{"id":1772,"date":"2018-04-15T12:02:41","date_gmt":"2018-04-15T10:02:41","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1772"},"modified":"2018-04-15T12:02:41","modified_gmt":"2018-04-15T10:02:41","slug":"john-nelson-et-les-troyens-une-immense-reussite-a-strasbourg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1772","title":{"rendered":"John Nelson et les Troyens : une immense r\u00e9ussite \u00e0 Strasbourg"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1772\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1783\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16-768x768.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens16.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Parmi les ouvrages d\u2019Hector Berlioz, <em>Les Troyens<\/em> est le grand op\u00e9ra par excellence. Les autres ouvrages n\u2019ont pas les m\u00eames dimensions. Ici, il est all\u00e9 chercher non seulement dans le style d\u2019ouvrages qui \u00e9taient \u00e0 la mode \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, mais aussi du c\u00f4t\u00e9 des grandes trag\u00e9dies lyriques de Gluck et m\u00eame chez Rameau ou Lully. La partition est immense et a \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9e par l\u2019histoire tant elle a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9e et coup\u00e9e au cours des ann\u00e9es. Mais malgr\u00e9 tout, il est rare de trouver des op\u00e9ras de ce style aussi enregistr\u00e9\u00a0: on trouve plusieurs versions en DVD, plusieurs studios ou captations en direct de haut niveau technique\u2026 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on cherche parfois un seul enregistrement de bonne qualit\u00e9 pour d\u2019autres titres autrement plus glorieux historiquement\u00a0: <em>La Juive<\/em> d\u2019Hal\u00e9vy en est l\u2019exemple parfait. Mais Berlioz a cette aura que le pauvre Hal\u00e9vy n\u2019a plus de nos jours. Il ne faut tout de m\u00eame pas se plaindre d\u2019avoir un nouvel enregistrement de ces <em>Troyens<\/em>, surtout quand il a \u00e9t\u00e9 soign\u00e9 comme ce disque voulu par John Nelson\u00a0! Le chef dirige en effet une distribution plus que brillante avec un \u00e9tat de la partition tr\u00e8s soign\u00e9 (m\u00eame si on peu regretter quelques petits choix dans l\u2019\u00e9dition choisie).<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ouvrage d\u2019une passion de Berlioz pour Virgile, <em>Les Troyens<\/em> ont malheureusement d\u00fb faire face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: le compositeur s\u2019est en effet plong\u00e9 dans son \u00e9criture sans penser \u00e0 la repr\u00e9sentation. Densit\u00e9 de l\u2019orchestre, difficult\u00e9 des r\u00f4les, grandeur de la mise en sc\u00e8ne\u2026 la cr\u00e9ation aura \u00e9t\u00e9 difficile pour des raisons pratiques mais aussi pour la personnalit\u00e9 d\u2019Hector Berlioz qui avait des relations difficiles avec les sc\u00e8nes fran\u00e7aises. Au final l\u2019ouvrage sera partiellement cr\u00e9\u00e9 en 1863 au Th\u00e9\u00e2tre Lyrique avec <em>Les Troyens \u00e0 Carthage<\/em> au grand d\u00e9sespoir du compositeur. Il n\u2019entendra d\u2019ailleurs jamais <em>La Prise de Troie<\/em> qui sera cr\u00e9\u00e9 en 1879 seulement, soit dix ans apr\u00e8s la mort d\u2019Hector Berlioz.<\/p>\n<div id=\"attachment_1773\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1773\" class=\"wp-image-1773\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens1-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens1-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens1-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens1.jpg 853w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1773\" class=\"wp-caption-text\">Entr\u00e9e de la Salle \u00c9rasme \u00e0 Strasbourg<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais petit \u00e0 petit, l\u2019ouvrage s\u2019est impos\u00e9 de mani\u00e8re sporadique avec notamment des chefs d\u2019orchestre qui ont enregistr\u00e9 la partition depuis soixante-dix ans. En 1947, <strong>Sir Thomas Beecham<\/strong> gravait pour la premi\u00e8re fois la partition dans une version substantielle. Le chef anglais a convoqu\u00e9 de grands noms de chanteurs fran\u00e7ais pour une partition certes pas compl\u00e8te mais loin des d\u00e9figurations que l\u2019on peut entendre dans des enregistrements de cette m\u00eame \u00e9poque. Historiquement, vient ensuite un document en direct de 1960 chant\u00e9 en italien et dirig\u00e9 par <strong>Rafael Kubelik<\/strong>. Pas de recherche musicologique ou de travail stylistique ici mais une puissante incarnation \u00e0 tous les niveaux. Neil Rankin est une Cassandre de haute lign\u00e9e, Giulietta Simionato une immense Didon et Mario del Monaco donne toute sa dimension h\u00e9ro\u00efque \u00e0 \u00c9n\u00e9e. En 1969 <strong>George Pr\u00eatre<\/strong> dirige une production quasi compl\u00e8te en concert \u00e0 Rome. Le chef enflamme la partition comme jamais, impulsant une \u00e9nergie rare aux forces de la RAI et \u00e0 une distribution men\u00e9e par des grandes personnalit\u00e9s. Nicolai Gedda d\u00e9j\u00e0 se montre un \u00c9n\u00e9e styl\u00e9 et magnifiquement chantant, ne cherchant nullement \u00e0 se faire plus h\u00e9ro\u00efque qu\u2019il ne peut l\u2019\u00eatre. Mais ce sont peut-\u00eatre ses coll\u00e8gues qui frappent le plus. Grande surprise pour la Cassandre de Marylin Horne qui se montre d\u2019une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 magistrale\u00a0: elle qui a plus \u00e9t\u00e9 entendue dans le bel-canto se montre ici une vraie trag\u00e9dienne avec ce timbre si particulier et cette flamme qui la consume. Shirley Verrett est plus habitu\u00e9e \u00e0 ce r\u00e9pertoire et est une grande Didon m\u00eame si elle donnera des prestations plus passionnantes par la suite dans ce r\u00f4le mais aussi celui de la proph\u00e9tesse troyenne. En cette m\u00eame ann\u00e9e, <strong>Sir Colin Davis<\/strong> propose la premi\u00e8re version int\u00e9grale dans une vision de grand peplum. Peu de francophones en dehors du superbe Roger Soyer en Narbal, mais un trio de t\u00eate qui sait cr\u00e9er des personnages immenses\u00a0: Jon Vickers bien s\u00fbr qui offre son m\u00e9tal et ses nuances \u00e0 un \u00c9n\u00e9e glorieux et d\u00e9chir\u00e9, mais aussi Josephine Veasey et Berit Lindholm. La premi\u00e8re est d\u2019un magnifique drap\u00e9 en reine de Carthage l\u00e0 o\u00f9 la seconde montre toute l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de son timbre pour donner vie au personnage trouble de Cassandre. Viennent ensuite l\u2019enregistrement de <strong>Charles Dutoit<\/strong> et une autre version de Sir Colin Davis&#8230; mais malgr\u00e9 leurs qualit\u00e9s respectives (l\u2019En\u00e9e de Ben Heppner par exemple!) elles ne marqueront pas la discographie. Il faudra attendre une sorte de r\u00e9volution esth\u00e9tique en 2003\u00a0: la production men\u00e9e par <strong>Sir John Eliot Gardiner<\/strong> au Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet. Reprenant les habitudes du baroque, il va aller aux sources de la partition, plongeant dans les archives pour donner non seulement une version quasi compl\u00e8te (et le final allong\u00e9 d\u2019origine trop rarement donn\u00e9), mais aussi des choix musicologiques sid\u00e9rants. D\u00e9j\u00e0 les instruments d\u2019\u00e9poque de l\u2019Orchestre R\u00e9volutionnaire et Romantique donnent une couleur nouvelle par la tension mais aussi la finesse qu\u2019ils offrent. Mais il va aussi chercher \u00e0 d\u00e9graisser le chant en donnant les r\u00f4les principaux \u00e0 des chanteurs plus l\u00e9gers qu\u2019\u00e0 l\u2019habitude. Anna Caterina Antonacci sera ainsi une Cassandre d\u2019exception qui va plonger chez Gluck, l\u00e0 o\u00f9 Gregory Kunde et Susan Graham offriront toutes leur sciences du bel-canto pour camper des h\u00e9ros plein de nuances et au chant raffin\u00e9 sans en oublier pour autant le drame.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1782\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens15.jpg 1792w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 ces quelques monuments qui restent dans les m\u00e9moires, le discret John Nelson a suivi son chemin patiemment mais s\u00fbrement pour nous mener \u00e0 ces <em>Troyens<\/em> enfin enregistr\u00e9s. Il faut dire que sa carri\u00e8re est dirig\u00e9e par cet op\u00e9ra. En 1972, il dirige d\u00e9j\u00e0 une version compl\u00e8te des <em>Troyens<\/em> en version de concert \u00e0 Carnegie Hall. Puis en 1973, voici qu\u2019il lui faut remplacer Rafael Kubel\u00edk au Metropolitan Opera de New York qui montre une distribution gigantesque\u00a0: Shirley Verrett (Cassandre), Jon Vickers (En\u00e9e), Christa Ludwig (Didon), Louis Quilico (Chor\u00e8be), Mignon Dunn (Anna)\u2026 Il dirigera encore de nombreuses productions de cette immense op\u00e9ra de Berlioz, comme en 2010 \u00e0 Amsterdam\u00a0: Eva-Maria Westbroek (Cassandre), Bryan Hymel (En\u00e9e), Yvonne Naef (Didon), Jean-Fran\u00e7ois Lapointe (Chor\u00e8be)\u2026 Mais le chef d\u2019orchestre a aussi dirig\u00e9 et enregistr\u00e9 de nombreuses autres partitions de Berlioz\u00a0: <em>Benvenuto Cellini<\/em> chez Virgin (avec d\u00e9j\u00e0 Joyce DiDonato), le <em>Te Deum<\/em> chez Virgin, <em>B\u00e9atrice et B\u00e9nedict<\/em> chez Erato, <em>Les Nuits d\u2019\u00c9t\u00e9<\/em> avec Susan Graham chez Sony mais aussi avec David Daniels chez Virgin. Voici d\u00e9j\u00e0 un beau travail pour le compositeur. Et pour conclure sur les op\u00e9ras, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 monter et faire enregistrer sa vision des <em>Troyens<\/em> avec le soutien de Erato qu\u2019il faut d\u2019ailleurs remercier pour les risques pris. Capt\u00e9 durant deux concerts publics (les 15 et 17 avril 2017, plus des raccords le 18), la qualit\u00e9 technique est superbe d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre sans qu\u2019aucun bruit ne vienne perturber la musique d\u2019Hector Berlioz.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens14.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1781\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens14-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens14-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens14-768x511.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens14-1024x682.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la partition est assez claire, il y a tout de m\u00eame quelques choix \u00e0 faire lorsque l\u2019on d\u00e9cide de monter une production des <em>Troyens<\/em>. Bien s\u00fbr, on peut rapidement r\u00e9gler l\u2019affaire de l\u2019ouverture des <em>Troyens \u00e0 Carthage<\/em> que Berlioz a compos\u00e9 pour les repr\u00e9sentations sur deux jours. Cette pi\u00e8ce n\u2019a rien \u00e0 faire ici et n\u2019est de toute fa\u00e7on pas d\u2019un int\u00e9r\u00eat majeur. Ensuite vient le cas de la sc\u00e8ne de Sinon qu\u2019il monta en 2010 \u00e0 Amsterdam. Cette sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e par Berlioz lui-m\u00eame lors des n\u00e9gociations avec le directeur de l\u2019Op\u00e9ra de Paris en 1861. La partition fut m\u00eame d\u00e9truite par le compositeur\u2026 mais reconstitu\u00e9e par Hugh Macdonald. John Nelson consid\u00e8re cette sc\u00e8ne comme pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019\u00c9n\u00e9e et a donc d\u00e9cid\u00e9 de la couper. La d\u00e9cision sans doute la plus difficile est celle concernant le final du dernier acte. En effet, Berlioz en a d\u2019abord con\u00e7u un immense tableau o\u00f9 la muse Clio vient pr\u00e9senter l\u2019avenir de ces Troyens. Modifi\u00e9 pour les premi\u00e8res repr\u00e9sentation au Th\u00e9\u00e2tre Lyrique en 1863 pour la cr\u00e9ation des trois derniers actes, le final est donc r\u00e9duit et beaucoup plus th\u00e9\u00e2trale puisqu\u2019il se termine sur la mal\u00e9diction lanc\u00e9e par le peuple carthaginois contre les troyens. Mais il y a aussi des choix stylistiques \u00e0 faire pour un tel op\u00e9ra. On l\u2019a vu ci-dessus, l\u2019histoire oppose par exemple les deux conceptions de Sir Colin Davis dans son premier enregistrement et de Sir Eliot Gardiner. Au Ch\u00e2telet Le premier offre un Berlioz assez massif et spectaculaire avec des gosiers immenses\u2026 l\u00e0 o\u00f9 le second rapproche plus Berlioz de Gluck et a donc choisi des chanteurs plus trag\u00e9diens. <strong>John Nelson<\/strong> semble avoir int\u00e9gr\u00e9 les diff\u00e9rents points positifs des deux c\u00f4t\u00e9s puisqu\u2019il nous offre un enregistrement tr\u00e8s soign\u00e9 o\u00f9 Berlioz sonne particuli\u00e8rement fran\u00e7ais sans aucune lourdeur wagn\u00e9rienne sous-jacente. Mais \u00e0 cela s\u2019ajoute un grand soin des d\u00e9tails puisque l\u2019orchestre sonne avec une belle dimension tout en mettant en avant des d\u00e9tails peu lisible chez ses concurrents. Moins marqu\u00e9 par l\u2019h\u00e9ritage de Gluck, elle s\u2019ancre vraiment dans une tradition fran\u00e7aise du grand op\u00e9ra tel qu\u2019il est red\u00e9couvert de plus en plus de nos jours. La direction de John Nelson s\u2019appuie sur l\u2019<strong>Orchestre Philharmonique de Strasbourg<\/strong> qui n\u2019a peut-\u00eatre pas le fini des grandes formations mais justement permet un son direct et vif. La formation strasbourgeoise offre des angles dans les pupitres, des couleurs tendues et un engagement de tous les instants pour cette grande fresque. Il s\u2019appuie aussi sur un triple ch\u0153ur qui lui manque peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement de coh\u00e9sion par moments mais sans pour autant \u00eatre mauvais. Il faut dire que nous avons ici le <strong>Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra National du Rhin<\/strong>, le <strong>Ch\u0153ur Philharmonique de Strasbourg<\/strong> et le <strong>Badischer Staatsopernchor<\/strong>. Les trois formations ont d\u00e9j\u00e0 fait un beau travail car la langue est assez compr\u00e9hensible. La direction et les choix musicaux du chef sont donc assez naturels dans le sens o\u00f9 il ne va pas chercher un \u00e9clairage extr\u00eame, mais plut\u00f4t une vision du d\u00e9but du romantisme en France. Mais l\u2019autre gros travail de John Nelson a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9unir une distribution \u00e0 la hauteur du monument vocalement&#8230; mais qui puisse aussi rendre justice au texte. En se basant sur une distribution quasi exclusivement francophone, le chef a eu la main heureuse car le texte est extr\u00eamement bien rendu par tous, m\u00eame par les quelques chanteurs anglophones qui chantent avec peu ou pas d\u2019accent.<\/p>\n<div id=\"attachment_1775\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1775\" class=\"wp-image-1775\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens3-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens3-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens3-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens3.jpg 853w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1775\" class=\"wp-caption-text\">Bertrand Grunenwald (Priam), Agnieszka Slawi\u0144ska (H\u00e9cube), Marianne Crebassa (Ascagne), Marie-Nicole Lemieux (Cassandre)<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_1774\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1774\" class=\"wp-image-1774\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens2-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens2-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens2-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens2.jpg 853w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1774\" class=\"wp-caption-text\">St\u00e9phane Degout (Chor\u00e8be), Michael Spyres (\u00c9n\u00e9e), Stanislas de Barbeyrac (Hylas \/ H\u00e9l\u00e9nus), Philippe Sly (Panth\u00e9e)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lecture de la distribution justement, les noms des petits r\u00f4les font r\u00eaver. Une grande partie de la fine fleur du chant fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni ici. <strong>Jean Teitgen<\/strong> chante le dieu Mercure et l\u2019Ombre d\u2019Hector de sa voix de bronze, <strong>J\u00e9r\u00f4me Varnier<\/strong> et <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Caton<\/strong> nous proposent deux sentinelles moqueuses \u00e0 souhait avec leur basses impressionnantes, <strong>Philippe Sly<\/strong> nous donne \u00e0 entendre un tr\u00e8s beau Panth\u00e9e&#8230; Mais les r\u00f4les continuent \u00e0 se d\u00e9velopper avec des noms qui charment par la logique du choix. <strong>Marianne Crebassa<\/strong> est un Ascagne parfait o\u00f9 ce timbre sombre convient parfaitement au jeune homme. La chanteuse \u00e0 cette arrogance dans la voix qui lui permet de montrer toute la fiert\u00e9 de son r\u00e9cit \u00e0 Didon au troisi\u00e8me acte alors que le chant est particuli\u00e8rement somptueux. En H\u00e9l\u00e9nus et Hyopas, <strong>Stanislas de Barbeyrac<\/strong> nous donne des moments de beaut\u00e9 avec un chant sensible et d\u00e9licat. Mais il est battu sur ce terrain par <strong>Cyrille Dubois<\/strong> qui propose un Iopas parfait. M\u00eame Joyce DiDonato ne peut s\u2019emp\u00eacher de l\u2019admirer durant son air\u00a0: la ligne est d\u2019une puret\u00e9 immacul\u00e9e alors que chaque mot est cisel\u00e9. Parmi tous ces r\u00f4les r\u00e9duits, on se demande juste pourquoi avoir engag\u00e9 Bertrant Grunenwald pour Priam par exemple car la voix n\u2019est pas tr\u00e8s belle ni le fran\u00e7ais parfait.<\/p>\n<div id=\"attachment_1777\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens8.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1777\" class=\"wp-image-1777\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens8-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens8-300x169.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens8-768x432.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens8.jpg 853w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1777\" class=\"wp-caption-text\">Cyrille Dubois (Iopas), Joyce DiDonato (Didon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En continuant \u00e0 monter dans l\u2019importance des r\u00f4les, l\u2019on rencontre forc\u00e9ment Anna, s\u0153ur de Didon. Et c\u2019est peut-\u00eatre la moins bonne performance de l\u2019enregistrement. En effet, <strong>Hanna Hipp<\/strong> n\u2019a pas beaucoup d\u2019arguments \u00e0 proposer face aux personnalit\u00e9s fascinantes qui l\u2019entourent. La voix est assez quelconque, le fran\u00e7ais moins bon que la moyenne et le personnage reste assez g\u00e9n\u00e9rique. Il est \u00e9tonnant qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 possible de trouver une autre mezzo-soprano pour ce r\u00f4le quand on voit la luxueuse distribution des r\u00f4les les plus petits. Il faut dire aussi que face \u00e0 elle se trouve le Narbal de <strong>Nicolas Courjal<\/strong> qui frappe imm\u00e9diatement par la grandeur du ton, la noirceur de la voix et la perfection du fran\u00e7ais. La basse fran\u00e7aise peine encore \u00e0 obtenir des grands r\u00f4les mais les choses semblent changer (il va chanter Bertram dans <em>Robert le Diable<\/em> \u00e0 Bruxelles la saison prochaine). Son personnage est immense avec ce timbre si marquant. Il offre ses graves abyssaux aux doutes du ministre puis sa puissance dans la mal\u00e9diction. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ra, l\u2019on retrouve <strong>St\u00e9phane Degout<\/strong> dans le r\u00f4le de Chor\u00e8be. Si le personnage n\u2019est pas tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9, il se doit tout de m\u00eame d\u2019assumer une grand duo avec Cassandre notamment qui demande une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019accents et de couleurs. Ici le baryton fran\u00e7ais se montre un vrai mod\u00e8le de finesse et de go\u00fbt puisqu\u2019il campe un noble soldat plein de tendresse mais aussi de vaillance. Le r\u00f4le est assez gratifiant mais le chanteur est parfait dans ses interventions.<\/p>\n<div id=\"attachment_1776\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens4.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1776\" class=\"wp-image-1776\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens4-244x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens4-244x300.jpg 244w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens4.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1776\" class=\"wp-caption-text\">Marie-Nicole Lemieux (Cassandre)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et sa qualit\u00e9 se d\u00e9voile encore plus quand on l\u2019entend face \u00e0 la tornade d\u2019\u00e9nergie que d\u00e9ploie <strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> dans le r\u00f4le de Cassandre. \u00c0 l\u2019annonce de la distribution, le doute se posait. En effet, offrir Cassande \u00e0 une mezzo-soprano qui se d\u00e9clare alto alors que Didon est propos\u00e9 \u00e0 une mezzo-soprano qui chante des r\u00f4les de soprano\u2026 voil\u00e0 qui \u00e9tait original. Mais il n\u2019est pas uniquement question de tessiture dans ce r\u00f4le. Il faut avant tout \u00eatre une grande figure tragique, composer cette proph\u00e9tesse bouleversante. La mezzo-soprano canadienne donne d\u00e9j\u00e0 son timbre et sa voix pour cr\u00e9er une femme \u00e9trange. Le timbre l\u00e9g\u00e8rement forc\u00e9 lorsque la ligne s\u2019\u00e9l\u00e8ve nous montre un personnage rong\u00e9 par la terreur, terreur qui est balay\u00e9e d\u2019un revers de main par sa famille. Mais tout au long de ce r\u00f4le tr\u00e8s expos\u00e9, elle assume une tessiture toute de m\u00eame assez \u00e9lev\u00e9e sans que l\u2019on ressente de la fatigue. A peine sent-on que l\u2019extr\u00eame aigu est un peu tendu. Mais d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, il y a cette flamme int\u00e9rieure qui br\u00fble. Son premier monologue est un moment de trouble qui n\u2019est pas sans rappeler le premier monologue d\u2019<em>Elektra<\/em> de Strauss par l\u2019effet de b\u00eate traqu\u00e9e qui s\u2019en d\u00e9gage. Le duo avec Chor\u00e8be nous offre une visage plus humain de f\u00e9minin o\u00f9 l\u2019ombre du futur est l\u00e9g\u00e8rement masqu\u00e9e. Mais l\u2019on retrouve cette violence des sentiments sur la fin. Et puis bien s\u00fbr la sc\u00e8ne de suicide collectif est un grand moment puisque Marie-Nicole Lemieux s\u2019y montre d\u2019une immense noblesse, courant au martyre, \u00e9crasant de son m\u00e9pris les peureuses\u2026 chaque \u00e9motion est l\u00e0 et donn\u00e9e avec la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui caract\u00e9rise la cantatrice. Mais cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ne d\u00e9borde jamais du cadre de l\u2019ouvrage et du personnage car elle la domestique faire vivre le personnage de Cassandre. La prestation est sid\u00e9rante vocalement\u2026 et le DVD fourni nous permet de la voir dans deux sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre aussi l\u2019engagement physique. Totalement habit\u00e9e par le r\u00f4le elle se consume derri\u00e8re son pupitre qu\u2019elle regarde fort peu. Et il y a un vrai grand travail sur le texte\u00a0: nous sommes ici vraiment face \u00e0 un personnage digne d\u2019une trag\u00e9die classique et elle sait parfaitement faire vivre le texte avec mille nuances et une superbe diction. Immense travail pour un r\u00e9sultat passionnant qui se hisse au niveau de ce que proposait Anna Caterina Antonacci chez Gardiner (niveau qu\u2019il semblait pourtant difficile \u00e0 atteindre!).<\/p>\n<div id=\"attachment_1779\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens10.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1779\" class=\"wp-image-1779\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens10-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens10-208x300.jpg 208w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens10.jpg 332w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1779\" class=\"wp-caption-text\">Joyce DiDonato (Didon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 ce grand portrait, <strong>Joyce DiDonato<\/strong> se devait de donner une grande Didon. Et le r\u00e9sultat est tout aussi impressionnant sur le plan vocal comme dramatique. Si les premi\u00e8res minutes montrent un vibrato serr\u00e9 un peu pr\u00e9sent, rapidement la voix prend de l\u2019assurance et l\u2019on retrouve cette grande chanteuse. Plus habitu\u00e9e au bel-canto qu\u2019au r\u00e9pertoire romantique, elle avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 son affinit\u00e9 avec ce r\u00e9pertoire lors du <em>Werther<\/em> en version de concert avec Juan-Diego Florez. Le r\u00f4le de la reine de Carthage est tout aussi exigeant que Charlotte voir m\u00eame plus car le portrait pousse la femme amoureuse vers une rage destructrice. La noblesse de ton est d\u00e9j\u00e0 admirable lors du d\u00e9but du troisi\u00e8me acte et l\u2019on d\u00e9couvre par la suite le doute de cette femme, le trouble amoureux par la suite. Chacune des \u00e9motions est finement cisel\u00e9e par un chant raffin\u00e9 et soign\u00e9. L\u2019on culmine \u00e0 un duo avec \u00c9n\u00e9e d\u2019une extase sublime, toujours chant\u00e9 avec d\u00e9licatesse et passion. Puis se d\u00e9voile l\u2019autre facette de la reine, facette qui affiche la f\u00e9rocit\u00e9 de Joyce DiDonato. L\u2019on retrouve ici les fureurs de Haendel qu\u2019elle sait si bien montrer (sa Dejanira de <em>Hercules<\/em> est saisissante). Toute la violence et le d\u00e9sespoir sont ici montr\u00e9s, la folie qui s\u2019empare d\u2019un esprit terrass\u00e9 par la douleur. Le charisme de la chanteuse est manifeste. Fait remarquable, la cantatrice am\u00e9ricaine nous pr\u00e9sente un texte tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible avec une belle sensibilit\u00e9. Elle ne d\u00e9pare par dans la qualit\u00e9 linguistique de l\u2019ensemble. On trouve donc ici une grande reine, o\u00f9 chacune des facettes (qu\u2019elles soient publiques ou priv\u00e9es) et montr\u00e9e comme rarement. La chanteuse d\u00e9montre combien ce r\u00e9pertoire lui convient tout autant que le bel-canto. Car ici il n\u2019est pas question de vocalises ou autres variations o\u00f9 elle est reine. C\u2019est l\u2019\u00e9loquence qui fait le prix de cette interpr\u00e9tation mais aussi la beaut\u00e9 du chant et de la voix. Apr\u00e8s la grandiose Cassandre de Marie-Nicole Lemieux, l\u2019am\u00e9ricaine Joyce DiDonato se montre tout aussi fascinante dans un r\u00f4le souvent moins marquant car plus long et moins intense. Ici l\u2019on d\u00e9couvre cette reine qui a construit une nouvelle nation\u00a0: une femme forte et intelligente qui va \u00eatre d\u00e9truite par la passion.<\/p>\n<div id=\"attachment_1778\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens9.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1778\" class=\"wp-image-1778\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens9-300x231.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens9-300x231.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens9.jpg 623w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1778\" class=\"wp-caption-text\">Michael Spyres (\u00c9n\u00e9e), Joyce DiDonato (Didon)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019on termine par celui qui traverse tout l\u2019ouvrage\u00a0: l\u2019\u00c9n\u00e9e de <strong>Michael Spyres<\/strong>. L\u2019am\u00e9ricain, tout comme Joyce DiDonato, s\u2019est fait conna\u00eetre chez Rossini avant tout, mais il a toujours aussi chant\u00e9 des r\u00f4les du romantisme fran\u00e7ais. Il a d\u2019ailleurs enregistr\u00e9 un magnifique r\u00e9cital consacr\u00e9 \u00e0 Gilbert Duprez, grand t\u00e9nor de l\u2019Op\u00e9ra de Paris au XIX\u00e8 si\u00e8cle. Il a aussi particip\u00e9 \u00e0 des repr\u00e9sentations saisissantes \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique dans <em>La Muette de Portici<\/em> d\u2019Auber ainsi que <em>Le Pr\u00e9 aux Clercs<\/em> de H\u00e9rold. Il sera aussi de retour \u00e0 Paris pour <em>La Nonne Sanglante<\/em> de Charles Gounod. Impressionnant dans la d\u00e9monstration vocale du bel-canto, il se montre d\u2019une immense musicalit\u00e9 chez les romantiques. Le r\u00f4le d\u2019\u00c9n\u00e9e est assez affreusement \u00e9crit et il est rare de trouver un chanteur capable d\u2019affronter toutes les facettes du r\u00f4le. Depuis l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et les sauts de tessiture ahurissant de l\u2019air d\u2019entr\u00e9e jusqu\u2019au duo avec Didon, il faut toute une palette d\u2019expression et une technique exemplaire. Et si l\u2019on pouvait craindre une certaine fatigue \u00e0 la fin du r\u00f4le, il faut avouer que Michael Spyres est impressionnant d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019op\u00e9ra. Son entr\u00e9e claironnante et martiale est chant\u00e9e non seulement avec beaucoup d\u2019\u00e9clat mais aussi avec un chant d\u2019une grande beaut\u00e9. L\u2019on d\u00e9couvre imm\u00e9diatement cette voix particuli\u00e8rement bien plac\u00e9e, focalis\u00e9e et directe. Il se sort avec une certaine facilit\u00e9 de cet air en faisant gronder ses graves et en lan\u00e7ant des aigus dard\u00e9s. Mais il sait aussi montrer sa finesse dans d\u2019autres passages o\u00f9 l\u00e0 c\u2019est l\u2019intelligence du chanteur qui se montre\u00a0: la finesse du chant, l\u2019art des nuances, la coloration du texte\u2026 et justement la qualit\u00e9 de la diction qui est parfaite\u00a0! Il se montre d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre parfait car il sait parfaitement quelle est sa voix. Il ne cherche pas \u00e0 se faire plus grand qu\u2019il n\u2019est, il coule le r\u00f4le dans sa voix et l\u2019on en vient \u00e0 se demander si ce n\u2019est pas finalement cette voix qui \u00e9tait dans l\u2019esprit de Berlioz. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un Faust de la <em>Damnation<\/em> hors du commun \u00e0 de nombreuses reprises, Michael Spyres nous d\u00e9montre son talent dans un r\u00f4le beaucoup plus h\u00e9ro\u00efque. Bien s\u00fbr, le r\u00f4le est un peu lourd actuellement et serait peut-\u00eatre pr\u00e9judiciable pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la voix s\u2019il se consacrait uniquement \u00e0 ces r\u00f4les de fort-t\u00e9nor. Mais pour ces deux concerts, il nous a offert un portrait d\u2019une beaut\u00e9 souveraine et un chant tout aussi admirable. Voici un immense \u00c9n\u00e9e dans la lign\u00e9e d\u2019un Gregory Kunde par son ancrage dans le bel-canto par le style, mais avec une voix diff\u00e9rente et peut-\u00eatre plus h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<div id=\"attachment_1780\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens12.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1780\" class=\"wp-image-1780\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens12-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens12-300x225.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/troyens12.jpg 638w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1780\" class=\"wp-caption-text\">John Nelson<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Grandes personnalit\u00e9s dans les r\u00f4les principaux, distribution magistrale, direction magnifique\u2026 chacun des \u00e9l\u00e9ments pris s\u00e9par\u00e9ment est \u00e0 saluer, mais l\u2019ensemble aussi car l\u2019on entend aussi la passion de chacun, la volont\u00e9 de faire triompher l\u2019ouvrage avant leur triomphe personnel. Chacun est attentif et le travail semble avoir \u00e9t\u00e9 important pour chacun. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on aurait pu craindre d\u2019entre avant tout trois stars accompagn\u00e9es par des bons chanteurs, nous avons finalement une troupe de chanteurs tous sur le m\u00eame pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 et l\u2019on comprend combien participer \u00e0 ce projet aura \u00e9t\u00e9 important pour chacun. Le r\u00e9sultat est brillant car nous avons ici un enregistrement majeur. Il est rare de nos jours de trouver une publication qui se hisse imm\u00e9diatement au niveau des plus grands enregistrements mais celui-ci est sans nul doute du niveau des plus grandes r\u00e9ussites chez Berlioz.<\/p>\n<ul>\n<li>Hector Berlioz (1803-1869), Les Troyens, Op\u00e9ra en cinq actes<\/li>\n<li>\u00c9n\u00e9e, Michael Spyres ; Chor\u00e8be, St\u00e9phane Degout ; Panth\u00e9e, Philippe Sly ; Narbal, Nicolas Courjal\u00a0; Iopas, Cyrille Dubois\u00a0; Ascagne, Marianne Crebassa\u00a0; Cassandre, Marie-Nicole Lemieux\u00a0; Didon, Joyce DiDonato\u00a0; Anna, Hanna Hipp\u00a0; Hylas \/ H\u00e9l\u00e9nus, Stanislas de Barbeyrac\u00a0; Priam, Bertrand Grunenwald\u00a0; un soldat \/ un chef grec, Richard Rittelmann\u00a0; l\u2019Ombre d\u2019Hector \/ le dieu Mercure, Jean Teitgen\u00a0; Sentinelle I, J\u00e9r\u00f4me Varnier\u00a0; Sentinelle II, Fr\u00e9d\u00e9ric Caton ; H\u00e9cube\u00a0; Agnieszka Slawi\u0144ska<\/li>\n<li>Ch\u0153urs de l\u2018Op\u00e9ra national du Rhin<\/li>\n<li>Badischer Staatsopernchor<\/li>\n<li>Ch\u0153ur philharmonique de Strasbourg<\/li>\n<li>Orchestre philharmonique de Strasbourg<\/li>\n<li>John Nelson, Direction<\/li>\n<li>4 CD et 1 DVD Erato, 0190295762209. Enregistr\u00e9 Salle \u00c9rasme, Strasbourg, les 15, 17 et 18 avril 2017.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les ouvrages d\u2019Hector Berlioz, Les Troyens est le grand op\u00e9ra par excellence. Les autres ouvrages n\u2019ont pas les m\u00eames dimensions. 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