{"id":2600,"date":"2020-06-11T12:55:12","date_gmt":"2020-06-11T10:55:12","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2600"},"modified":"2020-06-11T13:17:13","modified_gmt":"2020-06-11T11:17:13","slug":"amadis-dernier-opera-de-massenet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2600","title":{"rendered":"<i>Amadis<\/i>, dernier op\u00e9ra de Jules Massenet"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2600\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2602\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"388\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-232x300.jpg 232w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-791x1024.jpg 791w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-768x994.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-1187x1536.jpg 1187w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-1582x2048.jpg 1582w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Amadis_page_titre-scaled.jpg 1978w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00c0 la mort de Jules Massenet, trois op\u00e9ras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c\u2019est <em>Panurge<\/em> qui est cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre-Lyrique de la Ga\u00eet\u00e9. Suivra en 1914 <em>Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em> \u00e0 Monte-Carlo dont il a \u00e9t\u00e9 question dans un <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2543\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">article pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>. Puis il faudra attendre 1922 pour qu\u2019enfin le dernier op\u00e9ra de Jules Massenet soit cr\u00e9\u00e9. Ce sera l\u00e0 encore \u00e0 Monte-Carlo. On peut sans aucun doute penser que la premi\u00e8re guerre mondiale a coup\u00e9 la volont\u00e9 de cr\u00e9er ces op\u00e9ras, mais peut-\u00eatre aussi \u00e9tait-ce un manque de volont\u00e9 alors que le compositeur n\u2019\u00e9tait plus tr\u00e8s \u00e0 la mode. Toujours est-il qu\u2019enfin \u00e9tait donn\u00e9 au public <em>Amadis<\/em>, cet op\u00e9ra l\u00e9gendaire dont les d\u00e9buts de la composition dataient de 1889. On se doute que la descendance de Jules Massenet souhaitait pouvoir faire entendre cet ouvrage et en toucher les dividendes. Et contrairement \u00e0 <em>Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em>, il n\u2019y eu aucun souci pour la distribution de la cr\u00e9ation. Lucy Arbell \u00e9tait certes toujours pr\u00e9vue par le compositeur pour le r\u00f4le titre, mais la d\u00e9convenue juridique et les ann\u00e9es avaient semble-t-il fait renoncer la chanteuse (toujours en activit\u00e9, elle chante par exemple Dulcin\u00e9e dans <em>Don Quichotte<\/em> en 1924 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris) \u00e0 se battre pour faire respecter les derni\u00e8res volont\u00e9s de son vieux ma\u00eetre.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Op\u00e9ra-comique (<em>La Grand\u2019 Tante<\/em>, <em>Le Portrait de Manon<\/em>), Op\u00e9ra (<em>Le Roi de Lahore<\/em>, <em>H\u00e9rodiade<\/em>, <em>Manon<\/em>, <em>Le Cid<\/em>, <em>Le Mage<\/em>, <em>Tha\u00efs<\/em>, <em>Cendrillon<\/em>, <em>Ariane<\/em>, <em>Bacchus<\/em>, <em>Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em>), Op\u00e9ra romanesque (<em>Esclarmonde<\/em>), Drame lyrique (<em>Werther<\/em>), \u00c9pisode lyrique (<em>La Navarraise<\/em>), Pi\u00e8ce lyrique (<em>Sapho<\/em>), Conte lyrique (<em>Gris\u00e9lidis<\/em>), Miracle (<em>Le Jongleur de Notre-Dame<\/em>), Com\u00e9die chant\u00e9e (<em>Ch\u00e9rubin<\/em>), Drame musical (<em>Th\u00e9r\u00e8se<\/em>), Com\u00e9die h\u00e9ro\u00efque (<em>Don Quichotte<\/em>), Op\u00e9ra tragique (<em>Roma<\/em>), Haulte farce musicale (<em>Panurge<\/em>)\u2026 et enfin Op\u00e9ra l\u00e9gendaire pour <em>Amadis<\/em>. Voil\u00e0 beaucoup d\u2019imagination de la part de Jules Massenet pour nommer ses op\u00e9ras. Mais cette grande vari\u00e9t\u00e9 est assez repr\u00e9sentative des inspirations musicales du compositeur. En effet, tout au long de sa carri\u00e8re, il va faire \u00e9voluer son style, offrir des grandes trag\u00e9dies suivies d\u2019un com\u00e9die. Et les couleurs et le style vont eux aussi changer aussi vite. Comment comparer <em>Sapho<\/em> et <em>Cendrillon<\/em> par exemple qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 pourtant compos\u00e9s qu\u2019\u00e0 deux ans d\u2019intervalle ! Et l\u2019on passe d\u2019un op\u00e9ra presque naturaliste pour le premier \u00e0 un conte pour le second.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cet op\u00e9ra a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en dernier, il date pourtant de 1889 et a donc \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 juste <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2478\">apr\u00e8s<\/a> <em>Esclarmonde<\/em> et presque en m\u00eame temps que <em>Le Mage<\/em>. On ne sait pas exactement pourquoi Jules Massenet s\u2019est lanc\u00e9 dans cet op\u00e9ra puisqu\u2019a priori il n\u2019avait aucune commande contrairement \u00e0 l\u2019habitude. La partition semble \u00eatre termin\u00e9e en 1891 puisqu\u2019il pensait alors \u00e0 distribuer le r\u00f4le principal \u00e0 Jeanne Raunay qui cr\u00e9era par la suite Guilhen dans le <em>Fervaal<\/em> de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=612\">Vincent d\u2019Indy<\/a>. Mais cela ne se fit pas et il faudra attendre 1901 pour qu\u2019il y retouche\u2026 avant de la terminer l\u2019ann\u00e9e suivante. En 1910, il se remet au chevet d\u2019<em>Amadis<\/em> et remanie les sept-cents pages. Mais on se demande du coup comment l\u2019op\u00e9ra pouvait occuper autant de pages, sauf \u00e0 penser selon G\u00e9rard Cond\u00e9 qu\u2019il y avait environs deux cents pages pour la version piano-chant et le reste pour la version orchestr\u00e9e\u2026 ou alors que lors de cette r\u00e9vision de 1910, Massenet a r\u00e9duit \u00e9norm\u00e9ment la partition. C\u2019est par contre \u00e0 ce moment qu\u2019il compose le prologue si particulier. Malgr\u00e9 ses deux testaments de 1912 o\u00f9 il donnait le r\u00f4le titre \u00e0 Lucy Arbell, tel ne sera pas le cas lors de la cr\u00e9ation qui aura lieu dix ans plus tard. L\u2019ouvrage ne trouvera jamais son public avec seulement trois repr\u00e9sentation en 1922 \u00e0 Monte-Carlo ainsi qu\u2019une \u00e0 Bordeaux, une reprise en 1925 \u00e0 Gen\u00e8ve\u2026 et enfin la re-cr\u00e9ation en 1988 \u00e0 Saint-\u00c9tienne.<\/p>\n<div id=\"attachment_2606\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/op\u00e9ra_monte_carto.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2606\" class=\"wp-image-2606\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/op\u00e9ra_monte_carto-300x236.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/op\u00e9ra_monte_carto-300x236.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/op\u00e9ra_monte_carto-768x604.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/op\u00e9ra_monte_carto.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2606\" class=\"wp-caption-text\">Salle Garnier de l&rsquo;Op\u00e9ra de Monte-Carlo<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut avouer que la partition a de quoi \u00e9tonner d\u00e8s le d\u00e9but. L\u2019ouvrage s\u2019ouvre ainsi sur un premier acte en forme de prologue de plus de quinze minutes, construit sur le mode d\u2019un m\u00e9lodrame qui nous conte l\u2019histoire de la reine \u00c9lis\u00e8ne. Le compteur est un chasseur racontant aux plus jeunes la vieille l\u00e9gende de cette femme oblig\u00e9e de fuir son p\u00e8re. En effet, fille du roi de Bretagne, elle avait eu des enfants avec le roi de France, qui donc auraient pu par la suite unir le royaume breton \u00e0 son voisin. Et cela le p\u00e8re ne peut y penser. Il veut donc supprimer ses petits enfants et c\u2019est pour les sauver qu\u2019\u00c9lis\u00e8ne fuit dans la for\u00eat avec ses enfants. \u00c9puis\u00e9e, la m\u00e8re s\u2019effondre et une f\u00e9e lui annonce que ses deux jumeaux seront de grands et beaux h\u00e9ros, mais aussi rivaux en amour. Avant de mourir, elle accroche autour de leur cou la moiti\u00e9 d\u2019une m\u00eame pierre magique de Merlin pour qu\u2019ils puissent se reconna\u00eetre. Ce prologue poss\u00e8de bien s\u00fbr l\u2019originalit\u00e9 du principe du m\u00e9lodrame si cher \u00e0 Massenet qui l\u2019utilisa plusieurs fois dans ses compositions, mais la dimension est assez in\u00e9dite chez lui. Musicalement nous avons une composition tr\u00e8s descriptive des \u00e9motions d\u2019\u00c9lis\u00e8ne mais aussi des ambiances de la for\u00eat. L\u2019apparition de la f\u00e9e apporte une touche irr\u00e9elle et la musique s\u2019en trouve fortement modifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me acte nous emm\u00e8ne \u00e0 la cour du roi Raimbert dont le royaume subit les attaques pirates et cherche un chevalier non seulement pour mener ses arm\u00e9es, mais aussi pour lui succ\u00e9der en \u00e9pousant sa fille Floriane. Il convoque ainsi de nombreux chevaliers \u00e0 un tournoi pour qu\u2019ils puissent prouver leur vaillance. Galaor semble devoir l\u2019emporter \u00e9tant donn\u00e9 sa gloire, mais Floriane esp\u00e8re voir appara\u00eetre l\u2019\u00e9lu de son c\u0153ur, le preux Amadis de Gaule. Alors que le tournoi a commenc\u00e9, on entend le chevalier au cheveux blonds arriver au loin et d\u00e9fier Galaor, esp\u00e9rant remporter la main aim\u00e9e de Floriane. Mais il est d\u00e9fait et doit s\u2019\u00e9loigner, d\u00e9cidant de se retirer dans la pri\u00e8re puisque son \u00e9p\u00e9e a failli. Ce deuxi\u00e8me acte nous am\u00e8ne dans une ambiance totalement diff\u00e9rente du premier, beaucoup plus martiale et sonore, o\u00f9 les appels de cuivres r\u00e9sonnent pour montrer tout effervescence qui r\u00e8gne. Mais il y a aussi ce moment vraiment magnifiquement trait\u00e9 du tournoi ou plut\u00f4t que de nous montrer l\u2019action, ce sont Floriane et ses suivantes qui tremblent en regardant les chevaliers. On entre alors dans un cadre beaucoup plus intime que les grandes pompes qui pr\u00e9c\u00e8dent. L\u2019arriv\u00e9e triomphante d\u2019Amadis est apport\u00e9e par ses \u00ab\u00a0Gaule\u00a0\u00bb lanc\u00e9s depuis la coulisse avec vaillance mais aussi noblesse. Aucun air ici, mais juste des r\u00e9citatifs nobles et puissants chez Galaor et le roi, Floriane trouvant plus de d\u00e9licatesse et de lyrisme.<\/p>\n<div id=\"attachment_2603\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2603\" class=\"wp-image-2603\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules-224x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"335\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules-224x300.jpg 224w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules-765x1024.jpg 765w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules-768x1029.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/massenet_jules.jpg 1070w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2603\" class=\"wp-caption-text\">Jules Massenet<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Exil\u00e9 dans la Lande, Amadis prie, habill\u00e9 d\u2019une robe d\u2019ermite sur sa cuirasse. On retrouve une musique beaucoup plus po\u00e9tique et color\u00e9e dans ce troisi\u00e8me acte o\u00f9 le chevalier rencontre la f\u00e9e qui assista \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Elle le met en garde contre l\u2019amour qu\u2019il porte \u00e0 Floriane et cherche \u00e0 le conserver dans le monde des f\u00e9es en m\u00e9tamorphosant l\u2019aride lande en un paysage magique o\u00f9 dansent les f\u00e9es pour le s\u00e9duire. Mais au loin retentissent les lamentations de Floriane. \u00c0 cette voix l\u2019illusion se dissipe et des fils de la Vierge l\u2019emp\u00eachent de courir vers son amante. La f\u00e9e lui refuse ce d\u00e9part tant souhait\u00e9. S\u2019emparant d\u2019un lys, il le brandit comme une \u00e9p\u00e9e et d\u2019un signe de croix rompt ses entraves. Il s\u2019en va d\u00e9fier Galaor pour la main de son aim\u00e9e, malgr\u00e9 les sombres pr\u00e9sages des f\u00e9es qui ne peuvent que le laisser partir. Apr\u00e8s le c\u00f4t\u00e9 martial de l\u2019acte pr\u00e9c\u00e9dent, nous retournons ici dans la nature, dans la beaut\u00e9 sauvage et mystique de la Bretagne. L\u2019acte s\u2019ouvre d\u2019ailleurs sur ce qui se rapproche le plus d\u2019un air dans cet op\u00e9ra compos\u00e9 \u00e0 la Wagner du point de vue de la fluidit\u00e9 et du refus des num\u00e9ros. On retrouve aussi l\u2019emploi du m\u00e9lodrame avec l\u2019apparition de la F\u00e9e qui parle face au chant d\u2019Amadis et de Floriane. Pourtant, elle est toujours accompagn\u00e9e par un orchestre luxuriant o\u00f9 harpe et vents composent un orchestre vivant et color\u00e9. Cet acte est comme hors du temps par rapport ce qui l\u2019entoure et voil\u00e0 qui nous donne une vision beaucoup moins sobre d\u2019Amadis, on comprend alors qu\u2019il n\u2019est pas un simple chevalier, un c\u00f4t\u00e9 magique se d\u00e9gage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier acte s\u2019ouvre sur la c\u00e9l\u00e9bration de No\u00ebl qui correspond aux noces de Floriane et Galaor. Au d\u00e9sespoir, la princesse voit arriver Amadis qui d\u00e9fie le fianc\u00e9. N\u2019ayant plus d\u2019\u00e9p\u00e9e, c\u2019est le lys qu\u2019il porte depuis sa naissance qui se transforme en arme par l\u2019action des f\u00e9es. Le combat commence, Galaor est frapp\u00e9 et tombe \u00e0 terre mais Amadis n\u2019arrive pas \u00e0 lui donner le coup de gr\u00e2ce. Se penchant sur lui, il d\u00e9couvre une demi pierre magique de Merlin qui correspond parfaitement \u00e0 la sienne. Nous avons donc ici les deux fils d\u2019 \u00c9lis\u00e8ne et la proph\u00e9tie se r\u00e9alise puisque Galaor meurt de la main de son fr\u00e8re, mais en ayant eu le temps de pardonner et de b\u00e9nir l\u2019union de son fr\u00e8re avec son aim\u00e9e. On retrouve ici l\u2019atmosph\u00e8re du deuxi\u00e8me acte, mais avec un final qui s\u2019adoucit lors de la reconnaissance\u00a0! On retiendra toute cette grande sc\u00e8ne de Floriane et ses dames, o\u00f9 la joyeuse ga\u00eet\u00e9 des compagnes de la princesse n\u2019arrivent pas \u00e0 changer l\u2019humeur triste de leur ma\u00eetresse. On passe alors \u00e0 chaque instant de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre des \u00e9motions avec toutes ces voix qui virevoltent et se r\u00e9pondent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La construction de cet op\u00e9ra est donc assez \u00e9trange avec cette alternance entre la l\u00e9gende des actes impairs et la noblesse des deux autres actes. Bien s\u00fbr, on trouvera plus d\u2019inventivit\u00e9 dans ces actes l\u00e9gendaires, mais les deux autres sont d\u2019une belle force avec les incursions m\u00e9lodies dans une atmosph\u00e8re beaucoup plus martiale. On ne peut que penser bien s\u00fbr au premier acte de <em>Lohengrin<\/em> avec ces d\u00e9fis et cette jeune princesse attendant son sauveur. Et musicalement il se trouve aussi quelques similitudes. On pourra d\u2019ailleurs noter que Galaor est assez fortement li\u00e9 aux cuivres l\u00e0 o\u00f9 Amadis apporte imm\u00e9diatement les cordes par sa pr\u00e9sence, des cordes qui arrivent en vagues pour le chevalier de la mer. Une autre originalit\u00e9 est dans le po\u00e8me en prose de Jules Clar\u00e9tie. Bien s\u00fbr on a d\u2019autres livrets qui ne sont pas rim\u00e9s, mais cela restait tout de m\u00eame tr\u00e8s rare \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il est juste l\u00e9g\u00e8rement dommage de trouver ce d\u00e9s\u00e9quilibre entre l\u00e9gende et chevalerie. Il aurait \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre possible de d\u00e9velopper un peu plus le troisi\u00e8me acte par exemple, approfondissant alors par la m\u00eame le r\u00f4le d\u2019Amadis. Mais cet acte reste tout de m\u00eame un petit miracle d\u2019originalit\u00e9 tant dans l\u2019orchestration que dans la forme avec cette F\u00e9e r\u00e9citante qui r\u00e9pond en parlant au chant d\u2019Amadis charg\u00e9 de sentiments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2601 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier-300x263.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"263\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier-300x263.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier-1024x899.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier-768x674.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_fournillier.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La discographie d\u2019<em>Amadis<\/em> est simple \u00e0 r\u00e9sumer vu qu\u2019elle se r\u00e9sume \u00e0 un seul enregistrement. Certains op\u00e9ras ont eu les honneurs de r\u00e9citals plus ou moins anciens, mais \u00e9tant donn\u00e9 le peu de morceaux isolables, il n\u2019a m\u00eame pas eu cette chance pour rester dans la m\u00e9moire collective. Ainsi, avant 1988, nous n\u2019avions aucune id\u00e9e de cette musique. Il faut donc encore une fois saluer le travail du Festival Massenet de Saint-\u00c9tienne qui permet non seulement de remettre en sc\u00e8ne l\u2019ouvrage, mais qui a s\u00fbrement particip\u00e9 \u00e0 l\u2019enregistrement en studio qui a suivi. Car en effet, si d\u2019habitude nous avons un t\u00e9moignage des repr\u00e9sentations, c\u2019est ici tout autre car non seulement c\u2019est un studio, mais aussi nous avons les forces de l\u2019Op\u00e9ra de Paris ! Il semble qu\u2019alors la premi\u00e8re sc\u00e8ne fran\u00e7aise faisait quelques efforts pour laisser une trace des recr\u00e9ations ou des \u0153uvres rares. Malheureusement nous en sommes loin maintenant alors que par exemple <em>Le Roi Arthus<\/em> de Chausson n\u2019a jamais eu les honneurs du DVD malgr\u00e9 la distribution prestigieuse (Thomas Hampson, Sophie Koch et Roberto Alagna). Mais on peut d\u00e9j\u00e0 se r\u00e9jouir de cet enregistrement qui montre les habitu\u00e9s du Festival !<\/p>\n<div id=\"attachment_2605\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2605\" class=\"wp-image-2605\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin-207x300.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin-207x300.png 207w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin-706x1024.png 706w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin-768x1114.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin-1059x1536.png 1059w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_garcin.png 1239w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2605\" class=\"wp-caption-text\">Antoine Garcin dans le r\u00f4le du roi Raimbert<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prise de son est de tr\u00e8s bonne qualit\u00e9 et ch\u0153urs comme orchestre de l\u2019Op\u00e9ra de Paris sont de tr\u00e8s bons niveaux. Patrick Fournillier est un grand habitu\u00e9 de Massenet et nous propose une direction de haut vol, sachant parfaitement cr\u00e9er les deux ambiances tr\u00e8s diff\u00e9rentes entre les actes, lan\u00e7ant l\u2019orchestre avec puissance dans les moments vaillants avant de retrouve la finesse de l\u2019\u00e9criture orchestrale de Jules Massenet. On entends parfaitement la richesse de la partition vraiment originale par bien des aspects. Les nombreux petits r\u00f4les des suivantes et des chevaliers sont bien tenus, avec une belle diction et des voix assez diff\u00e9rentes dans tous les cas. On retiendra aussi la noblesse d\u2019Antoine Garcin qui compose un tr\u00e8s beau roi Raimbert. Ses interventions montrent une belle basse sonore. Le jeune premier guerrier que devrait \u00eatre Galaor est un peu d\u00e9form\u00e9 par la voix ogresque de Didier Henry. Si en Marc-Antoine dans <em>Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em> il \u00e9tait superbe, on a ici un jeune homme qui manque un peu de noblesse et de jeunesse. Il doit \u00eatre le fr\u00e8re d\u2019Amadis et on se retrouve plus ici avec un oncle bourru. Il est un petit peu dommage de ne pas avoir choisi une voix un peu plus l\u00e9g\u00e8re et jeune, surtout que la tessiture du r\u00f4le ne n\u00e9cessite pas une voix aussi grave. Dani\u00e8le Streiff \u00e9tait aussi dans <em>Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em> avec le r\u00f4le d\u2019Octavie. On retrouve les m\u00eames qualit\u00e9s \u00e0 savoir l\u2019investissement, mais aussi les d\u00e9fauts avec un petit manque de fra\u00eecheur. La jeune fille n\u2019a pas le fr\u00e9missement que l\u2019on peut attendre pour ce personnage. Et puis il y a le r\u00f4le titre et l\u00e0 on a un format assez parfait chez H\u00e9l\u00e8ne Perraguin. En 1992 elle participe \u00e0 <em>Esclarmonde<\/em> \u00e0 <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2478\">Saint-\u00c9tienne<\/a> et on retrouve la beaut\u00e9 du timbre et l\u2019investissement. Le personnage plus d\u00e9velopp\u00e9 lui permet de s\u2019affirmer et d\u2019offrir un Amadis \u00e0 la fois juv\u00e9nile mais aussi vaillant. Ses appels d\u2019entr\u00e9e sont puissants et \u00e9nergiques et par la suite on d\u00e9couvre la d\u00e9licatesse lors de son air du d\u00e9but du troisi\u00e8me acte. Sa prestation est assez parfaite dramatiquement avec une implication totale, mais aussi vocalement tant la tessiture est parfaitement ma\u00eetris\u00e9e. Ce grand r\u00f4le de contralto est parfait pour cette voix qui n&rsquo;a malheureusement jamais eu les honneurs des maisons de disque.<\/p>\n<div id=\"attachment_2604\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_perraguin.jpeg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2604\" class=\"wp-image-2604\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_perraguin-300x226.jpeg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_perraguin-300x226.jpeg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/amadis_perraguin.jpeg 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2604\" class=\"wp-caption-text\">H\u00e9l\u00e8ne P\u00e9rraguin dans le r\u00f4le d&rsquo;Amadis<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 quelques petits d\u00e9fauts de distribution avec des voix pas forc\u00e9ment totalement adapt\u00e9es au personnages, on tient ici un tr\u00e8s bel enregistrement. Bien s\u00fbr, on pourrait r\u00eaver d\u2019une Marianne Crebassa en Amadis bien s\u00fbr (elle y serait parfaite vocalement et dramatiquement!), Jean-S\u00e9bastien Bou en Galaor (il en poss\u00e8de la jeunesse vocale) et Anne-Catherine Gillet en Floriane\u2026 mais d\u00e9j\u00e0 nous avons un enregistrement m\u00eame si il reste tr\u00e8s difficilement trouvable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ouvrage n\u2019est certes pas d\u2019un m\u00eame niveau d\u2019inspiration et ce sont surtout les moments d\u2019Amadis qui frappent en plus du prologue, c\u2019est ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e9gendaire qui frappe avant tout. Et rien que pour \u00e7a, il faudrait donner parfois cet op\u00e9ra. Pourquoi ne pas donner le prologue par exemple en concerts\u00a0?<\/p>\n<ul>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Amadis, Op\u00e9ra l\u00e9gendaire en quatre actes<\/li>\n<li>Amadis, H\u00e9l\u00e8ne Perraguin ; Floriane, Danielle Streiff ; Galaor, Didier Henry ; Le roi Raimbert, Antoine Garcin ; Curneval de Thuringe, Hubert Humeau ; Wenzel de Norv\u00e8ge, Guy Flechter ; Zorzi de Sicile, Jean-Philippe Corre ; Perdigon d\u2019Irlande, Jean-Jacques David ; Arnaud d\u2019Aquitaine, Herv\u00e9 Hennequin ; Golias d\u2019Espagne, Maurice Xiberras ; Orlande, Florence Launay ; B\u00e9atrice, Brigitte Desnoues ; Simone, Bernadette Mercier ; Guillemette, Jeanne-Marie Levy ; Marguerite, Viviane Durand ; H\u00e9l\u00e8ne, Ang\u00e9lique Alessandroni ; La F\u00e9e, Nadyne Chabrier ; Le Chasseur, Paul Descombes<\/li>\n<li>Ch\u0153urs du Th\u00e9\u00e2tre National de l\u2019Op\u00e9ra de Paris<\/li>\n<li>Orchestre du Th\u00e9\u00e2tre National de l\u2019Op\u00e9ra de Paris<\/li>\n<li>Patrick Fournillier, Direction<\/li>\n<li>2 CD Forlane, UCD 16578\/79. Enregistr\u00e9 Salle Wagram \u00e0 Paris, en septembre 1988<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la mort de Jules Massenet, trois op\u00e9ras dormaient dans ses tiroirs. En 1913 c\u2019est Panurge qui est cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre-Lyrique de la Ga\u00eet\u00e9. 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