{"id":2405,"date":"2019-11-08T17:44:32","date_gmt":"2019-11-08T16:44:32","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2405"},"modified":"2019-11-08T17:45:06","modified_gmt":"2019-11-08T16:45:06","slug":"ercole-amante-quand-lopera-comique-sert-brillamment-cavalli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2405","title":{"rendered":"<i>Ercole Amante<\/i>, quand l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique sert brillamment Cavalli avec Pygmalion"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_0.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2407\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_0-200x300.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_0-200x300.png 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_0.png 460w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Si l\u2019Op\u00e9ra-Comique se fait fort de d\u00e9fendre le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais baroque ou romantique, il lui arrive aussi de remonter des ouvrages totalement en dehors de sa mission patrimoniale pour notre plus grand plaisir. Et au final, m\u00eame si pour ce concert l\u2019op\u00e9ra \u00e9tait en italien, il a tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 pour Paris ! Cet <em>Ercole Amante<\/em> a \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par le cardinal de Mazarin pour f\u00eater les noces du jeune Louis XIV avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche. Nous ne sommes donc pas si loin de sa mission premi\u00e8re puisque que nous explorons ici encore une raret\u00e9 qui a trait avec la source de l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais tant Cavalli influencera le jeune Lully qui n\u2019a pas encore pos\u00e9 les bases de sa trag\u00e9die en musique. Pour monter dans de bonnes conditions cet ouvrage gigantesque, l\u2019Op\u00e9ra-Comique s\u2019est appuy\u00e9 sur des valeurs s\u00fbres en choisissant Rapha\u00ebl Pychon pour la partie musicale ainsi que le duo Val\u00e9rie Lesort et Christian Hecq pour la mise en sc\u00e8ne. Le premier s\u2019est illustr\u00e9 dans un splendide <em>Orfeo<\/em> de Rossi il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 Nancy et <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Versailles<\/a> entre autre alors que le duo de metteurs en sc\u00e8ne avait produit \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique un <em>Domino Noir<\/em> salu\u00e9 par presque l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la critique pour son inventivit\u00e9. Car si l\u2019ouvrage est rare, il est aussi difficile \u00e0 tenir de par sa dur\u00e9e mais aussi son format qui oscille entre l\u2019op\u00e9ra italien et le fran\u00e7ais, Cavalli trouvant des moyens qu\u2019il a eu le plaisir d\u2019utiliser et des contraintes qu\u2019il ne pouvait ignorer.<!--more--><\/p>\n<div id=\"attachment_2406\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2406\" class=\"wp-image-2406\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines-181x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines-181x300.jpg 181w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines-768x1276.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines-616x1024.jpg 616w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Salle_des_Machines.jpg 780w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2406\" class=\"wp-caption-text\">Plan de la Salle des Machines : \u00e0 gauche au niveau du parterre, \u00e0 droite au niveau des premi\u00e8res loges<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dit plus haut, cet <em>Ercole Amante<\/em> est une \u0153uvre de circonstance, command\u00e9 par Mazarin pour c\u00e9l\u00e9brer non seulement des noces mais aussi la paix avec l\u2019Espagne. Afin que le spectacle soit \u00e0 la hauteur de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, il fait venir non seulement le plus grand compositeur italien du moment en la personne de Francesco Cavalli, mais aussi l\u2019architecte italien Gaspare Vigarani. En effet, le but n\u2019est pas que de proposer une musique sublime, mais aussi que la mise en sc\u00e8ne montre toute la grandeur possible. Et cet architecte \u00e9tait sp\u00e9cialiste des machines destin\u00e9es au changement de d\u00e9cors, aux apparitions miraculeuses et autres effets dont raffolait le public. Voyant grand, Mazarin va aussi faire \u00e9difier la \u00ab Salle des Machines \u00bb dans le Palais des Tuileries, immense salle de quatre milles places. Command\u00e9e pour la fin de 1660 afin de cr\u00e9er l\u2019op\u00e9ra de Cavalli lors des noces, elle ne sera finalement inaugur\u00e9e qu\u2019en 1662 suite \u00e0 de nombreux retards. Il faut dire que l\u2019entreprise n\u2019\u00e9tait pas au go\u00fbt de tout le monde. Car si le b\u00e2timent \u00e9tait \u00e9difi\u00e9 par Louis Le Vau, beaucoup d\u2019italiens \u00e9taient de la partie au grand m\u00e9contentement des fran\u00e7ais. De m\u00eame pour la musique\u2026 Car apr\u00e8s tout, il y avait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque un certain Lully qui n\u2019\u00e9tait autre que le premier compositeur de la Cour. Et si l\u2019op\u00e9ra devait \u00eatre \u00e9crit par Cavalli, il devait lui composer les ballets qui alternaient avec les actes de l\u2019op\u00e9ra. Fort de sa position, il composa toujours plus \u00e0 tel point que le spectacle total devait durer sept heures avec une r\u00e9partition assez \u00e9quilibr\u00e9e entre les deux compositeurs. Fort de la pr\u00e9sence d\u2019un orchestre et d\u2019un ch\u0153ur dont il ne disposait pas \u00e0 Venise pour l\u2019op\u00e9ra, Cavalli pouvait se lancer dans une partition beaucoup plus complexe musicalement et aux proportions plus majestueuses. Oblig\u00e9 de se conformer aux gouts fran\u00e7ais en mati\u00e8re de th\u00e9\u00e2tre et de musique, il donna le r\u00f4le principal \u00e0 une basse et non \u00e0 un castrat\u2026 et la pi\u00e8ce se devait d\u2019\u00eatre en cinq actes. Malgr\u00e9 la qualit\u00e9 de la partition, le succ\u00e8s ne fut pas au rendez-vous. La faute \u00e0 la dur\u00e9e de l\u2019ouvrage, \u00e0 la langue du livret, mais surtout \u00e0 la salle qui permettait certes de bien voir le ballet o\u00f9 brillait r\u00e9guli\u00e8rement le roi, mais musique et voix n\u2019\u00e9taient pas servies par la proportion du b\u00e2timent. La sc\u00e8ne \u00e9tait immense (elle sera r\u00e9duite de moiti\u00e9 au XVIII\u00e8 si\u00e8cle pour une utilisation temporaire) et les spectateurs trop loin des musiciens. Apr\u00e8s huit repr\u00e9sentations (qui voyaient l\u2019op\u00e9ra \u00eatre coup\u00e9 de plus en plus), l\u2019ouvrage fut abandonn\u00e9 tout comme la salle qui ne servira plus que rarement pour des spectacles.<\/p>\n<div id=\"attachment_2412\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2412\" class=\"wp-image-2412\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_6.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2412\" class=\"wp-caption-text\">Prologue : Giulia Semenzato (Cinthia)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vu les moyens qui \u00e9taient mis \u00e0 sa disposition, Cavalli va composer sa partition la plus ambitieuse pour l\u2019op\u00e9ra. En effet, l\u2019orchestre y est tr\u00e8s fourni, le ch\u0153ur important\u2026 Il va donc s\u2019en donner \u00e0 c\u0153ur joie dans les grandes sc\u00e8nes qui deviendront par la suite des sc\u00e8nes \u00ab oblig\u00e9es \u00bb : le sommeil, la temp\u00eate, les enfers\u2026 Si le compositeur est rest\u00e9 sur un livret italien (ce qui est sans doute aussi en partie la cause de la d\u00e9saffection du public !), il \u00e9vite de d\u00e9former la ligne du texte par de trop nombreuses vocalises comme il aurait pu le faire \u00e0 Venise. Plus ax\u00e9 sur le texte et son intelligibilit\u00e9, il nous m\u00e9nage tout de m\u00eame quelques passages virtuoses mais sans trop en faire. Alternant duos, airs de divers formes, ch\u0153ur et r\u00e9citatifs, la partition est foisonnante, pleine d\u2019id\u00e9es et de trouvailles. Vocalement, les r\u00f4les sont r\u00e9partis sur toutes les tessitures m\u00eame si il faut noter la pr\u00e9pond\u00e9rance d\u2019Hercule bien s\u00fbr en basse, mais aussi de trois femmes : Junon, Iole et D\u00e9janire. De nombreux r\u00f4les secondaires viennent agr\u00e9menter la partition que ce soit par le s\u00e9rieux ou le comique comme les deux valets typiques de l\u2019op\u00e9ra v\u00e9nitien (on se souviendra des deux nourrices dans <em>Le Couronnement de Popp\u00e9e<\/em> de Monteverdi par exemple). Alternant comique et tragique, la partition se d\u00e9roule sans que l\u2019ennui ne s\u2019installe. On retiendra parmi les passages les plus marquants les lamenti de D\u00e9janire, la mort d\u2019Hercule, la c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e8bre devant la tombe du roi Eutyro\u2026 mais aussi les ch\u0153urs superbes, m\u00eame si de nombreux autres passages charment l\u2019oreille et nous plongent dans la beaut\u00e9 d\u2019un op\u00e9ra parmi les plus beaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<div id=\"attachment_2413\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2413\" class=\"wp-image-2413\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_7.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2413\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Nahuel di Pierro (Ercole)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire se veut moralisatrice et surtout un mod\u00e8le pour le jeune roi Louis XIV. Hercule est pr\u00e9sent\u00e9 comme un homme compulsif et violent. Il veut conqu\u00e9rir la jeune Iole, promise de son fils mais aussi fille d\u2019un roi tu\u00e9 par notre h\u00e9ros. Bien s\u00fbr elle n\u2019est aucunement attir\u00e9e par le meurtrier de son p\u00e8re. Mais c\u2019est sans compter l\u2019intervention de V\u00e9nus qui promet \u00e0 Hercule qu\u2019il aurait Iole. Junon bien s\u00fbr, gardienne du mariage, est outrag\u00e9e par cette rupture du lien matrimonial. Elle va donc trouver la d\u00e9esse du sommeil pour essayer de contrer le plan de V\u00e9nus. Pendant ce temps, les deux jeunes renouvellent leurs serments d\u2019amour alors que D\u00e9janire se lamente de l\u2019absence de son mari et du peu d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il lui porte. Dans un jardin, Hercule fait assoir Iole sur un si\u00e8ge enchant\u00e9 par la d\u00e9esse de l\u2019amour et aussit\u00f4t la jeune fille tombe sous le charme du h\u00e9ros alors qu\u2019elle le repoussait juste avant. Hyllo, fils d\u2019Hercule, arrive et se sent trahi par ce qu\u2019il voit. Mais Junon vient endormir le h\u00e9ros et pousse ensuite Iole \u00e0 venger son p\u00e8re en le tuant. Hyllo s\u2019interpose et Hercule se r\u00e9veille en voyant son fils arm\u00e9 au-dessus de lui. Voulant le tuer ainsi que sa femme par la m\u00eame occasion, il finit par emprisonner le premier et exiler la deuxi\u00e8me suite \u00e0 la promesse de Iole qu\u2019elle se donnera \u00e0 lui si il sauve leurs jours. Emprisonn\u00e9 en bord de mer, Hyllo d\u00e9cide de se suicider en s\u2019y jetant mais Junon fait appel \u00e0 Neptune pour qu\u2019il sauve le jeune homme. Pendant ce temps, D\u00e9janire songe au suicide alors que Iole vient se recueillir sur la tombe de son p\u00e8re. Celui-ci sort de son repos pour refuser le mariage de sa fille avec son meurtrier. L\u2019annonce du suicide d\u2019Hyllus plonge tout le monde dans la tristesse et c\u2019est Licco, un serviteur, qui conseillera \u00e0 D\u00e9janire de se servir de la tunique de Nessus pour faire d\u2019Hercule un mari fid\u00e8le. Pendant ce temps en enfer, les rois tu\u00e9s par Hercule jurent vengeance. Lors du mariage, Iole offre la tunique \u00e0 Hercule et au lieu de retomber amoureux de sa femme, il est empoisonn\u00e9 et meurt suite \u00e0 la duplicit\u00e9 du centaure Nessus (centaure tu\u00e9 par Hercule alors qu\u2019il souhaitait abuser de D\u00e9janire, il offre cette tunique \u00e0 la jeune femme en lui promettant qu\u2019elle pourra \u00ab fixer le ch\u0153ur de son \u00e9poux \u00bb) qui ainsi peut se venger du h\u00e9ros lui aussi. Alors que le p\u00e8re meurt, le fils revient pour soulager D\u00e9janire et Iole. Junon fait son apparition pour annoncer qu\u2019apr\u00e8s sa mort, Hercule est pass\u00e9 de la mort \u00e0 la divinit\u00e9 et qu\u2019il \u00e9pouse alors la Beaut\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_2414\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2414\" class=\"wp-image-2414\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_8.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2414\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Giulia Semenzato (Venere)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au printemps 2018, <strong>Val\u00e9rie Lesort<\/strong> et <strong>Christian Hecq<\/strong> montaient sur la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra-Comique <em>Le Domino Noir<\/em> de Daniel-Fran\u00e7ois-Esprit Auber. Pour cet op\u00e9ra-comique, le duo avait propos\u00e9 une mise en sc\u00e8ne assez virtuose tr\u00e8s ax\u00e9e sur le comique quitte \u00e0 forcer un peu le trait par moments. On pouvait craindre que pour un ouvrage qui m\u00eale tragique et comique, ils ne veuillent repr\u00e9senter qu\u2019une grande farce. Heureusement, ils ont su m\u00e9nager des moments de drame dans cette soir\u00e9e. Si quelques \u00e9l\u00e9ments auraient pu \u00eatre all\u00e9g\u00e9s, on est frapp\u00e9 par l\u2019intelligence du propos. Il n\u2019y a pas de volont\u00e9 de sur-interpr\u00e9ter le texte, de montrer des choses qui n\u2019existent pas. Non, il n\u2019y a que la mise en situation des \u00e9l\u00e9ments du livret, tout en se conformant au cahier des charges de cette partition : des effets de machine ! Dans un d\u00e9cor unique (en dehors du prologue), chaque lieu est symbolis\u00e9 par des \u00e9clairages, quelques \u00e9l\u00e9ments qui sortent de trappes ou qui arrivent par les d\u00e9gagements. Les changements se font bien s\u00fbr \u00e0 vue avec une simplicit\u00e9 d\u00e9sarmante ou plut\u00f4t une na\u00efvet\u00e9 tout \u00e0 fait charmante. On voit des choristes ou des danseurs qui d\u00e9montent, remontent\u2026 le tout bien s\u00fbr en costumes allant avec l\u2019op\u00e9ra ! Et puis ce d\u00e9cor blanc est plein de surprise avec des trappes d\u2019o\u00f9 vont \u00e9merger les visages des d\u00e9mons ou des mains dignes de Tim Burton. Au centre, ce sont des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors plus importants qui sortent des coulisses ou des dessous. Entre autre on retiendra longtemps l\u2019arriv\u00e9e de V\u00e9nus au premier acte dans sa fleur rose d\u2019o\u00f9 vont se d\u00e9tacher des personnages verts qu\u2019on prenait au d\u00e9but pour une partie du d\u00e9cor. De m\u00eame, le si\u00e8ge enchant\u00e9 o\u00f9 Hercule fait assoir Iole\u2026 tout vert, semblant tout \u00e0 fait inoffensif avant que des mains ne viennent \u00e0 bouger, des formes sortir du si\u00e8ge pour emprisonner la jeune fille et l\u2019envouter afin qu\u2019elle tombe amoureuse du h\u00e9ros. Il serait difficile de tout d\u00e9crire tant la sc\u00e8ne r\u00e9pond parfaitement \u00e0 la richesse de la partition en offrant un spectacle superbe et parfaitement dos\u00e9 entre humour, na\u00efvet\u00e9 et beaut\u00e9 visuel\u2026 sans pour autant entraver la grandeur des sentiments lors de moments plus tragiques. La direction d\u2019acteurs aussi est tr\u00e8s fine et vive, sans que l\u2019on ne sente jamais les acteurs se forcer \u00e0 faire un geste tant elle est naturelle. C\u2019est une tr\u00e8s grande r\u00e9ussite que l\u2019on doit l\u00e0 au duo, mais il faut aussi souligner la qualit\u00e9 des machines et des costumes de Vanessa Sannino !<\/p>\n<div id=\"attachment_2415\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2415\" class=\"wp-image-2415\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9-300x212.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"353\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9-300x212.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9-768x543.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9-1024x724.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_9.png 1132w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2415\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Ray Chenez (Il Paggio), Dominique Visse (Licco)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un peu plus de deux ans, <strong>Rapha\u00ebl Pichon<\/strong> nous avait enchant\u00e9s par ses choix tant de direction que de distribution pour un <em>Orfeo<\/em> de Rossi <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208\">splendide<\/a>. Belle co\u00efncidence puisque cet ouvrage baroque italien avait lui aussi \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris, mais en 1647 soit quinze ans que ne soit cr\u00e9\u00e9 <em>Ercole Amante<\/em> et d\u00e9j\u00e0 sur un livret du m\u00eame Cardinal Francesco Buti ! On retrouve dans sa direction toutes les id\u00e9es qu\u2019il proposait chez Rossi. Avec un orchestre tr\u00e8s vari\u00e9 et un continuo tr\u00e8s riche, il va offrir un luxe de couleur tout au long de l\u2019op\u00e9ra, donnant vie aux caract\u00e8res les plus vari\u00e9s. Avec ses clavecins, luths, harpes et violons solistes, c\u2019est toute la partie r\u00e9citatif qui est brillamment accompagn\u00e9e par des d\u00e9tails foisonnant, apportant la densit\u00e9 n\u00e9cessaire, sachant all\u00e9ger ou au contraire apporter tout le poids tragique. L\u2019orchestre se d\u00e9ploie aussi en grande formation pour les sc\u00e8nes plus imposantes et on a alors des textures splendides, des choix de direction qui mettent en avant une ligne ou une autre. Il donne vie \u00e0 cette partition comme rarement, loin de la raideur de certains ou au contraire de la lourdeur d\u2019autres. Ici tout est brillamment simple et il peut s\u2019appuyer sur un <strong>Ensemble Pygmalion<\/strong> de tr\u00e8s haute tenue d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, aux percussions vari\u00e9es, aux cuivres surs et aux cordes color\u00e9es. C\u2019est un vrai enchantement pour les oreilles tout en donnant vie aux sentiments et aux diff\u00e9rentes ambiances de l\u2019ouvrage. Le ch\u0153ur de l\u2019<strong>Ensemble Pygmalion<\/strong> n\u2019est pas en reste et d\u00e8s le prologue on retrouve cette aisance dans ce premier baroque italien ! On retrouve d\u2019ailleurs des couleurs et des mises en place qui nous replongent directement dans les <em>V\u00eapres \u00e0 la Vierge<\/em> de Monteverdi ! Ces lignes de pupitres extr\u00eamement dissoci\u00e9es par moments, exposant un fort contraste entre un grave extr\u00eame et un aigu l\u00e9ger, ces tuilages magnifiques\u2026 c\u2019est tout bonnement parfait d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Et il faut saluer aussi les chanteurs de ce ch\u0153ur qui en sortent pour donner vie \u00e0 des personnages de l\u2019op\u00e9ra. Le plus marquant est sans doute <strong>Nicolas Brooymans<\/strong> par son chant noir et particuli\u00e8rement marquant qu\u2019il soit en ensemble pour le Sacrificateur ou dans ses interventions solistes en rois d\u00e9funts (Ruscello et Busiride.).<\/p>\n<div id=\"attachment_2416\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2416\" class=\"wp-image-2416\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10-300x195.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"324\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10-300x195.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10-768x498.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10-1024x664.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_10.png 1233w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2416\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Eug\u00e9nie Lefebvre (Pasithea), Anna Bonitatibus (Giunone)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lecture de la distribution, on croirait d\u2019ailleurs aussi retrouver un autre ensemble tant le nombre de participants \u00e0 l\u2019aventure de l\u2019<em>Orfeo<\/em> de Rossi sont nombreux \u00e0 \u00eatre de ce Cavalli ! Trois des r\u00f4les principaux, V\u00e9nus, les deux valets\u2026 On retrouve si chanteurs de cette distribution pour notre plus grand plaisir. Et justement, Dominique Visse et Ray Chenez retrouvent des attributs comiques qui leur vont si bien, mais en jouant sur des cordes diff\u00e9rentes. Ici <strong>Dominique Visse<\/strong> est plus discret dramatiquement, ne servant qu\u2019\u00e0 d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re par un petit couplet ou \u00e9trangement souhaitant d\u00e9nouer le drame par la tunique de Nessus. Vocalement, il est toujours aussi impressionnant dans ses sauts de registre mais la voix a beaucoup perdu de sa puissance, sonnant principalement dans l\u2019aigu. Face \u00e0 lui <strong>Ray Chenez<\/strong> est un peu moins bouillant mais vocalement plus s\u00e9duisant. Le jeune contre-t\u00e9nor s\u2019amuse dans ce r\u00f4le de page. On a devant nous un vrai gamin qui joue de la mise en sc\u00e8ne, qui semble d\u00e9couvrir presque \u00e0 chaque fois la farce en cour. La voix est percutante, parfaite pour ce personnage. On se demanderait m\u00eame par moment si nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 un enfant, tout comme il \u00e9tait troublant en nourrice chez Rossi. Autre habitu\u00e9e, <strong>Giulia Semenzato<\/strong> a l\u2019honneur de commencer dans le prologue pour une Cinthia (Diane) superbe et cristalline. Sa Venere (V\u00e9nus) par la suite sera pleine de charme alors que les quelques lignes de Bellezza (La Beaut\u00e9), nous la montre d\u2019une conduite parfaite et pleine de noblesse. Nouveaux dans la famille Pygmalion par rapport \u00e0 l\u2019<em>Orfeo<\/em>, les autres r\u00f4les secondaires ne sont pas en reste avec un <strong>Luca Tittoto<\/strong> impressionnant dans le double r\u00f4le de Nettuno et Eutyro. \u00c0 la fois donc dieux sauveur et fant\u00f4me vengeur, il offre une voix puissante de basse qui campe imm\u00e9diatement la puissance de ces deux personnages, sachant manier l\u2019humour pour le dieu des oc\u00e9ans alors qu\u2019il se fait imp\u00e9rieux dans le spectre du p\u00e8re de Iole. On retiendra aussi la pr\u00e9sence d\u2019<strong>Eug\u00e9nie Lefebvre<\/strong> pour une Pasith\u00e9a pleine de verve, mais surtout un Clerica \u00e0 la violence impressionnante lors de la sc\u00e8ne des enfers, donnant toute sa d\u00e9mesure \u00e0 ce spectre plein de haine.<\/p>\n<div id=\"attachment_2408\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2408\" class=\"wp-image-2408\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_2.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2408\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Giuseppina Bridelli (Dejanira), Krystian Adam (Hyllo)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux chanteurs sont techniquement parfaits mais marquent moins par leur pr\u00e9sence. Peut-\u00eatre est-ce d\u00fb \u00e0 leur personnage\u2026 mais Hyllo et Giunone semblent l\u00e9g\u00e8rement en retrait. Le t\u00e9nor <strong>Krystian Adam<\/strong> n\u2019a certes pas un r\u00f4le facile \u00e0 camper tant il se complait dans la na\u00efvet\u00e9 entre son amour pour Iole et son respect pour son p\u00e8re Hercule. La voix est saine, superbement projet\u00e9e et il donne \u00e0 entendre un magnifique chant. Mais il y manque un petit suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me pour totalement fasciner. Difficile bien s\u00fbr de faire trembler pour ce personnage p\u00e2lot tel que l\u2019a cr\u00e9\u00e9 Cavalli, mais peut-\u00eatre qu\u2019un peu plus d\u2019angle dans le chant aurait aid\u00e9 \u00e0 sortir ce personnage blanc de son c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s lisse. Pour Giunone, c\u2019est <strong>Anna Bonitatibus<\/strong> qui sans d\u00e9cevoir n\u2019arrive pas \u00e0 se hisser au niveau des trois personnages principaux qui nous restent \u00e0 d\u00e9couvrir. La mezzo-soprano connait parfaitement ce r\u00e9pertoire et se joue des vocalises et autres d\u00e9corations dont elle pars\u00e8me la partition. La technique est l\u00e0 encore souveraine et elle vit totalement cette musique baroque. Mais pour camper cette d\u00e9esse autoritaire, peut-\u00eatre aurait-il fallu une voix plus tranchante et ample. Car ici il nous manque les \u00e9clats de fureur, la violence de cette haine qu\u2019elle rejette sur Hercule. Elle n\u2019est pas aid\u00e9e il faut le dire par la conception de son personnage tout le temps ondulant telle une martienne extraite du <em>Mars Attacks<\/em> l\u00e0 encore de Tim Burton. C\u2019est au final la seule petite d\u00e9ception de cette production car on aurait pu penser trouver en elle un personnage beaucoup plus vindicatif.<\/p>\n<div id=\"attachment_2409\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2409\" class=\"wp-image-2409\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_3.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2409\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Luca Tittoto (Nettuno), Krystian Adam (Hyllo)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La trag\u00e9die repose principalement sur les \u00e9paules de deux femmes : Dejanira et Iole. Pour ces deux r\u00f4les, retours aux valeurs s\u00fbres connues avec Pichon : Giuseppina Bridelli et Francesca Aspromonte \u00e9taient toutes deux de l\u2019<em>Orfeo<\/em> de Rossi. Pour le r\u00f4le de la fragile Iole, on retrouve toute l\u2019intensit\u00e9 de <strong>Francesca Aspromonte<\/strong>. Elle qui avait donn\u00e9 une Euridice splendide et qui en arrivait \u00e0 surpasser son Orfeo, elle tient ici avec conviction un r\u00f4le qui pourrait vite tourner vers l\u2019oie blanche. Mais non, la soprano italienne embrasse le r\u00f4le avec tous ses tourments, ses couleurs vari\u00e9es et un aplomb certain. Pourtant annonc\u00e9e souffrante avant le d\u00e9but du spectacle, elle n\u2019en est pas moins assez parfaite, sachant faire vivre le texte comme la ligne vocale en apportant une vraie conviction dans cette femme malheureuse. Pour Dejanira, c\u2019est <strong>Giuseppina Bridelli<\/strong> qui donne vie \u00e0 l\u2019\u00e9pouse d\u00e9laiss\u00e9e et trahie alors qu\u2019elle chantait un adolescent jaloux chez Rossi. La transformation sc\u00e9nique est bien s\u00fbr impressionnante, mais aussi les sentiments qu\u2019elle d\u00e9gage. Pleine de noblesse dans le ton, ses deux lamenti sont d\u2019une grande intensit\u00e9, la voix trouvant des couleurs superbes et surtout le ton y est parfaitement en place. Alors que la mise en sc\u00e8ne pourrait pr\u00eater \u00e0 sourire durant sa premi\u00e8re intervention avec une traine de plusieurs dizaines de m\u00e8tres de long, elle soutient le drame pas sa pr\u00e9sence vocale comme sc\u00e9nique. Le maintien sc\u00e9nique est totalement en accord avec ce chant rac\u00e9 et poignant. \u00c0 elles deux, elles offrent une grande partie de la trag\u00e9die qui se noue dans cet op\u00e9ra de Cavalli.<\/p>\n<div id=\"attachment_2410\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4.png\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2410\" class=\"wp-image-2410\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_4.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2410\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Francesca Aspromonte (Iole)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le principal de cet <em>Ercole Amante<\/em> est tenu par un <strong>Nahuel di Pierro<\/strong> qui force l\u2019admiration. La basse est habitu\u00e9e \u00e0 alterner des r\u00f4les plut\u00f4t nobles ou du moins s\u00e9rieux comme pour ses r\u00f4les dans <em>Orfeo<\/em> d\u00e9j\u00e0 avec Rapha\u00ebl Pichon ou son M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s chez <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2123\">Berlioz<\/a>\u2026 et d\u2019autres comme Leporello \u00e0 <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1423\">Aix-en-Provence<\/a> o\u00f9 le comique semble lui \u00eatre naturel. Ici il doit en fait jongler avec les deux facettes d\u2019un personnage. Souvent ridicule dans cette course folle apr\u00e8s l\u2019amour (enfin plut\u00f4t l\u2019acte physique que la romance galante), il n\u2019en reste pas moins un h\u00e9ros et doit donc montrer aussi sa puissance. Nahuel di Pierro a \u00e0 sa disposition son timbre naturellement noble ce qui fait que m\u00eame aux moments les plus violents et les plus noirs du personnage, on conserve la grandeur du personnage. De m\u00eame lorsque la mise en sc\u00e8ne lui demande des poses ridicules ou des situations \u00e9tranges, l\u2019\u00e9quilibre se fait par ce chant toujours d\u2019une grande subtilit\u00e9. Car vocalement, il est sid\u00e9rant d\u2019aisance dans une tessiture tr\u00e8s large qui demande un grave s\u00fbr mais aussi des passages beaucoup plus hauts. Et la basse se montre totalement \u00e0 son aise, apportant sa science belcantiste dans les d\u00e9corations mais aussi l\u2019impact dramatique ad\u00e9quat pour ce grand personnage. Sa mort sera bien s\u00fbr un grand moment o\u00f9 le drame tombe sur Ercole, lui qui avant semblait n\u2019\u00eatre touch\u00e9 par rien si ce n\u2019est sa col\u00e8re et ses envies. La subtilit\u00e9 des nuances semblerait presque en contradiction avec cette brute aveugle mais elle sert justement dans la construction d\u2019un personnage plus complexe que juste violent. Magnifique prestation en tout cas pour un artiste qui semble aussi \u00e0 l\u2019aise dans Rossini que dans le premier baroque italien !<\/p>\n<div id=\"attachment_2411\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2411\" class=\"wp-image-2411\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5-300x200.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5-300x200.png 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5-768x512.png 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5-1024x683.png 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ercole_amante_5.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2411\" class=\"wp-caption-text\">Acte V : Giulia Semenzato (Bellezza), Nahuel di Pierro (Ercole)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au final, la production men\u00e9e \u00e0 six mains par Rapha\u00ebl Pichon, Val\u00e9rie Lesort et Christian Hecq est un vrai r\u00e9gal pour les oreilles et pour les yeux. On retrouve un grand soin musical et l\u2019inventivit\u00e9 du chef comme du compositeur se retrouve parfaitement dans le spectacle offert sur sc\u00e8ne. La distribution sans faille permet de profiter parfaitement de ce que Cavalli avait pens\u00e9 pour <em>Ercole Amante<\/em>. Bien s\u00fbr il n\u2019y a pas les ballets de Lully mais il semblerait que la partition de Cavalli soit compl\u00e8te ou du moins tr\u00e8s peu coup\u00e9e. Une magnifique occasion de mettre en avant les compositions de Cavalli mais aussi ce baroque italien trop rarement mont\u00e9 au profit des op\u00e9ras s\u00e9rias plus tardifs o\u00f9 la virtuosit\u00e9 est le seul objectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La production sera diffus\u00e9e sur Arte-Concert le 12 novembre, et sur France-Musique le 30 novembre.<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Op\u00e9ra-Comique<\/li>\n<li>06 novembre 2019<\/li>\n<li>Francesco Cavalli (1602-1676), Ercole Amante, op\u00e9ra en un prologue et cinq actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Val\u00e9rie Lesort \/ Christian Hecq ; D\u00e9cors, Laurent Peduzzi ; Costumes et machines, Vanessa Sannino ; Lumi\u00e8res, Christian Pinaud<\/li>\n<li>Ercole, Nahuel di Pierro ; Giunone, Anna Bonitatibus ; Dejanira, Giuseppina Bridelli ; Iole, Francesca Aspromonte ; Hyllo, Krystian Adam, Pasithea \/ Clerica \/ Terza Grazia \/ Secondo Pianeta, Eug\u00e9nie Lefebvre ; Venere \/ Belezza \/ Cinthia, Giulia Semenzato ; Nettuno \/ Eutyro, Luca Tittoto ; Il Paggio, Ray Chenez ; Licco, Dominique Visse ; Prima Grazia, Marie Planinsek ; Seconda Grazia \/ Primo Pianeta, Perrine Devillers ; Terzo Pianeta, Corinne Bahuaud ; Prima Aura, Olivier Coiffet ; Seconda Aura \/ un Sacrificatore, Renaud Br\u00e8s ; Ruscello \/ Busiride \/ un Sacrificatore, Nicolas Brooymans ; un Sacrificatore, Constantin Goubet<\/li>\n<li>Ch\u0153ur et Orchestre de l\u2019Ensemble Pygmalion<\/li>\n<li>Rapha\u00ebl Pichon, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l\u2019Op\u00e9ra-Comique se fait fort de d\u00e9fendre le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais baroque ou romantique, il lui arrive aussi de remonter des ouvrages totalement en dehors de sa mission patrimoniale pour notre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[142,55,14,23],"class_list":["post-2405","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-cavalli","tag-epoque_baroque","tag-integrale","tag-opera","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-CN","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2405","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2405"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2405\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2419,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2405\/revisions\/2419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2405"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2405"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2405"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}