{"id":2251,"date":"2019-07-07T11:51:47","date_gmt":"2019-07-07T09:51:47","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2251"},"modified":"2019-07-07T11:52:13","modified_gmt":"2019-07-07T09:52:13","slug":"une-brillante-et-sombres-iphigenie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2251","title":{"rendered":"Une brillante et sombre Iphig\u00e9nie!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2251\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2252\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie1-202x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie1-202x300.jpg 202w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie1.jpg 674w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La saison derni\u00e8re, Robert Carsen avait mont\u00e9 <em>Orfeo ed Euridice<\/em> de Gluck\u2026 et il y a quelques ann\u00e9es il avait produit une mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<em>Elektra<\/em> de Strauss. Si la premi\u00e8re ne m&rsquo;est pas connue, la production de l&rsquo;ouvrage allemand \u00e9tait venue \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille et on retrouve ainsi des mani\u00e8res communes pour repr\u00e9senter cette histoire des Atrides. Bien s\u00fbr les ouvrages n&rsquo;ont pas les m\u00eames proportions, mais on retrouve une certaine ambiance antique. <em>Iphig\u00e9nie en Tauride<\/em> n&rsquo;est sans doute pas l&rsquo;op\u00e9ra le plus connu du compositeur mais il comporte certains des plus beaux airs de Gluck. Il fallait donc r\u00e9unir une distribution capable de rendre justice \u00e0 la musique\u2026 mais sans oublier le texte fran\u00e7ais qui se doit d&rsquo;\u00eatre parfaitement intelligible, h\u00e9ritant en cela de la trag\u00e9die lyrique de Rameau et de Lully. La distribution est donc quasiment enti\u00e8rement francophone en dehors de Pylade mais aussi du ch\u0153ur. En effet au lieu de faire appel \u00e0 un ensemble baroque fran\u00e7ais, c&rsquo;est le Balthasar-Neumann-Ensemble qui est dans la fosse tout comme le ch\u0153ur qui est donc allemand. Pourtant, le style est parfait et sonne m\u00eame particuli\u00e8rement engag\u00e9 et styl\u00e9!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;ouverture, on est frapp\u00e9 par le visuel ainsi que la sonorit\u00e9 de l&rsquo;orchestre. Les timbres des instruments sont aussi \u00e2pres que la visuel sinistre qui nous est pr\u00e9sent\u00e9. On retrouve un peu ce que <strong>Robert Carsen<\/strong> avait propos\u00e9 pour <em>Elektra<\/em> de Strauss : un grand espace gris ferm\u00e9. Ici pas de terre au sol mais par contre des parois qui suintent comme si elles \u00e9taient souill\u00e9es par le sang r\u00e9pandu. Tout comme pour <em>Elektra<\/em>, on retrouve le principe de multiplication de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne : de nombreuses femmes similaires \u00e0 Iphig\u00e9nie peuplent la sc\u00e8ne alors que le ch\u0153ur se retrouve rel\u00e9gu\u00e9 en fosse. Des silhouettes noires sur un d\u00e9cor noir qui ne s&rsquo;\u00e9clairera que lors du final. Si le principe est d\u00e9j\u00e0 vu, la r\u00e9alisation est par contre assez virtuose puisque la fusion entre sc\u00e8ne et fosse se fait imm\u00e9diatement, le spectateur ne cherchant que tr\u00e8s rarement d&rsquo;o\u00f9 vient la masse chorale. \u00c0 cela il faut aussi ajouter bien s\u00fbr une direction d&rsquo;acteurs parfaitement r\u00e9gl\u00e9e et des \u00e9clairages magnifiques. On retiendra longtemps cette immense ombre d&rsquo;Iphig\u00e9nie qui menace de son glaive Oreste. La simplicit\u00e9 des moyens est compens\u00e9e par l&rsquo;intelligence de la r\u00e9alisation.<\/p>\n<div id=\"attachment_2255\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2255\" class=\"wp-image-2255\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie6-300x181.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie6-300x181.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie6.jpg 688w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2255\" class=\"wp-caption-text\">Acte I<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l&rsquo;a dit plus haut, le <strong>Balthasar-Neumann-Ensemble<\/strong> est assez sid\u00e9rant dans son interpr\u00e9tation. Bien s\u00fbr ce r\u00e9pertoire ne lui est en rien \u00e9tranger mais tout de m\u00eame il est sid\u00e9rant de comparer avec l&rsquo;enregistrement des Musiciens du Louvre dirig\u00e9 par Marc Minkowski. Ces derniers sont consid\u00e9r\u00e9s comme des r\u00e9f\u00e9rences dans ce r\u00e9pertoire mais on entend un rendu beaucoup plus vari\u00e9 et vivant avec des vents plus sonores, des cordes tendues \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame\u2026 les couleurs sont ph\u00e9nom\u00e9nales et organis\u00e9es de main de ma\u00eetre par un <strong>Thomas Hengelbrock<\/strong> qui conna\u00eet parfaitement son Gluck. Lui qui peut diriger du baroque comme du Wagner (\u00e0 Bayreuth notamment pour un <em>Tannh\u00e4user<\/em> splendide), il nous montre combien on peut revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9pure apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les beaut\u00e9s du romantisme. On notera aussi l&rsquo;excellence du ch\u0153ur qui non seulement se montre parfait dans son interpr\u00e9tation mais aussi dans sa diction.<\/p>\n<div id=\"attachment_2258\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2258\" class=\"wp-image-2258\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie2-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie2-300x190.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie2-768x486.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie2.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2258\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Paolo Fanale (Pylade), St\u00e9phane Degout (Oreste)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les petits r\u00f4les sont loin d&rsquo;\u00eatre indignes mais ne marquent pas particuli\u00e8rement face au quatuor principal. Il faut dire que les individualit\u00e9s r\u00e9unies sont assez fortes. D\u00e9j\u00e0 pour le r\u00f4le finalement plus d\u00e9coratif que vraiment dramatique, <strong>Paolo Fanale<\/strong> d\u00e9montre non seulement une grande connaissance du style classique mais aussi une superbe ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise. Le seul non francophone r\u00e9alise un sans faute puisqu&rsquo;\u00e0 aucun moment il n&rsquo;est besoin de regarder les surtitres. \u00c0 cela s&rsquo;ajoute un timbre superbe et un art du chant qui donne tout son relief aux airs lents et \u00e9l\u00e9giaques qui lui sont propos\u00e9s. Face \u00e0 lui se trouve la violence du Thaos d&rsquo;<strong>Alexandre Duhamel<\/strong>. Le baryton ne cherche pas \u00e0 nuancer son chant, proposant au contraire un roi violent et puissant, capable de faire plier le peuple de sa simple voix. La ligne de chant s&rsquo;en retrouve du coup un peu violent\u00e9e par moments mais sans que jamais il ne franchisse les limites du beau chant. Le personnage s&rsquo;impose imm\u00e9diatement au spectateur qui ne peut que trembler face au tyran.<\/p>\n<div id=\"attachment_2257\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie8.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2257\" class=\"wp-image-2257\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie8-300x201.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie8-300x201.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie8-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie8.jpg 772w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2257\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : St\u00e9phane Degout (Oreste)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les vrais personnages du drame sont bien s\u00fbr Oreste et sa s\u0153ur, tous les deux frapp\u00e9s par le destin. Et le choix qui a \u00e9t\u00e9 fait pourrait surprendre tant les deux conceptions du chant de ces artistes sont diff\u00e9rents. <strong>St\u00e9phane Degout<\/strong> n&rsquo;a plus \u00e0 prouver son aisance \u00e0 dire le fran\u00e7ais et a le faire vivre et m\u00eame vibrer. Le timbre est certes un peu sec et tranchant, mais le chanteur est vraiment fascinant tant dans son jeu que son interpr\u00e9tation. Il poss\u00e8de un charisme qui frappe imm\u00e9diatement le spectateur d&rsquo;autant plus dans ces <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1772\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">r\u00f4les<\/a> de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2074\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">maudits<\/a> qui lui vont si bien. Il va donc tenir la sc\u00e8ne durant toute sa pr\u00e9sence en particulier dans les moments de cauchemar ou de grande douleur. <strong>Ga\u00eblle Arquez<\/strong> se montre toute aussi investie et prenante dramatiquement mais chez elle ce serait plut\u00f4t la voix qui frappe, cette fa\u00e7on de la plier a l&rsquo;expression m\u00eame si le texte est l\u00e9g\u00e8rement sacrifi\u00e9 parfois. En effet le texte n&rsquo;est pas forc\u00e9ment tr\u00e8s clair durant le premier acte par faute d&rsquo;une trop grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 vocale. Par la suite les mots seront plus clairs avec une voix qui semble plus compacte. Mais dans tous les cas, la chanteuse est totalement impliqu\u00e9e dans un r\u00f4le majeur mais aussi dans la mise en sc\u00e8ne qui lui demande beaucoup d&rsquo;investissement physique pour suivre les danseuses. Elle tient parfaitement le personnage sans outrance mais tout en sachant mettre ce qu&rsquo;il faut de tension. Prestation impressionnante car ces personnages tragiques sont vraiment complexes dans les \u00e9clats ou les sentiments conflictuels. Tout ici est parfaitement v\u00e9cu!<\/p>\n<div id=\"attachment_2256\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie7.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2256\" class=\"wp-image-2256\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie7-300x201.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie7-300x201.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie7-768x513.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie7.jpg 772w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2256\" class=\"wp-caption-text\">Acte II : Ga\u00eblle Arquez (Iphig\u00e9nie)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intelligence de la mise en sc\u00e8ne ainsi que la qualit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution nous a donn\u00e9 \u00e0 entendre dans de magnifiques conditions l&rsquo;un des op\u00e9ras majeurs de Gluck. La distribution de cette <em>Iphig\u00e9nie en Tauride<\/em> est magnifique mais c&rsquo;est peut-\u00eatre le Balthasar-Neumann-Ensemble et la direction de Thomas Hengelbrock qui seront le plus longtemps dans les m\u00e9moires! Elles sont en parfait accord avec la pi\u00e8ce et la mise en sc\u00e8ne de Robert Carsen.<\/p>\n<div id=\"attachment_2253\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2253\" class=\"wp-image-2253\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie3-300x194.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"323\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie3-300x194.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie3-768x496.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/iphigenie3.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2253\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Ga\u00eblle Arquez (Iphig\u00e9nie), St\u00e9phane Degout (Oreste)<\/p><\/div>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/li>\n<li>26 juin 2019<\/li>\n<li>Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Iphig\u00e9nie en Tauride, op\u00e9ra en quatre actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne et lumi\u00e8res, Robert Carsen ; Metteur en sc\u00e8ne associ\u00e9, Christophe Gayral ; Chor\u00e9graphie, Philippe Giraudeau ; D\u00e9cors et costumes, Tobias Hoheisel ; Lumi\u00e8res, Peter van Praet<\/li>\n<li>Iphig\u00e9nie, Ga\u00eblle Arquez ; Oreste, St\u00e9phane Degout ; Pylade, Paolo Fanale ; Thoas, Alexandre Duhamel ; Diane \/ Seconde Pr\u00eatresse, Catherine Trottmann ; un Scythe, Francesco Salvadori ; Premi\u00e8re Pr\u00eatresse \/ Femme grecque, Charlotte Despaux ; un Ministre du Sanctuaire, Victor Sicard<\/li>\n<li>Balthasar-Neumann-Chor<\/li>\n<li>Balthasar-Neumann-Ensemble<\/li>\n<li>Thomas Hengelbrock, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La saison derni\u00e8re, Robert Carsen avait mont\u00e9 Orfeo ed Euridice de Gluck\u2026 et il y a quelques ann\u00e9es il avait produit une mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Elektra de Strauss. 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