{"id":1464,"date":"2017-09-03T14:56:03","date_gmt":"2017-09-03T12:56:03","guid":{"rendered":"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1464"},"modified":"2017-09-03T14:56:57","modified_gmt":"2017-09-03T12:56:57","slug":"itineraire-vers-la-lucia-de-joan-sutherland","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1464","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire vers la Lucia de Joan Sutherland"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/?p=1464\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1465 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-768x768.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1971.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a> Joan Sutherland fait partie de ces chanteuses qui fascinent souvent, mais laissent aussi parfois les auditeurs totalement sur le bord de la route. Pourtant, la soprano reste un nom important tant elle a remis au go\u00fbt du jour toute une partie du r\u00e9pertoire op\u00e9ratique. Avec son mari Richard Bonynge, elle a chant\u00e9 sur les plus grandes sc\u00e8nes les r\u00f4les du bel-canto romantique les plus tragiques et alors peu mont\u00e9s. Mais elle a aussi aid\u00e9 \u00e0 la renaissance d&rsquo;une partie de l&rsquo;op\u00e9ra fran\u00e7ais. Car si le bel-canto avait d\u00e9j\u00e0 vu Maria Callas lui redonner grandeur et vari\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est bien le couple Bonynge\/Sutherland qui a r\u00e9ussi \u00e0 imposer les enregistrements d&rsquo;ouvrage rares comme <em>Hamlet<\/em> d&rsquo;Ambroise Thomas, <em>Les Huguenots<\/em> de Giacomo Meyerbeer, ou encore <em>Esclarmonde<\/em> et <em>Le Roi de Lahore<\/em> de Jules Massenet\u00a0! Ainsi, malgr\u00e9 mes r\u00e9ticences \u00e0 \u00e9couter cet enregistrement l\u00e9gendaire de <em>Lucia di Lammermoor<\/em>, j&rsquo;ai voulu lui redonner sa chance. C&rsquo;est donc une sorte de parcours de red\u00e9couverte qui sera ici chroniqu\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque l&rsquo;on parle de <em>Lucia di Lammermoor<\/em>, l&rsquo;on pense obligatoirement \u00e0 Maria Callas car elle en a propos\u00e9 des enregistements l\u00e9gendaires comme le fameux dirig\u00e9 par Karajan \u00e0 Berlin. Mais la grande cantatrice a fini par abandonner le r\u00f4le une fois qu&rsquo;elle eut entendu justement Joan Sutherland dans ce personnage. C&rsquo;est dire si elle consid\u00e9rait que la jeune australienne avait tout pour \u00eatre une grande h\u00e9ro\u00efne. Elle le chantera pendant vingt-neuf ans de 1959 \u00e0 1988&#8230; et ce en 223 occasions. Nombre de ces repr\u00e9sentations ont \u00e9t\u00e9 sauvegard\u00e9es par des enregistrements de plus ou moins bonne qualit\u00e9, mais nous avons surtout trois jalons majeurs\u00a0: le premier enregistrement pour DECCA en 1961, ce second studio de 1971&#8230; et enfin la vid\u00e9o du MET en 1982. Une fois tous les dix ans, nous pouvons suivre l&rsquo;\u00e9volution de la chanteuse, mais aussi de son interpr\u00e9tation. 1961 la voit dans sa pleine jeunesse avec un timbre l\u00e9ger et a\u00e9rien alors que 1982 nous montre une chanteuse beaucoup plus m\u00fbre mais toujours aussi s\u00fbre techniquement et plus accomplie dramatiquement. L&rsquo;une comme l&rsquo;autre des prestations m&rsquo;avaient int\u00e9ress\u00e9es. Mais ce studio de la grande s\u00e9rie faite chez DECCA aurait-il un int\u00e9r\u00eat ou ne serait-il qu&rsquo;un p\u00e2le reflet de la brillante d\u00e9monstration technique de 1961 sans avoir la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de 1982\u00a0?<\/p>\n<div id=\"attachment_1471\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1471\" class=\"wp-image-1471 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961-300x300.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961-150x150.jpg 150w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961-768x768.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961-200x200.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1471\" class=\"wp-caption-text\">Enregistrement studio de 1961 (repris sous de nombreuses pochettes diff\u00e9rentes)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1961, il faut d\u00e9j\u00e0 souligner la qualit\u00e9 de l&rsquo;entourage. Si <strong>Renato Cioni<\/strong> n&rsquo;est pas l&rsquo;Edgardo r\u00eav\u00e9, les participations de <strong>Robert Merrill<\/strong> et <strong>Cesare Siepi<\/strong> sont remarquables et la direction de <strong>Sir John Pritchard<\/strong> d&rsquo;une grande beaut\u00e9. Et bien s\u00fbr, <strong>Joan Sutherland<\/strong> se montre splendide\u00a0: la voix est limpide et se joue des difficult\u00e9s. Elle est la jeune fille fragile et bouleversante mais n&rsquo;a pas tout \u00e0 fait le poids dramatique que l&rsquo;on peut attendre. Mais comment ne pas succomber devant tout ce premier acte o\u00f9 elle est innocente et l\u00e9g\u00e8re\u00a0? La sc\u00e8ne de la folie la trouve toute aussi musicale mais sans ce petit plus qui permet de sortir de la d\u00e9monstration. En 1982 par contre, c&rsquo;est le contraire. On retrouve un superbe Edgardo en la personne d&rsquo;<strong>Alfredo Kraus<\/strong> m\u00eame s&rsquo;il partage avec Joan Sutherland le m\u00eame petit soucis\u00a0: les voix sont encore souveraines mais ne refl\u00e8tent plus du tout la jeunesse des personnages. Ainsi la premi\u00e8re partie les trouve v\u00e9ritablement jouer les jeunes premiers. Au contraire par contre la partie dramatique se trouve merveilleusement rendue par l&rsquo;un comme par l&rsquo;autre. Et voir ainsi <strong>Joan Sutherland<\/strong> cr\u00e9er la folie de Lucia est assez fascinant. Elle qui n&rsquo;avait plus du tout l&rsquo;\u00e2ge de la jeune fille trouve des expression et une fa\u00e7on d&rsquo;occuper la sc\u00e8ne qui force le respect et impressionne. Et la voix l\u00e0 encore reste magnifique malgr\u00e9 la ternissure du timbre. Alors entre ces deux t\u00e9moignages, comme se porte ce deuxi\u00e8me studio\u00a0?<\/p>\n<div id=\"attachment_1472\" style=\"width: 223px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1472\" class=\"wp-image-1472 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"213\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982-213x300.jpg 213w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><p id=\"caption-attachment-1472\" class=\"wp-caption-text\">Version film\u00e9e de la prestation de Joan Sutherland en 1982 au MET.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aur\u00e9ol\u00e9 de son statut d&rsquo;enregistrement mythique, j&rsquo;imaginais trouver principalement une m\u00eame interpr\u00e9tation qu&rsquo;en 1961, avec des partenaires plus connus et glorieux mais sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait un grand plus apport\u00e9, voir m\u00eame un l\u00e9ger point n\u00e9gatif \u00e9tant donn\u00e9 que la voix de Joan Sutherland avait \u00e0 cette \u00e9poque commenc\u00e9 \u00e0 perdre de sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 pour affronter des r\u00f4les plus larges et dramatiques. J&rsquo;ai donc \u00e9vit\u00e9 cet enregistrement, n&rsquo;en ayant \u00e9cout\u00e9 que des extraits il y a bien longtemps&#8230; Mais durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, la fr\u00e9quentation des grandioses enregistrements d&rsquo;<em>Hamlet<\/em> et du <em>Roi de Lahore<\/em> m&rsquo;ont r\u00e9concili\u00e9 avec la voix de la soprano australienne, et m&rsquo;ont m\u00eame fait admirer ses interpr\u00e9tations. Aussi, pourquoi ne pas tenter d&rsquo;\u00e9couter cet enregistrement\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On commencera par louer celui qui est le ma\u00eetre de l&rsquo;enregistrement\u00a0: <strong>Richard Bonynge<\/strong>. Le chef d&rsquo;orchestre s&rsquo;est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de ce r\u00e9pertoire et sait en effet donner toute sa grandeur \u00e0 la partition de Donizetti\u00a0: chaque moment y est soign\u00e9 et magnifi\u00e9 sans jamais que ne soit soulign\u00e9 une facilit\u00e9 ou une lourdeur. La partition avance avec un beau sens du drame et du th\u00e9\u00e2tre. Mais encore plus, on lui doit l&rsquo;\u00e9tat de la partition ainsi que ces petites reprises souvent coup\u00e9es ou moins vari\u00e9es. Ici on semble retrouver toute la d\u00e9mesure du bel-canto romantique avec ces codas et autres reprises magnifiquement ouvrag\u00e9es. Le seul petit reproche que l&rsquo;on peut avoir est sur la distribution en elle-m\u00eame. Le chef a souvent travaill\u00e9 avec les m\u00eames chanteurs pour ses enregistrements et si les dames sont souvent grandioses, les hommes ne sont pas forc\u00e9ment au niveau d&rsquo;un point de vue technique et grammaire belcantiste. Mais d\u00e9j\u00e0, nous avons un ch\u0153ur et un orchestre qui sont brillamment dirig\u00e9s et offrent un superbe \u00e9crin pour donner vie \u00e0 cette <em>Lucia<\/em>.<\/p>\n<div id=\"attachment_1469\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1959.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1469\" class=\"wp-image-1469\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1959-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1959-300x200.jpg 300w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1959.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1469\" class=\"wp-caption-text\">Joan Sutherland, Royal Op\u00e9ra House de Londres, 1959<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les trois petits r\u00f4les, le chef nous donne \u00e0 entendre comme \u00e0 son habitudes de bons chanteurs. <strong>Pier Francesco Poli<\/strong> est un Normanno moins marqu\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude, mais qui sait parfaitement se montrer d\u00e9sagr\u00e9able comme il le faut. <strong>Ryland Davies<\/strong> est un habitu\u00e9 de Richard Bonynge et sa prestation en Arturo est parfaitement men\u00e9e sans tension vocale. Enfin, <strong>Huguette Tourangeau<\/strong> offre une Alisa discr\u00e8te mais comme toujours caract\u00e9ris\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_1467\" style=\"width: 174px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982_met.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1467\" class=\"wp-image-1467 size-medium\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982_met-164x300.jpg\" alt=\"\" width=\"164\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982_met-164x300.jpg 164w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1982_met.jpg 328w\" sizes=\"auto, (max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1467\" class=\"wp-caption-text\">Joan Sutherland, Metropolitan Opera de New-York, 1982<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le plein de noblesse de l&rsquo;op\u00e9ra est bien s\u00fbr celui de Raimondo, celui que l&rsquo;on suppose \u00eatre un pr\u00eatre m\u00eame si rien n&rsquo;est indiqu\u00e9 dans l&rsquo;ouvrage. <strong>Nicolai Ghiaurov<\/strong> poss\u00e8de la prestance pour ce r\u00f4le bien s\u00fbr et donne avec sa voix de bronze une belle caract\u00e9risation. Mais malheureusement, les ann\u00e9es soixante-dix sont une parenth\u00e8se o\u00f9 la voix a perdu de sa gloire avant de la retrouver par la suite. Si dans les ann\u00e9es soixante offrent \u00e0 entendre une voix tonnante, la d\u00e9cennie qui suit le montre plus gris. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on pourrait esp\u00e9rer une voix large, elle sonne l\u00e9g\u00e8rement \u00e9maci\u00e9e. Et surtout, le chanteur n&rsquo;est pas une grand sp\u00e9cialiste du bel-canto. Pour respecter les souhaits de Donizetti, il fallait faire appel \u00e0 une basse vocalisante. Mais Samuel Ramey n&rsquo;\u00e9tait pas encore pr\u00e9sent et ne pouvait donc graver Raimondo ici (il le fera tout de m\u00eame de fa\u00e7on admirable avec Cheryl Studer!). Comme pour <em>Il Trovatore<\/em>, il est dommage que tous les r\u00f4les ne soient pas au m\u00eame niveau d\u2019exigence technique. Mais l&rsquo;on retiendra tout de m\u00eame cette noblesse inn\u00e9e et la grande puissance expressive dans son r\u00e9cit du meurtre d&rsquo;Arturo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre grand habitu\u00e9, <strong>Sherrill Milnes<\/strong> campe un Enrico de haute tenue. Le baryton a beaucoup enregistr\u00e9 avec Richard Bonynge et est un grand sp\u00e9cialiste de cette p\u00e9riode. Si l\u00e0 aussi la vocalisation n&rsquo;est pas forc\u00e9ment son grand fort, il a pour lui une aisance dans l&rsquo;aigu qui lui permet de se hisser au niveau de sa s\u0153ur. Le timbre sonne de belle mani\u00e8re et de fa\u00e7on p\u00e9remptoire et lui permet donc de s&rsquo;affirmer comme celui qui tient la maison. Le premier air est bien s\u00fbr impressionnant, mais c&rsquo;est surtout dans la confrontation avec Lucia qu&rsquo;il se montre superbe. La tension de son chant permet de ressentir toute la violence du personnage sans que jamais il ne d\u00e9borde de mani\u00e8re outranci\u00e8re. Loin du portrait uniforme, il sait aussi montrer les failles de ce fr\u00e8re qui sacrifie sa s\u0153ur \u00e0 la politique comme dans le final de la sc\u00e8ne de la folie par exemple.<\/p>\n<div id=\"attachment_1466\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_pavarotti_1965.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1466\" class=\"wp-image-1466\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_pavarotti_1965-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_pavarotti_1965-200x300.jpg 200w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_pavarotti_1965.jpg 533w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1466\" class=\"wp-caption-text\">Joan Sutherland et Luciano Pavarotti, 1965<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en vient au cas de <strong>Luciano Pavarotti<\/strong>&#8230; Le t\u00e9nor est l&rsquo;autre star de l&rsquo;enregistrement bien s\u00fbr&#8230; Mais comme souvent dans ce r\u00e9pertoire, on reste frustr\u00e9 par l&rsquo;interpr\u00e9tation. Le chanteur poss\u00e8de bien s\u00fbr un timbre superbe, une aisance fabuleuse. Mais il lui manque plusieurs choses pour pouvoir se hisser \u00e0 l&rsquo;excellence. D\u00e9j\u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation reste assez g\u00e9n\u00e9rique et manque cruellement de poigne. M\u00eame dans le duo du premier acte on reste sur notre faim car le chant est peu nuanc\u00e9 et fait passer tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9motions. Mais en plus de cela, techniquement il lui manque encore et toujours cette partie grandiose qu&rsquo;on attend dans le bel-canto. O\u00f9 se trouvent les aigus\u00a0? O\u00f9 se trouvent les vocalises et les variations\u00a0? Le r\u00f4le n&rsquo;est peut-\u00eatre pas habituellement chant\u00e9 de telle mani\u00e8re, mais pourquoi apr\u00e8s-tout ne pas hisser le personnage d&rsquo;Edgardo \u00e0 la m\u00eame hauteur que celui de Lucia\u00a0? D\u00e9j\u00e0 dans <em>Il Trovatore<\/em> la frustration \u00e9tait tr\u00e8s grande d&rsquo;entendre Manrico chant\u00e9 de mani\u00e8re totalement traditionnelle alors que Azucena (Marylin Horne) et Leonora (Joan Sutherland) d\u00e9bordaient de technique et de variations. Ici la frustration est peut-\u00eatre un peu moins grande car apr\u00e8s tout le r\u00f4le de Lucia est toujours chant\u00e9 ainsi (ou presque!). Mais quel dommage que l&rsquo;on ne trouve pas d&rsquo;Edgardo aussi belcantiste que pour Lucia. Ainsi, Luciano Pavarotti offre un beau timbre et un chant somptueux&#8230; mais il ne se passe au final pas grand chose tant dramatiquement que musicalement.<\/p>\n<div id=\"attachment_1468\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961_met.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1468\" class=\"wp-image-1468\" src=\"http:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961_met-230x300.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961_met-230x300.jpg 230w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961_met-768x1001.jpg 768w, https:\/\/erikcarnets.fr\/wp-content\/uploads\/lucia_sutherland_1961_met.jpg 784w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1468\" class=\"wp-caption-text\">Joan Sutherland, au MET en 1961.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin <strong>Joan Sutherland<\/strong>&#8230; celle pour qui cet enregistrement a \u00e9t\u00e9 fait. Celle qui aura sans doute le plus marqu\u00e9 le r\u00f4le depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es cinquante. S&rsquo;il faut quelques petites minutes pour se faire \u00e0 un timbre qui en effet semble un peu emp\u00e2t\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;enregistrement de 1961, on est rapidement bluff\u00e9 par la facilit\u00e9 avec laquelle la chanteuse s&rsquo;approprie le r\u00f4le bien s\u00fbr, mais aussi la partition. Car si l&rsquo;impression de facilit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 grande dans son pr\u00e9c\u00e9dent enregistrement, nous sommes ici devant une d\u00e9monstration technique sid\u00e9rante qui la classe ind\u00e9niablement parmi les plus grandes. Chaque variation est inspir\u00e9e et souvent originale. La technique est bluffante de facilit\u00e9 que ce soit dans la vocalisation ou l&rsquo;\u00e9tendue&#8230; mais cette technique fait vraiment sens tout au long de l&rsquo;ouvrage. La po\u00e9sie du premier air avec ces chants d&rsquo;oiseaux n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 la dramatisation du chant face \u00e0 son fr\u00e8re ou lors de la sc\u00e8ne de la folie. On pouvait craindre une voix trop ronde ou opaque mais il n&rsquo;en est rien\u00a0: la chanteuse sait a\u00e9rer son timbre semble-t-il, offrant des envol\u00e9es vers l&rsquo;aigu pleine de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de gr\u00e2ce. Malgr\u00e9 toutes les r\u00e9ticences ou les pr\u00e9jug\u00e9s que l&rsquo;on peut avoir, il est difficile de ne pas \u00eatre fascin\u00e9 par ce num\u00e9ro de funambule qui n&rsquo;est en rien d\u00e9monstratif. La chanteuse semble au sommet de son art et a gagn\u00e9 en poids dramatique. Et puis accompagn\u00e9e comme elle l&rsquo;est par son mari Richard Bonynge, elle a s\u00fbrement eu plus de possibilit\u00e9s pour imaginer des variations encore plus \u00e0 m\u00eame de mettre en valeur sa voix et sa technique. Il faut avoir entendu cette enregistrement pour vraiment comprendre ce qu&rsquo;a pu \u00eatre le ph\u00e9nom\u00e8ne Joan Sutherland.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;\u00e9tait pas une grand admirateur de la soprano, cette fr\u00e9quentation dans un autre r\u00e9pertoire que celui du bel-canto semble avoir permis d&rsquo;ouvrir des portes et l\u00e0 o\u00f9 il m&rsquo;avait toujours \u00e9t\u00e9 difficile d&rsquo;\u00e9couter Joan Sutherland dans le r\u00e9pertoire italien et particuli\u00e8rement dans les enregistrements des ann\u00e9es soixante-dix&#8230; me voici convaincu. Bien s\u00fbr, son interpr\u00e9tation de <em>Maria Stuarda<\/em> avait \u00e9t\u00e9 une bonne surprise, mais l&rsquo;\u00e9coute \u00e9tait avant tout motiv\u00e9e par la pr\u00e9sence d&rsquo;Huguette Tourangeau. Voici maintenant toute une discographie \u00e0 explorer et particuli\u00e8rement peut-\u00eatre <em>Norma<\/em>. La question sera de savoir quel enregistrement privil\u00e9gier entre le premier avec Marylin Horne, ou le second avec Montsera Caball\u00e9, Luciano Pavarotti et Samuel Ramey&#8230;<\/p>\n<ul>\n<li class=\"western\">Gaetano Donizetti (1797-1848), Lucia di Lammermoor (1835), Op\u00e9ra en trois actes<\/li>\n<li class=\"western\">Lucia, Joan Sutherland ; Edgardo, Luciano Pavarotti ; Enrico, Sherrill Milnes ; Raimondo, Nicolai Ghiaurov\u00a0; Arturo, Ryland Davies\u00a0; Alisa, Huguette Tourangeau\u00a0; Normanno, Pier Francesco Poli<\/li>\n<li class=\"western\">Ch<span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><span lang=\"de-DE\">\u0153<\/span><\/span><span lang=\"de-DE\">ur du Royal Opera House, Covent Garden<\/span><\/li>\n<li class=\"western\">Orchestre du Royal Opera House, Covent Garden<\/li>\n<li class=\"western\">Richard Bonynge<span lang=\"de-DE\">,<\/span> direction<\/li>\n<li class=\"western\">2 CD DECCA, 483 0934. Enregistr\u00e9 au Kingsway Hall de Londres, en juin et juillet 1971.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joan Sutherland fait partie de ces chanteuses qui fascinent souvent, mais laissent aussi parfois les auditeurs totalement sur le bord de la route. 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