{"id":1518,"date":"2017-10-08T23:03:59","date_gmt":"2017-10-08T21:03:59","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1518"},"modified":"2017-10-08T23:03:59","modified_gmt":"2017-10-08T21:03:59","slug":"dauce-et-charpentier-un-orphee-magique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1518","title":{"rendered":"Dauc\u00e9 et Charpentier : un Orph\u00e9e magique"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1518\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1520 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/descente_orphee_charpentier_dauce-300x271.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"271\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/descente_orphee_charpentier_dauce-300x271.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/descente_orphee_charpentier_dauce-768x694.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/descente_orphee_charpentier_dauce-1024x926.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/descente_orphee_charpentier_dauce.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Contemporain de Lully, Marc-Antoine Charpentier est peut-\u00eatre le musicien qui aura souffert le plus de l&rsquo;interdit pour tout autre musicien de pr\u00e9senter des trag\u00e9dies lyriques. En effet, le compositeur aura durant toute sa vie imagin\u00e9 des ouvrages tragiques en marge de la grande forme mise en place par le favori de Louix XIV et il faudra attendre la mort de Lully pour qu&rsquo;enfin Charpentier puisse pr\u00e9senter sa fameuse <em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, ouvrage qui n&rsquo;aura pas le succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9 lors de la cr\u00e9ation mais qui de nos jours est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus passionnant exemple de ce grand genre tragique. Avant, nous avions eu des pastorales, des petits op\u00e9ras courts&#8230; mais jamais ces grands sentiments sur cinq actes. Il avait aussi compos\u00e9 ses deux trag\u00e9dies bibliques et plus particuli\u00e8rement <em>David et Jonathas<\/em>\u00a0qui (malgr\u00e9 le manque de la partie parl\u00e9e de l&rsquo;ouvrage telle qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e) reste un sommet de l&rsquo;op\u00e9ra baroque de l&rsquo;\u00e9poque lui aussi. Cette <em>Descente d&rsquo;Orph\u00e9e aux Enfers<\/em> fait suite \u00e0 <em>Act\u00e9on<\/em>\u00a0(1684)et aux <em>Arts Florissants<\/em>\u00a0(1685), tous compos\u00e9s pour Mademoiselle de Guise qui tenait une petite cour \u00e0 laquelle \u00e9tait rattach\u00e9 Charpentier.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cet ouvrage, Marc-Antoine Charpentier s&rsquo;est repos\u00e9 sur l&rsquo;ensemble des musiciens de tr\u00e8s haut niveau qui composaient la suite de sa protectrice. Ainsi, tous les dix chanteurs seront appel\u00e9s et l&rsquo;accompagnement sera cr\u00e9\u00e9 pour mettre en avant les capacit\u00e9s des diff\u00e9rents instrumentistes de haut rang qui fr\u00e9quentaient r\u00e9guli\u00e8rement la maison. M\u00eame le compositeur participa \u00e0 la cr\u00e9ation dans le r\u00f4le d&rsquo;Ixion. Il composera donc une partition o\u00f9 chacun des chanteurs est sollicit\u00e9 en soliste ou en ensemble, o\u00f9 les musiciens auront un moment pour briller en accompagnant un chanteur particulier puis viendront recr\u00e9er un orchestre de salon. Toutes les caract\u00e9ristiques de la trag\u00e9die lyrique sont ici r\u00e9unies m\u00eame si l&rsquo;aspect visuel est r\u00e9duit\u00a0: tr\u00e8s peu de ballets et s\u00fbrement une mise en sc\u00e8ne assez r\u00e9duite \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il y a peu de moments propres \u00e0 montrer de grands effets de machineries. Malgr\u00e9 la dur\u00e9e qui semble assez repr\u00e9sentative de ces op\u00e9ras de poche, il reste une interrogation sur la pr\u00e9sence ou non d&rsquo;un troisi\u00e8me acte. En effet, l&rsquo;op\u00e9ra s&rsquo;ach\u00e8ve sur le d\u00e9part des Enfers d&rsquo;Orph\u00e9e et Eurydice mais sans que l&rsquo;on sache si le po\u00e8te se retournera ou non. L\u00e0 o\u00f9 Rossi dans son <a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1208\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Orfeo<\/em><\/a>\u00a0nous montre beaucoup de choses autour de l&rsquo;histoire, l\u00e0 o\u00f9 Monteverdi dans le sien nous donne bien le final tragique (contrairement \u00e0 Gluck), Charpentier soit a d\u00e9cid\u00e9 de rester \u00e9vasif et laisser les spectateurs imaginer le final&#8230; soit l&rsquo;on a perdu la fin de la partition car contrairement \u00e0 ses autres compositions, rien ne signal vraiment la fin de l&rsquo;ouvrage. Toujours est-il que la pi\u00e8ce est parfaitement construite telle qu&rsquo;elle nous est parvenue. Et si l&rsquo;on pourrait bien r\u00eaver d&rsquo;un troisi\u00e8me acte, il faut d\u00e9j\u00e0 se r\u00e9jouir de pouvoir \u00e9couter une telle musique\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1521\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1521\" class=\"wp-image-1521\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance-768x512.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/ensemble_correspondance.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1521\" class=\"wp-caption-text\">Ensemble Correspondances et S\u00e9bastien Dauc\u00e9<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La discographie de l&rsquo;ouvrage \u00e9tait domin\u00e9e par la version dirig\u00e9e par William Christie en 1995, parue chez Erato&#8230; et forc\u00e9ment la comparaison est obligatoire. Ces Arts Florissants avaient propos\u00e9 une partition tr\u00e8s color\u00e9e, douce et plus proche de la pastorale. Ici, <strong>S\u00e9bastien Dauc\u00e9<\/strong> offre un vrai contraste avec celui qui reste pour beaucoup la r\u00e9f\u00e9rence dans ce r\u00e9pertoire du premier baroque fran\u00e7ais. D\u00e8s l&rsquo;ouverture, on entend un orchestre beaucoup plus diff\u00e9renci\u00e9\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 Christie offre un fondu et une osmose superbe, Dauc\u00e9 semble au contraire faire ressortir chacun des instruments, les mettre en avant pour montrer combien l&rsquo;effectif est r\u00e9duit et virtuose. Car nous avons de v\u00e9ritables moments de magie dans les alliages tout comme dans les envol\u00e9es. Les fl\u00fbtes par exemple se montrent tout bonnement g\u00e9niales par la virtuosit\u00e9 extr\u00eame qu&rsquo;elles montrent. Avec un effectif comparable (et m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement plus important chez Dauc\u00e9!), il arrive \u00e0 faire encore mieux ressortir ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e9ger dans l&rsquo;accompagnement comme on peut l&rsquo;entendre dans les cantates baroques fran\u00e7aises. Voir m\u00eame se rapprocher plus d&rsquo;une musique m\u00e9di\u00e9vale par certains c\u00f4t\u00e9s. Tout y est net, vif et direct, sans cette belle rondeur, mais avec \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une spontan\u00e9it\u00e9 et une beaut\u00e9 de timbre s\u00e9par\u00e9s qui sont peut-\u00eatre plus touchants. Et les moments d&rsquo;ensemble voient toujours un instrument s&rsquo;extraire de l&rsquo;ensemble pour r\u00e9-hausser le discours musical. Il y a une richesse et une inventivit\u00e9 dans ce que font chacun des instrumentistes qu&rsquo;on ne retrouve pas dans la superbe mais assez sage prestation des Arts Florissants. L&rsquo;Ensemble Correspondance semble vraiment \u00e0 son aise chez Charpentier car ce n&rsquo;est pas son premier disque et d\u00e9j\u00e0 ses <em>Litanies la Vierge<\/em>\u00a0\u00e9taient une vraie splendeur\u00a0!<\/p>\n<div id=\"attachment_1519\" style=\"width: 246px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1519\" class=\"size-medium wp-image-1519\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/marc_antoine_charpentier-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"236\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/marc_antoine_charpentier-236x300.jpg 236w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/marc_antoine_charpentier-768x976.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/marc_antoine_charpentier-806x1024.jpg 806w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/marc_antoine_charpentier.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><p id=\"caption-attachment-1519\" class=\"wp-caption-text\">Marc-Antoine Charpentier (portrait suppos\u00e9)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ce qui est admirable aussi est que cette m\u00eame rigueur est conserv\u00e9e pour les chanteurs. Le choix d&rsquo;Orph\u00e9e est assez symptomatique\u00a0: William Christie avait la beaut\u00e9 et l&rsquo;expressivit\u00e9 ronde de Paul Agnew&#8230; S\u00e9bastien Dauc\u00e9 avait propos\u00e9 Reinoud Van Mechelen en juillet 2016 \u00e0 Beaune dans le m\u00eame ordre&#8230; et pour cet enregistrement, il offre le r\u00f4le \u00e0 <strong>Rober Getchell<\/strong>. Le haute-contre n&rsquo;a pas les m\u00eames s\u00e9duction de timbre que les deux pr\u00e9cit\u00e9s, mais il a par contre une franchise de diction, une droiture du timbre si l&rsquo;on peut dire qui offre une vision tr\u00e8s sobre mais aussi particuli\u00e8rement expressive du r\u00f4le. Musical \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame quand il le faut, il n&rsquo;en garde pas moins une superbe intensit\u00e9 dramatique, par une d\u00e9clamation magistrale du texte et par un art consomm\u00e9 des d\u00e9corations baroques. Il faut l&rsquo;entendre dans la supplique \u00e0 Pluton o\u00f9 les sons droits sont altern\u00e9s \u00e0 des appoggiatures subtiles avant qu&rsquo;un petit vibrato expressif ne vienne habiller la ligne de chant. L&rsquo;ensemble de la distribution se retrouve dans cette description\u00a0: pas de grands noms ici, mais des chanteurs sp\u00e9cialis\u00e9s dans ce r\u00e9pertoire et avec des voix assez droites et \u00e0 la technique ac\u00e9r\u00e9e. La coh\u00e9sion des artistes est parfaite car chacun est exactement \u00e0 sa place tant en soliste que lors des ensembles dignes des ch\u0153urs baroques form\u00e9s les plus habiles. On notera entre autre l&rsquo;Eurydice sensible de <strong>Caroline Weynants<\/strong>, ou le trio des supplici\u00e9s magnifiques d&rsquo;ensemble (<strong>Stephen Collardelle<\/strong>, <strong>Davy Cornillot<\/strong> et <strong>\u00c9tienne Bazola<\/strong>). Tous sont parfaitement \u00e0 leurs places pour notre plus grand plaisir\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre en elle-m\u00eame est d\u00e9j\u00e0 magnifique. Mais elle est ici trait\u00e9e avec une finesse du d\u00e9tail, une d\u00e9licatesse du phras\u00e9 et une beaut\u00e9 du rendu que l&rsquo;on ne peut qu&rsquo;\u00eatre boulevers\u00e9 devant tant de subtilit\u00e9 et de r\u00e9ussite. S\u00e9bastien Dauc\u00e9 r\u00e9ussit ce que beaucoup consid\u00e9raient comme impossible\u00a0: surpasser le ma\u00eetre Christie ou du moins l&rsquo;\u00e9galer. Avec des moyens moins beaux intrins\u00e8quement, il donne vie \u00e0 la partition qui resplendit de mille feux, tant\u00f4t vif argent et tant\u00f4t sombre et oppressante, elle est mise en avant dans toute sa complexit\u00e9 et sa beaut\u00e9. Si le disque de cette <em>Descente d&rsquo;Orph\u00e9e aux Enfers<\/em> est sorti dans une relative discr\u00e9tion, on peut esp\u00e9rer qu&rsquo;il puisse \u00eatre rapidement reconnu pour sa qualit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<ul>\n<li class=\"western\">Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), La Descente d&rsquo;Orph\u00e9e aux Enfers, Op\u00e9ra en deux actes<\/li>\n<li class=\"western\">Orph\u00e9e, Robert Getchell ; Eurydice, Caroline Weynants ; Daphn\u00e9, Violaine Le Chenadec ; <span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\">\u0152<\/span>none, Caroline Dangin-Bardot\u00a0; Ar\u00e9thuse, Caroline Arnaud\u00a0; Proserpine, Lucile Richardot\u00a0; Ixion, Stephen Collardelle\u00a0; Tantale, Davy Cornillot\u00a0; Apollon \/ Titye, \u00c9tienne Bazola\u00a0; Pluton, Nicolas Brooymans<\/li>\n<li class=\"western\">Ensemble Correspondances<\/li>\n<li class=\"western\">B\u00e9atrie Linon \/ Jos\u00e8phe Cottet, Violons<\/li>\n<li class=\"western\">Lucile Perret \/ Matthieu Bertaud, Fl\u00fbtes<\/li>\n<li class=\"western\">Mathilde Vialle \/ Lucile Boulanger \/ Myriam Rignol, Violes<\/li>\n<li class=\"western\">Antoine Touche, Basse de violon<\/li>\n<li class=\"western\">Thibaut Roussel \/ Diego Salamanca, Th\u00e9orbes<\/li>\n<li class=\"western\">Arnaud de Pasquale, Clavecin<\/li>\n<li class=\"western\">S\u00e9bastien Dauc\u00e9<span lang=\"de-DE\">,<\/span> Orgue et Direction<\/li>\n<li class=\"western\">1 CD Harmonia Mundi, HMM 902279. Enregistr\u00e9 \u00e0 la MC2 de Grenoble, en janvier 2016.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contemporain de Lully, Marc-Antoine Charpentier est peut-\u00eatre le musicien qui aura souffert le plus de l&rsquo;interdit pour tout autre musicien de pr\u00e9senter des trag\u00e9dies lyriques. 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