{"id":1872,"date":"2018-06-06T18:20:35","date_gmt":"2018-06-06T16:20:35","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1872"},"modified":"2018-06-06T18:20:35","modified_gmt":"2018-06-06T16:20:35","slug":"phaeton-de-lully-par-dumestre-et-lazar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1872","title":{"rendered":"Pha\u00e9ton de Lully par Dumestre et Lazar"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1872\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1882\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton13-297x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"303\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton13-297x300.jpg 297w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton13-768x776.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton13-1013x1024.jpg 1013w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton13.jpg 1187w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Qu\u2019il est rare de pouvoir assister \u00e0 une trag\u00e9die lyrique en version sc\u00e9nique\u2026 et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit propos\u00e9e. Si Rameau a les faveurs des programmateurs, son pr\u00e9d\u00e9cesseur semble moins int\u00e9resser les musiciens ou du moins les metteurs en sc\u00e8ne. Apr\u00e8s les magnifiques <em>Atys<\/em>, <em>Armide<\/em> ou <em>Cadmus et Hermione<\/em>, il y a bien s\u00fbr eu les versions de concert de Christophe Rousset\u2026 mais pas tr\u00e8s peu d\u2019autres version sc\u00e9niques compl\u00e8tes. Car la trag\u00e9die lyrique de Lully est un art complet o\u00f9 doivent se m\u00e9langer chant, danse, d\u00e9clamation et sc\u00e9nographie. Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont d\u00e9j\u00e0 collabor\u00e9 en 2008 pour justement <em>Cadmus<\/em> \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique. Aussi, les voir se retrouver dix ans apr\u00e8s dans le cadre enchanteur de l\u2019Op\u00e9ra Royal de Versailles est un vrai plaisir et gage d\u2019une belle qualit\u00e9 tant visuelle que sonore pour <em>Pha\u00e9ton<\/em>. Le spectacle tiendra ses promesses malgr\u00e9 quelques surprises. Dans le lot des choses que l\u2019on pouvait attendre, les chanteurs s\u2019expriment en prononciation restitu\u00e9e\u2026 mais par contre, l\u2019on est surpris pas la c\u00f4t\u00e9 moderne de la sc\u00e9nographie ! Benjamin Lazar qui nous avait habitu\u00e9s aux reconstitutions semble ici avoir voulu transgresser le genre pour surprendre ! Malgr\u00e9 un prologue terne, le reste de l\u2019ouvrage montre que l\u2019on peut travailler la trag\u00e9die lyrique de cette mani\u00e8re lorsque l\u2019on conna\u00eet bien ce type d\u2019ouvrages.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pha\u00e9ton<\/em> est la dixi\u00e8me trag\u00e9die lyrique de Jean-Baptiste Lully et la huiti\u00e8me sur un texte de Philippe Quinault. C\u2019est dire si la formule est d\u00e9j\u00e0 bien install\u00e9e. Pourtant, avec cette histoire o\u00f9 la soif d\u2019honneurs et de pouvoir est la principale motivation, nous sommes tr\u00e8s loin des h\u00e9ros chevaleresques. Impossible ici d\u2019assimiler le personnage principal \u00e0 Louis XIV. C\u2019est plut\u00f4t \u00e0 Nicolas Fouquet qu\u2019il faut penser, lui qui brilla si fort qu\u2019il fit de l\u2019ombre au roi et fut puni pour cela. L\u2019on assiste donc \u00e0 l\u2019affrontement entre l\u2019amour et l\u2019ambition. Car bien s\u00fbr, si la l\u00e9gende racont\u00e9e par Ovide ne contient aucune galanterie, il fallait bien ajouter ce moteur \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Voici donc que Pha\u00e9ton abandonne Th\u00e9one qu\u2019il aime pour \u00e9pouser Libye, fille du roi d\u2019\u00c9gypte. S\u00fbr de lui, pouss\u00e9 par sa m\u00e8re \u00e0 revendiquer le tr\u00f4ne du fait de sa haute naissance, voici que l\u2019on doute que le Soleil soit bien son g\u00e9niteur. Il ira donc trouver son p\u00e8re et demandera de conduire le char du soleil. Pr\u00e9sumant de ses forces, il s\u2019\u00e9crasera sur la terre et provoquera de terribles d\u00e9g\u00e2ts. Pour compter cette chute terrible, l\u2019op\u00e9ra convoque de nombreux moments dramatiques ou divins permettant aux cr\u00e9ateurs de montrer toute la puissance \u00e9vocatrice de la langue et de la musique. Si le personnage principal est assez d\u00e9testable, l\u2019on en vient par contre \u00e0 souffrir face aux deux princesses mais aussi cette m\u00e8re qui voit son fils se pr\u00e9cipiter vers sa mort uniquement guid\u00e9 par son ambition d\u00e9mesur\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_1878\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton10.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1878\" class=\"wp-image-1878\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton10-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton10-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton10.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1878\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Aleksandre Egorov (Prot\u00e9e), L\u00e9a Trommenschlager (Clim\u00e8ne), Cyril Auvity (Triton)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019a dit, <strong>Benjamin Lazar<\/strong> a \u00e9vit\u00e9 pour cette fois la reconstitution. Il propose un d\u00e9cor sobre mais imposant qui cr\u00e9\u00e9 de beaux espaces ou des jeux de lumi\u00e8res splendides (la sc\u00e8ne du Soleil avec ces reflets dor\u00e9s \u00e9tait magnifique!). Les costumes sont eux assez vari\u00e9s avec du contemporain pour le ch\u0153ur alors que les personnages nobles sont eux dans une \u00e9vocation de l\u2019antique qui parfois ferait presque penser \u00e0 cette science-fiction antiquisante comme <em>Dune<\/em> par exemple. Une fois la surprise pass\u00e9e du prologue assez peu r\u00e9ussi, la trag\u00e9die elle montre de superbes images mais surtout une direction d\u2019acteurs d\u2019une grande finesse. Car si le visuel est plut\u00f4t moderne, la gestuelle elle est r\u00e9solument baroque ! Ainsi, on admirera ces poses pr\u00e9cises et \u00e9vocatrices, ces mouvements fins et parfaitement chor\u00e9graphi\u00e9s chez la noblesse de l\u2019ouvrage. De chor\u00e9graphie par contre, il n\u2019y aura presque rien. En effet, les ballets voient le plus souvent des vid\u00e9os ou des d\u00e9fil\u00e9s du ch\u0153ur. Il y a bien quelques danses r\u00e9alis\u00e9es par le ch\u0153ur, mais elles sont tr\u00e8s simples. En optant pour une telle mise en sc\u00e8ne, Benjamin Lazar prenait des risques car il est connu pour son conservatisme. Mais la r\u00e9ussite est brillante. On se concentre ici sur la trag\u00e9die et non sur le d\u00e9corum de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<div id=\"attachment_1879\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton4.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1879\" class=\"wp-image-1879\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton4-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton4-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton4.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1879\" class=\"wp-caption-text\">Acte III<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie musicale est d\u00e9volue \u00e0 <strong>Vincent Dumestre<\/strong>, lui aussi tr\u00e8s concern\u00e9 par les reconstitutions. \u00c0 la t\u00eate de son<strong> Po\u00e8me Harmonique<\/strong>, il nous fait entendre la partition sans aucune concession. L\u00e0 o\u00f9 certains vont soigner la rondeur et la douceur, lui pr\u00e9f\u00e8re chercher les nuances et le c\u00f4t\u00e9 un peu carr\u00e9 de la musique. L\u2019instrumentarium est assez vari\u00e9 et large, avec par exemple trois th\u00e9orbes, deux fl\u00fbtes et une fl\u00fbtes basse\u2026 Nous avons une grande vari\u00e9t\u00e9 dans les r\u00e9citatifs o\u00f9 la basse continue est particuli\u00e8rement \u00e9vocatrice. Le grand orchestre n\u2019est pas en reste avec des couleurs certes un peu vertes, mais une tenue et un rythme parfait. Si parfois, Lully est plus rapproch\u00e9 de Rameau par les chefs, ici l\u2019on est plus dans un rapprochement avec les pr\u00e9d\u00e9cesseurs de l\u2019italien : Boesset, Gu\u00e9dron et autres Lambert. Non pas qu\u2019il propose un orchestre r\u00e9duit \u00e0 quelques instruments, mais c\u2019est plus dans le soin d\u2019articuler et de mettre en valeur les mots et la couleur que l\u2019on retrouve un peu de cet aspect. Pour l\u2019accompagner, c\u2019est le ch\u0153ur <strong>MusicAeterna<\/strong> qui doit relever le d\u00e9fi non seulement de chanter en fran\u00e7ais, mais aussi en fran\u00e7ais restitu\u00e9 ! La formation de Perm en Russie, dirig\u00e9e par Teodor Currentzis est impressionnante d\u2019aisance dans ce r\u00e9pertoire qu\u2019elle pratique pourtant peu. La diction est pr\u00e9cise, les ensembles parfaits\u2026 et m\u00eame les quelques chanteurs qui semblent en sortir pour assumer des parties solistes sont parfaits. Le travail a sans doute \u00e9t\u00e9 \u00e9norme pour arriver \u00e0 ce niveau.<\/p>\n<div id=\"attachment_1880\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1880\" class=\"wp-image-1880\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton2-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton2-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton2.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1880\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Cyril Auvity (Le Soleil)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dit plus haut, les petits r\u00f4les \u00e9taient chant\u00e9s par des artistes de MusicAeterna. Ainsi, on va retrouver les deux basses <strong>Viktor Shapovalov<\/strong> et <strong>Aleksandre Egorov<\/strong> dans les r\u00f4les respectivement de Prot\u00e9e \/ Le Roi et M\u00e9rops. Les voix sont assez proches et un peu \u00e9tranges dans du Lully. Larges et plut\u00f4t rocailleuses, elles donnent un beau relief aux personnages mais semblent peu adapt\u00e9es \u00e0 ce r\u00e9pertoire en soliste. Mais le travail de style et de diction est tr\u00e8s bon. Au contraire, <strong>Alfiya Khamdullina<\/strong> est une tr\u00e8s belle Heure du Jour, avec une belle diction et un savant art du chant baroque, tout de finesse. De m\u00eame, <strong>Elizaveta Sveshnikova<\/strong> se montre tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise dans ce r\u00e9pertoire. Elle n\u2019est pas issue du ch\u0153ur et offre \u00e0 Astr\u00e9e d\u2019abord un timbre tr\u00e8s clair et lumineux, alors que son Heure du Jour est aussi de toute beaut\u00e9. Ces quatre chanteurs ne sont pas des grands habitu\u00e9s du r\u00e9pertoire baroque fran\u00e7ais, mais se montrent d\u2019une grande int\u00e9grit\u00e9 linguistique, particuli\u00e8rement avec la prononciation restitu\u00e9e. Il faut saluer cet immense travail r\u00e9alis\u00e9 !<\/p>\n<div id=\"attachment_1874\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton7.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1874\" class=\"wp-image-1874\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton7-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton7-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton7.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1874\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Lisandro Abadie (\u00c9paphus), \u00c9va Za\u00efcik (Lybie)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le triple r\u00f4le de Saturne, \u00c9paphus et Jupiter, <strong>Lisandro Abadie<\/strong> se montre en retrait. Il est parfait dramatiquement et vocalement, avec une grande connaissance du style. Mais il lui manque une projection plus percutante pour s\u2019imposer, surtout lorsque l\u2019on chante les r\u00f4les de Saturne et Jupiter. Les deux dieux manquent cruellement de stature. M\u00eame \u00c9paphus se trouve r\u00e9duit. La douceur lui convient parfaitement mais il lui manque un peu de puissance pour se montrer le digne fils de Jupiter. Il faut dire aussi qu\u2019il est face \u00e0 une distribution de haute vol\u00e9e pour le reste des r\u00f4les, m\u00eame dans le r\u00f4le finalement assez court de Lybie. <strong>\u00c9va Za\u00efcik<\/strong> (d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9e chez <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1438\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">William Christie<\/a>, et depuis r\u00e9compens\u00e9e de nombreux prix) s\u2019y montre d\u2019une grande douleur, mais aussi extr\u00eamement pudique malgr\u00e9 une voix sonore et direct. Le timbre est superbe, mais \u00e0 cela s\u2019ajoute un vrai sens du texte qu\u2019elle partage avec ses coll\u00e8gues. Elle dit le texte et en donne toute sa force. Sa technique s\u2019accorde merveilleusement avec le r\u00e9pertoire baroque dans le sens o\u00f9 la voix reste l\u00e9g\u00e8re tout en ayant une couleur sombre. Et elle nous r\u00e9gale de quelques appogiatures du plus bel effet chez Lully. Ajoutons la magnifique tenue sur sc\u00e8ne ainsi que la gestuelle baroque splendide, et nous avons un personnage qui cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran !<\/p>\n<div id=\"attachment_1877\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1877\" class=\"wp-image-1877\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton1-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton1-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton1.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1877\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : L\u00e9a Trommenschlager (Clim\u00e8ne)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre amoureuse malheureuse, <strong>Victoire Bunel<\/strong> campe une tr\u00e8s belle Th\u00e9one qui souffre de fa\u00e7on plus ext\u00e9rioris\u00e9e. Le personnage est, il faut le dire, plus d\u00e9velopp\u00e9 dramatiquement. La jeune chanteuse est peut-\u00eatre moins fine dans ses \u00e9motions mais elle donne une grande force au d\u00e9sespoir de la princesse d\u00e9laiss\u00e9e par Pha\u00e9ton. Que ce soit dans la supplique ou la v\u00e9h\u00e9mence, elle est toujours juste. Nous sommes ici devant une grande trag\u00e9dienne. Autre grande figure, la Clim\u00e8ne de <strong>L\u00e9a Trommenschlager<\/strong> se montre parfaite dans le r\u00f4le \u00e9trange de la m\u00e8re de Pha\u00e9ton. \u00c0 la fois tremblante devant l\u2019ambition de son fils, mais aussi le poussant \u00e0 toujours briller plus haut, la chanteuse sait l\u00e0 encore donner du poids au mot et soigne les couleurs pour justement avoir ce deux facettes. Le personnage pourrait \u00eatre une virago assez uniforme, mais nous en sommes ici tr\u00e8s loin par la palette de nuances qui sont d\u00e9ploy\u00e9es. Le timbre est moins imm\u00e9diatement beau que chez les deux princesses, mais cette Reine \u00e0 du charisme \u00e0 revendre et s\u2019impose facilement.<\/p>\n<div id=\"attachment_1875\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton9.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1875\" class=\"wp-image-1875\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton9-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton9-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton9.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1875\" class=\"wp-caption-text\">Acte I : Cyrile Auvity (Triton)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si ses interventions sont sporadiques, il faut saluer la prestation ahurissante de <strong>Cyril Auvity<\/strong>. Il campe trois r\u00f4les (comme dans l\u2019enregistrement de Christophe Rousset il y a maintenant six ans) : Triton, le Soleil et la D\u00e9esse de la Terre. Si ce dernier r\u00f4le est assez court, il aurait d\u00e9j\u00e0 suffi \u00e0 faire remarquer la qualit\u00e9 du chant, de l\u2019interpr\u00e9tation et de la diction. Mais les deux autres r\u00f4les beaucoup plus d\u00e9velopp\u00e9s nous permettent de l\u2019entendre dans d\u2019autres domaines. La virtuosit\u00e9 de Triton ne le prend jamais en d\u00e9faut, la tessiture extr\u00eamement tendue du Soleil le voit s\u2019\u00e9panouir dans une aigu magnifique\u2026 et la souffrance de la Terre est bien l\u00e0 aussi. Chacune de ses apparitions est donc un petit moment de gr\u00e2ce. Pourtant, l\u2019ensemble de la distribution est de haut niveau, mais il y a quelque chose en plus ici qui permet encore plus aux mots de s\u2019envoler, \u00e0 la m\u00e9lodie de prendre vie\u2026 Il n\u2019y a ici rien \u00e0 dire si ce n\u2019est s\u2019incliner. Lui qui avait montr\u00e9 quelques tensions dans l\u2019aigu pour <em>Alcyone<\/em> en <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1304\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e<\/a> se montre au contraire parfaitement libre avec cet art de dire qui ravi toujours.<\/p>\n<div id=\"attachment_1876\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1876\" class=\"wp-image-1876\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton6-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton6-300x140.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton6.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1876\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Cyril Auvity (Le Solei), Mathias Vidal (Pha\u00e9ton)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le r\u00f4le-titre \u00e9tait confi\u00e9 \u00e0 <strong>Mathias Vidal<\/strong>. Si le t\u00e9nor est un habitu\u00e9 de Rameau et de la p\u00e9riode <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1077\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">classique<\/a> (mais aussi de musique plus comme chez Gounod dans <em>Cinq-Mars<\/em>), il \u00e9tait un peu surprenant de le retrouver chez Lully. Car m\u00eame si l\u2019on peut \u00eatre parfait chez Rameau, Lully demande encore un chant plus travaill\u00e9. L\u2019exemple de Reinoud Van Mechelen le prouve : admirable chez le dijonnais, il semble un peu perdu chez l\u2019italien. Alors disons-le tout de suite, ce n\u2019est pas chez Mathias Vidal qu\u2019il faut aller chercher les petites guirlandes que peuvent proposer \u00c9va Za\u00efcik ou Cyril Auvity. Mais il y a une noblesse dans la diction et une aisance qui finissent par convaincre pass\u00e9 le premier moment de surprise. Car la voix est tr\u00e8s puissante pour le r\u00e9pertoire, avec un vibrato tr\u00e8s rapide que l\u2019on entend rarement chez les hautes-contre. Mais par le soin de donner du sens au texte, par ces effets de notes droites parfaitement utilis\u00e9s, il se glisse dans le style avec une remarquable aisance. Ne cherchant pas \u00e0 faire beau avant tout, il donne vraiment vie au personnage dans sa folie et sa d\u00e9mesure. Le personnage ne gagne pas en s\u00e9duction mais plut\u00f4t en force, comme dans une course effr\u00e9n\u00e9e pour toujours monter. Ce Pha\u00e9ton est vraiment l\u2019anti-h\u00e9ros de la trag\u00e9die. L\u00e0 o\u00f9 un Howard Crook par exemple (chez Minkowski) avait un ton tr\u00e8s galant, Mathias Vidal lui donne avant tout le texte et donne \u00e0 entendre un personnage particuli\u00e8rement marqu\u00e9. Tr\u00e8s belle conception et si elle tranche un peu avec le reste du plateau, n\u2019est-ce pas finalement logique vu le caract\u00e8re de Pha\u00e9ton ? Lui qui cherche \u00e0 toujours aller plus haut que sa position sociale alors que les autres personnages sont tr\u00e8s bien install\u00e9s ? On ne peut que s\u2019incliner devant cette incursion chez Lully et l\u2019on peut esp\u00e9rer \u00e0 l\u2019avenir de l\u2019entendre \u00e0 nouveau dans ce r\u00e9pertoire.<\/p>\n<div id=\"attachment_1881\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton12.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1881\" class=\"wp-image-1881\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton12-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"337\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton12-300x202.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton12-768x518.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton12.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1881\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Mathias Vidal (Pha\u00e9ton)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici donc une production de <em>Pha\u00e9ton <\/em>particuli\u00e8rement r\u00e9ussie. Minkowski manquait un peu de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019orchestre, Rousset un peu de nerfs\u2026 Vincent Dumestre semble avoir trouv\u00e9 le ton juste pour faire ressortir toute la richesse de l\u2019orchestre, mais aussi toute l\u2019efficacit\u00e9 de la musique de Lully. Le drame avance, implacable, mais avec une distinction imm\u00e9diate. Le r\u00e9sultat est passionnant et fort bien r\u00e9alis\u00e9. La distribution est splendide, et la mise en sc\u00e8ne finalement de belle facture une fois pass\u00e9 la surprise de l\u2019aspect visuel. Le cadre de l\u2019Op\u00e9ra Royal de Versailles (qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9 de sa moquette dans les colonnades\u2026 peut-\u00eatre \u00e0 des fins acoustiques ?) est, il faut le dire, assez parfait pour ce r\u00e9pertoire. De nombreuses cam\u00e9ras \u00e9taient install\u00e9es. L\u2019on peut esp\u00e9rer une diffusion prochaine de cette production\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_1873\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton11.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1873\" class=\"wp-image-1873\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton11-300x187.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton11-300x187.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton11-768x479.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/phaeton11.jpg 982w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1873\" class=\"wp-caption-text\">Acte IV : Final<\/p><\/div>\n<ul>\n<li>Versailles<\/li>\n<li>Op\u00e9ra Royal du Ch\u00e2teau de Versailles<\/li>\n<li>2 juin 2018<\/li>\n<li>Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Pha\u00e9ton, Trag\u00e9die en musique en cinq actes<\/li>\n<li>Mise en sc\u00e8ne, Benjamin Lazar ; Sc\u00e9nographie, Mathieu Lorry-Dupuy ; Costumes, Alain Blanchot ; Lumi\u00e8res, Fran\u00e7ois Menou ; Maquillage \/ Coiffure, Mathilde Benmoussa<\/li>\n<li>Pha\u00e9ton, Mathias Vidal ; Lybie, \u00c9va Za\u00efcik ; Th\u00e9one, Victoire Bunel ; Saturne \/ \u00c9paphus \/ Jupiter, Lisandro Abadie ; Triton \/ le Soleil \/ la D\u00e9esse de la Terre, Cyril Auvity ; Clim\u00e8ne, L\u00e9a Trommenschlager ; Prot\u00e9e \/ Le Roi Tributaire, Viktor Shapovalov ; Astr\u00e9e \/ une Heure du Jour, Elizaveta Sveshnikova ; M\u00e9rops, Aleksandre Egorov ; une Heure du Jour, Alfiya Khamdullina<\/li>\n<li>MusicAeterna<\/li>\n<li>Le Po\u00e8me Harmonique<\/li>\n<li>Vincent Dumestre, direction<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019il est rare de pouvoir assister \u00e0 une trag\u00e9die lyrique en version sc\u00e9nique\u2026 et encore plus rare que ce soit un ouvrage de Lully qui soit propos\u00e9e. 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