{"id":1523,"date":"2017-10-13T23:36:09","date_gmt":"2017-10-13T21:36:09","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1523"},"modified":"2017-10-13T23:36:09","modified_gmt":"2017-10-13T21:36:09","slug":"renee-fleming-recital-dune-grande-artiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1523","title":{"rendered":"Ren\u00e9e Fleming, r\u00e9cital d&rsquo;une grande artiste"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1523\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1524 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_4-241x300.jpg\" alt=\"\" width=\"241\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_4-241x300.jpg 241w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_4.jpg 663w\" sizes=\"auto, (max-width: 241px) 100vw, 241px\" \/><\/a>S\u2019il y a une ville o\u00f9 il fallait \u00eatre en ce mardi 10 octobre 2017, c\u2019\u00e9tait assur\u00e9ment \u00e0 Paris tant les \u00e9v\u00e8nements \u00e9taient nombreux\u00a0: face \u00e0 la venue de Thomas Hengelbrock et Pavol Breslik \u00e0 la Philharmonie de Paris, l\u2019Op\u00e9ra de Paris inaugurait la nouvelle production de <em>Don Carlos<\/em>\u00a0avec rien moins que Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Ludovic T\u00e9zier, El\u012bna Garan\u010da et Ildar Abdrazakov dans une mise en sc\u00e8ne de Krzysztof Warlikowski\u2026 et Ren\u00e9e Fleming venait pour un r\u00e9cital avec piano au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es. Cette derni\u00e8re a maintenant une place particuli\u00e8re parmi les divas de notre temps\u00a0: discr\u00e8te hors de la sc\u00e8ne, mais toujours d\u2019une grande intelligence et d\u2019une curiosit\u00e9 sans borne, l\u2019am\u00e9ricaine s\u2019est faite une place par son art du chant, mais aussi par cette classe qui lui est propre. Alors qu\u2019elle a annonc\u00e9 son retrait des op\u00e9ras sc\u00e9niques, elle continue \u00e0 se produire en r\u00e9cital pour le plus grand plaisir d\u2019un public fid\u00e8le\u2026 m\u00eame si pour cette venue sur Paris, la salle du Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre pleine\u00a0: concurrence des autres salles, soir\u00e9e de gr\u00e8ve, peur du r\u00e9pertoire avec piano\u00a0? Les pr\u00e9sents auront eu \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 de leur curiosit\u00e9 et leur attachement car Ren\u00e9e Fleming offre un r\u00e9cital de toute beaut\u00e9\u00a0!<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brahms, Massenet, Faur\u00e9, Canteloube, Saint-Sa\u00ebns et Strauss\u2026 voil\u00e0 des compositeurs bien connus et que le belle Ren\u00e9e Fleming nous a d\u00e9j\u00e0 offert durant des r\u00e9citals\u2026 mais au milieu de ces illustres compositeurs se trouve un autre allemand\u00a0: Egon Kornauth. Cette pr\u00e9sence est assez repr\u00e9sentative de la fa\u00e7on dont la soprano con\u00e7oit un programme non seulement de concert, mais aussi d\u2019enregistrement. Sans vouloir forc\u00e9ment perturber l\u2019auditeur avec uniquement des pi\u00e8ces rares, elle l\u2019attire par des pi\u00e8ces connues et y distille un peu de nouveaut\u00e9 que ce soit des compositeurs oubli\u00e9s ou des cr\u00e9ations. Loin de se contenter de chanter uniquement des Lieder de Schubert ou des m\u00e9lodies de Debussy, la soprano va puiser dans le vaste r\u00e9pertoire. Car m\u00eame cette <em>Soir\u00e9e en mer<\/em>\u00a0de Camille Saint-Sa\u00ebns est une relative raret\u00e9\u00a0: qui pr\u00e9sente ses m\u00e9lodies dans un r\u00e9cital consacr\u00e9 \u00e0 ce r\u00e9pertoire fran\u00e7ais\u00a0? Personne ou presque malgr\u00e9 la mise en avant effectu\u00e9e par le Palazzetto Bru Zane. Certains trouverons \u00e9trange d\u2019intercaler un extrait de <em>Tha\u00efs<\/em>\u00a0entre du Lied et de la m\u00e9lodie\u2026 d\u2019autre encore plus \u00e9trange de terminer une soir\u00e9e somme toute assez intime par les grands monologues d\u2019<em>Ariadne auf Naxos<\/em>\u2026 mais Ren\u00e9e Fleming nous pr\u00e9sente tous ces styles avec un tel naturel et une telle intelligence que nous n\u2019avons pas vraiment de rupture entre les moments\u00a0: tout juste sent-on qu\u2019elle lib\u00e8re plus sa voix pour les passages lyriques l\u00e0 o\u00f9 la m\u00e9lodie la trouve plus recueillie et introspective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, l\u00e0 o\u00f9 elle sait varier cette intensit\u00e9, le souci va venir du pianiste Hartmut H\u00f6ll. Durant l\u2019ensemble du concert, il va certes jouer de belle mani\u00e8re, mais sans trouver cette douce mani\u00e8re d\u2019accompagner un chanteur dans le Lied ou la m\u00e9lodie. On ne peut que penser par exemple \u00e0 Susan Manoff qui trouve toujours la finesse juste pour non seulement montrer toute la force de la partie pianistique de cet exercice mais aussi offrir un d\u00e9cor d\u00e9licat au chanteur (son <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=642\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">r\u00e9cital<\/a> avec V\u00e9ronique Gens \u00e9tait un mod\u00e8le du genre par exemple). Ici, l\u2019accompagnateur fait un peu trop claquer son piano dans le Lied ou les Faur\u00e9, ne trouve pas ce c\u00f4t\u00e9 onirique des Canteloube\u2026 son piano correspond mieux aux \u00e9panchements lyriques de l\u2019op\u00e9ra finalement. Malgr\u00e9 la complicit\u00e9 d\u00e9crite dans le programme, on reste un peu frustr\u00e9 de ce manque de fondu entre ces deux artistes\u00a0: la conception du Lied et de la m\u00e9lodie semblent ne pas leur \u00eatre commune.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1527 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_1-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_1-300x198.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_1-768x508.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_1.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une carri\u00e8re bien remplie dans un vaste r\u00e9pertoire, Ren\u00e9e Fleming se retire donc des sc\u00e8nes d\u2019op\u00e9ra tout en continuant l\u2019exercice tr\u00e8s exigeant de l\u2019op\u00e9ra. Ses adieux au r\u00f4le de la Mar\u00e9chale dans <em>Le Chevalier \u00e0 la Rose<\/em>\u00a0de Richard Strauss \u00e9taient les derniers feux de son art th\u00e9\u00e2trale\u2026 ou presque\u00a0! Car m\u00eame en r\u00e9cital, on sent la chanteuse ancr\u00e9e dans le r\u00f4le qu\u2019elle chante. Non pas \u00e0 grand traits comme a pu le faire Diana Damrau la <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1511\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">semaine derni\u00e8re<\/a>, mais avec de petites touches d\u00e9licates, des mouvements de mains subtiles qui accompagnent le piano m\u00eame lorsqu\u2019elle ne chante pas. Et lorsqu\u2019elle chante, les mouvements sont aussi fluides mais l\u2019auditeur reste hypnotis\u00e9 par la voix. Malgr\u00e9 les ann\u00e9es (plus de trente ans d\u2019une carri\u00e8re bien remplie), le timbre est toujours aussi reconnaissable et miraculeux. Seul l\u2019aigu semble moins assur\u00e9 et rond, mais le reste de la tessiture est admirablement pr\u00e9serv\u00e9 avec ces couleurs moir\u00e9es, ce souffle parfaitement contr\u00f4l\u00e9. Et si les Lieder de Brahms ont \u00e9t\u00e9 commenc\u00e9s avec un petit peu de retenue, la voix s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e somptueusement au fur et \u00e0 mesure du r\u00e9cital pour offrir une deuxi\u00e8me partie miraculeuse o\u00f9 les rappels \u00e9taient des moments de gr\u00e2ce qui laiss\u00e8rent une partie du public \u00e0 genoux\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle curieuse id\u00e9e de commencer le r\u00e9cital par <em>St\u00e4ndchen<\/em>\u00a0de Brahms\u00a0? Cette s\u00e9r\u00e9nade cueille la soprano un peu \u00e0 froid et la vitesse et les variations de l\u2019\u00e9criture ne lui permettent pas de poser son timbre et laisser la magie op\u00e9rer. Heureusement, d\u00e8s le deuxi\u00e8me Lied plus calme, la voix trouve \u00e0 se d\u00e9velopper sur une m\u00e9lodie plus d\u00e9licate. Et imm\u00e9diatement l\u2019on retrouve tout ce qui fait l\u2019unique Ren\u00e9e Fleming. Reste un aigu un peu difficile qui est abord\u00e9 avec prudence, mais une beaut\u00e9 de ligne de chant \u00e0 se p\u00e2mer. Comment r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9licatesse du <em>Wiegenlied<\/em>\u00a0abord\u00e9 avec tant de douceur\u00a0? Ses six Lieder sont chant\u00e9s avec un bel art des nuances et de la coloration. Rupture de ton par la suite avec un bouquet de pi\u00e8ces fran\u00e7aises, ouvert par un extrait de <em>Tha\u00efs<\/em>. \u00c9vitant l\u2019air du miroir, la cantatrice nous offre l\u2019entr\u00e9e de la courtisane\u2026 et on ne peut qu\u2019\u00eatre \u00e9mu de l\u2019entendre. L\u2019\u00e9motion vient d\u00e9j\u00e0 de la beaut\u00e9 de la voix qui ici se trouve chez elle\u00a0: presque vingt ans apr\u00e8s l\u2019enregistrement studio de DECCA, on retrouve ce galbe envo\u00fbtant, cette sensualit\u00e9 d\u00e9licate qui fait de ce personnage l\u2019une de plus fascinante prestation de la chanteuse. Seule la diction n\u2019est plus au niveau esp\u00e9r\u00e9 mais sinon le chant est toujours aussi beau. \u00c0 cette \u00e9motion musicale vient aussi le plaisir de la retrouver dans le r\u00f4le qu\u2019elle a marqu\u00e9\u2026 alors qu\u2019elle se retire doucement de la vie musicale. L\u2019entendre chanter \u00ab\u00a0C\u2019est Tha\u00efs, l\u2019idole fragile qui vient pour la derni\u00e8re fois\u2026\u00a0\u00bb sonne \u00e0 nos oreilles comme un adieu pudique. Elle n\u2019a pas chant\u00e9 l\u2019introspectif \u00ab\u00a0Dis-moi que je suis belle\u00a0\u00bb mais bien ce dernier moment avec Nicias, comme un au revoir au public pr\u00e9sent dans la salle. Suivent (apr\u00e8s bien s\u00fbr un triomphe\u00a0!) deux m\u00e9lodies de Faur\u00e9 superbement rendues o\u00f9 le charme du compositeur se d\u00e9ploie sans affectation. Mais c\u2019est la rare m\u00e9lodie de Saint-Sa\u00ebns qui va encore plus nous passionner car le compositeur offre des \u00e9motions plus contrast\u00e9es et vari\u00e9es dans cette pi\u00e8ce peu connue. Et \u00e9trangement la diction se fait l\u00e9g\u00e8rement plus pr\u00e9cise, nous aidant \u00e0 suivre les \u00e9volutions du po\u00e8me. Enfin, pour ne pas rester sur un moment trop m\u00e9lancolique, voici que la premi\u00e8re partie se termine par un air extrait des <em>Trois Valses<\/em>\u00a0d\u2019Oscar Straus. En fort contraste avec le reste de la premi\u00e8re partie, Ren\u00e9e Fleming nous emporte du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019op\u00e9rette viennoise traduite pour Paris. Et elle s\u2019y amuse, ne cherche pas \u00e0 donner plus de voix qu\u2019il n\u2019en faut mais joue sur le texte et sur les variations de situation. Piquante mais toujours aussi distingu\u00e9e, la chanteuse se r\u00e9serve un beau triomphe apr\u00e8s l\u2019\u00e9nergie et la joie de vivre qu\u2019elle a mis dans son chant.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1526\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_2-300x219.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_2-300x219.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_2-768x562.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_2.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie s\u2019ouvre sur deux m\u00e9lodies de Joseph Canteloube. Ce compositeur est connu principalement pour son recueil des <em>Chants d\u2019Auvergne<\/em>. Les couleurs de la langue, la d\u00e9licatesse de l\u2019accompagnement et la rondeur de la ligne m\u00e9lodique en font des pages que l\u2019on pourrait croire con\u00e7ues pour la superbe voix de Ren\u00e9e Fleming. Elle y insuffle non seulement une beaut\u00e9 des couleurs, mais aussi cette petite touche de nostalgie tendre et d\u00e9licate. Ces deux m\u00e9lodies se retrouvent dans certains de ces disques et on sent tout le plaisir qu\u2019elle \u00e9prouve \u00e0 chanter ces compositions. On pourrait esp\u00e9rer un jour qu\u2019elle nous offre un disque complet d\u00e9volu \u00e0 ces pi\u00e8ces. Par la suite, ce sera les rares compositions d\u2019Egon Kornauth. On peut rapprocher son \u0153uvre des Lieder de Richard Strauss bien s\u00fbr, mais peut-\u00eatre avec un peu plus de m\u00e9lancolie pour les quatre qui sont offerts au public en d\u00e9couverte. Ren\u00e9e Fleming est en plus totalement lib\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s les deux m\u00e9lodies de Canteloube et trouve non seulement toujours autant de nuances dans ces Lied que chez Brahms, mais par contre avec plus de largeur et d&rsquo;aisance\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on pouvait entendre quelques petits trous ou des extr\u00eames de la tessiture un peu forc\u00e9s, on retrouve ici la pl\u00e9nitude de la voix de la soprano. Et cette grande forme, cette longueur de souffle et cette aisance dans le grave comme dans l&rsquo;aigu, il les faut obligatoirement pour ces grandes sc\u00e8nes d&rsquo;<em>Ariadne auf Naxos<\/em>\u00a0qui cl\u00f4t le r\u00e9cital. Expressive au possible, tr\u00e8s engag\u00e9e m\u00eame si elle n&rsquo;a aucun support d&rsquo;autre que son corps, elle offre un personnage complexe, amoureuse et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, r\u00e9sign\u00e9e ou suppliante&#8230; Toute la palette d&rsquo;\u00e9motions est convoqu\u00e9e par une voix qui retrouve toute sa fra\u00eecheur. On \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 subjugu\u00e9 en fin de premi\u00e8re partie, mais ici on semble retrouver la Ren\u00e9e Fleming d&rsquo;il y a vingt ans tant l&rsquo;aisance est manifeste, tant la voix se d\u00e9ploie avec grandeur et nous enveloppe parfaitement dans sa douceur mais aussi son expressivit\u00e9\u00a0! Durant ce quart d&rsquo;heure, peu importe que l&rsquo;orchestre magnifique de Richard Strauss soit r\u00e9duit \u00e0 un simple piano, toute l&rsquo;attention est retenue par le chant et le personnage. Bien s\u00fbr, une immense ovation salue la prestation et l&rsquo;artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, elle ne pouvait pas partir ainsi et en effet, \u00e9vitant les simagr\u00e9es habituels des allers-retours entre la sc\u00e8ne et les coulisses, chanteuse et pianiste sortent, puis reviennent imm\u00e9diatement avec une nouvelle partition pour ce dernier&#8230; Comme pour tout le programme, la chanteuse n\u2019a pas besoin de partition et chante uniquement avec la liste des ouvrages devant elle, lib\u00e9r\u00e9e de cette ancre qu\u2019est parfois la partition pour un interpr\u00e8te. Elle revient donc, grand sourire au l\u00e8vre&#8230; et le piano lance un accord&#8230; puis un deuxi\u00e8me&#8230; et arrive une m\u00e9lodie que le public finit par reconna\u00eetre\u00a0: l&rsquo;hymne \u00e0 la lune extraite de <em>Rusalka<\/em>\u00a0de Dvo\u0159\u00e1k. On ressent l&rsquo;excitation qui parcourt la salle. Avec <em>Tha\u00efs<\/em>, <em>Rusalka<\/em>\u00a0est peut-\u00eatre l&rsquo;autre r\u00f4le que Ren\u00e9e Fleming a port\u00e9 le plus fortement sur les sc\u00e8nes, suscitant de nouvelles productions pour des ouvrages finalement assez rares. Et la magie op\u00e8re encore une fois\u00a0: le miracle est l\u00e0, sous nos yeux et dans nos oreilles. L&rsquo;ondine prend vie, la voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve douce et r\u00eaveuse avant que ne se fasse ressentir ce doute qui parcours la jeune femme. Et le public \u00e9coute, religieusement, l&rsquo;\u00e9motion est palpable pour ce moment de gr\u00e2ce. Comment continuer apr\u00e8s une telle d\u00e9monstration\u00a0? Tout simplement en changeant de registre avec \u00ab\u00a0Summertime\u00a0\u00bb de <em>Porgy and Bess<\/em>. Apr\u00e8s un petit remerciement au public pour son accueil (alors que la pianiste avait d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 les premiers accords, interrompus d\u2019un geste), la soprano retrouve en partie ses origines de chant. Afin de payer ses cours, Ren\u00e9e Fleming se produisait dans des clubs de jazz et l&rsquo;on entend vraiment cette libert\u00e9 et le sens de l\u2019improvisation qui joue un r\u00f4le si important dans ce r\u00e9pertoire. Et en effet, elle va nous offrir une version tr\u00e8s jazzy, jamais uniquement lyrique comme peuvent le proposer d&rsquo;autres cantatrices. Quelques alanguissements, quelques petits changements de rythme, quelques variations&#8230; tout ceci montre ce naturel n\u00e9cessaire \u00e0 cet air pour lui donner une forme encore plus passionnante. Malheureusement, il semble qu&rsquo;Hartmut H\u00f6ll n&rsquo;ait pas les m\u00eames affinit\u00e9s avec ce r\u00e9pertoire car il est r\u00e9guli\u00e8rement surpris et \u00e9gar\u00e9 par les petits changements qu&rsquo;elle introduit. Mais apr\u00e8s la douceur r\u00eaveuse de <em>Rusalka<\/em>, le changement est superbe. Une nouvelle ovation demandait obligatoirement un autre bis\u2026 et en effet voici que la soprano revient et cette fois va nous faire un petit discours. Visiblement \u00e9mue de l&rsquo;accueil qu&rsquo;elle a re\u00e7u, mais aussi encore marqu\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements de Las Vegas, elle va nous chanter l&rsquo;<em>Ave Maria<\/em>\u00a0de Schubert pour clore ce r\u00e9cital. Ouvrage chant\u00e9 par de nombreux artistes, il est rare de l&rsquo;avoir entendu aussi gorg\u00e9 d&rsquo;\u00e9motions. Est-ce justement l&rsquo;\u00e9vocation de la tuerie r\u00e9cente (elle avoue qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 Las Vegas peu de temps avant le drame avec ses filles)\u00a0? Mais on la sent totalement impliqu\u00e9e. Elle ne cherche pas \u00e0 faire dans l&rsquo;intime mais \u00e0 \u00e9voquer ce m\u00e9lange d&rsquo;espoir et de douleur. La voix retient chaque auditeur et la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne devient m\u00eame ici oppressante. Un silence total laisse la voix s&rsquo;\u00e9lever, emplir la salle et enrober le public qui est comme hypnotis\u00e9 par le moment.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1525 aligncenter\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_3-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_3-300x198.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_3-768x508.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/fleming_20171010_3.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ce r\u00e9cital, Ren\u00e9e Fleming s&rsquo;est montr\u00e9e toujours aussi impressionnante et royale. Le chant reste d&rsquo;une beaut\u00e9 rare, l&rsquo;intelligence de l&rsquo;artiste toujours passionnante&#8230; et la pr\u00e9sence d&rsquo;une classe assez peu commune de nos jours. La comparaison avec d\u2019autres grandes cantatrices actuelles pourrait nous la faire croire d\u2019un autre \u00e2ge alors qu\u2019elle reste bien ancr\u00e9e dans son \u00e9poque. Mais la stature est diff\u00e9rente, la fa\u00e7on d\u2019aborder cet exercice aussi, renvoyant plus aux grandes figures du vingti\u00e8me si\u00e8cle si l\u2019on compare avec les prestations des chanteuses plus jeunes. La comparaison avec le r\u00e9cital de Diana Damrau est frappante. Le r\u00e9pertoire est bien s\u00fbr diff\u00e9rent, mais l\u2019on ressent une toute autre approche m\u00eame du chant, avec plus de noblesse chez l\u2019am\u00e9ricaine, une vision peut-\u00eatre plus haute du chant lyrique. Ren\u00e9e Fleming se montre ici sous son meilleur jour et m\u00e9rite tout \u00e0 fait ce statut de grande parmi les grandes&#8230; et cette place \u00e0 part qu&rsquo;elle s&rsquo;est m\u00e9nag\u00e9e non seulement dans le paysage lyrique, mais aussi dans le c\u0153ur des spectateurs. On peut esp\u00e9rer que ceci n&rsquo;\u00e9tait pas un r\u00e9cital d&rsquo;adieux et que l&rsquo;on pourra de nouveau profiter de cette voix et cette personnalit\u00e9 unique.<\/p>\n<ul>\n<li>Paris<\/li>\n<li>Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es<\/li>\n<li>10 octobre 2017<\/li>\n<li>Johannes Brahms (1833-1897)\u00a0: St\u00e4ndchen, 5 Lieder, Op.106 &#8211; Die Mainacht, 4 Ges\u00e4nge, Op.43 &#8211; Mondnacht, WoO 21 &#8211; Da unten im Tale, 49 Deutsche Volkslieder, WoO 33 &#8211; Meine Liebe ist gr\u00fcn, 9 Lieder und Ges\u00e4nge, Op.63 &#8211; Wiegenlied, 5 Lieder, Op.49. &#8211; Vergebliches St\u00e4ndchen, F\u00fcnf Romanzen und Lieder, Op.84<\/li>\n<li>Jules Massenet (1842-1912), Tha\u00efs\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est Tha\u00efs, l\u2019idole fragile\u00a0\u00bb<\/li>\n<li>Gabriel Faur\u00e9 (1845-1924)\u00a0: Mandoline, Cinq M\u00e9lodies \u00abde Venise\u00bb, Op. 58 &#8211; Clair de Lune, Op. 46 No 2<\/li>\n<li>Camille Saint-Sa\u00ebns (1835-1921)\u00a0: Soir\u00e9e en mer, vingt M\u00e9lodies et duos 1er recueil<\/li>\n<li>Oscar Strauss (1870-1954), Trois Valses\u00a0: \u00ab\u00a0Je t\u2019aime quand m\u00eame\u00a0\u00bb<\/li>\n<li>Joseph Canteloube (1879-1957), Chants d\u2019Auvergne\u00a0: Malurous qu\u2019o uno fenno \u2013 Ba\u00efl\u00e8ro<\/li>\n<li>Egon Kornauth\u00a0(1891-1959), 6 Lieder nach Eichendorff Opus 37\u00a0: Lockung \u2013 Treue \u2013 Nachkl\u00e4nge I \u2013 Waldeinsamkeit<\/li>\n<li>Richard Strauss (1864-1949), Ariadne auf Naxos : \u00ab Wo war ich? Tot? \u00bb &#8211; \u00ab Ein Sch\u00f6nes war, hie\u00df Theseus-Ariadne \u00bb &#8211; \u00ab Es gibt ein Reich \u00bb<\/li>\n<li>Anton\u00edn Dvo\u0159\u00e1k (1841-1904), Rusalka : Hymne \u00e0 la lune<\/li>\n<li>George Gershwin (1898-1937), Porgy and Bess\u00a0: Summertime<\/li>\n<li>Franz Schubert (1797-1828) : Ave Maria<\/li>\n<li>Ren\u00e9e Fleming, soprano<\/li>\n<li>Hartmut H\u00f6ll, piano<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Si le propri\u00e9taire de ces photographies souhaite que je les retire, qu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas&#8230; mais une telle soir\u00e9e et de tels souvenirs m\u00e9ritaient bien de belles photographies&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019il y a une ville o\u00f9 il fallait \u00eatre en ce mardi 10 octobre 2017, c\u2019\u00e9tait assur\u00e9ment \u00e0 Paris tant les \u00e9v\u00e8nements \u00e9taient nombreux\u00a0: face \u00e0 la venue de Thomas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[28,3],"tags":[57,17,13,80,33],"class_list":["post-1523","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-concert","category-musique_classique","tag-epoque_romantique","tag-massenet","tag-recital","tag-saint-saens","tag-strauss","clearfix"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4G2uP-oz","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1523"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1523\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1529,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1523\/revisions\/1529"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1523"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1523"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/erikcarnets.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}