <strong>Cecilia Gasdia<\/strong> chez Rizzi se montre une grande musicienne, donnant un portrait un petit peu plus mature de la jeune fille avec aussi une diction moins bonne. Mais la voix lyrique s\u2019envole glorieusement et ici si tout n\u2019est pas parfait, il se passe quelque chose dans le portrait dessin\u00e9 avec emportement et passion. Et puis il faut saluer une technique assez impressionnante. Elle sera la seule des quatre par exemple \u00e0 donner un vrai trille dans l\u2019air des bijoux! Quatre conceptions donc de Marguerite, quatre portraits diff\u00e9rents\u2026 mais chacune est passionnante. Apr\u00e8s forc\u00e9ment s\u2019il ne fallait en choisir qu\u2019une, mon c\u0153ur irait vers Mirella Freni mais c\u2019est ici <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2495\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l\u2019admirateur sans r\u00e9serve<\/a> qui parle!<\/p>\n<div id=\"attachment_3000\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_esquissse_acte5.1_Joseph_Thierry_1859.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3000\" class=\"wp-image-3000\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_esquissse_acte5.1_Joseph_Thierry_1859-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_esquissse_acte5.1_Joseph_Thierry_1859-300x227.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_esquissse_acte5.1_Joseph_Thierry_1859.jpg 606w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3000\" class=\"wp-caption-text\">Esquisse du d\u00e9cor pour le premier tableau de l&rsquo;acte V (la chevauch\u00e9e de Faust et M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s) en 1859 par Joseph Thierry.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin voil\u00e0 le r\u00f4le titre\u2026 Et l\u00e0 encore, difficile de choisir\u2026 et peut-\u00eatre m\u00eame encore plus que pour Marguerite. <strong>Nicolai Gedda<\/strong> est ici lumineux dans sa prime jeunesse en 1953. Timbre superbe, \u00e9l\u00e9gance du phras\u00e9, diction parfaite\u2026 son Faust est jeune, brillant et tendre tout en sachant donner de la voix quand il faut. Il sera par la suite moins beau mais tout aussi parfait vocalement. Une composition assez parfaite et qui touche par l\u2019art du t\u00e9nor su\u00e9dois! <strong>Alfredo Kraus<\/strong> en 1977 n\u2019a pas cette jeunesse mais il a au contraire un petit quelque chose d\u2019ancien jeune qui va finalement si bien \u00e0 Faust. Le t\u00e9nor espagnol chante depuis plus de vingt-cinq ans et le timbre s\u2019est un peu raidi. Mais sinon la technique est toujours admirable et permet toutes les nuances pour un homme moins na\u00eff et peut-\u00eatre un peu plus sanguin. Le timbre certes n\u2019est pas le plus beau. Mais lorsqu\u2019on y est habitu\u00e9, on admire l\u2019aisance et la personnalit\u00e9. <strong>Richard Leech<\/strong> chez Plasson se montre d\u2019une d\u00e9licatesse impressionnante. Moins \u00e0 l\u2019aise dans les passages tendus, il offre un amoureux transi mais romantique. Le timbre un peu blanc se marie parfaitement avec celui cristallin de Studer mais il est plus imm\u00e9diatement prenant dramatiquement que celui de la soprano. Une prestation parfaite d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre avec un timbre parfait pour ce r\u00e9pertoire. <strong>Jerry Hadley<\/strong> est un peu dans la m\u00eame lign\u00e9e mais avec un chant l\u00e9g\u00e8rement plus puissant si l\u2019on peut dire. Beaucoup plus lyrique que demi-caract\u00e8re, il sait tout de m\u00eame \u00e9viter les grands \u00e9panchements et rester dans un style d\u00e9licat. La diction est par contre tr\u00e8s bonne et on sent tout le travail effectu\u00e9 par le t\u00e9nor pour ce r\u00f4le tant il le soigne et le nuance. Alors que choisir\u2026 Difficile entre Gedda et Leech. Nul doute qu\u2019avec les moyens techniques d\u2019aujourd\u2019hui, Gedda serait encore plus solaire\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc un commentaire sur ces quatre versions de <em>Faust<\/em>. Bien s\u00fbr, rien que le choix est totalement partial et montre d\u00e9j\u00e0 des attentes sp\u00e9cifiques personnelles. Mais ici chacune sait me toucher et montrer une couleur l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente pour cet op\u00e9ra si souvent enregistr\u00e9 et parfois de bien mauvaise mani\u00e8re. Andr\u00e9 Cluytens nous montre la grande tradition fran\u00e7aise du milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle avec sa d\u00e9licatesse mais aussi cette retenue qui peut laisser de marbre. George Pr\u00eatre est beaucoup plus investi avec des chanteurs peut-\u00eatre moins parfaitement en style mais qui offrent des portraits tr\u00e8s fouill\u00e9s et passionnants (les trois r\u00f4les principaux sont des grands habitu\u00e9s de leurs r\u00f4les). Michel Plasson donne sans doute la version la plus parfaite mais qui \u00e0 ce jeu devient certains jours un peu lisse par manque de grand parti-pris. Et enfin Carlo Rizzi est une sorte de moyenne entre Plasson et Pr\u00eatre avec un style moins parfait que Plasson mais aussi une vie plus forte dans les personnages. Chacun fera son choix! Mais il semblait int\u00e9ressant de montrer que certes les grandes r\u00e9f\u00e9rences que sont Cluytens et Plasson restent majeures\u2026 mais en fouillant un peu on peut trouver de superbes alternatives qui ont aussi leurs charmes!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3001\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_cluytens_1953-300x255.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"170\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_cluytens_1953-300x255.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_cluytens_1953.jpg 535w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust, op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Faust, Nicolai Gedda ; Marguerite, Victoria De Los Angeles ; M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, Boris Christoff ; Valentin, Jean Borthayre ; Siebel, Martha Angelici ; Dame Marthe, Solange Michel ; Wagner, Robert Jeantet<\/li>\n<li>Ch\u0153ur National de l\u2019Op\u00e9ra de Paris<\/li>\n<li>Orchestre National de l\u2019Op\u00e9ra de Paris<\/li>\n<li>Andr\u00e9 Cluytens, direction<\/li>\n<li>3 CD EMI, PM 508. Enregistr\u00e9 Salle de la Mutualit\u00e9 \u00e0 Paris, du 30 avril au 5 juin 1953.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3003\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_pretre_1977-300x253.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_pretre_1977-300x253.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_pretre_1977.jpg 599w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust, op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Faust, Alfredo Kraus ; Marguerite, Mirella Freni ; M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, Nicolai Ghiaurov ; Valentin, Piero Cappuccilli ; Siebel, Elena Silio ; Dame Marthe, Anna Di Stasio ; Wagner, Alfredo Giacomotti<\/li>\n<li>Ch\u0153ur du Th\u00e9\u00e2tre de La Scala de Milan<\/li>\n<li>Orchestre du Th\u00e9\u00e2tre de La Scala de Milan<\/li>\n<li>George Pr\u00eatre, direction<\/li>\n<li>3 CD Myto, MCD 985.198. Enregistr\u00e9 en direct \u00e0 La Scala de Milan, le 4 mars 1977.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3002\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_plasson_1991-300x263.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"176\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_plasson_1991-300x263.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_plasson_1991.jpg 599w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust, op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Faust, Richard Leech ; Marguerite, Cheryl Studer ; M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, Jos\u00e9 Van Dam ; Valentin, Thomas Hampson ; Siebel, Martine Mah\u00e9 ; Dame Marthe, Nadine Denize ; Wagner, Marc Barrard<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l\u2019Arm\u00e9e Fran\u00e7aise<\/li>\n<li>Choeur du Capitole de Toulouse<\/li>\n<li>Orchestre du Capitole de Toulouse<\/li>\n<li>Michel Plasson, direction<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3004\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_rizzi_1993-300x249.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"166\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_rizzi_1993-300x249.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/faust_rizzi_1993.jpg 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust, op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Faust, Jerry Hadley ; Marguerite, Cecilia Gasdia ; M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, Samuel Ramey ; Valentin, Alexandru Agache ; Siebel, Susanne Mentzer ; Dame Marthe, Brigitte Fassbaender ; Wagner, Philippe Fourcade<\/li>\n<li>Welsh National Opera Chorus<\/li>\n<li>Welsh National Opera Orchestra<\/li>\n<li>Carlo Rizzi, direction<\/li>\n<li>3 CD Teldec, 7 4509-90872-2 7. Enregistr\u00e9 au Branwyn Hall de Swansea, en juillet 1993.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 les succ\u00e8s d\u2019estime, le nom de Gounod n\u2019est pas encore sur toutes les l\u00e8vres \u00e0 Paris et le compositeur a bien du mal \u00e0 vivre de sa musique. 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