{"id":2238,"date":"2019-05-21T23:25:07","date_gmt":"2019-05-21T21:25:07","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2238"},"modified":"2019-05-21T23:25:07","modified_gmt":"2019-05-21T21:25:07","slug":"manon-a-lopera-comique-petibon-minkowski-et-py-au-service-de-massenet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2238","title":{"rendered":"Manon \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique : Petibon, Minkowski et Py au service de Massenet"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2238\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2237\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_13_bis-209x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"431\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_13_bis-209x300.jpg 209w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_13_bis.jpg 347w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En 1990, la <em>Manon<\/em> de Massenet \u00e9tait mont\u00e9e pour la derni\u00e8re fois sur les planches de la Salle Favart. Alors que c\u2019est le deuxi\u00e8me op\u00e9ra le plus jou\u00e9 de l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre, alors que sa statue salue l\u2019arriv\u00e9e des spectateurs aux c\u00f4t\u00e9s de Carmen, alors que le plafond de la salle lui rend hommage\u2026 il aura fallu presque trente ans pour que l\u2019on retrouve enfin cette h\u00e9ro\u00efne de Massenet. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait Leontina Vaduva qui \u00e9mouvait le public\u2026 en cette ann\u00e9e 2019 ce sera Patricia Petibon. Bien s\u00fbr, il \u00e9tait possible entre temps de voir <em>Manon<\/em> sur les sc\u00e8nes de l\u2019Op\u00e9ra de Paris : en 1997 \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e une production de Gilbert Deflo o\u00f9 ont triomph\u00e9s Ren\u00e9e Fleming, Richard Leech, Leontina Vaduva (encore !), l\u2019\u00e9toile filante Alexia Cousin, Roberto Alagna, Rolando Villazon, Marcello Alvarez\u2026 pour ne rester que dans les deux r\u00f4les principaux. Et puis il est difficile d\u2019oublier la sinistre production de Coline Serreau en 2012, qui devait \u00eatre la participation de l\u2019Op\u00e9ra de Paris \u00e0 l\u2019ann\u00e9e du centenaire de la mort de Jules Massenet. Mais entre une mise en sc\u00e8ne inint\u00e9ressante qui ne prenait jamais l\u2019ouvrage au s\u00e9rieux et une Natalie Dessay en grande difficult\u00e9\u2026 le souvenir n\u2019est pas fameux ! Ici, c\u2019est toute aur\u00e9ol\u00e9e des triomphes de Gen\u00e8ve (avec Petibon) et Bordeaux (avec Minkowski) que nous arrive la production d\u2019Olivier Py, avec une distribution des plus all\u00e9chantes !<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partition de Jules Massenet se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Entre Auber et Puccini dirait-on tant d\u2019un point de vue temporel que dans le style. Le premier avait propos\u00e9 un spectacle assez l\u00e9ger, souvent plus divertissant que dramatique en dehors d\u2019une derni\u00e8re sc\u00e8ne assez troublante dans un tel contexte. Puccini lui nous offre une vision pleine de passion et de drame, proche du v\u00e9risme l\u00e0 o\u00f9 Auber \u00e9tait beaucoup plus pr\u00e9cieux. La vocalit\u00e9 est de m\u00eame entre ces deux ouvrages : la premi\u00e8re Manon fran\u00e7aise demande un soprano l\u00e9ger, la Manon italienne demande une grand soprano lyrique\u2026 et Massenet semble h\u00e9siter entre les deux tant il demande \u00e0 son interpr\u00e8te des qualit\u00e9s larges entre l\u2019air du Cours la Reine et la sc\u00e8ne de Saint-Sulpice o\u00f9 le lyrisme est \u00e0 son paroxysme. Quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, on comprend que le r\u00f4le ait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 au d\u00e9but pour Marie Heilbron qui triomphait alors dans le r\u00f4le de Violetta de <em>La Traviata<\/em> : on retrouve presque la m\u00eame \u00e9tendue d\u2019expression chez Massenet que chez Verdi. Le style d\u2019\u00e9criture de Massenet aussi h\u00e9site entre la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 fran\u00e7aise de certains passages qui ne sont pas sans rappeler Auber\u2026 et les grands \u00e9panchements romantiques que donnera Puccini par la suite. Les premiers actes nous montrent une Manon enfantine, \u00e9blouie puis amoureuse, mais aussi frivole\u2026 le troisi\u00e8me voit la femme \u00e9clore avec cette assurance mais aussi cette passion pour son Des Grieux. La suite la montrera plus dramatique avec bien s\u00fbr un final qui ne peut qu\u2019\u00e9mouvoir les spectateurs. Le compositeur se permet quelques pastiches forts bienvenus au troisi\u00e8me acte \u00e0 Cours le Reine, rappelant ainsi que le drame se passe apr\u00e8s la mort de Louis XIV. Mais Massenet nous offre encore un autre \u00ab entre-deux \u00bb dans sa partition. Alors que l\u2019op\u00e9ra-comique r\u00e9clamait \u00e0 l\u2019origine des dialogues parl\u00e9s, cette r\u00e8gle a \u00e9t\u00e9 abolie en 1884. Mais pour conserver ce ton si typique de la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra-Comique, il a l\u2019id\u00e9e ing\u00e9nieuse d\u2019utiliser le m\u00e9lodrame. Si les chanteurs parlent toujours, la musique elle ne s\u2019arr\u00eate jamais durant tout le spectacle, pr\u00e9figurant en quelque sorte la grande continuit\u00e9 de Puccini.<\/p>\n<div id=\"attachment_2235\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2235\" class=\"wp-image-2235\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3-300x197.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3-300x197.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3-768x505.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_3.jpg 1216w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2235\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Jean-S\u00e9bastien Bou (Lescaut), Patricia Petibon (Manon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne fallait pas attendre d\u2019<strong>Olivier Py<\/strong> une lecture totalement fid\u00e8le \u00e0 l\u2019ouvrage. D\u00e9j\u00e0, la transposition dans les ann\u00e9es cinquante nous donne une vision un peu diff\u00e9rente de cette pr\u00e9ciosit\u00e9 qu\u2019on associe \u00e0 la pi\u00e8ce. Mais surtout, le d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra est beaucoup plus dur et sordide que ce qui est indiqu\u00e9. Se rapprochant de la violence d\u00e9crite par l\u2019Abb\u00e9 Pr\u00e9vost, nous d\u00e9couvrons non pas des coquettes mais bien des prostitu\u00e9es donc Lescaut est non seulement un client fid\u00e8le, mais peut-\u00eatre m\u00eame aussi un prox\u00e9n\u00e8te. En effet, lorsqu\u2019il accueil Manon, c\u2019est pour la mener dans cette maison de passe o\u00f9 la jeune fille semble comme perdue puis r\u00e9sign\u00e9e. Son discours se coule parfaitement avec ce que l\u2019on voit, certaines expressions pouvant \u00eatre prises pour un second degr\u00e9 et l\u2019on croit \u00e0 cette fragile enfant qui se trouve propuls\u00e9e sous les mains avides d\u2019hommes. L\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9calage se voit le plus est justement dans le personnage de Lescaut qui pour Massenet n\u2019est certes pas un ange de vertu, mais prot\u00e8ge tout de m\u00eame sa cousine. Aussi, certains de ses conseils semblent totalement en opposition avec la vie dans laquelle il la propulse. Mais une fois pass\u00e9 cette \u00e9tape, l\u2019histoire se d\u00e9roule parfaitement avec un grand renversement durant la sc\u00e8ne de Saint-Sulpice. Si avant on sentait que la jeune femme s\u2019amusait, elle devient alors la vraie ma\u00eetresse de son destin, jouant de ses charmes pour arracher son amant \u00e0 l\u2019\u00e9glise, le poussant \u00e0 jouer\u2026 et finalement elle retrouve toute sa puret\u00e9 en fin d\u2019op\u00e9ra alors que justement Des Grieux a \u00e9t\u00e9 lui perverti et ne peut la voir que par\u00e9e de bijoux, l\u2019\u00e9crasant m\u00eame sous ce luxe dont elle se passerait bien. Le parcours de Manon est parfaitement dessin\u00e9 avec un final en apoth\u00e9ose alors qu\u2019elle est pass\u00e9e par de nombreux \u00e9tats. Si la na\u00efvet\u00e9 des d\u00e9buts est rapidement gomm\u00e9e chez Py, le parcours est tout de m\u00eame bien l\u00e0 car le r\u00e9signement initial est le m\u00eame : r\u00e9signement \u00e0 entrer au couvent pour Massenet, r\u00e9signement \u00e0 devenir une prostitu\u00e9e pour Py. Les d\u00e9cors sont tr\u00e8s sombres mais les \u00e9clairages magnifiques nous offrent de superbes images. Et puis il faut saluer le travail de <strong>Pierre-Andr\u00e9 Weitz<\/strong> qui retrouve ici le principe qu\u2019il avait d\u00e9ploy\u00e9 pour <em>Les Huguenots<\/em> \u00e0 Bruxelles : des \u00e9l\u00e9ments mobiles qui se d\u00e9ploient depuis les coulisses pour former une rue ou une salle, permettant de jouer sur la profondeur comme la largeur de la sc\u00e8ne. Le dispositif est ing\u00e9nieux et parfaitement utilis\u00e9 ! Enfin, il faut rappeler le grand talent d\u2019Olivier Py pour diriger ses acteurs, faisant d\u2019eux de vrais personnages d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre poss\u00e9d\u00e9s, sans que jamais l\u2019on ne les voit jouer. La palme revient bien s\u00fbr \u00e0 Patricia Petibon, mais chacun est totalement impliqu\u00e9 dans une direction d\u2019acteurs tr\u00e8s fine et bienvenue. On pourra regretter quelques sc\u00e8nes choquantes sans qu\u2019elles ne soient n\u00e9cessaires, mais le spectacle est vraiment tr\u00e8s fort.<\/p>\n<div id=\"attachment_2229\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2229\" class=\"wp-image-2229\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_4.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2229\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun (Des Grieux), Patricia Petibon (Manon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre musical est <strong>Marc Minkowski<\/strong>. D\u00e9j\u00e0 on peut voir sa touche dans la distribution r\u00e9unie, allant puiser chez des chanteurs qui ont l\u2019habitude de Mozart voir m\u00eame de la trag\u00e9die lyrique pour beaucoup des r\u00f4les principaux. Mais il y a aussi bien s\u00fbr le choix de l\u2019orchestre des <strong>Musiciens du Louvre<\/strong> qui jouent sur instruments d\u2019\u00e9poque, donnant ainsi une couleur toute particuli\u00e8re \u00e0 la partition de Jules Massenet. Tout comme pour <em>Cendrillon<\/em> donn\u00e9 ici par le m\u00eame chef il y a maintenant huit ans, la partition regarde vers la musique ancienne et nous gagnons encore plus de couleurs baroques par petites touches. Minkowski accentue peut-\u00eatre aussi ces moments comme le ballet du troisi\u00e8me acte bien s\u00fbr. Mais sa direction est vraiment passionnante car elle enl\u00e8ve tout c\u00f4t\u00e9 sucr\u00e9 sans pour autant ass\u00e9cher la partition. Il lui donne tous ses rebonds et toute sa verve, faisant sonner avec beaucoup de vie les moments solistes o\u00f9 les couleurs des instruments brillent, sachant insuffler la passion qui d\u00e9vore Manon. Le <strong>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra de Bordeaux<\/strong> se montre tr\u00e8s impliqu\u00e9 mais manque parfois un peu d\u2019ensemble notamment chez ces dames.<\/p>\n<div id=\"attachment_2230\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2230\" class=\"wp-image-2230\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7-768x510.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7-1024x680.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_7.jpg 1204w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2230\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Damien Bigourdan (Guillot), Jean-S\u00e9bastien Bou (Lescaut), Patricia Petibon (Manon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ouvrage de Massenet demande de nombreux petits r\u00f4les et malgr\u00e9 leurs bri\u00e8vet\u00e9s, ils sont tous parfaitement tenus avec entre autre un Bretigny de <strong>Philippe Est\u00e8phe<\/strong> jeune et loin du vieux barbon libidineux qu\u2019on entend trop souvent. Le Guillot de <strong>Damien Bigourdan<\/strong> impressionne par la puissance de la voix et si le timbre est assez nasal, il convient parfaitement au personnage. Grotesque mais aussi inqui\u00e9tant, le t\u00e9nor sait parfaitement doser ses insinuations et sa violence pour sortir le personnage de l\u2019idiot et montrer qu\u2019il est aussi un pervers qui prend un plaisir manifeste \u00e0 voir les deux amants emport\u00e9s par la police dans la sc\u00e8ne de l\u2019H\u00f4tel de Transylvanie. Il faut saluer le travail des trois jeunes femmes aux m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res incarn\u00e9es par <strong>Olivia Doray<\/strong>, <strong>Ad\u00e8le Charvet<\/strong> et <strong>Marion Leb\u00e8gue<\/strong>. V\u00eatues en prostitu\u00e9es, elles n\u2019ont pas la fra\u00eecheur que l\u2019on peut voir ailleurs, mais elles ne sont pas pour autant trop vulgaire car le chant lui reste tr\u00e8s tenu et parfaitement juste. Il est par contre tr\u00e8s \u00e9trange de trouver Marion Leb\u00e8gue dans un si petit r\u00f4le\u2026 elle qui triomphait la saison pr\u00e9c\u00e9dente dans le r\u00f4le-titre de <em>La Nonne Sanglante<\/em> sur cette m\u00eame <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1887\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">sc\u00e8ne<\/a> se retrouve \u00e0 jouer les utilit\u00e9s\u2026 heureusement elle sera t\u00eate d\u2019affiche pour <em>Madame Favart<\/em> en juin !<\/p>\n<div id=\"attachment_2232\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2232\" class=\"wp-image-2232\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9-768x510.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9-1024x680.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_9.jpg 1205w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2232\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun (Des Grieux)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apparition du Comte Des Grieux est magnifique. Le personnage est l\u2019incarnation de l\u2019ordre moral au milieu de cet univers aux m\u0153urs dissolues. Il est la droiture quasi violente malgr\u00e9 la tendresse qu\u2019il \u00e9prouve pour son fils. <strong>Laurent Alvaro<\/strong> lui offre tout le bronze de sa voix, aussi \u00e0 l\u2019aise dans les graves parfaitement ronds que dans les phrases plus hautes o\u00f9 l\u2019all\u00e8gement fait merveille. Son air adress\u00e9 \u00e0 son fils \u00e0 Saint-Sulpice bien s\u00fbr marque les esprits, mais aussi ses interventions avant et apr\u00e8s o\u00f9 il tranche singuli\u00e8rement avec les autres protagonistes. Son oppos\u00e9 est bien s\u00fbr Lescaut, incarn\u00e9 par un <strong>Jean-S\u00e9bastien Bou<\/strong> qui semble prendre beaucoup de plaisir \u00e0 jouer les canailles, voir m\u00eame les prox\u00e9n\u00e8tes par moments\u00a0! En lui donnait ce r\u00f4le, Olivier Py en fait un personnage vraiment majeur de l\u2019ouvrage. Il est celui qui pousse toujours Manon plus bas, l\u2019enfermant \u00e0 son arriv\u00e9e dans un h\u00f4tel de passe, la brutalisant et ainsi lui enlevant tout espoir d\u2019une autre vie. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ouvrage le veut plus gentiment arrangeur d\u2019un mariage avec Br\u00e9tigny, il est ici au contraire celui qui fera tout pour que Manon soit toujours sa chose avant de vouloir l\u2019abandonner sur la route du Havre. Et la voix claire et claquante du baryton convient parfaitement. Bien s\u00fbr on retrouve toutes les qualit\u00e9s de chant et de diction de celui qui est l\u2019un des plus grands barytons fran\u00e7ais actuel. Mais il y a aussi toute cette ironie qu\u2019il donne, n\u00e9cessaire pour faire passer au second degr\u00e9 des conseils nobles, d\u00e9tournant en cela le texte comme le souhaite Olivier Py. Sa prestation est remarquable.<\/p>\n<div id=\"attachment_2231\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2231\" class=\"wp-image-2231\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_8.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2231\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun (Des Grieux), Laurent Alvaro (Le Comte Des Grieux)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun<\/strong> est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une belle r\u00e9putation, forg\u00e9e par de tr\u00e8s belles prestations dans le r\u00e9pertoire fran\u00e7ais, qu\u2019il soit romantique ou baroque. Ainsi, il avait propos\u00e9 une splendide G\u00e9rald dans <em>Lakm\u00e9<\/em> face \u00e0 Sabine Devieilhe ici-m\u00eame, ou encore un tr\u00e8s beau <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1104\">Sabatino<\/a> dans la <em>Proserpine<\/em> de Saint-Sa\u00ebns. Les ann\u00e9es passent et la voix ne semble que peu bouger. Le timbre est un peu plus sombre et l\u2019aigu un peu moins ais\u00e9, mais il reste cet art des nuances et ce sens du texte qui font tout le prix de ses prestations. Son Des Grieux s\u2019impose imm\u00e9diatement par sa fougue et sa jeunesse, sa noblesse aussi irradie au d\u00e9but et si son comportement le voit plonger dans les ab\u00eemes, il reste d\u2019une grande noblesse de chant m\u00eame dans le dernier acte o\u00f9 certains pourraient au contraire vouloir apporter plus de pathos. Ici tout est parfaitement styl\u00e9. Et comment ne pas tomber \u00e0 genoux face \u00e0 ce d\u00e9chirement int\u00e9rieur qui le voit lutter contre Manon \u00e0 Saint-Sulpice ? Nous sommes ici face \u00e0 un t\u00e9nor majeur dans ce r\u00e9pertoire romantique de demi-caract\u00e8re. Si la production avait vu auparavant Bernard Richter et Benjamin Bernheim, Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun est a priori beaucoup plus \u00e0 m\u00eame de rendre \u00e0 la fois la douceur amoureuse mais aussi la douleur du personnage. Bien s\u00fbr ses devanciers devaient \u00eatre tr\u00e8s bien, mais ils n\u2019arrivent que rarement \u00e0 fendre l\u2019armure d\u2019un chant tr\u00e8s h\u00e9ro\u00efque pour le premier ou un peu plat pour le second. Nous avons ici la parfaite mesure entre drame et respect du style.<\/p>\n<div id=\"attachment_2233\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2233\" class=\"wp-image-2233\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_10.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2233\" class=\"wp-caption-text\">Acte III : Patricia Petibon (Manon), Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun (Des Grieux)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas de Manon est complexe d\u00e9j\u00e0 par l\u2019\u00e9tendue du r\u00f4le qui demande beaucoup d\u2019\u00e9tats diff\u00e9rents. Mais il y a aussi le cas de <strong>Patricia Petibon<\/strong>. Disons-le tout de suite, elle est passionnante et miraculeuse dans cette Manon vue par Olivier Py. Apr\u00e8s, serait-elle une Manon dans une production plus traditionnelle\u00a0? Peut-\u00eatre pas. Les limites se trouvent dans le timbre de la voix qui peine \u00e0 nous montrer une jeune fille irr\u00e9fl\u00e9chie au premier acte ou amoureuse au deuxi\u00e8me. La soprano montre imm\u00e9diatement un personnage tragique, collant en cela parfaitement avec le parti pris de la mise en sc\u00e8ne. De m\u00eame dans le grand air du Cours la Reine, la voix manque un peu de brillant pour jouer les coquettes irr\u00e9fl\u00e9chies. Attention, la partition est parfaitement ma\u00eetris\u00e9e et on entend toujours les notes voulues par Massenet. Mais les aigus sont un peu tir\u00e9s en d\u00e9but de soir\u00e9e. Et si la voix convient parfaitement pour montrer les douleurs de Manon ou ses c\u00f4t\u00e9s les plus viles, il lui manque la face lumineuse et mutine. Elle compense en proposant un portrait d\u00e9chirant et superbe d\u2019une h\u00e9ro\u00efne tragique qui se voit enferm\u00e9e dans un monde o\u00f9 elle commence par vivre par obligation avant de se voir pervertir. Les nuances sont magistrales et le texte rendu avec une grande intelligence. Les adieux \u00e0 Des Grieux sont d\u00e9chirants et sa sensibilit\u00e9 ferait presque oublier que nous sommes face \u00e0 l\u2019un des airs (\u00ab\u00a0Adieux, notre petite table\u00a0\u00bb) les plus connus du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais. La transformation de Manon est particuli\u00e8rement sensible dans l\u2019acte de Saint-Sulpice encore une fois o\u00f9 la voix se d\u00e9ploie toute enti\u00e8re, suppliante, capiteuse et s\u00e9duisante. Le personnage de femme fatale est enfin complet et la ma\u00eetresse femme qui suit est parfaitement rendue. Le dernier acte est un moment magique car en nuan\u00e7ant \u00e0 l\u2019extr\u00eame, on retrouve presque la Manon des premi\u00e8res phrases, comme si d\u00e9pouill\u00e9e de toute richesse et mourante, elle nous montrait son vrai visage de jeune fille, malgr\u00e9 les parures lourdes dont la comble un Des Grieux en guenilles. La voix trouve un souffle, une musicalit\u00e9\u2026 tout est d\u2019une simplicit\u00e9 parfaite vers une agonie apais\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_2234\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2234\" class=\"wp-image-2234\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12-300x199.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12-768x510.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12-1024x680.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Manon_Py_12.jpg 1204w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2234\" class=\"wp-caption-text\">Acte V : Patricia Petibon (Manon), Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun (Des Grieux)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>Manon<\/em> de Massenet se r\u00e9v\u00e8le ici plus sombre et noire qu\u2019\u00e0 l\u2019habitude. Les choix d\u2019Olivier Py bien s\u00fbr, mais aussi les choix musicaux qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s par exemple une Manon tragique de timbre \u00e0 la jeune fille habituelle. Si les partis pris du metteur en sc\u00e8ne ont choqu\u00e9 une partie du public, il faut avouer que le spectacle est tr\u00e8s fort et l\u2019on ne regrette que quelques apparitions un peu vulgaires qui n\u2019\u00e9taient finalement pas n\u00e9cessaires. Le reste de la production est vraiment passionnant dramatiquement. Marc Minkowski a r\u00e9uni une distribution sans aucun point faible, tous particuli\u00e8rement impliqu\u00e9s dans le texte et le drame. On ressort boulevers\u00e9 devant cette <em>Manon<\/em> qui efface enfin la triste prestation de Natalie Dessay \u00e0 Bastille il y a quelques ann\u00e9es. La saison prochaine verra une nouvelle production \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Sans doute moins subversive, esp\u00e9rons qu\u2019elle sera toute aussi r\u00e9ussie !<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Op\u00e9ra-Comique<\/li>\n<li>7 mai 2019<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Manon, op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Olivier Py ; Sc\u00e9nographie \/ d\u00e9cors \/ costumes, Pierre-Andr\u00e9 Weitz ; Lumi\u00e8res, Bertrand Killy ; Chor\u00e9graphie, Daniel Izzo<\/li>\n<li>Manon, Patricia Petibon ; Le Chevalier Des Grieux, Fr\u00e9d\u00e9ric Antoun ; Lescaut, Jean-S\u00e9bastien Bou ; Guillot de Morfontaine, Damien Bigourdan ; Monsieur de Br\u00e9tigny, Philippe Est\u00e8phe ; Le Comte Des Grieux, Laurent Alvaro ; Poussette, Olivia Doray ; Javotte, Ad\u00e8le Charvet ; Rosette, Marion Leb\u00e8gue ; Les deux gardes, Piette Guillon \/ Lo\u00efck Cassin ; L\u2019H\u00f4telier, Antoine Foulon<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra National de Bordeaux<\/li>\n<li>Les Musiciens du Louvre<\/li>\n<li>Mark Minkowski, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1990, la Manon de Massenet \u00e9tait mont\u00e9e pour la derni\u00e8re fois sur les planches de la Salle Favart. 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