{"id":229,"date":"2014-07-05T20:04:40","date_gmt":"2014-07-05T18:04:40","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/\/?p=229"},"modified":"2016-10-05T19:50:49","modified_gmt":"2016-10-05T17:50:49","slug":"lautre-otello-mis-a-lhonneur-par-bartoli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=229","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L&rsquo;autre\u00a0\u00bb Otello mis \u00e0 l&rsquo;honneur par Bartoli&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello0.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-238 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello0-210x300.jpg\" alt=\"otello0\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello0-210x300.jpg 210w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello0-717x1024.jpg 717w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello0.jpg 771w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/a>Otello<\/em> dans l&rsquo;op\u00e9ra, c&rsquo;est immanquablement celui de Verdi qui nous vient \u00e0 l&rsquo;esprit. Puis arrive ce fameux op\u00e9ra de Rossini, r\u00e9put\u00e9 inchantable avec ces trois r\u00f4les \u00e9crasants de t\u00e9nor, cette Desdemona o\u00f9 se sont distingu\u00e9es les plus grandes comme La Malibran ou sa s\u0153ur Pauline Viardot&#8230; Plus pr\u00e8s de nous, le duo Chris Merritt\/Rockwel Blake s&rsquo;illustraient&#8230; puis un temporaire duo a r\u00e9uni Gregory Kunde et Juan Diego Florez&#8230; mais voil\u00e0 que depuis quelques ann\u00e9e un nouvel Otello rossininien fait parler de lui\u00a0: John Osborn. Quand en plus il est accompagn\u00e9 par Cecilia Bartoli (rossinienne exemplaire avant d&rsquo;aller explorer le baroque) qui fait ici ces d\u00e9buts dans le r\u00f4le tragique de l&rsquo;\u00e9pouse du Maure, on peut s&rsquo;attendre \u00e0 une grande repr\u00e9sentation&#8230; et les faits vont bien au del\u00e0 des esp\u00e9rances\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que cette production est mont\u00e9e sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre des Champs Elys\u00e9es en reprenant trois des r\u00f4les principaux (Cecilia Bartoli enfin de retour sur la sc\u00e8ne d&rsquo;un op\u00e9ra \u00e0 Paris, John Osborn qui avait vu d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 <em>Otello<\/em> en version de concert sur cette m\u00eame sc\u00e8ne, et Edgardo Rocha qui troque les habits du traitre Jago pour ceux de l&rsquo;amoureux Rodrigo), le DVD de la cr\u00e9ation de la production sort chez DECCA. Hasard du calendrier\u00a0? On peut en douter. Toujours est-il qu&rsquo;apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation, un grand nombre de spectateurs se sont s\u00fbrement pr\u00e9cipit\u00e9s sur cet enregistrement\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1029\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1029\" class=\"size-medium wp-image-1029\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello5-300x169.jpg\" alt=\"Acte I\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello5-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello5.jpg 643w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1029\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa p\u00e9riode napolitaine, Rossini disposait de trois grands t\u00e9nors pour lesquels il composa des op\u00e9ras leur permettant de s&rsquo;affronter dans des joutes lyriques \u00e9piques. Car si l&rsquo;<em>Otello<\/em> de Verdi regarde vers le v\u00e9risme dans les accents et les sentiments, celui de Rossini est pleinement marqu\u00e9 par le bel-canto\u00a0: les sentiments sont bien s\u00fbr exprim\u00e9s par le texte et la m\u00e9lodie, mais ce sont les vocalises, variations et aigus qui donnent toute la dimension \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0: elle repose donc \u00e9norm\u00e9ment sur la distribution pour que la magie op\u00e8re. \u0152uvre complexe \u00e0 monter, elle est grandiose lorsqu&rsquo;est r\u00e9unie une distribution capable de surmonter les d\u00e9fis de l&rsquo;\u00e9criture vocale et m\u00eame d&rsquo;y ajouter sa propre personnalit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_1032\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1032\" class=\"size-medium wp-image-1032\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello2-300x169.jpg\" alt=\"Acte II\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello2-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello2.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1032\" class=\"wp-caption-text\">Acte II<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leiser\/Caurier travaillent depuis plusieurs saisons avec Cecilia Bartoli avec des r\u00e9sultats variables sur les mises en sc\u00e8ne de nouvelles productions. Ici, la sobri\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;accentuation du racisme ambiant font merveille pour nous situer dans le drame. Pas de grand d\u00e9cor v\u00e9nitien brillant, mais une soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise des ann\u00e9es 60 soixante confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, cet homme admir\u00e9 de tous mais qui reste tout de m\u00eame une personne qu&rsquo;il ne faut pas fr\u00e9quenter de trop pr\u00e8s, qui doit rester une relation sans vraiment devenir un ami. Tout au long de l\u2019\u0153uvre on voit ce racisme silencieux, envers Otello comme envers le serviteur noir. Pour bien renforcer ce foss\u00e9 culturel et ce refus de l&rsquo;autre, les metteurs en sc\u00e8ne nous ont tr\u00e8s bien d\u00e9finit deux univers\u00a0: le palais du p\u00e8re de Desdemona avec la grande salle de r\u00e9ception ainsi que la chambre de la jeune fille (chambre loin du brillant des parties publiques)&#8230; et puis ce caf\u00e9 o\u00f9 on \u00e9coute du ra\u00ef en buvant de la bi\u00e8re, refuge d&rsquo;Otello. Dans ces d\u00e9cors, les metteurs en sc\u00e8ne peuvent se reposer sur des acteurs tr\u00e8s convaincants dans tous les r\u00f4les. Mais ce sont bien s\u00fbr les quatre principaux qui attirent tous les regards. Comment ne pas trembler devant ce Jago fringant, au sourire \u00e9clatant mais dont la fa\u00e7ade laisse entrevoir la noirceur d&rsquo;\u00e2me\u00a0? Ses interactions avec les autres personnages le montrent particuli\u00e8rement servile mais aussi insinuant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, toujours dangereux malgr\u00e9 les plus parfaites mani\u00e8res. Rodrigo est au contraire l&rsquo;exemple m\u00eame du personnage franc et bon. Bien s\u00fbr la jalousie le tiraille, mais il conserve toujours sa prestance et sa tristesse se lit dans chacune de ses actions. Otello n&rsquo;est pas trait\u00e9 comme un \u00eatre particuli\u00e8rement violent, et en accord avec le chant d&rsquo;Osborn c&rsquo;est plus un personnage d\u00e9chir\u00e9 et au final extr\u00eamement tourment\u00e9 qu&rsquo;un monstre de jalousie qui nous est montr\u00e9. Et enfin face \u00e0 ces trois hommes la belle Desdemona semble moins innocente et fragile qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude, se montrant au contraire particuli\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9e dans ses postures et ses gestes. A noter une id\u00e9e splendide de po\u00e9sie lors de l&rsquo;introduction de l&rsquo;air du Saule\u00a0: Desdemona \u00e9coute un vieux disque o\u00f9 on entend la harpe puis par un beau fondu c&rsquo;est la harpe de la fausse qui prend le relais. Cela nous fait entrer dans tout un monde de m\u00e9lancolie parfaitement ad\u00e9quat pour l&rsquo;air qui suit.<\/p>\n<div id=\"attachment_235\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-235\" class=\"wp-image-235 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello3-300x199.jpg\" alt=\"Acte III\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello3-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello3.jpg 591w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-235\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span lang=\"fr-FR\">On l&rsquo;a dit, l\u2019\u0153uvre demande beaucoup d&rsquo;inventivit\u00e9 et d&rsquo;implication chez les chanteurs. Mais le chef a la difficile tache de suivre les chanteurs, d&rsquo;impulser un rythme et un drame dans un orchestre qui pourrait vite tourner \u00e0 la fanfare entre les mains d&rsquo;un chef peu scrupuleux. Et ici, Muhai Tang fait un superbe travail \u00e0 la t\u00eate de La Scintilla, orchestre sur instrument d&rsquo;\u00e9poque de Zurich. Aucun point mort, pas de mollesse ou de fanfare. L&rsquo;orchestre r\u00e9pond avec pr\u00e9cision et finesse du fait des instruments.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques petits r\u00f4les se partagent les moments o\u00f9 les trois r\u00f4les principaux peuvent se reposer. Et chacun est ici tr\u00e8s bien tenu. On aurait pu esp\u00e9rer un Elmiro un peu plus noble et sonore, mais par contre Emilia et le Gondolier sont superbement tenus.<\/p>\n<div id=\"attachment_240\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello10.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-240\" class=\"wp-image-240 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello10-300x199.jpg\" alt=\"Acte II : Rodrigo (Edgardo Rocha)\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello10-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello10.jpg 880w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-240\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Rodrigo (Edgardo Rocha)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le r\u00f4le du traitre Jago, Edgardo Rocha surprend. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir entendu en Rodrigo sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre des Champs Elys\u00e9es, quelques doutes planaient\u00a0: comment une voix si belle allait rendre toute la sournoiserie de Jago\u00a0? Tout simplement en accentuant certains accents et en faisant confiance \u00e0 la partition et aux ornementations\u00a0! La voix conviendrait tr\u00e8s bien \u00e0 un jeune premier, mais la fa\u00e7on dont les variations sont construites, l\u2019insertion de sur-aigus tranchants et percutants&#8230; tout cela donne vie \u00e0 ce personnage retord sans avoir besoin de malmener le timbre ou l&rsquo;\u00e9mission. Dans chaque duo, le jeune t\u00e9nor n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 suivre ses fougueux partenaires dans les acrobaties les plus folles. Si la vocalise n&rsquo;est pas forc\u00e9ment tr\u00e8s pr\u00e9cise, l&rsquo;aigu est bien l\u00e0 et le chanteur se montre plein de promesse. L\u00e0 o\u00f9 les quelques petits faiblesse techniques rendaient son Rodrigo un peu en dessous par un manque d&rsquo;assurance et de risque, Jago ne souffre lui que tr\u00e8s peu de ces petits d\u00e9tails.<\/p>\n<div id=\"attachment_230\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello8.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-230\" class=\"wp-image-230 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Otello8-300x199.gif\" alt=\"Acte II : Desdemona (Cecilia Bartoli), Rodrigo (Javier Camarena)\" width=\"300\" height=\"199\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-230\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Desdemona (Cecilia Bartoli), Rodrigo (Javier Camarena)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rodrigo l&rsquo;amoureux est chant\u00e9 par un t\u00e9nor rossinien un peu ignor\u00e9 des maisons de disques&#8230; et pourtant qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier aux Florez ou Brownlee&#8230; Javier Camarena avait d\u00e9j\u00e0 fait forte impression dans la deuxi\u00e8me distribution de la <em>Donna del Lago<\/em> de Rossini \u00e0 Paris o\u00f9 il alternait avec Florez justement. Mais depuis 2010, la technique semble s&rsquo;\u00eatre affin\u00e9e sans pour autant que le chanteur perde cette rondeur dans le timbre et la folie des plus grands dans la prise de risque. Jamais effac\u00e9 alors que son personnage poss\u00e8de un psychologie moins d\u00e9monstrative que les deux autres t\u00e9nors, il tient t\u00eate avec panache et m\u00eame semble mener la bataille \u00e0 certains moments, cr\u00e9ant une \u00e9mulation b\u00e9n\u00e9fique avec son partenaire. Variations jubilatoires, sur-aigu assur\u00e9, vocalise pr\u00e9cise&#8230; et \u00e9motion dans le chant. Car en plus d&rsquo;une technique impressionnante et d&rsquo;une belle inventivit\u00e9, le chanteur est musicien et sait \u00e9mouvoir. Grande prestation pour un t\u00e9nor qui semble malheureusement ne pas int\u00e9resser les grandes maisons de disque alors qu&rsquo;on a l\u00e0 un interpr\u00e8te majeur de Rossini et du bel-canto en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_232\" style=\"width: 183px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello6.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-232\" class=\"wp-image-232 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello6-173x300.gif\" alt=\"Acte II : Otello (John Osborn)\" width=\"173\" height=\"300\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-232\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Otello (John Osborn)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8me et dernier t\u00e9nor, John Osborn reprend le r\u00f4le du Maure&#8230; et avec quel panache l\u00e0 encore\u00a0! Certains trouveront \u00e0 redire sur son ad\u00e9quation au r\u00f4le, prenant l&rsquo;interpr\u00e9tation de Chris Merritt comme un \u00e9talon en la mati\u00e8re. Mais si on \u00e9largi un peu le cadre et qu&rsquo;on se fie non pas \u00e0 des critiques subjectives de l&rsquo;\u00e9poque de la cr\u00e9ation mais \u00e0 notre ressenti, il est difficile de nier combien le t\u00e9nor am\u00e9ricain est majeur dans ce r\u00f4le actuellement. Le seul petit point faible serait un grave un peu \u00e9troit. Mais attention, ce grave est toujours sonore malgr\u00e9 tout, jamais forc\u00e9 ou grossi. Et dans le medium et le haut de la tessiture, Osborn se r\u00e9v\u00e8le impressionnant. Comme Camarena, il enchaine les prises de risques, variant vers des hauteurs tendues mais sans jamais faillir. D\u00e8s son air d&rsquo;entr\u00e9e, la reprise se montre bluffante d&rsquo;aisance\u00a0: la technique et la grammaire que convoque Rossini sont parfaitement ma\u00eetris\u00e9es pour notre plus grand plaisir. Malgr\u00e9 la lourdeur du r\u00f4le, la voix tient bien sans jamais s&rsquo;\u00e9conomiser, assurant un deuxi\u00e8me acte d\u00e9mentiel o\u00f9 chaque duo le voit rivaliser avec son interlocuteur sans jamais rien lui c\u00e9der dans le sur-aigu ou la vocalise. Et le dernier acte le montre meurtri et sobre, oubliant les fioritures pour se concentrer sur un drame juste et direct. T\u00e9nor qui monte, Osborn se montre \u00e0 chaque fois sous son meilleur jour, que ce soit chez Rossini (il a \u00e9t\u00e9 un Almaviva splendide), Meyerbeer (Raoul de grande eau \u00e0 Bruxelles dans la fameuse production d&rsquo;Olivier Py) ou Offenbach (Hoffmann magistral en concert dirig\u00e9 par Minkowski) il sait toujours trouver le ton juste, le style et la diction qui conviennent, jamais avare en risque couronn\u00e9s de succ\u00e8s. Et depuis maintenant quelques ann\u00e9es que le r\u00f4le du Maure (le plus lourd qu&rsquo;il poss\u00e8de \u00e0 son r\u00e9pertoire) le suit, la voix n&rsquo;\u00e9volue que tr\u00e8s peu et lui promet de bien belles aventures\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1030\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1030\" class=\"size-medium wp-image-1030\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello4-300x200.jpg\" alt=\"Acte III : Desdemona (Ceclia Bartoli)\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello4-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello4.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1030\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Desdemona (Ceclia Bartoli)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span lang=\"fr-FR\">Il fallait bien s\u00fbr garder celle pour qui le spectacle a \u00e9t\u00e9 repris sur la sc\u00e8ne parisienne\u00a0: Cecilia Bartoli. Dans les ann\u00e9es 90, c&rsquo;est avec Rossini et Mozart qu&rsquo;elle s&rsquo;est impos\u00e9e sur les sc\u00e8nes du monde entier. Puis elle alla explorer avec succ\u00e8s des r\u00e9pertoires moins valoris\u00e9s et va m\u00eame \u00eatre l&rsquo;une des premi\u00e8res \u00e0 lancer le retour de Vivaldi \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra. Depuis quelques ann\u00e9es, elle semble vouloir revenir vers ses premi<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\">r<\/span><span lang=\"fr-FR\">s<\/span><span lang=\"fr-FR\"> amours puisqu&rsquo;en plus de Stefani ou Haendel, elle ajoute des r\u00f4les romantiques \u00e0 son r\u00e9pertoire tels que Amina, Norma ou Clari. Si elle avait enregistr\u00e9 l&rsquo;air du Saule en r\u00e9cital, Desdemona ne faisait pas partie de ses r\u00f4les rossinien. Le pari \u00e9tait donc grand pour celle qui \u00e9tudie avec soin ses nouveaux r\u00f4les\u00a0: elle se frotte ici \u00e0 un r\u00f4le o\u00f9 les r\u00e9f\u00e9rences sont bien pr\u00e9sentes dans les oreilles de amateurs lyriques. D\u00e8s le premier acte qui ne lui conf\u00e8re pourtant que peu de moments pour briller, la mezzo italienne d\u00e9montre son ad\u00e9quation au compositeur mais aussi au r\u00f4le\u00a0! Sortant Desdemona d&rsquo;un image lumineuse et vaporeuse, elle impose au contraire une volont\u00e9 farouche par une vocalise ac\u00e9r\u00e9e, un vrai travail sur le texte et une tr\u00e8s grande implication sc\u00e9nique. Le deuxi\u00e8me acte la trouve tout autant volontaire et le final est une vraie d\u00e9monstration de pyrotechnie au service du drame. Mais le grand moment de Desdemona reste le troisi\u00e8me acte et on assiste l\u00e0 \u00e0 un moment de magie pure. Il a \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9 comment l&rsquo;air du Saule \u00e9tait introduit par la mise en sc\u00e8ne. Et toujours dans cette m\u00eame atmosph\u00e8re, Bartoli chante sur le fil, sans vibrato, d&rsquo;une puret\u00e9 ang\u00e9lique avec la retenue que le souvenir oblige. Le crescendo progressif est men\u00e9 de fa\u00e7on magistrale. L&rsquo;affrontement final avec Otello retrouve ce personnage volontaire qu&rsquo;elle a dessin\u00e9 tout au long de l\u2019\u0153uvre. Loin d&rsquo;\u00eatre une \u00ab\u00a0cr\u00e9ature de studio\u00a0\u00bb, Bartoli prouve ici et avec quel brio qu&rsquo;elle ne s&rsquo;est pas tourn\u00e9e vers le baroque afin de masquer des moyens d\u00e9clinants\u00a0: si le grave est un peu fabrique, le reste de la tessiture est sonore, riche en couleurs et la technique toujours aussi impressionnante.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_1033\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1033\" class=\"size-medium wp-image-1033\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello1-300x200.jpg\" alt=\"Acte III : Desdemona (Cecilia Bartoli), Otello (John Osborn)\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello1-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello1-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello1-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/otello1.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1033\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Desdemona (Cecilia Bartoli), Otello (John Osborn)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c9v\u00e8nement majeur dans la discographie rossinienne, la sortie de ce DVD immortalise de grandes personnalit\u00e9 dans les r\u00f4les cl\u00e9s, mais aussi un vrai travail d&rsquo;ensemble puisqu&rsquo;\u00e0 aucun moment il n&rsquo;y a de d\u00e9calage et de m\u00e9sentente musicale entre chacun des protagoniste. C&rsquo;est une vraie troupe de luxe qui interpr\u00e8te une partition exigeante pour notre plus grand plaisir. D\u00e9monstration que non, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du chant rossinien n&rsquo;est pas mort et que Ceclia Bartoli est toujours dans une forme olympique, cet enregistrement est tr\u00e8s pr\u00e9cieux. Apr\u00e8s l&rsquo;enregistrement passionnant de <em>Norma<\/em> qui retrouve le couple Bartoli\/Osborn, une production sc\u00e9nique a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e \u00e0 Salzbourg pour Leiser\/Caurier&#8230; esp\u00e9rons qu<\/span><span lang=\"fr-FR\">&lsquo;elle<\/span><span lang=\"fr-FR\"> conna\u00eetra les m\u00eames honneurs que cet <em>Otello<\/em> !<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><em><span style=\"font-style: normal;\">Gio<\/span><\/em><em><span style=\"font-style: normal;\">a<\/span><\/em><em><span style=\"font-style: normal;\">chino Rossini<\/span><\/em> (1792-1868), Otello<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Moshe Leiser, Patrice Caurier\u00a0; D\u00e9cors, Christian Fenouillat\u00a0; Costumes, Agostino Cavalca\u00a0; Lumi\u00e8res, Christophe Forey, Hans-Rudolf Kunz\u00a0; Dramaturgie, Konrad Kuhn<\/li>\n<li>Otello, John Osborn ; Desdemona, Cecilia Bartoli ; Elmiro, Peter Kalman ; Rodrigo, Javier Camarena ; Jago, Edgardo Rocha ; Emilia, Liliana Nikiteanu ; Doge di Venezia, Nicola Pamio ; Gondoliero, Ilker Arcay\u00fcrek<\/li>\n<li>Orchestre La Scintilla de l&rsquo;Op\u00e9ra de Zurich<\/li>\n<li>Choeur Suppl\u00e9mentaire de l&rsquo;Op\u00e9ra de Zurich<\/li>\n<li>Muhai Tang, direction<\/li>\n<li><span lang=\"en-GB\">1 DVD DECCA 074 3863. <\/span>Enregistr\u00e9 l&rsquo;Op\u00e9ra de Zurich, en Mars 2012<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Otello dans l&rsquo;op\u00e9ra, c&rsquo;est immanquablement celui de Verdi qui nous vient \u00e0 l&rsquo;esprit. 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