{"id":2047,"date":"2018-11-25T00:47:39","date_gmt":"2018-11-24T23:47:39","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2047"},"modified":"2018-11-25T00:47:56","modified_gmt":"2018-11-24T23:47:56","slug":"une-autre-grand-rossini-a-marseille-une-donna-del-lago-splendide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2047","title":{"rendered":"Un autre grand Rossini \u00e0 Marseille : une <i>Donna del Lago<\/i> splendide!"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2047\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2051\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille3-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille3-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille3.jpg 667w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En fin de saison 2009\/2010, l\u2019Op\u00e9ra National de Paris donnait une nouvelle production de <em>La Donna del Lago<\/em> au palais Garnier, offrant au public l\u2019occasion de d\u00e9couvrir une partition majeure de Rossini dans deux distributions de haute vol\u00e9e\u2026 Dans un premier temps, Joyce DiDonato et Juan Diego Florez partageaient la t\u00eate d\u2019affiche avec Daniela Barcelona et Colin Lee\u2026 puis les deux r\u00f4les principaux \u00e9taient remplac\u00e9s par Karine Deshayes et Javier Camarena. Dans tous les cas, le spectacle musical \u00e9tait au rendez-vous, que ce soit pour les grandes stars ou les jeunes voix en promesse\u2026 Voici qu\u2019en 2018, l\u2019Op\u00e9ra de Marseille redonne l\u2019ouvrage\u2026 et l\u2019on retrouve justement Karine Deshayes dans le r\u00f4le principal pour quatre repr\u00e9sentations en version de concert. Autour d\u2019elle, de jeunes chanteurs qui ont d\u00e9j\u00e0 fait leur preuves dans ce r\u00e9pertoire\u00a0: Varduhi Abrahamyan qui chanta Arsace dans <em>Semiramide<\/em> ici m\u00eame il y a quelques <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=624\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">saisons<\/a>, Edgardo Rocha qui a \u00e9t\u00e9 adoub\u00e9 par Cecilia Bartoli dans des r\u00f4les de Rodrigo et Iago dans <em>Otello<\/em> et bien s\u00fbr Enea Scala dans le spectaculaire <em>Ermione<\/em> qui r\u00e9unissait Michael Spyres, Dmitry Korchak et Angela Meade sous la direction d\u2019Alberto Zedda. Une superbe distribution donc pour ce concert de Marseille\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 en 1819, soit quatre ans avant <em>Semiramide<\/em>, <em>La Donna del Lago<\/em> demande deux chanteuses du m\u00eame gabarit vocal, mais par contre deux t\u00e9nors forts diff\u00e9renci\u00e9s contrairement au seul Idreno\u00a0: le r\u00f4le de Giacomo compos\u00e9 pour Giovanni David est dans la lign\u00e9e des t\u00e9nors gracieux, \u00e0 l\u2019aigu ais\u00e9 et la vocalise l\u00e9g\u00e8re. Vient ensuite Rodrigo qui est le baryt\u00e9nor compos\u00e9 par Andrea Nozzari\u2026 Ce r\u00f4le est particuli\u00e8rement difficile \u00e0 distribuer car il demande une tessiture extr\u00eamement large, allant des notes de baryton jusqu\u2019au contre-ut du t\u00e9nor. R\u00e9unir ces deux t\u00e9nors est d\u00e9j\u00e0 un beau travail car ils ne sont pas l\u00e9gions \u00e0 pouvoir affronter les lignes et les vocalises demand\u00e9es par Rossini. Mais il faut aussi r\u00e9unir une soprano (ou mezzo) qui pourra reprendre le r\u00f4le d\u2019Elena pens\u00e9 pour Isabella Colbran et donc l\u00e0 encore oser affronter la tessiture tr\u00e8s large ainsi que l\u2019\u00e9criture tr\u00e8s virtuose. Et enfin, le contralto rossinien typique avec les graves tenus ainsi qu\u2019une aisance dans l\u2019aigu, sachant qu\u2019il faut balayer tout cet ambitus par de nombreuses coloratures et variations. Mais si pour tous ces r\u00f4les il faut poss\u00e9der la technique et la tessiture large, il faut aussi conna\u00eetre la grammaire et la style n\u00e9cessaire pour varier les reprises et les variations en ad\u00e9quation avec ce que pensait Rossini. Bien s\u00fbr le chef peut aider \u00e0 \u00e9crire ces coloratures, mais l\u2019ex\u00e9cution en revient aux chanteurs qui se doivent de les adapter \u00e0 leur voix et de les r\u00e9aliser de la meilleure des mani\u00e8res en concert.<\/p>\n<div id=\"attachment_2052\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille4.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2052\" class=\"wp-image-2052\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille4-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille4-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille4-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille4.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2052\" class=\"wp-caption-text\">Karine Deshayes (Elena), Nicola Ulivieri (Douglas)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire est somme tout assez simple\u00a0: dans les Highlands, Elena aime un homme (Malcolm), est aim\u00e9e par un roi (Giacomo\/Uberto) et son p\u00e8re souhaite qu\u2019elle en \u00e9pouse un troisi\u00e8me (Rodrigo). Bien s\u00fbr, tout se termine bien avec Elena qui \u00e9pouse l\u2019homme qu\u2019elle aime gr\u00e2ce au roi magnanime qui en plus absout le p\u00e8re qui avait \u00e9t\u00e9 rebelle. Finalement, il n\u2019y a que pour le pauvre Rodrigo que tout se termine mal, puisqu\u2019il meurt\u2026 mais le librestiste semble peu s\u2019en soucier \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s son entr\u00e9e triomphante et l\u2019affrontement avec Giacomo, il disparait totalement\u00a0! De nombreux airs pars\u00e8ment la partition bien s\u00fbr, mais aussi un trio formidable entre les deux t\u00e9nors et Elena\u2026 et puis de nombreux duos magnifiques o\u00f9 chacune des voix se r\u00e9pondent, s\u2019affrontent o\u00f9 s\u2019allient\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2048\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille8.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2048\" class=\"wp-image-2048\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille8-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille8-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille8-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille8.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2048\" class=\"wp-caption-text\">Jos\u00e9 Miguel P\u00e9rez-Sierra<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme pour <em>Semiramide<\/em>, les forces de l\u2019Op\u00e9ra de Marseille servent plut\u00f4t bien la musique de Rossini. Bien s\u00fbr, on a entendu des orchestres plus <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1618\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">fins<\/a> et des ch\u0153urs plus ronds, mais globalement chacun se lance totalement dans sa partie, men\u00e9s de main de ma\u00eetre par le chef <strong>Jos\u00e9 Miguel P\u00e9rez-Sierra<\/strong>. Lui qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve du regrett\u00e9 Alberto Zedda semble avoir re\u00e7u de belles le\u00e7ons puisqu\u2019il va non seulement diriger l\u2019orchestre avec vie et nuances, mais il a aussi r\u00e9uni une distribution de tr\u00e8s haute vol\u00e9e avec des chanteurs parfaits dans chacun des r\u00f4les, avec une vraie science pour leur proposer des variations sur mesures et qui sont parfaitement dans le style requis. On notera juste un volume l\u00e9g\u00e8rement trop haut de l\u2019orchestre qui noie parfois les voix. La pr\u00e9sence de l\u2019orchestre sur sc\u00e8ne n\u2019aide sans doute pas \u00e0 un bon \u00e9quilibre.<\/p>\n<div id=\"attachment_2050\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2050\" class=\"wp-image-2050\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille2-300x112.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille2-300x112.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille2-768x286.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille2.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2050\" class=\"wp-caption-text\">Enea Scala (Rodrigo), Varduhi Abrahamyan (Malcolm), Karine Deshayes (Elena), Edgardo Rocha (Giacomo V), Nicola Ulivieri (Douglas), H\u00e9l\u00e8ne Carpentier (Albina), R\u00e9my Mathieu (Serano\/Beltram), Emmanuel Trenque (chef de ch\u0153ur)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cet op\u00e9ra, il y a quelques petits r\u00f4les qui ne servent qu\u2019\u00e0 faire avancer le drame rapidement au milieu des airs. Ainsi, la jeune <strong>H\u00e9l\u00e8ne Carpentier<\/strong> chante Albina, confidente d\u2019Elena. La soprano a gagn\u00e9 des prix r\u00e9cemment (Voix Nouvelle 2018, ADAMI,\u2026) et montre une voix saine m\u00eame si un peu dure et verte par moments. Et si dans la premi\u00e8re partie elle semblait tr\u00e8s tendue et un peu en retrait, elle se montre beaucoup plus engag\u00e9e vocalement comme physiquement durant le deuxi\u00e8me acte. D\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 dans <em>Mo\u00efse et Phara\u00f6n<\/em> en 2014 puis dans le r\u00f4le de Siebel \u00e0 <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1394\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Avignon<\/a> dans <em>Faust<\/em>, le jeune t\u00e9nor <strong>R\u00e9my Mathieu<\/strong> chante Serano et Beltram. Aucun air bien s\u00fbr, mais \u00e0 chaque fois une pr\u00e9sence certaine et une belle fa\u00e7on d\u2019assumer des tessitures tr\u00e8s hautes dans plusieurs de ses interventions. Enfin, m\u00eame si son r\u00f4le est l\u00e9g\u00e8rement plus important puisqu\u2019il a un air qui lui est consacr\u00e9, <strong>Nicola Ulivieri<\/strong> reste dans les seconds r\u00f4les pour Douglas. Le p\u00e8re d\u2019Elena demande de l\u2019autorit\u00e9 et une voix sonore et la basse manque un peu de pr\u00e9sence et d\u2019impact dans son chant pour vraiment s\u2019imposer face au quatuor r\u00e9uni dans les r\u00f4les importants.<\/p>\n<div id=\"attachment_2054\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2054\" class=\"wp-image-2054\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille6-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille6-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille6.jpg 666w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2054\" class=\"wp-caption-text\">Enea Scala (Rodrigo)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de Rodrigo est assez court, mais tr\u00e8s intense. D\u00e9j\u00e0, il doit entrer en sc\u00e8ne et affronter un air en deux parties totalement d\u00e9ment. La partie rapide au d\u00e9but demande d\u2019assumer des sauts d\u00e9moniaques alors que par la suite, les parties lentes n\u00e9cessitent un legato parfait. Puis vient entre autre le fameux trio bien s\u00fbr o\u00f9 il doit se mesurer aux virtuosit\u00e9s de Giacomo. Autant dire que le r\u00f4le est difficile \u00e0 tenir surtout si l\u2019on veut que ce soit fait avec tout son \u00e9clat. Apr\u00e8s des d\u00e9buts de t\u00e9nor lyrique dans des r\u00f4les tels que Leopold dans <em>La Juive<\/em> \u00e0 <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=734\">Lyon<\/a> en 2016, <strong>Enea Scala<\/strong> s\u2019est depuis semble-t-il beaucoup orient\u00e9 vers Rossini avec diff\u00e9rents r\u00f4les du fameux r\u00e9pertoire de baryt\u00e9nor comme bien s\u00fbr Rinaldo d\u2019<em>Armida<\/em> face d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Karine Deshayes. Le chanteur semble avoir d\u00e9velopp\u00e9 un grave sonore alors que l\u2019aigu reste toujours aussi sonore\u00a0! Le chant est toujours aussi tendu\u2026 mais toujours aussi fort d\u2019impact. Et la technique est toujours aussi impressionnante\u00a0! Avec le r\u00f4le de Rodrigo (et apr\u00e8s celui d\u2019Idreno il y a peu \u00e0 La Fenice), il se montre \u00e0 la hauteur de l\u2019enjeu puisqu\u2019il se sort avec panache de son r\u00f4le, faisant briller son timbre sur toute la tessiture. L\u2019aigu est tranchant, la vocalise pr\u00e9cise\u2026 tout est l\u00e0 pour notre plaisir et l\u2019arrogance du personnage est parfaitement rendue\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2053\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille5.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2053\" class=\"wp-image-2053\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille5-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille5-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille5.jpg 666w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2053\" class=\"wp-caption-text\">Edgardo Rocha (Giacomo V)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre t\u00e9nor est <strong>Edgardo Rocha<\/strong> dans le r\u00f4le de Giacomo, connu au d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra sous le nom d\u2019Uberto. Nous sommes ici parfaitement dans le contraltino rossinien, personnifi\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es par Juan Diego Florez. Avouons tout de suite que notre t\u00e9nor n\u2019a pas tout \u00e0 fait la m\u00eame aisance que ce dernier mais se montre lui aussi brillant. Alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 un Rodrigo dans <em>Otello<\/em> assez terne au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es avec Cecilia Bartoli, et un Iago manipulateur mais loin de d\u00e9montrer ses capacit\u00e9s techniques dans le <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=229\">DVD<\/a> de ce m\u00eame spectacle, le voici ici beaucoup plus s\u00fbr de lui. La voix est belle, l\u2019aigu ais\u00e9 et la vocalise souple. Il faut ajouter \u00e0 cela une belle pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne. Contrairement aux autres chanteurs, il passera presque toute la soir\u00e9e sans partition, jouant du coup vraiment son r\u00f4le derri\u00e8re le pupitre et entra\u00eenant alors les autres dans une version moins concertante que pr\u00e9vu. Le chant et le personnage sont pleins de noblesse. On peut esp\u00e9rer de belles choses par la suite pour ce t\u00e9nor, mais une chose est s\u00fbre, l\u2019\u00e9motion qui se d\u00e9gage et la qualit\u00e9 technique font d\u2019Edgardo Rocha un t\u00e9nor \u00e0 suivre\u00a0! Que de progr\u00e8s par rapport \u00e0 ce Rodrigo d\u2019<em>Otello<\/em> terne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le troisi\u00e8me amoureux d\u2019Elena, Rossini a choisi de composer le r\u00f4le pour un contralto comme r\u00e9guli\u00e8rement, retrouvant ainsi la tradition de cette tessiture au temps du baroque o\u00f9 les castrats chantaient les h\u00e9ros nobles. D\u00e9j\u00e0 dans <em>Semiramide<\/em> ici-m\u00eame, <strong>Varduhi Abrahamyan<\/strong> avait impressionn\u00e9 par son ad\u00e9quation avec ce type de r\u00f4le. Depuis, elle a aussi fait une prestation remarquable dans le r\u00f4le de <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1739\">Bradamante<\/a> aux c\u00f4t\u00e9 de Cecilia Bartoli dans <em>Alcina<\/em> ! Et nous la retrouvons donc pour Malcolm. Et l\u00e0 encore, que de progr\u00e8s\u00a0!! Nous avions d\u00e9j\u00e0 un chant superbe et rac\u00e9, au grave sonore et \u00e0 l\u2019aigu vaillant. Mais elle semble avoir encore gagn\u00e9 en puissance et en aisance. Nous sommes presque ici face au contralto demand\u00e9 et par moments, par certaines notes graves ou certaines mont\u00e9es chromatiques, l\u2019ombre de la grande Ewa Podle\u015b plane sur son chant, ce qui n\u2019est pas un mince compliment\u00a0! La chanteuse s\u2019engage corps et \u00e2me dans son personnage et nous avons ici une grande vaillance, mais aussi un aisance confondante dans les diverses variations dont elle pars\u00e8me son r\u00f4le. Moins port\u00e9 vers l\u2019aigu, son chant semble plus ancr\u00e9 dans le grave maintenant et le personnage y gagne en pr\u00e9sence. Magnifique prestation\u00a0! Elle avait d\u00e9j\u00e0 chant\u00e9 le r\u00f4le \u00e0 Pesaro face \u00e0 Florez et Spyres, et l\u2019on comprend pourquoi le festival sp\u00e9cialis\u00e9 de Rossini a fait appel \u00e0 elle\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2055\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille7.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2055\" class=\"wp-image-2055\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille7-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille7-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille7-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille7.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2055\" class=\"wp-caption-text\">Varduhi Abrahamyan (Malcolm), Karine Deshayes (Elena)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vient enfin celle pour qui une bonne partie du public avait fait le d\u00e9placement\u00a0: <strong>Karine Deshayes<\/strong>. Tr\u00e8s aim\u00e9e dans cette r\u00e9gion de France, elle re\u00e7oit bien s\u00fbr une grande ovation en fin d\u2019op\u00e9ra apr\u00e8s un rondo bluffant. La tessiture semble \u00eatre parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 sa voix puisqu\u2019elle sollicite un grave de mezzo tout en ayant la possibilit\u00e9 de monter vers des aigus de soprano. Or on sait maintenant depuis quelques ann\u00e9es que la chanteuse est \u00e0 la crois\u00e9e des chemins\u2026 mezzo l\u00e9ger aux aigus faciles ou soprano au grave charpent\u00e9s, toujours est-il que ce genre de r\u00f4le est parfait pour elle. Le seul petit regret que l\u2019on pourrait avoir vient de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des registres qui n\u2019est pas toujours parfaite. Quelques notes ressortent un peu trop dans le medium aigu alors que le sur-aigu est presque toujours p\u00e9remptoire l\u00e0 o\u00f9 on pourrait l\u2019esp\u00e9rer un peu plus doux parfois. Mais tout ceci n\u2019est que d\u00e9tail face \u00e0 l\u2019aisance technique et la facilit\u00e9 qu\u2019elle a \u00e0 chanter cette partition pourtant tr\u00e8s complexe vocalement. Et m\u00eame dramatiquement, elle s\u2019implique beaucoup plus que souvent dans le r\u00f4le, face \u00e0 des chanteurs qui petit \u00e0 petit brisent le carcan de la version de concert pour incarner les personnages. Bien s\u00fbr, ce le final qui lui permet de briller le plus avec les reprises savamment vari\u00e9es de vocalise, aigus, notes piqu\u00e9es et autres d\u00e9corations parfaitement ex\u00e9cut\u00e9es. Impressionnante prestation qui rappelle combien d\u00e9j\u00e0 en 2010 elle n\u2019avait pas eu \u00e0 rougir de passer apr\u00e8s la grande Joyce DiDonato.<\/p>\n<div id=\"attachment_2049\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2049\" class=\"wp-image-2049\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille1-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille1-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille1-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/donna_del_lago_marseille1.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2049\" class=\"wp-caption-text\">Enea Scala (Rodrigo), Karine Deshayes (Elena), Edgardo Rocha (Giacomo V)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette version de concert de <em>La Donna del Lago<\/em> a rassembl\u00e9 une distribution de premier ordre, sans laquelle la soir\u00e9e n\u2019aurait bien s\u00fbr pas \u00e9t\u00e9 aussi belle. Rossini demande des voix et des personnalit\u00e9s. Et ici, nous avions tout cela, alli\u00e9 pour tous d\u2019une technique assez solide pour affronter les pi\u00e8ges et les demandes du compositeur. L\u2019ouvrage n\u2019est pas le plus dramatique mais il offre de tr\u00e8s belle situations. Et lorsque sont r\u00e9unis d\u2019aussi bons chanteurs, les ensembles sont aussi impressionnants que les airs. Le trio entre Deshayes, Rocha et Scala par exemple sera l\u2019un des sommets de la soir\u00e9e, chacun s\u2019imposant \u00e0 tour de r\u00f4le dans une joute vocale magnifique\u00a0!<\/p>\n<ul>\n<li>Marseille<\/li>\n<li>Op\u00e9ra de Marseille<\/li>\n<li>18 novembre 2018<\/li>\n<li>Gioacchino Rossini (1792-1868), La Donna del Lago, op\u00e9ra en deux actes<\/li>\n<li>Version de concert<\/li>\n<li>Elena, Karine Deshayes\u00a0; Malcolm, Varduhi Abrahamyan\u00a0; Albina, H\u00e9l\u00e8ne Carpentier\u00a0; Giacomo V, Edgardo Rocha\u00a0; Rodrigo, Enea Scala\u00a0; Douglas, Nicola Ulivieri\u00a0; Serano \/ Beltram, R\u00e9my Mathieu<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra de Marseille<\/li>\n<li>Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra de Marseille<\/li>\n<li>Jos\u00e9 Miguel P\u00e9rez-Sierra, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En fin de saison 2009\/2010, l\u2019Op\u00e9ra National de Paris donnait une nouvelle production de La Donna del Lago au palais Garnier, offrant au public l\u2019occasion de d\u00e9couvrir une partition majeure [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3,1],"tags":[57,14,23,40],"class_list":["post-2047","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","category-non-classe","tag-epoque_romantique","tag-integrale","tag-opera","tag-rossini","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-x1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2047"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2047\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2059,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2047\/revisions\/2059"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}