{"id":2556,"date":"2020-05-02T18:50:27","date_gmt":"2020-05-02T16:50:27","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2556"},"modified":"2020-05-02T18:51:05","modified_gmt":"2020-05-02T16:51:05","slug":"marina-rebeka-et-le-repertoire-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2556","title":{"rendered":"Marina Rebeka et le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2556\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2558 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-768x768.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-2048x2048.jpg 2048w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Cover-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Quand on regarde la discographie et le calendrier de Marina Rebeka, on se demande bien ce qui l\u2019am\u00e8ne au r\u00e9pertoire fran\u00e7ais du milieu du XIX\u00e8 si\u00e8cle, surtout dans ce style au final assez peu vocalisant compar\u00e9 \u00e0 ce qui se faisait quelques ann\u00e9es avant \u00e0 la Salle Pelletier ! Car elle a beaucoup chant\u00e9 Rossini, Mozart, Bellini, Donizetti\u2026 Bien s\u00fbr le bel-canto ne repose pas uniquement sur la technique, mais on voit tout de m\u00eame un certain tropisme vers le r\u00e9pertoire vocalisant et dans son registre, le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais a peu de place malgr\u00e9 quelques incarnations sc\u00e9nique : Marguerite dans le <em>Faust<\/em> de Gounod, Leila dans <em>Les P\u00eacheurs de Perles<\/em>, <em>Tha\u00efs<\/em>, Antonia dans <em>Les Contes d\u2019Hoffmann<\/em>\u2026 et Micaela dans <em>Carmen.<\/em> On retrouve dans le programme de ce r\u00e9cital un certain nombre de personnages d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9s, mais aussi des nouveaut\u00e9s. Il y a un an, son album Spirito avait \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation pour beaucoup d\u2019amateurs et en France sa <em>Norma<\/em> la confirmation de son impact et de sa pr\u00e9sence sc\u00e9nique dans le r\u00e9pertoire du bel-canto. Peu de temps apr\u00e8s, sa <em>Traviata<\/em> enregistr\u00e9e en studio nous la montrait encore sous un autre angle. Ici le d\u00e9fit est tout autre\u2026 et il faut avouer qu\u2019il est admirablement relev\u00e9 !<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il suffit de voir une photo de Marina Rebeka pour comprendre que nous n\u2019avons pas une chanteuse transparente : le regard est glacial mais pas sans personnalit\u00e9, la prestance certaine\u2026 et d\u00e8s qu\u2019on commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la chanteuse on d\u00e9couvre aussi combien son art lui est important et combien elle s\u2019investit non seulement dans ses r\u00f4les mais aussi dans l\u2019enregistrement. Femme de caract\u00e8re, elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 lancer son propre label de disque afin de pouvoir r\u00e9aliser les disques qu\u2019elle souhaite ! Ainsi, son premier enregistrement consacr\u00e9 au bel-canto romantique a \u00e9t\u00e9 un grand coup de tonner dans le monde lyrique ! Et la suite a \u00e9t\u00e9 du m\u00eame niveau de qualit\u00e9 avec un disque rossini par le jeune t\u00e9nor Levy Sekgapane\u2026 et enfin une <em>Traviata<\/em> r\u00e9unissant Charles Castronovo, George Petean et bien s\u00fbr notre diva ! Dans tous les cas, la qualit\u00e9 de la prise de son et la qualit\u00e9 artistique faisaient plaisir \u00e0 entendre. Et avant d\u2019avoir lanc\u00e9 son propre label, elle avait d\u00e9j\u00e0 eu droit aux honneurs de deux r\u00e9citals d\u00e9volus \u00e0 Mozart puis Rossini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-2562\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_spirito.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Apr\u00e8s tout ces r\u00e9citals italiens, la voici donc chez Bizet, Gounod ou Massenet\u00a0! Ces trois compositeurs tiennent la grande majorit\u00e9 du disque m\u00eame si nous avons quelques incursions chez Charpentier (Gustave bien s\u00fbr!) et chez le jeune Debussy. Nous sommes donc ici non pas du c\u00f4t\u00e9 du grand op\u00e9ra o\u00f9 elle pourrait parfaitement triompher, mais dans cet op\u00e9ra de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Les femmes ici pr\u00e9sent\u00e9es sont tr\u00e8s vari\u00e9es, depuis la cigari\u00e8re Carmen jusqu\u2019\u00e0 la fragile Le\u00efla. Et nous avons m\u00eame droit \u00e0 deux airs de certaines montrant ainsi l\u2019\u00e9volution psychologique. La construction nous ferait presque penser aux choix r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans les ann\u00e9es cinquantes, m\u00ealant grands airs connus et airs plus rares, le tout dans une tessiture tr\u00e8s large. En effet, on passe du falcon de Chim\u00e8ne au soprano lyrique l\u00e9ger de Juliette dans sa valse\u00a0! Ne reculant devant rien, elle ose, et r\u00e9ussit dans ce r\u00e9pertoire o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas tant que \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix de <strong>Marina Rebeka<\/strong> est tr\u00e8s caract\u00e9ristique avec beaucoup de m\u00e9tal mais aussi une technique assez rare qui lui permet non seulement d\u2019assurer la virtuosit\u00e9 r\u00e9clam\u00e9e par certains airs, mais aussi de donner toute la d\u00e9licatesse d\u2019autres pages. L\u2019autorit\u00e9 naturelle qui se d\u00e9gage est plus en phase avec les grands personnages tragiques que les jeunes filles en fleurs. Mais m\u00eame pour ces derni\u00e8res, l\u2019interpr\u00e9tation est particuli\u00e8rement soign\u00e9e avec des couleurs vari\u00e9es, des changements de dynamique, un ton r\u00eaveur\u2026 elle sait parfaitement par son art att\u00e9nuer ce petit suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2ge qu\u2019apporte le timbre. Et si l\u2019on ne peut pas \u00eatre totalement absorb\u00e9, on reste s\u00e9duit par l\u2019\u00e9tonnante aisance avec laquelle elle masque ce m\u00e9tal bien pr\u00e9sent et comment, par sa technique elle offre un portrait finalement assez r\u00e9aliste des femmes de ce disque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-1_c_Tatyana_Vlasova_2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2561\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-1_c_Tatyana_Vlasova_2-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-1_c_Tatyana_Vlasova_2-221x300.jpg 221w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-1_c_Tatyana_Vlasova_2.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Mais reprenons au d\u00e9but\u2026 Le disque s\u2019ouvre sur ce qui est l\u2019un des airs fran\u00e7ais les plus chant\u00e9s actuellement par tous les types de voix chez les sopranos : l\u2019air de <em>Louise<\/em> de Gustave Charpentier. Si la m\u00e9lodie semble simple, elle demande tout de m\u00eame une parfaite ma\u00eetrise du souffle et de la dynamique avec une ligne de chant qui se doit d\u2019\u00eatre parfaite et d\u2019une grande plasticit\u00e9. Jouant de la dynamique avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante, insufflant toute la candeur mais aussi tout l\u2019espoir de la jeune fille, on est rapidement s\u00e9duit par le lyrisme d\u00e9bordant que Marina Rebeka apporte. Et puis ce fran\u00e7ais ! Ce sera bien s\u00fbr le cas dans tout le disque, mais il faut saluer le travail de diction r\u00e9alis\u00e9 car m\u00eame si les ouvrages sont assez connus, le texte est parfaitement rendu et prononc\u00e9 ! On reste dans le lyrisme avec <em>H\u00e9rodiade<\/em> et cet air si connu de Salom\u00e9. L\u00e0 encore, le souffle, la facilit\u00e9\u2026 mais aussi la v\u00e9h\u00e9mence qui se d\u00e9ploie \u00e0 partir du milieu de l\u2019air. Notre soprano d\u00e9ploie alors toute la puissance de sa voix. On comprend parfaitement ici la d\u00e9tresse et la fascination qui l\u2019habite !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Changement de registre avec <em>Le Cid<\/em> de Jules Massenet. Ici la tessiture est plus grave, le personnage plus noble. Avec cet air de Chim\u00e8ne, la soprano lettone se frotte au registre de la Falcon : de r\u00e9guli\u00e8res plong\u00e9es dans le grave, de fr\u00e9quents passages plus ou moins longs dans le bas de la tessiture mais aussi des aigus fulgurants. On pourrait craindre du poitrinage trop marqu\u00e9 mais il n\u2019en est rien. Peut-\u00eatre est-ce le studio qui aide mais jamais on ne sent de rupture de registre, tout est parfaitement soud\u00e9. Et quelle interpr\u00e9tation ! Ces petites inflexions qui trahissent le doute, ces l\u00e9gers tr\u00e9molos\u2026 on entend parfaitement la femme tiraill\u00e9e. Et aussi la fiert\u00e9 ! Ce r\u00e9pertoire et ces grands r\u00f4les tragiques demandent \u00e9norm\u00e9ment et il serait peut-\u00eatre trop t\u00f4t de les aborder sur sc\u00e8ne, mais on ne peut que r\u00eaver d\u2019entendre cette voix saine et ais\u00e9e dans ces emportements dramatiques ! De m\u00eame pour <em>Carmen<\/em> sur sc\u00e8ne. On sait que le r\u00f4le peut-\u00eatre chant\u00e9 par une soprano : Victoria de Los Angeles en est la preuve parfaite\u2026 mais au studio. Et il serait sans doute complexe d\u2019assumer tout le r\u00f4le sur sc\u00e8ne pour une s\u00e9rie de repr\u00e9sentations avec en plus les dialogues parl\u00e9s ! Toujours est-il que l\u2019exercice du studio est parfaitement r\u00e9alis\u00e9. Cette Habanera manque peut-\u00eatre un peu de sensualit\u00e9 par moments, mais nous sommes plus ici face \u00e0 une Carmen dominatrice et elle sait parfaitement passer des alanguissements aux menaces !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-scaled.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-2560\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-683x1024.jpg 683w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-768x1152.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Marina-Rebeka-ELLE-Promo-2_c_Tatyana_Vlasova-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Entre ces deux femmes fortes se trouvait un premier extrait du <em>Faust<\/em> de Gounod. Le choix sur ce disque a \u00e9t\u00e9 de pr\u00e9senter les deux grands airs : l\u2019air des bijoux bien s\u00fbr (mais sans la balade du roi de Thul\u00e9) et puis l\u2019air de la chambre alors qu\u2019elle est abandonn\u00e9e par son amant. Le r\u00f4le est parfaitement connu et l\u2019on entend bien qu\u2019elle y est parfaitement \u00e0 l\u2019aise. Il y a dans cet air des bijoux la petite touche de coquetterie que l\u2019on attend forc\u00e9ment. Et puis il y a ce trille pr\u00e9sent alors qu\u2019il est souvent \u00e0 peine esquiss\u00e9, suivi par une mont\u00e9e \u00e9chelonn\u00e9e parfaite ! La technique ici sert l\u2019art car la chanteuse ne cherche pas \u00e0 d\u00e9montrer ses ressources mais \u00e0 servir la partition. Bien s\u00fbr l\u2019air est conclu par un aigu sonnant glorieusement apr\u00e8s encore une fois un trille. Changement de ton avec le deuxi\u00e8me air que l\u2019on retrouve plus tard dans le disque. Marguerite est alors abandonn\u00e9e, femme d\u00e9laiss\u00e9e par son amant volage. Et il n\u2019y a plus ici la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la vocalise. Toute en retenue, la voix supplie et conte son malheur. Nous avons ici une incarnation pleine de sentiments et cet air qui peut tomber \u00e0 plat sans interpr\u00e9tation est parfaitement v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 la violence de l\u2019espoir d\u00e9\u00e7u du final !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux petites femmes par la suite, deux r\u00f4les qu\u2019elle dit savoir derri\u00e8re elle ou qu\u2019elle ne chantera s\u00fbrement jamais : Le\u00efla et Manon. Elle conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 <em>Les P\u00eacheurs de Perles<\/em> pour l\u2019avoir chant\u00e9 sur sc\u00e8ne dans deux productions. Et l\u2019on entend bien l\u2019interpr\u00e9tation m\u00eame si la voix semble un peu disproportionn\u00e9e pour le r\u00f4le. Elle n\u2019est pas sans rappeler ici Maria Callas qui grava aussi cet air sur son r\u00e9cital d\u2019airs fran\u00e7ais. On entend tout l\u2019art et la sensibilit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te sans vraiment r\u00e9ussir \u00e0 croire \u00e0 cette pr\u00eatresse. Mais par contre, quelle d\u00e9monstration vocale d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre ! Le chant est cisel\u00e9 comme on peut l\u2019esp\u00e9rer avec cette partition de Georges Bizet ! Pour <em>Manon<\/em>, l\u2019investissement de cet air est manifeste et lui convient parfaitement \u00e9tant donn\u00e9 la tristesse du personnage \u00e0 ce moment. Seuls quelques notes la montrent l\u00e9g\u00e8rement trop dramatique pour le r\u00f4le complet ! Sinon, l\u2019introduction est v\u00e9cu comme si c\u2019\u00e9tait la <em>Manon Lescaut<\/em> de Puccini avant que l\u2019on retrouve la d\u00e9licatesse de Massenet pour cette \u00ab Petite table \u00bb si douce et m\u00e9lancolique. La voix semble par moment proche de la rupture tant l\u2019\u00e9motion est parfaitement rendue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina_2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2564\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina_2-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"355\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina_2-300x213.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina_2-768x545.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina_2.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a>Puis vient un autre r\u00f4le qui est repr\u00e9sent\u00e9 par deux airs : la Juliette de Gounod. On le sait, le r\u00f4le posa de gros soucis \u00e0 la cr\u00e9atrice du r\u00f4le tant la tessiture semble changer au cours de l\u2019op\u00e9ra. Un peu comme <em>La Traviata<\/em>, on pourrait croire qu\u2019il faut deux chanteuses pour chanter la valse et l\u2019air du poison. Souvent, c\u2019est la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et la virtuosit\u00e9 du premier acte qui est privil\u00e9gi\u00e9e. Ici on se trouverait dans le cas contraire. Si la valse est brillamment enlev\u00e9e par une technique qui lui permet de se sortir des diverses emb\u00fbches sem\u00e9es par Gounod, il manque un peu de cette folie de la jeunesse qui caract\u00e9rise cet air. Par contre, d\u00e8s les premiers mots de l\u2019air du poison qui cl\u00f4t le r\u00e9cital, on comprend qu\u2019elle est plut\u00f4t une Juliette dramatique. La v\u00e9h\u00e9mence, la technique et m\u00eame le caract\u00e8re entier sont bien mieux employ\u00e9s ici. Et s\u2019il est moins d\u00e9monstratif que le premier air, ce passage n\u2019en reste pas moins une grande \u00e9preuve pour les sopranos avec ces nombreux sauts et toutes ces appogiatures qui pars\u00e8ment la partition. Elle tient ici un air parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 sa voix, tout semble y \u00eatre parfaitement logique et simple ! Il est d\u2019autant plus dommage qu\u2019elle n\u2019ait pu enregistrer l\u2019air complet tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 et enregistr\u00e9 par Elsa Dreisig sur son premier r\u00e9cital et lors du <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1938\">gala<\/a> c\u00e9l\u00e9brant le bicentenaire de Charles Gounod. Esp\u00e9rons que ce n\u2019est que partie remise et qu\u2019elle pourra un jour chanter le r\u00f4le dans son int\u00e9gralit\u00e9. Nul doute qu\u2019elle serait alors capable de chanter pour la premi\u00e8re fois de l\u2019histoire cet air complet dans le contexte de l\u2019op\u00e9ra !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-scaled.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2563\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-683x1024.jpg 683w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-768x1152.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/rebeka_marina-scaled.jpg 1706w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>De nouveau, deux airs pour la <em>Tha\u00efs<\/em> de Massenet. Mais si pour <em>Faust<\/em> ou <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> nous avions l\u2019\u00e9volution de la jeune fille vers la femme, ici c\u2019est de la courtisane vers la femme de dieu. L\u2019air du miroir est sans doute un des airs les plus connus de Jules Massenet et \u00e0 juste titre tant cette introspection est habilement compos\u00e9e. Les premi\u00e8res notes joyeuses et brillantes sont rapidement remplac\u00e9es par un tapis mouvant de cordes, la chanteuse exprimant alors tous ses doutes et suppliant sa beaut\u00e9 de ne jamais la quitter, comprenant ainsi son statut de mortelle qui un jour ne pourrai plus vivre de ses charmes. L\u2019interpr\u00e9tation de certaines chanteuses est peut-\u00eatre encore plus profonde et ambigu\u00eb (comme celle de Ren\u00e9e Fleming qui semble demander au miroir de lui rendre sa beaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fan\u00e9e!) mais le doute et la peur sont bien pr\u00e9sents sans \u00eatre non plus jet\u00e9s aux oreilles de l\u2019auditeur. Et la tessiture pourtant tr\u00e8s large ne lui pose aucun souci, ma\u00eetrisant parfaitement la ligne et ses contours jusqu\u2019au magnifique aigu final. Au troisi\u00e8me acte on retrouve Tha\u00efs beaucoup plus apais\u00e9e dans un magnifique arioso. La douceur que nous offre Marina Rebeka est assez irr\u00e9elle apr\u00e8s l\u2019avoir entendue br\u00fblante dans sa m\u00e9ditation. Ici elle semble d\u00e9j\u00e0 totalement d\u00e9tach\u00e9e des probl\u00e8mes de ce monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis il y a ce petit air issu de <em>L\u2019Enfant Prodigue<\/em> de Debussy. La cantate a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour le Prix de Rome mais elle semble avoir longtemps parsem\u00e9 les r\u00e9citals de divers chanteuses. Il faut avouer que la m\u00e9lodie et le drame exprim\u00e9 sont splendides. Encore tout impr\u00e9gn\u00e9 de Jules Massenet, le futur compositeur de <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> y laisse libre court au lyrisme le plus d\u00e9brid\u00e9, faisant penser par certains moments \u00e0 l\u2019air de Salom\u00e9 pr\u00e9sent sur ce r\u00e9cital. Alternant parfaitement moments de recueillements et de douleur avec la violence du d\u00e9sespoir maternel, notre soprano offre un grand moment de chant et de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<div id=\"attachment_2557\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-scaled.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2557\" class=\"wp-image-2557\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-278x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-278x300.jpg 278w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-948x1024.jpg 948w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-768x830.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-1421x1536.jpg 1421w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ELLE_Michael_Balke_c_Kartal_Karagedik-Lo-res-1895x2048.jpg 1895w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2557\" class=\"wp-caption-text\">Michael Balke<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, bien peu de reproches pour ce r\u00e9cital qui est splendide ! Peut-\u00eatre moins brillant que son pr\u00e9c\u00e9dent r\u00e9cital Spirito, il d\u00e9montre aussi une voix particuli\u00e8rement apte \u00e0 se plier \u00e0 divers affects. La qualit\u00e9 du fran\u00e7ais, l\u2019aisance technique, l\u2019implication de tous les instants m\u00eame dans des airs qu\u2019elle n\u2019a jamais fr\u00e9quent\u00e9 sur sc\u00e8ne\u2026 tout cela donne vie \u00e0 ces diff\u00e9rentes \u00ab Elle \u00bb qui donnent leur nom au disque. Mais il faut aussi saluer la qualit\u00e9 de l\u2019accompagnement. En effet une direction moyenne aurait pu engluer tout ce bonheur vocal. Il n\u2019en est rien et il faut saluer la d\u00e9licatesse et la verve de <strong>Michael Balke<\/strong> \u00e0 la direction du <strong>Sinfonieorchester de St. Gallen<\/strong>. La texture de l\u2019orchestre et ses couleurs donnent vie aux partitions parfois tr\u00e8s color\u00e9es voir m\u00eame exotiques tout en offrant un cadre parfait pour les miniatures que nous propose Marina Rebeka.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une fois, Marina Rebeka rel\u00e8ve le gant de la plus belle des mani\u00e8res et a su trouver un chef et un orchestre \u00e0 la hauteur de son ambition. On aurait certes pu attendre un programme plus original, mais nous sommes trop habitu\u00e9s aux cadeaux que nous offre la Fondation Bru Zane. Il y a tout de m\u00eame ici une vraie recherche car il est tout de m\u00eame rare de nos jours d\u2019entendre certains des airs ici pr\u00e9sents, surtout dans un r\u00e9cital d\u2019une chanteuse non francophone. Esp\u00e9rons maintenant que la suite des parutions sera du m\u00eame niveau\u2026 et r\u00eavons pourquoi pas d\u2019une <em>Tha\u00efs<\/em> en studio pour faire suite \u00e0 la superbe <em>Traviata<\/em> d\u00e9j\u00e0 parue !<\/p>\n<ul>\n<li>Gustave Charpentier (1860-1956), Louise : Depuis le jour<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), H\u00e9rodiade : Celui dont la parole\u2026 il est doux, il est bon<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Le Cid : De cet affreux combat\u2026 Pleurez, mes yeux<\/li>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust : Les grands seigneurs\u2026 Ah ! je ris<\/li>\n<li>Georges Bizet (1838-1875), Carmen : L\u2019amour est un oiseau rebelle<\/li>\n<li>Georges Bizet (1838-1875), Les P\u00eacheurs de Perles : Me voil\u00e0 seule\u2026 Comme autrefois<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Manon : Allons, il le faut\u2026 Adieu, notre petite tableaux<\/li>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Rom\u00e9o et Juliette : Ah ! Je veux vivre dans ce r\u00eave<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Tha\u00efs : Dis-moi que je suis belle !<\/li>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Faust : Elles ne sont plus l\u00e0\u2026 Il ne revient pas<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Tha\u00efs : O, messager de Dieu<\/li>\n<li>Claude Debussy (1862-1918), L\u2019Enfant Prodigue : L\u2019ann\u00e9e, en vain chasse l\u2019ann\u00e9e&#8230;Aza\u00ebl ! Aza\u00ebl !<\/li>\n<li>Charles Gounod (1818-1893), Rom\u00e9o et Juliette : Dieu ! Quel frisson court dans mes veines<\/li>\n<li>Marina Rebeka, soprano<\/li>\n<li>Sinfonieorchester St. Gallen<\/li>\n<li>Michael Balke, direction<\/li>\n<li>1cd Prima Classic, PRIMA004. Enregistr\u00e9 au Tonhalle de Saint-Gallen, Suisse, en mai 2019<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on regarde la discographie et le calendrier de Marina Rebeka, on se demande bien ce qui l\u2019am\u00e8ne au r\u00e9pertoire fran\u00e7ais du milieu du XIX\u00e8 si\u00e8cle, surtout dans ce style [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[2,3],"tags":[30,153,96,57,49,17,23,13],"class_list":["post-2556","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-disque-dvd","category-musique_classique","tag-bizet","tag-charpentier-gustave","tag-debussy","tag-epoque_romantique","tag-gounod","tag-massenet","tag-opera","tag-recital","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-Fe","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2556","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2556"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2556\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2566,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2556\/revisions\/2566"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2556"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2556"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}