{"id":2031,"date":"2018-11-04T22:55:18","date_gmt":"2018-11-04T21:55:18","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2031"},"modified":"2018-11-04T22:55:18","modified_gmt":"2018-11-04T21:55:18","slug":"encore-une-trouvaille-chez-saint-saens-ascanio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2031","title":{"rendered":"Encore une trouvaille chez Saint-Sa\u00ebns : <i>Ascanio<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=2031\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2037\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio1-229x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio1-229x300.jpg 229w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio1.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Si Camille Saint-Sa\u00ebns est principalement connu comme compositeur d\u2019op\u00e9ra pour <em>Samson et Dalila<\/em>, il ne faudrait pas que ce grand succ\u00e8s cache les douze autres ouvrages. Surtout que la structure et le format de ce triomphe lorgne entre op\u00e9ra et oratorio. Mais si on a vraiment l\u2019impression de l\u2019omnipr\u00e9sence de <em>Samson<\/em>, l\u2019on se rend compte en regardant la liste que finalement\u2026 il n\u2019y a bien que cinq op\u00e9ras qui sont encore in\u00e9dits au disque\u00a0! Les cinq datent plut\u00f4t de la fin de la carri\u00e8re (mise \u00e0 par <em>\u00c9tienne Marcel<\/em> de 1879) de Camille Saint-Sa\u00ebns\u2026 mais les titres font r\u00eaver\u00a0: <em>Phryn\u00e9<\/em> (1893), <em>Fr\u00e9d\u00e9gonde<\/em> (1895, fin de la composition suite \u00e0 la mort de son auteur Ernest Guiraud), <em>L\u2019Anc\u00eatre<\/em> (1906) et enfin <em>D\u00e9janire<\/em> (1911). Mais aujourd\u2019hui, c\u2019est un ouvrage juste ant\u00e9rieur \u00e0 ces quatre l\u00e0 puisque nous avons enfin la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9couter <em>Ascanio<\/em> qui fut cr\u00e9\u00e9 en 1890. L\u2019histoire de la cr\u00e9ation est assez trouble puisque Saint-Sa\u00ebns devra subir non seulement des coupures\u2026 mais aussi la transposition d\u2019un des r\u00f4les principaux du fait de l\u2019absence d\u2019une alto \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Et le pire est qu\u2019il n\u2019a appris ces changements qu\u2019apr\u00e8s la cr\u00e9ation \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait absent de Paris pour cause de maladie. Mais Guillaume Tourniaire (\u00e0 qui nous devons d\u00e9j\u00e0 <em>H\u00e9l\u00e8ne<\/em> et un disque d\u2019extraits orchestraux des <em>Barbares<\/em>, de <em>Henry VIII<\/em>, d\u2019<em>\u00c9tienne Marcel<\/em> et justement d\u2019<em>Ascanio<\/em>) a effectu\u00e9 un immense travail pour restituer la partition dans son \u00e9tat original afin que le public d\u2019aujourd\u2019hui puisse entendre l\u2019op\u00e9ra comme Camille Saint-Sa\u00ebns l\u2019avait r\u00eav\u00e9\u2026 sans jamais pouvoir l\u2019entendre lui-m\u00eame malgr\u00e9 les quelques reprises. Grande passion pour un ouvrage passionnant\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant longtemps, il n\u2019y a eu au disque rien d\u2019autre que <em>Samson et Dalila<\/em>. Le plus grand succ\u00e8s lyrique de Camille Saint-Sa\u00ebns est bien s\u00fbr une partition passionnante et forte lorsqu\u2019elle est port\u00e9e par un chef et des interpr\u00e8tes \u00e0 la hauteur de ce grand p\u00e9plum\u2026 mais les autres ouvrages ne sont pas \u00e0 n\u00e9gliger au contraire. Et depuis maintenant quelques ann\u00e9es, nous avons la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir tous ces op\u00e9ras tr\u00e8s rares. Tout a commenc\u00e9 en 1991 avec <em>Henry VIII<\/em> \u00e0 Compi\u00e8gne qui nous permettait ainsi de d\u00e9couvrir la fascination pour les musiques anciennes du compositeur, mais aussi sa capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des personnages humains et tragiques comme la Reine Catherine. Toujours dans un sujet historique, <em>\u00c9tienne Marcel<\/em> a eu les honneurs du concert en 1994 et si aucun disque ne garde le souvenir de cette r\u00e9surrection, il y a tout de m\u00eame une bande radio qui reste trouvable. Puis vient en 2000 <em>La Princesse Jaune<\/em> qui montre la fibre l\u00e9g\u00e8re du musicien. Guillaume Tourniaire (d\u00e9j\u00e0 lui), nous offre en 2008 <em>H\u00e9l\u00e8ne<\/em> pour une grande d\u00e9couverte de cet ouvrage \u00e9trange compos\u00e9 pour Nelly Melba. Le r\u00f4le titre est parfaitement saisi par une musique o\u00f9 l\u2019on entend la passion, le tiraillement et enfin le renoncement. Viennent alors <em>Les Barbares<\/em> en 2015 pour montrer les inspirations wagn\u00e9riennes de Saint-Sa\u00ebns. M\u00eame si il \u00e9tait un amateur du ma\u00eetre allemand, il n\u2019a jamais voulu en \u00eatre un z\u00e9lateur d\u00e9vou\u00e9 et pioche donc dans certains proc\u00e9d\u00e9s pour ce p\u00e9plum se situant \u00e0 Oranges. 2016 verra le retour de la <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1104\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">courtisane<\/a> <em>Proserpine<\/em> au disque avec une V\u00e9ronique Gens magistrale pour un ouvrage tr\u00e8s dense et dramatique. Si le disque du <em>Timbre d\u2019Argent<\/em> n\u2019est pas encore sorti, il a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 suite \u00e0 la <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1410\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">production<\/a> de 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique. Et ici c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 fantastique que l\u2019on d\u00e9couvre. Sorte de cousin des <em>Contes d\u2019Hoffmann<\/em>, on y retrouve le diable, la fascination maladive\u2026 et une musique d\u2019une inventivit\u00e9 folle\u00a0! Et voici enfin <em>Ascanio<\/em> donc\u00a0! On peut le voir, depuis maintenant une petite trentaine d\u2019ann\u00e9e, c\u2019est donc pas moins de huit ouvrages qui ont \u00e9t\u00e9 remis en lumi\u00e8re, avec une acc\u00e9l\u00e9ration ces derni\u00e8res ann\u00e9es. On peut donc esp\u00e9rer conna\u00eetre les derniers op\u00e9ras in\u00e9dits dans les ann\u00e9es qui viennent\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2038\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2038\" class=\"wp-image-2038\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio3-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio3-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio3-768x576.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio3-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio3.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><p id=\"caption-attachment-2038\" class=\"wp-caption-text\">Guillaume Tourniaire, Bernard Richter, Cl\u00e9mence Tilquin, Jean Teitgen, Karina Gauvin<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dit plus haut, en 2008 le chef Guillaume Tourniaire publiait chez le label MELBA un double disque contenant non seulement <em>H\u00e9l\u00e8ne<\/em>, mais aussi le cycle <em>Nuit Persane<\/em>. Nous avions d\u00e9j\u00e0 pu noter la passion pour Camille Saint-Sa\u00ebns de la part du chef. Deux ans plus tard, il proposait un disque consacr\u00e9 \u00e0 la musique de ballet o\u00f9 <em>Henry VIII<\/em>, <em>\u00c9tienne Marcel<\/em>, <em>Les Barbares<\/em>\u2026 mais aussi <em>Ascanio<\/em> \u00e9taient pr\u00e9sents. On voit donc que l\u2019int\u00e9r\u00eat pour cet op\u00e9ra n\u2019est pas neuf\u2026 et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque il cherchait l\u2019exhaustivit\u00e9 puisqu\u2019il enregistrait alors l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du ballet qui compte rien moins que douze entr\u00e9es pour une dur\u00e9e plus de vingt minutes. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant qu\u2019il ait d\u00e9plac\u00e9 des montagnes pour rendre vie \u00e0 la partition compl\u00e8te.Car il fallait non seulement r\u00e9tablir les coupures pr\u00e9sentes dans l\u2019\u00e9dition de 1893 en allant relire la partition manuscrite, seule \u00e0 \u00eatre totalement int\u00e9grale\u2026 mais il fallait apr\u00e8s trouver un lieu et des interpr\u00e8tes\u2026 et tant qu\u2019\u00e0 faire un moyen de conserver une trace de ces concerts. \u00c9trangement, la fondation Bru-Zane n\u2019est pas de la partie\u2026 est-ce parce qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 beaucoup consacr\u00e9 de moyen pour Camille Saint-Sa\u00ebns (<em>Les Barbares<\/em>, <em>Proserpine<\/em>, <em>Le Timbre d\u2019Argent<\/em>, des m\u00e9lodies avec piano et d\u2019autres avec orchestre\u2026)\u00a0? Ou parce qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas convaincus par la partition\u00a0? Difficile de le dire. Toujours est-il qu\u2019avec des moyens moindres, Guillaume Tourniaire a redonn\u00e9 <em>Ascanio<\/em> dans toute sa grandeur, enfin dans son int\u00e9gralit\u00e9 et avec des interpr\u00e8tes particuli\u00e8rement inspir\u00e9s et investis\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_2036\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2036\" class=\"wp-image-2036\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_tourniaire-300x118.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"197\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_tourniaire-300x118.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_tourniaire.jpg 483w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><p id=\"caption-attachment-2036\" class=\"wp-caption-text\">Guillaume Tourniaire<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement au <em>Timbre d\u2019Argent<\/em>, <em>Ascanio<\/em> n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remani\u00e9 lors des quelques reprises qui suivirent la cr\u00e9ation. En effet, le but de Saint-Sa\u00ebns \u00e9tait avant tout de pouvoir d\u00e9j\u00e0 faire repr\u00e9senter son op\u00e9ra selon la partition originale. Nous avons donc ici un t\u00e9moignage de son art en 1890, au milieu de sa production lyrique. On retrouve comme dans <em>Henry VIII<\/em> cette fascination pour la musique ancienne. Bien s\u00fbr, nous sommes plus ici dans la musique de la renaissance fran\u00e7aise par certaines touches et inspirations. Mais durant le ballet forc\u00e9ment c\u2019est la musique baroque aussi qui fait son apparition par quelques aspects, tout comme dans les galanteries royales par exemple. Ce qui est passionnant dans cet ouvrage, c\u2019est les diff\u00e9rences de styles entre chaque tableau. Bien s\u00fbr, il y a une unit\u00e9 par l\u2019inspiration et les motifs, mais par contre on bascule de la f\u00eate \u00e9tudiante \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 de Fran\u00e7ois 1er , de la rudesse de l\u2019atelier du fondeur \u00e0 la noblesse de la rencontre entre le roi et Charles Quint. De m\u00eame chacun des personnages a son style m\u00e9lodique propre. Ascanio et son chant passionn\u00e9, Benvenuto beaucoup plus m\u00fbr et d\u00e9clamatif, la Duchesse avec des phras\u00e9s plus ampoul\u00e9s et lyriques, Scozzone et sa flamme passionn\u00e9e que ce soit pour chanter, d\u00e9clarer son amour ou sa haine\u2026 et \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 nous avons bien s\u00fbr la puret\u00e9 immacul\u00e9e de Colombe. Et tous ces personnages se croisent, dialogues tout en gardant chacun son ton mais en sachant entrem\u00ealer les styles. En dehors des airs inspir\u00e9s par Colombe \u00e0 Benvenuto et Ascanio, peu de moments solistes. Il y a bien la m\u00e9ditation mortif\u00e8re de la Duchesse mais sinon l\u2019on reste avant tout dans le dialogue. La partition foisonne d\u2019inspirations divers et donne \u00e0 entendre des situations dramatiques magnifiquement trait\u00e9es. Des traits d\u2019orchestre offrent rapidement un sentiment sur la situation, un grondement ou un motif nous donnent une pr\u00e9monition de ce qui se passera par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livret offre de nombreux portraits et des situations passionnantes. En fait, tout y est question de passion. Passion lumineuse et amoureuse pour Ascanio et la jeune Colombe, amour de l\u2019art et inspiration pour Benvenuto Cellini, amour possessif et d\u00e9vorant pour Scozzone pour justement le sculpteur, passion venimeuse pour la Duchesse d\u2019\u00c9tampes pour le jeune Ascanio\u2026 et bien s\u00fbr Fran\u00e7ois Ier face \u00e0 sa derni\u00e8re favorite\u2026 toutes ces passions se croisent et donnent un cadre passionnant pour cet op\u00e9ra. Car ici, les personnages sont donc particuli\u00e8rement vivants et humains, chacun motiv\u00e9s par un aiguillon diff\u00e9rent. Toutes les situations sont mises en \u0153uvre, avec des sc\u00e8nes de foules vari\u00e9es ou des moments de grande intimit\u00e9. Tout est parfaitement construit avec un rythme parfait tant dans le livret que dans la musique.<\/p>\n<div id=\"attachment_2040\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2040\" class=\"wp-image-2040\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_2.png\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_2.png 283w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_2-150x150.png 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_2-200x200.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><p id=\"caption-attachment-2040\" class=\"wp-caption-text\">Durant les r\u00e9p\u00e9titions<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est assez marquant que pour monter cet op\u00e9ra, Guillaume Tourniaire n\u2019ait pas r\u00e9ussi \u00e0 motiver un orchestre professionnel. Non pas que l\u2019<strong>Orchestre de la Haute \u00e9cole de musique de Gen\u00e8ve<\/strong> soit mauvais, m\u00eame bien au contraire, mais cela montre bien le probl\u00e8me actuellement pour monter parfois des partitions rares sans le soutient d\u2018une fondation ou d\u2018une grande maison. Attention, il n\u2018y a aucun snobisme ici, car au contraire, ce que propose cet orchestre est vraiment de tr\u00e8s haut niveau. Les musiciens ne sont jamais pris en d\u00e9faut tant dans la vivacit\u00e9 que dans la mise en place. Chaque pupitre est engag\u00e9 et sans que l\u2018on puisse entendre des fausses notes alors qu\u2018il n\u2018y a eu finalement que deux repr\u00e9sentations sans reprises pour ce disque. Ces \u00e9tudiants (s\u00fbrement en fin de formation musicale) nous donnent \u00e0 entendre un rendu de vrais professionnels, on croit en effet entendre un orchestre de fosse d\u2018une grande maison d\u2018op\u00e9ra. Il en est de m\u00eame pour le <strong>Ch\u0153ur de la Haute \u00e9cole de musique de Gen\u00e8ve<\/strong> qui est en tout point parfait dans ses interventions. Le travail effectu\u00e9 pour pr\u00e9parer ces concerts permet de rendre justice \u00e0 cette partition foisonnante et passionnante! Et pour mettre tout ce monde en ordre de marche, <strong>Guillaume Tourniaire<\/strong> semble \u00eatre le chef parfait. Passionn\u00e9 de Camille Saint-Sa\u00ebns, il sait donner toute la complexit\u00e9 de la partition que ce soit rythmiquement ou dans les couleurs. Avec toutes ses inspirations archa\u00efques mais aussi ses grandes envol\u00e9es lyriques, la pi\u00e8ce demande beaucoup d\u2018\u00e9nergie et d\u2018inventivit\u00e9\u2026 et ce que l\u2018on entend est vraiment magnifique. Il avait d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 son grand talent au travers d\u2018enregistrements de musique fran\u00e7aise (Chausson, Vierne ou Saint-Sa\u00ebns) ou chez Grieg (magnifique <em>Peer Gynt<\/em> chez AEON!). Voici sans conteste un chef qu\u2018il faut esp\u00e9rer voir \u00eatre plus mis en avant dans les ann\u00e9es qui viennent. La technique et l\u2018inspiration sont magnifiques\u2026 et la curiosit\u00e9 impressionnante.<\/p>\n<div id=\"attachment_2039\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2039\" class=\"wp-image-2039\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Ascanio-haidar-300x203.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Ascanio-haidar-300x203.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/Ascanio-haidar.jpg 610w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><p id=\"caption-attachment-2039\" class=\"wp-caption-text\">Mohammed Haidar<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2018ensemble des petits r\u00f4les n\u2018appelle que des \u00e9loges tant ils sont parfaitement chant\u00e9s\u2026 et d\u2018ailleurs, il faudra saluer le travail de diction de la grande majorit\u00e9 de la distribution. Bien s\u00fbr, ils sont francophones, mais il y a tout de m\u00eame un rendu assez parfait du texte. On peut noter dans les petits r\u00f4les la beaut\u00e9 de l\u2018intervention lumineuse du Mendiant de <strong>Mohammed Haidar<\/strong>. Son r\u00f4le tr\u00e8s court est un moment de beaut\u00e9 et de douceur, moment suspendu dans le deuxi\u00e8me tableau beaucoup plus vivant! Autre petit r\u00f4le finalement, Fran\u00e7ois Ier b\u00e9n\u00e9ficie de la grande voix de <strong>Jean Teigten<\/strong>. La basse fran\u00e7aise a non seulement la noblesse et la puissance n\u00e9cessaire pour camper le roi, mais il y a aussi chez ce chanteur une capacit\u00e9 \u00e0 nous montrer la douceur de l\u2018amoureux. Ses interventions face \u00e0 son amante sont des moments pleins de nuance. Le timbre est superbe et donc m\u00eame dans les moments tendres, on comprend le grondement possible du roi! M\u00eame si le personnage est finalement au centre de l\u2018intrigue, Colombe reste un r\u00f4le assez peu pr\u00e9sent\u2026 et l\u2018interpr\u00e9tation de <strong>Cl\u00e9mence Tilquin<\/strong> n\u2018aide pas forc\u00e9ment \u00e0 lui donner de l\u2018\u00e9paisseur. La soprano manque l\u00e9g\u00e8rement de lumi\u00e8re et de fraicheur pour celle qui doit inspirer de si hauts sentiments. La voix manque un peu de personnalit\u00e9 et du coup le personnage reste assez terne.<\/p>\n<div id=\"attachment_2033\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2033\" class=\"wp-image-2033\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_hubeaux-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_hubeaux-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_hubeaux.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><p id=\"caption-attachment-2033\" class=\"wp-caption-text\">Eve-Maud Hubeaux<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dire que face \u00e0 elle se trouvent deux personnages particuli\u00e8rement bien dessin\u00e9s et fortement interpr\u00e9t\u00e9s! Dans le r\u00f4le de la Duchesse d\u2019\u00c9tampes, <strong>Karina Gauvin<\/strong> est sid\u00e9rante. Le personnage est sombre et tortueux, avec cette s\u00e9duction mortif\u00e8re et cette m\u00e9ditation morbide finale. Et avec son timbre pulpeux \u00e0 souhait, la soprano r\u00e9ussit justement \u00e0 dessiner ce personnage inqui\u00e9tant, qui \u00e0 trop s\u00e9duire semble plus \u00eatre une mante religieuse qu\u2018une amoureuse. Elle s\u2018impose par une prestance sid\u00e9rante face au roi tout en nous terrifiant de ce timbre si puissamment charnu. Le seul petit reproche que l\u2018on pourrait faire est que le texte se noie un peu dans le timbre justement. L\u00e0 o\u00f9 tous les autres chanteurs ont une diction parfaite, on peine parfois \u00e0 retrouver le sens de ce qui est chant\u00e9. Mais le personnage et le chant sont impressionnants avec ses envol\u00e9es lyriques magistrales et la passion charnelle qui se d\u00e9ploie \u00e0 chacune de ses interventions! L\u2018autre grande femme est Scozzone, magnifiquement chant\u00e9e par <strong>\u00c8ve-Maud Hubeaux<\/strong>. La mezzo-soprano redonne au r\u00f4le sa tessiture grave d\u2018origine, avec toujours ce timbre si beau et cette grande aisance sur les tessitures tendues. Elle qui avait impressionn\u00e9 dans <em>Ermione<\/em> il y a deux ans, puis semble avoir triomph\u00e9 dans Eboli de <em>Don Carlos<\/em> \u00e0 Lyon\u2026 elle donne ici une amoureuse passionn\u00e9e, jalouse \u00e0 l\u2018exc\u00e8s mais au grand c\u0153ur. Et la voix se coule parfaitement dans les d\u00e9clarations amoureuses tout comme dans la rage de la jalousie. La chanson qu\u2018elle offre est enlev\u00e9e avec une technique parfaite, mais c\u2018est surtout l\u2018interpr\u00e9tation toute en nuance qui marque. L\u00e0 o\u00f9 elle aurait pu donner juste un personnage de virago, elle montre au contraire toute la complexit\u00e9 de ce femme.<\/p>\n<div id=\"attachment_2034\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2034\" class=\"wp-image-2034\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_lapointe-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_lapointe-199x300.jpg 199w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_lapointe.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><p id=\"caption-attachment-2034\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Fran\u00e7ois Lapointe<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne terminera pas par le r\u00f4le titre, car apr\u00e8s tout, Ascanio a eu droit de nommer l\u2018op\u00e9ra surtout \u00e0 cause du <em>Benvenuto Cellini<\/em> de Berlioz. Mais cela n\u2018enl\u00e8ve rien \u00e0 l\u2018int\u00e9r\u00eat de ce r\u00f4le d\u2018amoureux po\u00e8te, plus \u00e0 chanter des romances qu\u2018\u00e0 se battre pour son amour. Mais <strong>Bernard Richter<\/strong> donne de la consistance \u00e0 ce r\u00f4le. Lui qui s\u2018est fait conna\u00eetre pour ses prestations dans le baroque fran\u00e7ais (on se souviendra longtemps de son <em>Atys<\/em> monumental sous la direction de William Christie) a aussi commenc\u00e9 \u00e0 s\u2018orienter vers des r\u00f4les romantiques. Et avec son timbre puissant et son style s\u00fbr, il donne un chant d\u2018une grande noblesse mais aussi qui peut assumer la po\u00e9sie tout comme l\u2018h\u00e9ro\u00efsme. L\u2018art des demi-teintes, la qualit\u00e9 de la diction, l\u2018intelligence de l\u2018interpr\u00e9tation\u2026 nous sommes face \u00e0 l\u2018un des grands noms futurs du romantisme fran\u00e7ais et l\u2018on pourrait m\u00eame r\u00eaver pour la suite \u00e0 des r\u00f4les plus lourds\u2026 et pourquoi pas un jour Raoul des <em>Huguenots<\/em> par exemple? Face \u00e0 lui, son ma\u00eetre est chant\u00e9 par <strong>Jean-Fran\u00e7ois Lapointe<\/strong>. Le baryton trouve ici un r\u00f4le magnifique. Taill\u00e9 \u00e0 la mesure du grand Jean Lassalle, le r\u00f4le demande une grande r\u00e9sistance tant sa pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne est importante, mais aussi de grandes qualit\u00e9s d\u2018interpr\u00e8te. Celui qui cr\u00e9era par la suite le r\u00f4le titre d\u2018<em>Henry VIII<\/em> mais aussi du Grand Pr\u00eatre de <em>Samson<\/em> \u00e0 Paris avait aussi chant\u00e9 auparavant <em>Hamlet<\/em> de Thomas\u2026 et il n\u2018est donc pas \u00e9tonnant que notre baryton actuel soit aussi \u00e0 l\u2018aise dans le r\u00f4le de Benvenuto Cellini vu sa prestation magistrale \u00e0 Avignon il y a <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=484\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">quelques ann\u00e9es<\/a>. Tout y est ici, depuis la qualit\u00e9 de la diction, l\u2018aisance sur la tessiture, la r\u00e9sistance et les nuances. Le r\u00f4le est extr\u00eamement vari\u00e9 et demande toutes les qualit\u00e9s d\u2018un grand chanteur. La voix est ici s\u00fbre et dard\u00e9e, tout comme elle peut par la suite devenir caressante et d\u00e9licate. Et quel fran\u00e7ais!! La maturit\u00e9 de l\u2018artiste convient parfaitement au chanteur, ou alors la maturit\u00e9 du chanteur convient parfaitement \u00e0 l\u2018artiste\u2026 mais dans tous les cas, le r\u00f4le semble \u00eatre taill\u00e9 pour Jean-Fran\u00e7ois Lapointe.<\/p>\n<div id=\"attachment_2035\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2035\" class=\"wp-image-2035\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ascanio_richter-300x169.gif\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" \/><p id=\"caption-attachment-2035\" class=\"wp-caption-text\">Bernard Richter<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ce disque, c\u2018est une partition majeure qui est enfin rendue dans son int\u00e9gralit\u00e9 au public. On ne saurait trop remercier Guillaume Tourniaire, cl\u00e9 de voute de cette r\u00e9surrection, pour avoir donn\u00e9 autant sur ce projet, r\u00e9unissant une distribution parfaite ou presque et ayant r\u00e9ussi malgr\u00e9 toutes les contraintes \u00e0 enregistrer une version compl\u00e8te et si probe de cet <em>Ascanio<\/em>. Camille Saint-Sa\u00ebns est ici parfaitement mis en valeur et nous avons ici encore une fois la preuve de son grand talent lyrique, lui qui \u00e9tait alors tax\u00e9 de symphoniste\u2026 alors qu\u2018il est un grand homme de th\u00e9\u00e2tre aussi! Maintenant, il ne reste plus qu\u2018\u00e0 enregistrer les quelques manques dans la carri\u00e8re op\u00e9ratique de ce grand compositeur\u2026 et nous aurons l\u2018int\u00e9gralit\u00e9 de ses op\u00e9ras!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut aussi saluer le travail \u00e9ditorial de B Records qui non seulement offre une belle qualit\u00e9 de prise de son, mais aussi une belle documentation dans cette parution. Nous avons ainsi un article d\u00e9taill\u00e9 de Guillaume Tourniaire sur l\u2018ouvrage et la fa\u00e7on dont il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, deux autres sur les contextes de la cr\u00e9ation d\u2018op\u00e9ra \u00e0 Paris \u00e0 l\u2018\u00e9poque et enfin un grand compte-rendu sign\u00e9 Charles Gounod. Passionnant pour creuser l\u2018\u0153uvre.<\/p>\n<ul>\n<li>Camille Saint-Sa\u00ebns (1835-1921), Ascanio, Op\u00e9ra en cinq actes et sept tableaux<\/li>\n<li>Benvenuto Cellini, Jean-Fran\u00e7ois Lapointe ; Ascanio, Bernard Richter ; Scozzone, \u00c8ve-Maud Hubeaux ; La Duchesse d\u2019\u00c9tampes, Karina Gauvin\u00a0; Colombe d\u2019Estourville, Cl\u00e9mence Tilquin\u00a0; Fran\u00e7ois Ier, Jean Teigtein\u00a0; Pagolo, Jo\u00e9 Bertili\u00a0; un Mendiant, Mohammed Haidar\u00a0; D\u2019Estrouville, Bastien Combe\u00a0; D\u2019Orbec, Maxence Billiemaz\u00a0; Charles Quint, Rapha\u00ebl Hardmeyer\u00a0; une Ursuline, Olivia Doutney<\/li>\n<li>Ch\u0153ur de la Haute \u00e9cole de musique de Gen\u00e8ve<\/li>\n<li>Ch\u0153ur du Grand Th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve<\/li>\n<li>Orchestre de la Haute \u00e9cole de musique de Gen\u00e8ve<\/li>\n<li>Guillaume Tourniaire, Direction<\/li>\n<li>3 CD B-Records, LBM 013. Enregistr\u00e9 en public \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra des Nations, Gen\u00e8ve, les 24 et 26 novembre 2017.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si Camille Saint-Sa\u00ebns est principalement connu comme compositeur d\u2019op\u00e9ra pour Samson et Dalila, il ne faudrait pas que ce grand succ\u00e8s cache les douze autres ouvrages. 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